I. Heaume et Cnussado
La Iraditiort popnlsiro que constnte cet admirabli' dijUque u AU dâmon- Me fraie :
A lopegraiilii'iuttaent par Berty iTo]iOfiraphle hisloHipte du vitux Parft : LauTTBelToitorû'B; l8UI>-t<N; t. I. p. S60-302);
hiHuriiumnmt, par II. Itordier ( la Sninl-Barthilfmy tl la rrilUpiv mndimt, l»TD, diHp. IV).
Au resta le Icmp^ramenl nerveui ei violent de Charlei IS lui donnait i friori un gniiid iiir du vraisenibhnee et Mt A l'acte lul-meine un peu 1r »on horreur.
(S] l>our gagner le Priï-aui-Clerca, en parlant dea abords du Louvre, il bltafl raiiionli-r la rive droite d(> la Seine jusqu'au ChAtelet, prendra la
Monteomery envisage la situation en un clin d'oeil. Essayer de secourir les religionnaires habitant le centre de la ville, c'est voler au trépas, irrémédiablement, en pure perte. Mieux vaut fuir et conserver à la cause réformée, mutilée, décapitée, mais respirant encore, quelques champions, quelques vengeurs. A son signal, les chevaux bondissent sous Téperon et filent ventre à terre dans la direction de Touest. Les royaux se jettent sur leurs traces. La chasse à Thomme commence.
Poursuivants et poursuivis dévorent Tespace. De temps à autre un coup de pistolet jaillit du groupe catholique. Les protestants ne ripostent pas. Us concentrent tout leur espoir dans les jarrets de leurs montures.
Dix lieues furent ainsi enlevées bride abattue. La distance se maintenait égale entre les deux troupes. Cependant on appro chait de Montfort-rAmaury. Les taillis succédaient à la plaine nue. Les calvinistes, à la faveur de leur avance, pouvaient s'embusquer derrière ces défenses naturelles, cerner leurs ennemis emportés par la vitesse acquise et engager une lutte désespérée. Guise comprit le danger. Il commanda : Tourne bride, frémissant de rage (1).
Quand Charles IX Tentendit lui confesser son insuccès, sa fureur éclata, terrible. Sur-le-champ il expédia une dépèche à M. de Matignon. Dans sa lettre (2), dictée d'une voix saccadée, signée d'une main tremblante (3), le jeune Hoi ue faisait nulle
Pont-aux-Meuniers, traverser la Cité, franchir le pont Saint-Michel et descendre la rive gauche jusqu'à la tour de Nesles.De là ce relard, qui sauva Montgomery et ses compagnons.
(1) Relation dictée par Juan de Olaëgui, secrétaire de Tambassadeur dT3spagne, à don Gabriel de Çayas (Bulletin d • l'Académie royale de Bruxelles, t. Vil, (1849), 1'^ partie). — Dépêches de Pétrucci, lettres de Tagent secret Cavriana et d'un anonyme au prince François de Médicis (iV^groc. avec la Toscane, t. 111, p. 809, 818 et 824). — Le nonce Salviati au cardinal de Gôme, 24 et 27 août (dans Theiner, Continuation des Annales ecclesiastici de Baronius^ t. 1, p. 328 et 329). — Relation envoyée de Paris à Home, le 29 (Ibid, p. ,335). — E. Philadclphe, Le r éveil-matin,,. , p. 62 et 63. — Le Tocsain contre les massacreurs et atitkeurs des cm fusions en France (Reims, 1579, in-80, p. f38 et 139.
(2) Orig., B. N., f. fr., 3254, ^ 24.
(3 ) Sur l'état d éncrvenjent du Roi pendant ces fatales vingt-quatre heure8,|voy. les documents cités ci-dessus.
