‹ Le comte de MontecristoChapitre 5 sur 52 · LA NUIT. IS · texte numérisé non relu

LA NUIT. IS

mndame, je l'espère du moins. Eb bien ! je vais vous le dire, mt». J'étais arrêté, j'élais prisonnier, parce que sous la tonnelle de la Réserve, la veille même du jour où je devais vous épouser, un homme, nommé Danglars, avait écrit cette lettre que le pécheur Fernand se chai^ea lui-même de mettre à la poste. "

Et Montecmto, allant à un secrétaire, fit jaillir un tiroir où il prit un papier qui avait perdu sa couleur première et dont l'encre était devenue couleur de rouille, qu'il mit sous les yeux de Mercedes. C'était la lettre de Danglars au procureur du roi, que, le jour où il avait payé les deux cent mille fraocB à M. de Bovitle, Je comte de Hontecristo, déguisé en mandataire de la maison Tbomson et French, avait soustraite au dossier d'Edmond Dantès. Hercédès lut avec effroi les lignes suivantes :

« M. le procureur du roi est prévenu par un ami du H trône et de la religion que le nommé Edmond Dantès, " second du navire le Pharaon, arrivé ce matin de Smyrne, « après avoir toucbé h Naples et k Porto - Ferrajo , a été •' chargé par Hurat d'une lettre pour l'usurpateur, et par » l'usurpateur d'une lettre pour le comité bonapartiste de • Paris.

« On aura Ja preuve de ce crime en l'arrêtant , car on n trouvera cette lettre ou sur lui, ou chez son père, ou <i dans sa cabine à bord du Pharaon. »

« Oh! mon Dieu ! » fit Hercédès en passant sa main sur son front mouillé de sueur; « et cette lettre... — Je l'ai aehetée deux cent mille francs, madame, » dit Hontecristo ; «'mais c'est bon marché encore, puisqu'elle me permet aujourd'hui de me disculper à vos yeux. — Et le résultat de cette lettre... — Vous le savez, madame, a été mon arrestation ; mais ce que vous ne savez pas, madame, c'est le temps qu'elle a duré., celte arrestation. Ce que vous ne savez pas, c'est que je suis resté quatorze ans à un quart de lieue de vons, dans un eacbot du château d'If. Ce que vous

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œ savez pas, c'egt que, chaque jour de ces quatorze ans, j'ai renouvelé le vœu de vengeance que j'avais fiiil le premier jour, et cependant j'ignorais que vous aviez épousé Fernsod, mon di^nonciatcur, et que mou père ëtail mort, et mort de faim I — Juste Dieu ! » s'écria Mercedes chancelante. " — Mais voilà ce que j'ai su en sortant de prison , quatorze ans après y être entré, et voilà ce qui fait que sur Mercédèj vivante et sur mon père mort j'ai juré de me venger de Fi'mand, et... et je me venge. — Et vous êtes sûr que le malheureux Fernand a fait cela? — Sur mon âme , madame, et il l'a fait comme je vous le disj d'ailleurs ce n'est pas beaucoup plus odieux que d'avoir, Français d'adoption , passé aux Anglais ; Espagnol de naissance , Comhnltu contre les Espagnols ; slipendiaire d'Ali, trahi et assassiné Ali. En face de pareilles choses, qu'était-ce que la lettre que vous venez de lire? une mystification galante que doit pardonner, je l'avoue et le comprends, la femme qui a épouse cet homme, mais que ne pardonne pas l'amant qui devait l'épouser. Eh bien ! les Français ne se sont pas vengés du traître ; les Espagnols n'ont pas fusillé le traître ; Ali, couché dans sa tombe, a laissé impuni le traître ; mais moi, trahi', assassiné, jeté aussi dans une tombe, je suis sorti de cette tombe par )a grâce de Dieu , je dois h Dieu de me venger j il m'envoie pour cela, et me voici. " La pauvre femme laissa retomber sa tête et ses mains ; ses jambes plièrent sous elle et elle tomba à genoux. >< — Pardonnez, Edmond , » dit-elle , « pardonnez pour moi qui vous aime encore! •• La dignité de l'épouse arrêta l'ëlau de l'amante et de la mère. Son front s'inclina presque h toucher le lapis. Le comte s'élança au-devant d'elle et la releva. Alors, assise sur un fauteuil , elle put , à travers ses larmes , r^ardcr le mile visage de Montecristo, sur lequel la douleur et la haine imprimaient encore un carnctèi-e menaçant.

" Que je n'écrase pas cette race maudite ! » murmura-t-ît ; K que je désobéisse h Dieu , qui m'a susdté pour sa puni-

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