LA BOITTE DE BELGIQUE. I(H
geDS sont occupés de la gi-ande afiaire. D'ailleurs qu'7 a-t-il d'étonnaot, quand on songe au désespoir dans lequel je dois être, que je me sois enfermée, dis? — Non, c'est vrai, tu me rassures. — Viens, aide-moi. «
Et du même tiroir dont elle avait iait sortir la mante qu'elle venait de donner Ji mademoiselle d'ArmilIy et dont celle-ci avait déjà couvert ses épaules , elle tira un costume d'homme complet, depuis les bottines jusqu'à la redingote , avec une provision de linge où il n'y avait rien de superflu, mais OiJ se trouvait le nécessaire. Alors avec une promptitude qui indiquait que ce n'était sans doute pas la première fois qu'en se jouant elle avait revêtu les habits d'un autre sexe, Eugénie chaussa ses bottines, passa un pantalon, chiffonna sa cravate , boutonna jusqu'à son cou un gilet montant , et endossa une redingote qui dessinait sa taille fine et cambrée.
■ Oh ! c'est très-bien ! en vérité c'est très-bien ! » dit Louise en la regardant avec admiration ; « mais ces beaux cheveux noirs, ces nattes magnifiques qui faisaient soupirer d'envie toutes les femmes , tiendront-ils sous un chapeau d'homme comme celui que j'aperçois là? — Tu vas voir ! » dit Eugénie. Et saisissant avec sa main gauche la tresse épaisse sur laquelle ses longs doigts ne se refermaient qu'à peine, elle saisit de sa main droite une paire de longs ciseaux, et bientôt l'acier cria au milieu de la riche et splendi de chevelure, qui tomba tout entière aux pieds de la jeune fille, renversée en arrière pour l'isoler de sa redingote. Puis, la natte supérieure abattue , Eugénie passa à celles de ses tempes , qu'elle abattit successivement, sans laisser échapper le moindre regret : au contraire , ses yeux brillèrent plus pétillants et plus joyeux encore que de coutume sous ses sourcils noirs comme l'ébène. a — Oh ! les magnifiques cheveux ! « dit Louise avec regret. " — Eh ! ne suis-je pas cent fois mieux ainsi? « s'écria Eugénie en lissant les boucles éparses de sa coiffure devenue toute masculine , n et ne me trouves-tu
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10S LE COHTE DE H0NTEGRI6T0.
donc pas plus belle ainsi ? — Oh ! tu es belle , belle toujours! » s'écria Louise. « Maintenant, où allon^nous? — Msis , à Bruxelles, si tu veux ; c'est la frontière la plus proche. Nous gagnerons Bruxelles, Liège, Aix-la-Chapelle ; nous remonterons le Rhin jusqu'à Strasbourg , nous traverserons la Suisse et nous descendrons en Italie par le Saint-Gothard. Cela le va-t-il? — Mais, ouï. — Que regardes-tu? — Je te regarde. En vérité tu es adorable ainsi , on dirait que tu m'enlèves. - — £b pardieu ! ou aurait raison. - — Oh ! je crois que tu as juré, Eugénie? i> Et les deux jeunes filles, que chacun eût pu croire plongées dans les larmes , l'une pour son propre compte, l'autre par dévouement à son amie, ëdatèrcnt de rire , tout en faisant disparaître les traces les plus visibles du désordre qui naturellement avait accompagné les apprêts de leur évasion.
Puis, ayant souillé leurs lumières, l'œil interrogateur, l'oreille au guet , le cou lendu , les deux fugitives ouvrirent la porte d'un cabinet de toilette qui donnait sur un esca)icr de service descendant jusqu'à la cour, Eugénie marchant la première, et soutenant d'un bras la valise que par l'anse opposée mademcHselle d'Armiily soulevait à peine de ses deux mains.
La cour était vide. Minuit sonnait. Le eonciei|;e veillait encore- Eugénie s'approcha tout doucenient et vit le digne suisse qui dormait au fond de la loge, étendu dans son fauteuil. Elle retourna vers Louise , reprit la malle qu'elle avait un instant posée à terre , et toutes deux , suivant l'ombre projetée par la muraille , gagnèrent la voûte. Eugénie fit cacher Louise dans l'angle de la porte , de manière à ce que le concierge, s'il lui plaisait par hasard de se réveiller, ne vît qu'une personne. Puis , s'offrant elle-même au pleiu rayonnement de la lampe qui éclairait la cour ; » La porte ! » criat-elle de sa plus belle voix de contralto en frappant à la vitre.
Le concierge se leva comme l'avait prévu Eugénie, et fit
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