mention de l'horrible drame qui s'accomplissait en ce moment : (( J'ai entendu, se contentait-il de dire, que le sieur de Montgo- » mery s'est retiré en ses maisons de Normandie où il est à crain- » dre qu'il émeuve mes sujets et assemble ceux de sa religion.)) Suivait Tordre de ne rien épargner pour s'emparer du comte, afin que Sa Majesté pût « demeurer en repos, »
7'^Pi
Le 7 septembre, un courrier de don Diego do Çuniga, parli do Paris le surlendemain du massacre, arrivait à Madrid. Il criait sur son passage :
« — Nouvelles ! Nouvelles ! Bonnes nouvelles ! »
Et, admis en présence du roi d'Espagne, il prononça ces paroles , qui eurent le privilège d'arracher au taciturne Philippe II une explosion de joie :
« — Tous les principaux de la religion sont morts, c'est chose sûre, trois exceptés : Vendôme (1) et Condé, à qui le Roi a pardonné, l'un à cause de sa femme, l'autre à cause de sa jeunesse ; quant au tiers, Montgomery, par la miséricorde du Diable plutôt que par un miracle de Dieu, il s'est sauvé (2). r>
Justement, cette évasion, — on peut lui donner ce nom, — préoccupait vivement les auteurs des Matines Parisiennes. Les rumeurs les plus opposées circulaient sur le compte du fugitif. Les uns le disaient retiré dans son château de Mesle-sur- Sarthe (3), s'y fortifiant et appelant aux armes les religionnaires de Normandie (4); les autres le prétendaient réfugié en Angle-
( 1) C'est-à-dire le duc de Vendôme. — « Il appeloit ainsi le roy de Navarre » (Brantôme, t. IV, p. 304).
(2) Brantôme, loc. cit. — Cf. Jean de Vivonne, par le vicomte Guy de Brëmond d'Ars, 1884; p. 43.
(3) Entre Alençon et Mortagne.
(4) Dépêche précitée de Cabriana, 17 août.
terre (1). Le 30 août, un messager, venu de Londres, déclarait Vy avoir vu, « même lui avoit parlé » (2); un autre, non moins affirmatif, informait le Roi le lendemain qu'il était en Avranchin, déterminé à y tenir la campagne (3).
Ce n'était ni dans le Maine, ni dans le Perche, ni dans TAvran chin, ni sur le sol britannique que le comte de Montgomery avait cherché un refuge, mais dans Tile de Jersey, Téternel et saint asile de la pensée libre contre la tyrannie. Sa famille ne tarda pas à l'y rejoindre (4), suprême consolation pour cet homme de fer, réduit à contempler, impassible, « Thorrible et cruelle tempête qui couroit la France (5). » Son cœur saignait à la pensée de tant de misères qu'il était également impuissant à empêcher et à soulager. On ne peut lire sans émotion ces lignes tombées de son âme brisée : « Ce que je vous puis faire savoir pour le présent, ce » sont toutes choses piteuses et lamentables. En tous endroits » de la France, tant aux villes qu'aux champs, on continue de » massacrer tant vieux que jeunes que femmes et enfants. De » leur cruauté n'en réchappe que ceux qui ont l'heur de s'é- » chapper secrètement (6). »
« Je me suis retiré en ce lieu pour ma sûreté, écrivait-il encore » le 3 septembre, attendant de cognoistre quelle est la volonté » du Roy et comment nous pourrons vivre par cy-après (7). » Sa volonté? A quelques jours de là, Charles IX, fixé sur le lieu
(4) Le Roi à La Mothe-Fénelon (Corr. dipL de La Mothe, t. VH, p. 330), et à Matignon (Orig., B. N., f. fr., 3254, f» 25), 27 août.
(2) Michel Kosct (de Morat) à N. de Diesbach (de Berne), 21 septembre {BuÙctin de la Société de l'hist. du protestantisme français, i,y\\\, (1859), p. 77).
(3) Le Roi à Matignon, 31 août (Orig., B. ^N., f. fr.,* 3254, f» 30). — Dépêche de Petrucci, môme jour iiVé(/of;. avec la Toscane, t. Hl, p. 331).
(4) Elle étail encore à Ducey le 3 septembre (Lettre du comte au « lieutenant pour le Roy à Gran ville », d«» cette date; Orig., B. iN., f. fp,, 3190, f^ 124). — D'autre part, une liste non datée, mais faite évidemment d'après un recensement orfîciel de peu postérieur, des « notables personnages et autres gens qui se sont transportés tunt à Jersey qu'à Guernesey à cause de la religion... », formant le chap. xxxviii des Chroniques deJersey( 1832 et 181)8, in-80), porte en tôte :
« M. le comte de Montgomery et Madnmc la comtesse sa femme. »
(5) Mézeray, Hist, de France, éd. de 1830, t. XI, p. 260.
(6) Montgomery au gouverneur de Guernesey, 29 septembre (La Perrière, La Normandie.,,, p. 20i).
