‹ Le comte de Montecristo (volume 2)Chapitre 29 sur 31 · BEAUCHAMP · texte numérisé non relu

BEAUCHAMP

Pendant quinze jours il ne fut bruit dans Paris que de cette tentative de vol faite si audacieusement chez le comte: le mourant avait signé une déclaration qui indiquait Benedetto comme son assassin. La police fut invitée k lancer tous ses agents sur les traces du meurtrier. Le couteau de Caderousse, la lanterne sourde, le trousseau de clefs et les habits, moins le gilet qui ne put se retrouver, furent déposés au greffe ; le corps fut emporté à la Morgue. A tout le monde le comte répondit que cette aventure s'était passée tandis qu'il était à sa maison d'Auteuil, et qu'il n'en savait par conséquent que ce que lui en avait dit l'abbé Busoni, qui

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ce soir-là, par le plus grand hasard, lui avait demandé à passer la nuit chez lui pour faire des recherches dans quelques livres précieux que contenait sa bibliothèque, fierluccio seul pâlissait toutes les fois que ce nom de Benedetto était prononcé en sa présence; mais il n'y avait aucun motif pour que quelqu*un s'aperçût de la pâleur de Ber-

Villefort, appelé à constater le crime, avait réclamé l'affaire, et conduisait l'instruction avec cette ardeur passion* liée qu'il mettait à toutes les causes criminelles où il était appelé à porter la parole. Mais trois semaines s'étaient déjà ■passées sans que les recherches les plus actives eussent amené aucun résultat, et l'on commençait à oublier dans le monde la tentative de vol faite chez le comte et l'assassinat du voleur par son complice, pour s'occuper du prochain mariage de mademoiselle Danglars avec le comte Andréa Cavalcanti. . Ce mariage était à peu près déclaré, et le jeune homme était reçu chez le banquier à litre de fiancé. On avait écrit à M. Cavalcanti père, qui avait fort approuvé le mariage, et qui, en exprimant tous ses regrets de ce que son service Tempéchait absolument de quitter Parme, où il était, déclarait consentir à donner le capital de cent cinquante mille livres de i*ente. II était convenu que les trois millions seraient placés chez Danglars, qui les ferait valoir ; quelques personnes avaient bien essayé de donner au jeune homme des doutes sur la solidité de la position de son futur beaupère qui depuis quelque temps éprouvait à la Bourse des pertes réitérées ; mais le jeune homme, avec un désintéressement et une confiance sublimes, repoussa tous ces vains propos, dont il eut la délicatesse de ne pas dire une seule parole au baron. Aussi le baron adorait-il le comte Andréa Cavalcanti.

Il n'en était pas de même de mademoiselle Eugénie Danglars. Dans sa haine instinctive contre le mariage, elle avait accueilli Andréa comme un moyen d'éloigner Morcerf ; mais

maintenant qu'Andréa se rapprochait trop, elle commençait à éprouver pour Andrca une visible répulsion. Peutêtre le baron s'en était-il aperçu ; mais comme il ne pouvait attribuer cette répulsion qu'à un caprice, il avait fait semblant de ne pas s'en apercevoir.

Cependant le délai demandé par Beauchamp était presque écoulé. Au reste, Morcerf avait pu apprécier la valeur du conseil de Montecristo, quand celui-ci lui avait dit de laisser tomber les choses d'elles-mêmes ; personne n'avait relevé la note sur le général, et nul ne s'était avisé de reconnaître dans l'officier qui avait livré le château de Janina le noble comte siégeant h la chambre des pairs. Albert ne s'en trouvait pas moins insulté, car l'intention de l'oiTcnse était bien certainement dans les quelques lignes qui l'avaient blessé. En outre, la façon dont Beauchamp avait terminé la conférence avait laissé un amer souvenir dans son cœur. Il caressait donc dans son esprit l'idée de ce duel, dont il espérait, si Beauchamp voulait bien s'y prêter, dérober la cause réelle, même à ses témoins.

Quant à Beauchamp, on ne l'avait pas revu depuis le jour de la visite qu'Albert lui avait faite, et à tous ceux qui le demandaient on répondait qu'il élait absent pour un voyage de quelques jours. Où était-il ? personne n'en savait rien.

Un matin, Albert fut réveillé par son valet de chambre, qui lui annonça Beauchamp. Albert se frotta les yeux, ordonna que l'on fit attendre Beauchamp dans le petit salonfumoir du rez-de-chaussée, s'habilla vivement, et descendit. Il trouva Beauchamp se promenant de long en large ; en l'apercevant, Beauchamp s'aiTêta. «c La démarche que vous tentez en vous présentant chez moi de vous-même, et sans attendre la visite que je comptais vous faire aujourd'hui, me semble d'un bon augure, monsieur, » dit Albert ; « voyons, dites vite, faut-il que je vous tende la main en disant : u Beauchamp, avouez un tort et conservez-moi un « ami? » ou faut-il que tout simplement je vous demande :

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