‹ Le comte de Montecristo (volume 2)Chapitre 22 sur 31 · LE CAVEAU DE LA FAMILLE VILLEFORT. SOI · texte numérisé non relu

LE CAVEAU DE LA FAMILLE VILLEFORT. SOI

pinay s'accommodera d'un grand-beau-père qui ne peut se passer de sa femme; mais où est-il, Franz? — Mais il est dans la première voiture avec M. de Villefort, qui le considère déjà comme étant de la famille. »

Dans chacune des voitures qui suivaient le deuil la conversation était h peu près pareille ; on s'étonnait de ces deux morts si rapprochées et si rapides, mais dans aucune on ne soupçonnait le terrible secret qu'avait, dans sa promenade nocturne, révélé M. d'Avrigny h M. de Villefort.

Au bout d'une heure de marche à peu près, on arriva à la porte du cimetière : il faisait un temps calme, mais sombre, et par conséquent assez en harmonie avec la funèbre cérémonie qu'on y venait accomplir. Parmi les groupes qui se dirigèrent vers le caveau de famille, Château-Renaud reconnut Morrel, qui était venu tout seul et en cabriolet; il marchait seul, très-pâle et silencieux sur le petit chemin bordé d'ifs.

K Vous ici? n dit Château-Renaud en passant son bras sous celui du jeune capitaine ; « vous connaissez donc M. de Villefort? Comment se fait-il donc, en ce cas, que je ne vous aie jamais vu chez lui? — Ce n'est pas M. de Villefort que je connais , » répondit Morrel , u c'est madame de Saint- Méran que je connaissais. »

En ce moment Albert les rejoignit avec Franz. « L'endroit est mal choisi pour une présentation, » dit Albert; « mais n'importe, nous ne sommes pas superstitieux. M. Morrel, permettez que je vous présente M. IPranz d'Êpinay, un excellent compagnon de voyage avec lequel j'ai fait le tour de l'Italie. Mon cher Franz, M. Maximilien Morrel, un excellent ami que je me suis acquis en ton absence, et dont tu entendras revenir le nom dans ma conversation toutes les fois que j'aurai à parler de cœur, d'esprit et d'amabilité. » Morrel eut un moment d'indécision. 11 se demanda si ce n'était pas une condamnable hypocrisie que ce salut presque amical adressé à l'homme qu'il combattait sourdement ; mais 5. 18

son serinent et la gravite des circonstances lui revinrent en mémoire : il s'efforça de ne rien laisser paraître sur son vi* sage, et salua Franz en se contenant.

(( Mademoiselle de Villefort est bien triste, n'est-ce pas? » dit Debray k Franz, u — Oh ! monsieur, » répondit Franz, « d'une tristesse inexprimable ; ce matin elle était si défaite que je Fai à peine reconnue. »

Ces mots si simples eu apparence brisèrent le cœur de Morrd. Cet homme avait donc vu Valentine, il lui avait donc parlé? Ce fut alors que le jeune et bouillant officier eut besoin de toute sa force pour résister au désir de violer son serment. 11 prit le bras de Chéteau-Renaud et Tentraina rapidement vers le caveau devant lequel les employés des pompes funèbres venaient de déposer les deux cercueils.

«( Magnifique habitation ! » dit Beauchamp en jetant les yeux sur le mausolée, « palais d'été, palais d'hiver. Vous y demeurerez h votre tour, mon cher d'Épinay, car vous voilà bientôt de la famille. Moi, en ma qualité de philosophe, je veux une petite* maison de campagne, un cottage li-bas sous les arbres, et pas tant de pierres de taille sur mon pauvre corps. En mourant, je dirai à ceux qui m'entoureront ce que Voltaire écrivait à Piron : Eo rus, et tout sera fini... Allons, morbleu! Franz, du courage, votre femme hérite. — En vérité, fieauchamp, » dit Franz, « vous êtes insupportable. Les affaires politiques vous ont donné l'habitude de rire de tout, et les hommes qui mènent les affaires, l'habitude de ne croire i rien. Mais enfin, Beauchamp, quand vous avez l'honneur de vous trouver avec des hommes ordinaires, et le bonheur de quitter un instant la politique, tâchez donc de reprendre votre cœur que vous laissez au bureau des cannes de la chambre des députés ou de la chambre des pairs. — Eh! mon Dieu, » dit Beaucliamp, « qu'est-ce que la vie? une halte dans l'antichambre de k mort. — Je prends Beauchamp en grippe, » dit Albert; et il se retira k quatre pas en arrière avec Franx » laisaanl

Page 1