(7) Lettre précitée au gouverneur de Granville.
de sa retraite, la formula niaaï daus une lettre à iM. de Lu Molhe-Fénelon, son ambassadeur en Angleterre ; « J'ai su que » comte de Monlgomery est passé tts îles de .lersny et de » Guernezay. A ce que j'entends, il a délibéré d'y demeurer » pour avoir la commodité des maisons qu'il a le long de " la ci\le de Normandie et de Bretagne. Je l'eusse envoyé " prendre, comme il m'éloil fort aisé (pour être lesdiles » lies fort près de moi); mais, ne voulant, en façon que ce » soit, donner aucune occasion à la niyno ma bonne sœur " de penser que je veuille entreprendre sur ses possessions » sans sa permission , j'ai ditréré jusques à ce quu l'ayez » requis me vouluir laisser y envoyer, sans qu'il soil fait tort " à nul de ses sujets ni que cola altëre notre amilié (t). »
Lh mission était délicate. Lu Mothe n'ignorait pas que Monlgomery avait à la cour de White-Hall de nombreux amis, des protecteurs puissants..., à commencer par la reimr Elisabeth. Cependant il se risqua le 29 septembre (2). Il développa longuement les motifs qui avaient décidé le roi à faire tuer Coli^ny pour sa propre sécurité.
il — Sa Majesté a en mémo haine, ajoula-t-il, ceux qui oui été exécuiés et ceux qui restent on vie. »
Là-dessus il insinua que l'extradition du comte de Monlgomery serait des plus agréables à Charles IX, des plus propres à resserrer les liens uniHsant les deux couronnes. Elisabeth lit la sourde oreille et se contenta de discuter l'exactitude ileâ Informations de notre iimLdssadeuf .
La Moth'^ne se tint pas pour battu. Le bruit c|ue Monlgomery était arrivé nuitamment â Londres et descendu chez |e vicoamiral Champernown lui fournil t'occasion de revenir à la charge.
« — Aussitôt que j'ai été avertie par le capitaine de Jersey que Ib comte y éloit, répliqua la reine, j'ai mande audit capitaine qa'il savoit bien l'ordunuance de n'y recevoir aucun étranger.
(1) Le Iloi ù Ltt Molhf, 7 septembre; cf. : l.i DeJne-niL^re au iitt^mv, IJ {Carr- dipl. 4e La Mol/ie, t. Vit, p. 338 et X>3}.
(2) Au reçu de la lettre, il l'ëlnil laconit|iicineiit engage à " n'oublier nnsinncc commandée louchunl ledit comtes ». (Depî-ctie du IX; iliid,, t. V
Jo lu'aHHure donc que M. de Montgomery n'y est plus. Quant fc iHro ou Angleterre, si cela est vrai, je Tignoro. D'ailleurs s'il est vérillê d avoir conspiré contre le roy mon bon frère et qu'il toinhe entre mes mains, eùt-il mille vies, il n'en garden pas une. »
Kt, après une pause :
<' Vrai est, reprit-elle, que de le renvoyer en France où Ton n« fait autre procès sinon savoir qu'un fût protestant pour incontinent le mettre à mort, ma conscience ne le pourroit permettre (1).))
Que le comte fût ou ne fût pas en Angleterre, La Mothe vit bien qu'il était assuré d'un excellent accueil (2). Mauvais présage pour les projets do mariage alors en cours !
Sur ces entrefaites la politique de Catherine do Médicis subit une brusque évolution. Un instant elle avait pu croire que la Saint-Barthélémy aurait à jamais détruit le parti calviniste; dès lors rien d'étonnant à ce qu'elle s'efforçât de compléter sa victoire en cherchant à se faire livrer 1 un des derniers survivants de la résistance, le meurtrier de son mari. Mais elle reconnut vite son erreur. Partout les huguenots relevaient la tête : à Nîmes, à Montauban, à La Rochelle, à Sancerre, en Picardie. Déconcertée par ces symptômes de vitalité dans ce qu'elle croyait n'être plus qu'un cadavre, elle écrivit à La Mothe :
« Ayant su qu'il désirait avoir permission de vendre les biens ») qu'il a en France pour n'y plus revenir, le Roi monsieur mon » lils et moi en sommes bien contents. Par quoi, s'il est par » delà, vous entendrez de lui s'il est en cette volonté pour » nous en donner avis : ou lui baillera ladite permission telle » et si sûre qu'il la voudra, pourvu qu'il jure de ne faire au- » cune menée ni pratique qui soit contre le service du Roy (3).»
