‹ Le comte de MontecristoChapitre 20 sur 52 · LA HOUTE DE BELGIQUE. M · texte numérisé non relu

LA HOUTE DE BELGIQUE. M

elle est la bienvenue. — Comme lu es forte et courageuse ! « dit la blonde et frêle jeune fille à sa brune compagne, « — Ne me connaissais -tu donc point encore? Allons, voyons, Louise, causons de toutes nos affaires. Ln voiture de poste... — Est scbelée heureusement depuis trois jours. — L'as-tu bit conduire où nous devions la prendre? — Oui. — Notre passe-port? — Le voilà! >> Et Eugénie, avec son aplomb babituel , déplia un papier imprimé et lut :

H H. Léon d'Armilly, âgé de vingt ans; profession, nr- •I liste; cheveux noirs, yeux noirs; voyageant avec sa

•I A merveille ! Par qui donc t'es-tu procuré ce passeport? — En allant demander ù H. de Hontecristo des lettres pour les directeurs des théâtres de Rome et de Naples , je lui ai exprimé mes craintes de voyager en femme; il les a parfaitement comprises , s'est mis à ma disposition pour me procurer un passe-port d'homme, et deux jours après j'ai reçu cdui-ci , auquel j'ai ajouté de ma mnin : voyageant avec sa tœur. — Eb bien ! " dit gaiement Eugénie, « il ne s'agit plus que de faire nos malles ; nous partirons le soir de la signature du contrat, au lieu de partir le soir des noces; voilù tout. — Réflëchis bien , Eugénie. — Oh ! toutes mes réflexions sont faites ; je suis lasse de n'entendre parler que de reports, de fins de mois, de hausse, de haisso, de fonds espagnols, de papier haïtien. Au lieu de cela, Louise, comprends-tu? l'air, la liberté, le chant des oiseaux , les plaines de la Lombardie, les canaux de Venise, les palais de Aume, la plsge de Naples. Combien possédons-nous, Louise? >< La jeune fille qu'on interrogeait tira d'un secrétaire incrusté un petit portefeuille à serrure qu'elle ouvrit, et dans lequel elle compte vingt-trois hiltels de banque. '< ~ Vingt-trois mille francs , » dit-elle. •< — Et pour autant uu moins de perles , de diamants et de bijoux , « dit Eugénie. « Nous ««mmee

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riches. Avec quaraDte-cinq mille TraDcs, nous avons de quoi vivre en princesses pendant deux uns, ou convenablement pendant quatre. Hais avant six mois , toi avec ta musique, moi avecmaToix, nous aurons doublé notre capiU). Allons, efaarge-toi de l'argent , moi je me charge du coffiret aux pierreries ; de sorte que si l'une de nous avait le malheur de perdre soa trésor, l'autre aurait toujours le sien. Maintenant, la valise; bàtons-nous; la valise! — Attends! » dît Louise allant écouter à la porte de madame Danglars. « — Que crains-tu? — Qu'on ne nous surprenne. — La porte est fermée. — Qu'an ne nous dise d'ouvrir. — Qu'on le dise si l'on veut, nous n'ouvrirons pas. — Tu es une véritable amazone, Eugénie! »

Et les deux jeunes filles se mireat , avec une prodigieuse activité , k entasser dans une malle tous les objets de voyage dont elles croyaient avoir besoin. " Là , maintenant , i> dit Eugénie, « taudis que je vais changer de costume, ferme la valise, toi.» Louise appuya de toule la force de ses petites mains blanches sur le couvercle de la malle. « — Mais je ne puis pas , » dit-elle , » je ne suis pas assez forte ; ferme-la , loi. — Ah t c'est juste , « dit en riant Eugénie , « j'oubliais que je suis Hercule , moi , et que tu n'es , toi . que la pAle Omphale. » Et la jeune fille, appuyant le genou sur la malle, roidit ses bras blancs et musculeux jusqu'à ce que les deux compartiments de la valise fussent joints , et que mademoiselle d'Armilly eût passé le croehet du cadenas entre les deux pitons.

Cette opération terminée , Eugénie ouvrit une commode, dont elle avait la clef sur elle , et elle en tira une mante de voyage en soie violette ouatée. « Tiens, » dit-elle, « tu vois que j'ai pensé à tout; avec cette mante, tu n'auras point froid. — Hais toi ? — Oh ! mot , je n'ai jamais froid . tu le sais bien ; d'ailleurs avec ces habits d'homme. . — Tu vas t'habiller ici? — Sans doute. — Mais auras-tu le temps? — N'aie donc pas la moindre inquiétude , poltronne ; tous nos

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