‹ Le comte de MontecristoChapitre 7 sur 52 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

ange pour les recaeiliir, bien autrement précieuses q^i'elles étaient aux yeux du Seigneur que les plus riches pertes de Guzarate et d'Ophîr. 'i Oh ! » s'ccria-t-dle en saisissant la mein du comte et en la portant à ses lèvres , « oli ! merci , merci , Edmond ! te voilà bien tel que je t'ai toujours rêvé, tel que Je t'ai toujours aimé; oh! moialendntjepuisledire. — D'autant mieux , u répondit Montecristo, « que le pauvre Edmond u'aura pas longtemps h être aimé par vous. Le mort va rentrer dans la tombe, le Tantâme va rentrer dans la nuit. — Que dites-vous , Edmond ? — Je dis que puisque vous l'ordonncE, Mercedes, il faut mourir. — Mourir! Et qui est-ce qui dit cela? Qui parle de mourir? D'où vous reviennent ces idées de mort?— Vous ne supposez pas qu'où* tragé publiquement , en face de toute une salle, en présence de vos amis et de ceux de votre fils , provoqué par un enrant qui se glorifiera de mon pardon comme d'une victoire ; vous ne supposez pas, dis-je, que j'aie un instant le désir de vivre. Ce que j'ai le plus aimé après vous, Mercedes, c'est moi-même, c'est-à-dire ma dignité, c'est-à-dire cette force qui me rendait supérieur aux autres hommes; cette force, c'était ma vie. D'un mot, tous la brisez. Je meurs. — Mais ce duel n'aura pas lieu , Edmond , puisque vous pardonnez. — Il aura lieu , madame, » dit solennellement Monleeristo ; u seulement , au lieu du sang de votre Dis que devait boire la terre, ce sera le mien qui coulera. » Mercedes poussa un grand cri et s'élança vers Montecristo, mais tout à coup elle s'arrêta. " — Edmond , i< dit-elle, •> il 7 a un Dieu au-dessus de nous, puisque vous vivez, et puisque je vous ai revu , et je me fie à lui du plus profond de mon cceur. En attendant son appui, je me repose sur votre parole. Vous avez dit que mon fils vivrait ; il vivra , n'est-ee pas?— Il vivra, oui, madame, >■ dit Montecristo surpris que sans autre exclamation , sans autre surprise, Herc^ès eût accepté l'héroïque sacrifice qu'il lui faisait. Mercedes tendit la main au comte. » — Edmond , » dit-elle,

tandis que ses yeux se mouillaient <le larmes en regardent celui auquel elle odressait la parole, » comme c'est beau de votre pari! comme c'est grand ce que vous venez de faire là! commec'cslsublime d'avoir eu pitié d'unepauvrê femme qui s'offrait Ji vous avec toutes les chances contraires â ses espérances! Hëlas! je suis vieillie par les chagrins plus encore que par l'âge, et je ne puis même plus rappeler h mon Edmond par un sourire, par un regard, celte Mercedes qu'autrefois il a passe tant d'heures à contempler. Ah! croyez-moi , Edmond , je vous ai dit que moi aussi j'avais bien souffert; je vous le répète, cela est bien lugubre de voir passer sa vie sans se rappeler une seule joie, sans coneprver une seule espérance^ mais cela prouve que tout n'est point fmi sur la terre. Non , tout n'est pas Uni , je le sens k ce qui me reste encore dans te cœur. Oh ! je vous le répète, Edmond , c'est beau , c'est grand , c'est sublime de pardonner comme vous venez de le faire! — Vous dites cela, Mercedes, et que diriez-vous donc si vous saviez l'étendue du sacrifice que je vous fais? Supposez que le Maître suprême, après avoir créé le monde, après avoir fertilisé le chaos, se fût arrêté au tiers de la création pour épargner à un ange les larmes que nos crimes devaient faire couler un jour de ses yeux immortels; supposez qu'nprès avoir tout préparé, tout pétri, tout fécondé, au moment d'admirer son muvre. Dieu ait éteint le soleil et repoussé du pied le monde dans la nuit éternelle ; alors vous aurez une idée, ou plutôt non, non, vous ne pourrez pas encore vous faire une idée de ce que je perds en perdant la vie en ce moment. « Mercedes regarda le comte d'un air qui peignait fi la fois son étonnemenl, son admiration et sa reconnaissance. Montecristo appuya son f^ont sur ses mains brûlantes, comme si son front ne pouvait plus porter seul le poids de ses pensées, n Edmond , » dit Mercedes , « je n'ai plus qu'un mot fi vous dire. !• Leconilesouritamèfenient. >iEdmond,» continua-t-elle, » vous verrez que si mon front est pâli ,

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