‹ Le comte de Montecristo (volume 2)Chapitre 25 sur 31 · LE CAVEAU DE LA FAMILLE VILLEFORT. WF · texte numérisé non relu

LE CAVEAU DE LA FAMILLE VILLEFORT. WF

elle était constamment penchée sur son fils, Il était difficile de lire sur son visage ce qui se passait dans son cœur. M. de Villefort était, comme toujours, impassible.

Le notaire, après avoir, avec la méthode ordinaire aux gens de loi , rangé les papiers sur la table , avoir pris place dans son fauteuil et avoir relevé ses lunettes, se tourna vers Franz. « G*est vous, qui êtes M. Franz de Quesnel, baron d'Épinay? » demanda-t-il , quoiqu'il le sut purraitement. « — Oui, monsieur, « répondit Franz. Le notaire s'inclina. « — Je dois donc vous prévenir, monsieur, » dil-il, « et cela de la part de M. de Villefort, que votre mariage projeté avec mademoiselle de Villefort a changé les dispositions de M. de Noirtier envers sa petite-fille , et qu'il aliène entièrement la fortune qu'il devait lui transmettre. Hâtonsnous d'ajouter, » continua le notaire, « que le testateur n'ayant le droit d'aliéner qu'une partie de sa fortune, et ayant aliéné le tout, le testament ne résistera point h l'attaque, mais sera déclaré nul et non avenu. — Oui, n dit Villefort ; « seulement je préviens d'avance M. d'Épinay que , de mon vivant , jamais le testament de mon père ne sera attaqué, ma position me défendant jusqu'à l'ombre d'un scandale. — Monsieur, » dit Franz, « je suis fâché qu'on ait devant mademoiselle Valentine soulevé une pa* reille question. Je ne me suis jamais informé du chiffre de sa fortune , qui , si réduite qu'elle soit, sera plus considérable encore que la mienne. Ce que ma famille a recherché dans ralllance de M. de Villefort, c'est la considération; ce que je recherche, c'est le bonheur. » Valentine fit un signe imperceptible de remerciment , tandis que deux larmes silencieuses roulaient le long de ses joues, u — D'ailleurs , monsieur, » dit Villefort s'adressant h son futur gendre, « à part cette perte d'une portion de vos espérances , ce testament Inattendu n'a rien qui doive personnellement vous blesser ; il s'explique par la faiblesse d'esprit de M. JNoirtIer. Ce qui déplaît à mon père, ce n'est point que

mademoiselle de Villefort vous épouse, c'est que Valentine se marie ; une union avec tout autre lui eût inspiré le même chagrin. La vieillesse est égoïste, monsieur, et mademoiselle de Villefort faisait h M. Noirtîer une fidèle compagnie que ne pourra plus lui faire madame la baronne d*Épinay. L'état malheureux dans lequel se trouve mon père fait qu'on lui parle rarement d'affaires sérieuses que la faiblesse de son esprit ne lui permettrait pas de suivre, et je suis parfaitement convaincu qu'à cette heure, tout en conservant le souvenir que sa petite-fille se marie, M. Noirtier a oublié jusqu'au nom de celui qui va devenir son petit-fils. »

A peine M. de Villefort achevait^il ces paroles auxquelles Franz répondait par un salut, que la porte du salon s'ouvrit et que Barrois parut, «c Messieurs, » dit-il d'une voix étrangement ferme pour un serviteur qui parle à ses maîtres dans une circonstance si solennelle, « messieurs, M. Noirtier de Villefort désire parler sur-le-champ à M. Franz de Qucsnel, baron d'Épinay. » Lui aussi, comme le notaire, et afin qu'il ne put y avoir erreur de personne, donnait tous ses titres au fiancé.

Villefort tressaillit, madame de Villefort laissa glisser son fils de dessus ses genoux, Valentine se leva pâle et muette comme une statue. Albert et Château-Renaud échangèrent un second regard plus étonné encore que le premier. Le notaire regarda Villefort. <( C'est impossible, » dit le procureur du roi ; « d'ailleurs M. d'Épinay ne peut quitter le salon en ce moment. — C'est justement en ce moment, » reprit Barrois avec la même fermeté, « que M. Noirtier, mon maître, désire parler d'affaires importantes à M. Franz d'Épinay. — II parle donc k présent bon papa Noirtier ? » demanda Edouard avec son impertinence habituelle. Mais celte saillie ne fit pas même sourire madame de Villefort, tant les esprits étaient préoccupés, tant la situation paraissait solennelle. « —Dites à M. Noirtier, » reprit Villlefort,

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