‹ Le Comte De Monte-Christo Par Alexandre DumasChapitre 24 sur 35 · so · texte numérisé non relu

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S50 l'ateit.

-*- Ah ! oui , c'est Traii, murraara d'Avrîgny. Puis reTenant à Noirtier :

— Vous espérez, ditwl, que l'assassin se lassera?

— Non.

— Alors TOUS espérez que le poison sera sans effet sur Yalenline?

— Oai.

-— Car je ne vous apprends rien , n'est-ce pas , ajouta d'Avrigny, en vous disant qu'on vient d'essayer de l'empoisonner?

Le vieillard lit signe des yeux qu'il ne conservait aucun doute à ce sujet.

— Alors comment espérez-vous que Valent! ne édiappera ?

Noirtier tint avec obstination ses yeux fixés da même c6lé; d'Avrigny suivit la direction de ses yeux, et vit qu'ils étaient attaché.) sur une bouteille contenant la potion qu'on lui apportait tous les matins.

— Ah ! ah ! dit d'Avrigny, Frappé d'une idée subite, auriez*vous en l'idée...

Noirtier ne Je laissa point achever.

— Oui,fit.il.

— De la prémunir contre le poison...

-Oui.

— En l'habituant peu à peu...

— Oui, oui, oui, fit Noirtier, enchanté d'être compris.

— En effet , vous m'avez entendu dire 4|ii'il eo-*

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trait de la brtteîne dans les potions que je vous donne?

— Ouï.

— Et en Taccoutuniant à ce poison , vous avez voulu neutraliser les eOels d'un poison pareil ?

Même joie triomphante de Noirtier.

— £t vous y êtes parvenu en effet, s'écria d'Avrigny. Sans cette précaution, Yalentine était tuée au* joard*hui, tuée sans secours possible, tuée sans miséricorde ; la secousse a été violente , mais elle n*a été qu'ébranlée, et de celte fois du moins Yalentine ne mourra pas.

Une joie surhumaine épanouissait les yeux du vieillard, levés au ciel avec une expression de reconnaissance inGnie.

£n ce moment Yillefort rentra.

— Tenez, docteur , dit-il , voici ce que vous avez demandé.

— Cette potion a été préparée devant vous?

— Oui , répondit le procureur du roi.

— £lle n'est pas sortie de vos mains ?

-Non.

D'AvrJgny prit la bouteille, versa quelques gouttes du breuvage qu'elle contenait dans le creux de sa main et les avala.

— Bien, dit-il, montons chez Yalentine, j'y donnerai mes instructions à tout le monde, et vous veillerez vous-même, M. de Yillefort, à ce que personne ne s'en écarte.

25â l'avau.

Au moment où d'Avrîgny rentrait dans la chambre de Yalenline, accompagné de Villefort, un pré- Ire italien, à la démarche sévère, aux paroles calmes et décidées , louait pour son usage la maison altenanle à l'hôtel habité par M. de Villefort.

On ne put savoir en vertu de quelle transaction les trois locataires de cette maison déménagèrent deux heures après : mais le bruit qui courut généralement dans le quartier fut que la maison n'était pas solidement assise sur ses fondations et menaçait ruine, ce qui n'empêcha point le nouveau locataire de s'y établir avec son modeste mobilier le jour même, vers les cinq heures.

Ce bail fut fait pour trois , six ou neuf ans par le nouveau locataire , qui, selon l'habitude établie par les propriétaires , paya six mois d'avance ; ce nouveau locataire, qui, ainsi que nous l'avons dit , était Italien , s'appelait il signor Giacomo Busoni.

Des ouvriers furent immédiatement appelés, et la nuit même les rares passants attardés au haut du faubourg voyaient avec surprise les charpentiers et les maçons occupés à reprendre en sous-œuvre la maison chancelante.

Le pire et la fille.

Nous avons vu , dans le chapitre précédent, madame Danglars venir annoncer officiellement à madame de Villefort le prochain mariage de mademoiselle Eugénie Danglars avec M. Andréa Gavalcanti.

Cette annonce officielle, qui indiquait ou semblait indiquer une résolution prise par tous les intéressés à celte grande affaire, avait cependant été précédée d'une scène dont nous devons compte à nos lec> teurs.

Nous les prierons donc de faire un pas en arrière, et de se transporter, le matin même de cette jour-

254 L& Huit BT Ik FIllE.

née aox grandes caUslrophes , dans ce beau salon si bien doré que nous lui avons fait connailre et qui faisait Torgueil de son propriétaire , M. le baron Danglars.

Dans ce salon en effet, vers les dix heures du matin, se promenait depuis quelques minutes, tout pensif et visiblement inquiet, le banquier lui-même, regardant à chaque porleet s'arrétant à chaque bruit.

Lorsque sa somme de patience fut épuisée, il appela le valet de chambre.

— Etienne, lui dit-il, voyez donc pourquoi mademoiselle Eugénie m'a prié de l'attendre au salon, et informez-vous pourquoi elle m*y fait attendre si longtemps.

Getle bouffée de mauvaise humeur exhalée , le baron reprit un peu de calme.

£n effet, mademoiselle Danglars, après son réveil^ avait fait demander une audience i son père , et avait désigné \t salon doré comme le lieu de cette audience. La singularité de cette démarche , son caractère officiel surtout ^ n'avaient pas médiocrement surpris le banquier, qui avait immédiatement obtempéré au désir de sa fille en se rendant le premier au ^alou.

Etienne revint bientôt de son ambassade.

— La femme de chambre de mademoiselle ^ ditil , m'a annoncé que mademoiselle achevait sa toiletté èl ne tarderait pa$ à venir.

Dingtar» fit ttti feigne de tête indiquant qu'il était

LE FtRX ET LA VILLE* 23b

satisfait» Danglars ^ vis-à-vis du monde et même vis*à-vis de ses gens , affectait le bonhomme et le père faible : c*ctait une face du rôle qu'il s*était imposé dans la comédie populaire qu*il jouait ; c'était une physionomie qu'il avait adoptée et qui lui semblait convenir comme il convenait aux profils droits des masques des pères du théâtre antique d'avoir la lèvre retroussée et riante, tandis que le côté gauche avait la lèvre abaissée et pleurnicheuse.

Hâtons^nous de dire que, dans l'intimité, la lèvre retroussée et riante descendait au niveau de la lèvre abaissée et pleurnicheuse ; de sorte que , pour la plupart du temps, le bonhomme disparaissait pour faire place au mari brutal et au père absolu.

-^ Pourquoi diable cette folle, qui veut me parler, à ce qu'elle prétend , murmurait Danglars , ne vient-elle pas simplement dans mon cabinet, pensait-il, et pourquoi surtout veut^elle me parler?

Il roulait pour la vingtième fois cette pensée inquiétante dans son cerveau , lorsque la porte s'ouvrit et qtt'£ugénie parut, vêtue d'une robe de satin noir brochée de (leurs mates de la même couleur, coiflée en cheveux et gantée , comme s'il se fût agi d'aller s'asseoir dans son bon fauteuil du Théâtre- Italien.

— Ëh bien, Eugénie, qu'y a-t-il donc ? s'écria le père, et pourquoi le salon solennel, tandis qu'on est si bien dans mon cabinet ?

— Yoos avec parfaitement raison, monteur, ré-

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