‹ Le comte de MontecristoChapitre 6 sur 52 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

tion ! impossible, iDadame, impossible !... — Edmond , » dit la pauvre mère, essayant de tous les moyens, « mon Dieu t quand je vous appelle Edmond, pourquoi ne ra'appelezvoua pas Mercedes?— Mercedes! » répéta Montecristo, " Hcrcedès ! Eh bien ! oui , vous avez raison , ce nom m'est dons encore k prononcer, et voilfi la première fois , depuis bien longtemps, qu'il retentit si clairement au sortir de mes lèvres. Oh ! ^Mercedes , voire nom, je l'ai prononcé avec les soupirs de la mélancolie, avec les gëmissements de la douleur, avec le râle du desespoir; je l'ai prononcé, glacé par le froid , accroupi sur la paille de mon cacbot ; je l'ai prononce, dévoré par la chaleur, en me roulant sur les dalles de ma prison. Mercedes, il faut que je me venge, car quatorze ans j'ai souffert, quatorze ans j'ai pleuré, j'ai maudit; maintenant, je vous le dis, Mercedes, il faut que je me venge ! » Et le comte, tremblant de céder aux prières de celle qu'il avait tant aimée, appelait ses souvenirs au secours de sa haine, u — Vengez-vous , Edmond , » s'écria la pauvre mère, <i mais vengez-vous sur les coupables, vengez-vous sur lui, vengez-vous sur moi, mais ne vous vengez pas sur mon fils ! -— Il est écrit dans le livre saint , « répondit Montecristo : « Les fautes des pères retomberont « sur les enfants jusqu'il la troisième et quatrième généra- •• tion. » Puisque Dieu a dicté ces propres paroles à son prophète, pourquoi seraie-je .meilleur que Dieu? — Parce que Dieu a le temps et l'élernitë , ces deux choses qui ëcUsppent aux hommes. » Montecristo poussa un soupir qui ressemblait à un rugissement, et saisit ses beaux cheveux à pleines mains. <' Edmond, r> coutinua Mercedes les bras tendus vers le comte, « Edmond , depuis que je vous connais j'ai adoré voire nom , j'ai respecté votre mémoire. Edmond , mon ami, ne me forcez pas de ternir cette image noble et pure reflétée sans cesse dans le miroir de mon cœur. Edmond , si vous saviez toutes les prières que j'ai adressées pour vous à Dieu , tant que je vous ai espéré

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f« LE COMTE DE MONTECRISTO.

vivant et depuis que je vous aï cru mort ! Oui , mort , hélas ! Je croyais votre cadavre enseveli bu fond de quelque sombre tour ; je croyais votre corps précipité au fond de quelqu'un de ees abîmes où les geôliers laissent rouler les prisonniers morts , et je pleurais ! Moi , que pouvsls-je pour vous , Edmond, sinon prier et pleurer? Écoutez-moi; pendant dix ans j'ai fait chaque nuit le même rêve. On a dit que vous aviez Toulu fuir, que vous aviez pris la place d'un prisonnier, que vous vous étiez glissé dans le suaire d'un mort, et qu'alors on avait lancé le cadavre vivant du haut en bas du château d'If; et que le cri que vous aviez poussé en vous brisant sur les rochers avait seul révélé la substitution à vos ensevelisseurs devenus vos bourreaux. Eh bien! Edmond , je vous le jure sur In tête de ce fils pour lequel je vous implore, Edmond , pendant dix ans j'ai vu chaque nuit des hommes qui balançaient quelque chose d'informe et d'inconnu au haut d'un rocher; pendant dix ans j'ai chaque nuit entendu un cri terrible qui m'a réveillée frissonnante et glacée. £t moi aussi , Edmond , oh ! croyez-mot, toute criminelle que je fus , oh ! oui , moi aussi , j'ai bien souffert ! — Avez-vous senti mourir votre père en votre absence? i> s'écria Montecristo en enfonçant ses mains dans ses cheveux; «avez-vous vu la femme que vous aimiez tendre sa main Ji votre rival tandis que vous râliez au fond du gouffre?... — Non, n interrompit Mercedes; n mais j'ai vu celui que j'aimais prêt h devenir le meurtrier de mon fils! » Hercédès prononça ces paroles avec une douleur si puissante, avec un accent si désespéré , qu'à ces paroles et i cet accent un sanglot déchira la goi^e du comte. Le lion était dompté ; le vengeur était vaincu. » — Que me demandez-vous? i> dit-il; «que votre fils vive? eh bien! il vivra!... »

Hercédès jeta un cri qui fit jaillir deux larmes des paupières de Montecristo, mais ces deux larmes disparurent presque aussitôt, car sans doute Dieu avait envoyé quelque

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