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R^ardez-moi , madame , regardez autour de moi : les hommes m'ont-ilfi traité en frère, m'ont-ils aime, moi? m'ont-ils ménagé, moi? m'ont-ils épargné, moi? Quelqu'un a-t-il demandé grâce pour H. de Vlllefort, et a-t-on accordé à ce quelqu'un la grâce de M. de Villefort? Non! non! non! Irappé , toujours frappé! Vous persistez, femme, c'est-àdire sirène que vous êtes, h me regarder avec cet ceil charmant et expressif qui me rappelle que je dois rougir. Eh bien ! sott, oui , rougir de ce que vous savez, et peut-être... peut-être d'autre chose encore ! Mais enfin , depuis que j'ai failli moi-même , et plus profondément que ies autres peutêtre , eh bien ! depuis ce temps j'ai secoué les vêtements d'autrui pour trouver l'ulcère, et je l'ai toujours trouvé , et je dirai plus , je l'ai trouvé avec bonheur, avec joie , ce cachet de la faiblesse ou de la perversité humaine ! Car chaque homme que je reconnaissais coupable , et chaque coupable que je frappais, me semblait une preuve vivante, une preuve nouvelle que je n'étais pas une hideuse exception! Hélas! hélas ! béhs ! tout le monde est méchant , madame , prouvons-le , et frappons le méchant ! » Villefort prononça ces dernières paroles avec une rage fiévreuse qui donnait à son langage une féroce éloquence. " — Mais, « reprit madame Danglers essayant de tenter un dernier effort, « vous dites que ce jeune homme est vagabond, orphelin, abandonné de tous. — Tant pis, tant pis, ou plutôt tant mieux ; la Providence l'a fait ainsi pour que personne n'eût à pleurer sur lui. — C'est s'acharner sur le faible , monsieur. — Le faible qui assassine! — Son déshonneur rejaillît sur ma maison. — N'ai-jepas, moi, la mort dans la mienne? — Oh! monsieur, « s'écria la baronne, » vous êtes sans pitié pour les autres 1 Eh bien ! c'est moi qui vous le dis , on sera sans pitié pour vous! — Soit! " dit Villefort en levant avec un geste de menace son bras au ciel, •> — Remettez au moins )a cause de ce malheureux, s'il est arrêté, aux assises prochaines; cela nous donnera six mois pour qu'on oublie.
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— Non pas , » dit Villefort ; ■ j'ai cinq jours encore ; l'iostmction est faite; cinq jours, c'est plus de temps qu'il ne m'en faut ; d'ailleurs ne comprenez- vous point , madame , qae moi aussi il faut que j'oublie ? Eli bien ! qunnd je travaille , et je travaille nuit et jour ; quand je traTailIe , il y a des moments où je ne me souviens plus , et quand je ne me souviens plus , je suis heureux à la manière des morts ; mais cda TBUt encore mieux que de souffrir. ~ Monsieur , il s'est enfui; laissez-le fiiir, l'inertie est une clémence facile.
— Hais je vous ai dit qu'il était trop tard ; au point du jour le télégraphe a joue , et à cette heure. . , — Monsieur , « dit le valet de chambre en entrant , » un dragon apporte cette dépêche du ministère de l'intérieur. » Villefort saisit la lettre , et la décacheta vivement. Madame Danglars frémit de terreur, Villefort tressaillit de joie, « — Arrêté ! « s'écria Villefort; « on l'a arrêté à Compiègne; c'est fini. » Madame Danglars se leva froide et pâle. « — Adieu, monsieur, » dit-elle. » — Adieu , madame , « répondit le procureur du roi presque joyeux en la reconduisant jusqu'à la porte. Puis revenant à son bureau : » Allons , » dit-il en frappant sur la lettre avec le dos de la main droite ; « j'avais un fouz , j'avais trois vols , j'avais deux incendies , il ne me manquait qu'un assassinat , le voici ; la session sera belle ! »
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