ET SA CORRESPONDANCE AVEC VOLTAIRE. •"> I
vaches que les miennes ! » — Recevez, monsieur, l'hommage de ma sincère et constante vénération. »
26° Réponse de Voltaire au comte de la Touraille.
Ferney, 18 août 1777.
« Si Charles IX, dont vous me parlez, monsieur, était allé près de la maison de Ronsard, et s'il eûl trouvé un petit officier étranger, qui n'eût pas désemparé de la portière de
son carosse, et qui l'eût regardé sous le nez cl si, le moment d'après, deux Genevois habitués dans le village de Ronsard se fussent présentés à Charles IX étant ivres et lui eussent demandé familièrement où il allait, Charles IX, à mon avis, eût 1res bien fait de se fâcher et de ne point aller chez Ronsard, (l'est ce qui est arrivé au grand voyageur dont vous me parlez, sur la route de Genève. Il trouva ces jeunes gens un peu trop familiers, et il eut raison. 11 ne soupa et ne coucha ni à Genève, ni chez Ronsard ; il ne vit personne. Le Résident de France se présenta devant lui, et il ne lui parla point 11 l'ut de très mauvaise humeur sur toute la roule. - .le conçois que le héros de Chantilly est plus affable, et (lue la vie esl 1res agréable dans ce beau séjour. Si vous êtes actuellement dans le Palais Bourbon, vous avez passé d'un ciel dans un autre. Vraiment je crierai à monseigneur le prince de Condé du fond de mon purgatoire si on persécute ma colonie, et je vous adresserai mes plaintes ; mais actuellement je ne puis crier que des maux que la nature me fait souffrir. Je suis assurément votre supérieur en fait de tourments, comme je suis votre doyen. Je suis à vos pieds en tout le reste, pénétré de vos bontés et de vos grâces, me recommandant d'ailleurs à Dieu dans ma misère, et rempli pour vous du plus respectueux attachement. »
Telle est la dernière lettre que le comte de la Touraille reçut de Voltaire. Celui-ci se décida à revenir à Pari-, six
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mois après, en février 1778, La Touraille le vit alors, comme il récrit le 15 septembre 1778 : « M. de Voltaire, que j'ai été voir avec tout ce que Paris contient de citoyens estimables et tout ce que la cour de France a de plus grand... » Voltaire fut reçu a Paris presque en triomphe, et il affirma ses opinions en se faisant Frère Maçon à la Loge des Neuf Sœurs, le 7 avril 1778. 11 mourut à Paris, le 3U mai suivant : et, bien qu'il eût signé et remis à M. l'abbé Gauthier une profession de foi par laquelle il déclarait qu'il mourait dans la religion catholique dans laquelle il était né, le curé de la paroisse Saint-Sulpiee lui refusa la sépulture religieuse. Un des neveux du défunt, l'abbé Mignot, abbé de Sallières, en Champagne, enterra en cachette et sans autorisation son corps dans le caveau de son abbaye. Les restes furent exhumés le 12 juillet 1791 et transférés au Panthéon,
.Le comte de la Touraille resta le défenseur fidèle du célèbre philosophe, et refusa de croire à son athéisme ou à son hypocrisie. Voici des extraits de lettres qu'il avait écrites à ce sujet :
Le 2 août 1775, il avait écrit du Palais Bourbon à Malesherbes une lettre d'une page dans laquelle il prenait la défense de Voltaire « son ami de quarante ans, -poursuivi pour un écrit contre la religion qui lui est attribué. Des prêtres en fureur demandent les cendres de ce « vieux destructeur de l'autel et du trône » ; de petits grenadiers hiératiques enflamment le courroux des plus estimables prélats » ; et, sans la protection de Malesherbes, à laquelle il fait appel, « le Nestor des beaux esprits sera obligé de traîner sa vieillesse ri se- infirmités dans une terre étrangère. » Il ajoute que « s'il esl permis de critiquer les ouvrages de Voltaire, la canaille littéraire ne devrait pas outrager sa personne, ni se réunir pour le traîner en place de Grève. »
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Et, le 18 septembre 1778, il écrit à M. Feller, ancien jésuite, rédacteur du « Journal de Luxembourg » (I :
a J'étais l'autre jour, monsieur, à la toilette d'une de vos abonnées, et je lus, par hasard, sur les débiis d'une papillotte, ces mots imprimés : « Son cadavre proscrit et abhorré, etc. ». Je crus d'abord que c'était lui fragment de la \iii de Cartouche, i Poinl du tout, me dil la dame abonnée, on parle de M. de Voltaire, sur les cendres duquel un journaliste effronté (1) ne cesse de vomir les invectives les plus dégoûtantes . Je me suis donné, monsieur, la peine de lire tout ce qui s'est échappé de votre plume à cel égard. D'après cela, je crois devoir vous avertir que vous avez très grand tort, non de faire votre métier de colporteur de sottises, mais de conter tant d'abominations relatives à M. de Voltaire, dont pas une n'est conforme à la vérité... M. de Voltaire, que j'ai été voir, avec tout ce que Paris contienl de citoyens estimables, et tout ce que la Cour de France a de plus grand, est mort avec cette quiétude philosophique, qui va de l;i vie dans le sein du Dieu des miséricordes, et en homme qui sait pardonner aux fureurs de la calomnie... J'ose croire qu'on ne devait point '.'aire à cet homme célèbre un refus scandaleux «tes honneurs de hi sépulture religieuse. Le médecin et la garde-malade, que vous attestez sur la foi de votre correspondant, n'ont donné que de l'admiration et des regrets à la mort de M. de Voltaire, qui* avant de rendre le dernier soupir, n'a ni dévoré ses excréments, ni anathématisé la terre qui l'a reçu... Je veux croire, en bon chrétien, que je me fais profession d'être, que îes fanatiques détracteurs de M. de Voltaire, qui devraient enfin le laisser vivre après sa mort, sont en dehors de leurs calomnies et de leurs pamphlets, les meilleurs gens du monde... »
J. Ch. comte de la Tour aille.
La Touraille 1910.
(1) u Recueil », T. II, p. 59.
(1) Fellbb (François-Xavier de), né à Bruxelles en 1735 Se fit Jésuite en L754, dirigea le « Journal historique et Littéraire » publié a Luxem bourg de 1774 à 1789. où il se mo] te partial et passionné. Il
mourut à Ratisbonne en 1802.