(\) Dépêche de La Mothe, 2 octobre (Ibid.^ p. i.'i.'i).
(2) Elles avaient pour but de marier Elisabeth non plus au duc d*Anjou qui s'était retiré au commencement de lo72, mais à son frère cadet le duc d*Alençon (Comte de La Ferrière, Les projets de mariage de la reine Elisabeth p. 1-26).
(3) La Reine-mère à La Mothe, 13 septembre (Corr, dipL, t. vu, p. 353).
A cette afToclation de clémeiico tlont il ii'i-ut pas de peine à
pénétrer la perfidie, Gabriel do Montgomery répondit par une
affectation d'bumililé : il adressa au Itoi une lettre de soiimis-
aion ((}.
La reprise des hostilités était imminente. « Les huguenots do •• La Kochelle n'ont voulu laisser entrer M. de StroKzi et le ban ton de la Garde, mande le 2 uclolirc don Die(/o de Çuniga » h Philippe It (2). Je sais de source Kùre que dans ladite place I) il y a 3.000 arquebusiers et plus, (|ui sont déterminés à la M défendre. La grande crainte de Leurs Majestés e^t que >i Montgomery ne vienne s'y jcLer avec l'agrément de la reiao <> d'Angleterre et quelques siennes forces. •> Le iS, La Molbe' » Fénelon jette un cri d'alarme : « Deux marchands Roche- M lois sont venus à Londres sous couleur de négoce, écrit-il ; « jo ne fais doute qu'ils no recherchent le comte de Montgu- » meryfS). »
Peu de jours après, Wulsingbam s'étantprésoulé au Louvre pour féliciter Charles iV de l'heureux accouchement de la Keine sa femme, Catherine de Médicis le prit à part.
n — On il intercepté, lui dit-elle, certaines lettres de ceux do La Itochollo, portant que votre maîtresse leur avoit promis do les secourir sous muia et que M. de Montgomery les irolt trouver avec secours. Pour moi, je sais que ma bonne sœur a trop d'honneur et do prudence pour se mêler de cette alTaire et qu'elle laissera le Roy mon tlls so débrouiller, comme bon lui sentblent, avec ses sujets rebelles. »
Walsiugham prolesta que jamais sa souveraine ne protégerait ceox qui se révoltaient contre son allié. Mais ses déclarations n'eurent pas le don de convaincre Catherine. Charles IX Iraas-
(t) Wahinghum nii conseil p ri Te d'Angleterre, 2* septembre (Lïllrw ^ nigoc, (U WaUingbum, p. 'MO).
{i) DCpOche do Çiinigu, 2 octobre (Déthillr. orig., Arch. Nat., K. )S30
(3) Dâpdche do La Molhe, 18 octobre ( Cure, ilipl., t. v, p. I7j).
éÊÊ^a
mit aussitôt cette conversation à son ambassadeur et Tinvita à s'en expliquer directement avec la Reine (1).
Elisabeth, à qui il communiqua, le 17 novembre, les griefs de son maître, affirma n'avoir pas vu Montgomery et appuya sur son vif désir de ne pas rompre la ligue conclue à Blois, le 4 avril précédent (2). Le jeune Roi prit acte de cet aveu pour lui faire mettre le marché à la main : si elle ne prenait ses mesures pour empêcher tout rapport entre La Rochelle et ses sujets, si elle ne s'opposait à « la grande intelliKence de Montgomery avec son vice- amiral et ses principaux officiers de marine », il considérerait le traité de Blois comme déchiré ipso facto (3).
Montgomery se trouvait ainsi Técueil de la politique du cabinet du Louvre, le point noir de la situation, et « la peine de l'observer » que prenait La Mothe n'avait rien de superflu. Les ministres protestants réfugiés à Londres n'attendaient que lui pour arrêter « la résolution de leurs affaires ». Désarmer ses justes rancunes était, de l'avis de tous, le meilleur moyen de réduire promptement La Rochelle (4). La Mothe trouva donc un vrai soulagement dans les tentatives de rapprochement dont le vidame de Chartres se constitua sur ces entrefaites l'intermédiaire au nom du comte (5). Il les fit aussitôt connaître au Roi qui^ non moins surpris, non moins satisfait, répondit courrier pour courrier : « Quant à ce que vous me mandez des délibérations dudrt comte, j'y trouve grande apparence et je ferai pour lui tout ce que je pourrai (6). » La semaine suivante, il
(\) Walsingham à Smilh, 1" novf»mbre {Lettres et négoc. de yfnlsinghnm, p. 330). — Le Roi à La Mothe, 3 novembre [Corr. cUpL de La Motht^ t. VU, p. 382).
