‹ Le Comte De Monte-Christo Par Alexandre DumasChapitre 12 sur 35 · RENCONTRE · texte numérisé non relu

RENCONTRE

Monte-Cbristo ne pul tenir à cette preuve d'affection, et ce ne fut point la main qu'il tendit au jeune homme, mais ses deux bras qu'il lui ouvrit.

— Morrel, lui dit-il d'une voix émue, c'est un beau jour pour moi que celui où je me sens aimé d'un homme comme vous. Bonjour, M. Emmanuel.

Vous venez donc avec moi, Maximilien?

— Pardieu ! dit le jeune capitaine, en aviez-vous douté?

— Mais cependant si j'avais lort...

— Ecoutez, je vous ai regardé hier pendant toute cette scène de provocation, j'ai pensé à voire assurance toute cette nuil, et je me suis dit que la justice devait être pour vous ou qu'il n'y avait plus aucun fond à faire sur le visage des hommes.

— Cependant, Morrel, Albert est votre ami?

— -Une simple connaissance, comte.

— Vous l'avez vu pour la première fois le jour même que vous m'avez vu ?

— Oui, c'est vrai, mais que voulez-vous? il faut que vous me le rappeliez pour que je m'en souvienne.

— Merci, Morrel.

Puis, frappant un coup sur le timbre :

— Tiens, dit-il à Ali qui apparut aussitôt, fais porter cela chez mon notaire. C'est mon testament, Morrel. Moi mort, vous irez en prendre connaissance.

— Comment! s'écria Morrel, vous mort?

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— Eh ! ne faut-ii pas tout prévoir, cher ami? Mais qu*avoz-vou8 fait hier après m'avoir quitté ?

— J'ai été chez Tortoni, où, comme je m'y attendais, j'ai trouvé Beauchamp et Ghâteau-Aenaud. Je vous avoue que je les cherchais.

— Pourquoi faire, puisque tout cela était convenu?

-> Écoutez, comte, l'afibire est grave, inévitable.

— En doutiez-vous ?

— Non. L'offense a été publique, et chacun en parlait déjà.

— Eh bien?

— Eh bien ! j'espérais faire changer les armes, substituer Tépée au pistolet. Le pistolet est aveugle.

— A vez*vous réussi ? demanda vivement Monte- Christo avec une imperceptible lueur d'espoir.

— Non, car on connaît votre force à l'épée.

— Bah 1 Qui m'a donc trahi?

— Les maîtres d'armes que vous avez battus.

— Et vous avez échoué?

•— Ils ont refusé positivement.

— Morrel, dit le comte, m'avez-vous jamais vu tirer le pistolet?

— Jamais.

— Eh bien ! nous avons le temps, regardez.

Monte-Christo prit les pistolets qu'il tenait quand

Mercedes était entrée, et collant un as de trèfle contre la plaque, en quatre coups il enleva successivement les quatre branches du trèfle.

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A chaque coup Morrel pAlissait.

II examina les balles avec lesquelles Monte- Christo exéculail ce tour de force, et il vit qu'elles n'étaient pas plus grosses que des chevrotines.

— C'est effrayant, dit-il ; voyez donc, Emmanuel!

Puis, se relournant vers Monte-Christo :

^ Comte, dit» il, au nom du ciel, ne tuez pas Albert! le malheureux a une mère!

*- C'est juste, dit Monle-Christo, et moi je n'en ai pas.

Ces mots furent prononcés avec un ton qui fît frissonner Morrel.

•— Vous êtes TofTensé, comte.

— Sans doute ; qu'est-ce que cela veut dire?

— Cela veut dire que vous tirez le premier.

*- Je lire le premier?

— Oh ! cela je l'ai obtenu ou plutôt exigé ; nous leur faisions assez de concessions pour qu'ils nous flssent celle-là.

— Et à combien de pas?

— A vingt.

Un effrayant sourire passa sur les lèvres du comte.

— Morrel, dit-il, n'oubliez pas ce que vous venez de voir.

— Aussi, dit le jeune homme, je ne compte que sur votre émotion pour sauver Albert.

— Moi, ému? dit Monte-Christo.

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