(2) Dépêche de La Mothe, 23 novembre (Corr, dipL, t. V, p. 207 et 209).
(3) Le Roi à La Mothe, 9 décembre (A dtit/tons aux Mémoires de Casteinau; Bruxelles, 1731, 3 vol. \n-î° . t. III, p. 267).
(4) Dépêches de La Mothe, 23 novembre, précitée; de V. Alamanni (successeur de Pctrucci comme ambassadeur de Florence), 29 décembre (Négoc, avec la Toscane,,, , i, III, p. Sô.'i), et de Çuniga, 2 janvier 1573 (Déchiflr. orig., Arch. Nat.,K. l.iM, n» 3S).
(5) Mémoire de La Mothe, l.i janvier (Corr, dipl.y t. V, p. 240).
(6) Le Roi à La Motho, 23 janvier (Add. aux Mèm. de Casteinau^ i. III, p. 282).
allait jusqu'à écrire de sa main à Monlgomery ( I ) : i. Monsieur le ■ comte, j'ai été bien aise d'entendre la bonne volonté en
Il laquellu vous éles de vous contenir douceinenl pur del Ji ul sans 1 enlroprendre ou favoriser aucune cliose igni soit contre le bien t de mon seiviee : i|ui est ce que je désire de vous et me semble » que vous ne sauriez mieux faire pour voire honneur et I avanlago; ayant [lour celle cause envoyé la présent porteur
> pour vous dire et assurer qne, vons coaiportanl de même, je ' vous ferai rnnserver en tout ce qui vous touchera et vous 1 maintiendrai, ainsi que mes autres loyaux sujets. »
La '• bonne vnlouté ■• de Monlf^oniery était-elle si réelle qu'on se l'imaginail? Le Roi semble bien coUu fois avoir été sincère, d'autant plus RÎnrère qu'en détournant le comte de secourir les Roch«lais. qui, livrés a eux-mêmes, donnaient assez de souris, il travaillait dans son inlèrél. Mais, celte sincérilé, Uontgomery pouvait-il y croire, après les persécnlions dont il avait été l'objet en pleine paix de lo(!3 à 1567, après les leutalives d'assassinat dirigées contre lui en ITifiG, après la Saint-Barthélémy, enfin ! Dès son arrivée à Londres il n'avait pas celé son deei^eiu •• d'apporter rafraîchissement de vivres etde munitions de guerre à La Rochelle » (2). Depuis, il n'avait cessé de s'y employer activement, mais avec celle science de dissimulation que U0U8 lui connaissons, dépistant aujourd'hui Charles IX et La Motfae-Fénélon, comme autrefois il avait dépisté Matignon et Monluc. Et, k l'heure ou Lu Mothe. guéri de ses soupçons, écrivait au Hoi : « Monsieur le vidante et les sieurs de Pardaillan I «t du Plessis sont venus communiquer avecques moi et m'ont ) signifir- que ledit comle eteus et tous les gentiUhoinines qui I sont tcy ont uu singulier désir d'être remis en votre bonne
> grilice » (3) ; — à l'heure où le Roi écrivait à La Mothe : « J'es- » pèie que par votre première dépêche vous m'euvoyerez par
(I) Lettre ihi tu février, iiupr. par M. de La Kerriùre : <*<Iaiis La A'ormun-ï»,.., p. 2li : î° dj.ns U X\l' ..Vcf. tt i..i Vai-ii. p. 38.'». (8j Hoiilg-tniTï à l.pcii, !l clL'cciiibie iL» Kerni^rc, La Noimaiviie...,
m Dépêche do l^ Molhc. 2 lovricr [Corr. dipl., X. V , p. 2jOi.
» écrit les conditions que ledit Montgomery demande » (1);— seul, un réfugié flamand était dans le vrai et écrivait au prince d'Orange : « Le comte de Montgomery ne s'épargne point » (2).
Vers la mi-février (1573), la correspondance de notre ambassadeur devient moins rassurante. Le 21 (3), il s'écrie, consterné : « Je vois bien que aucuns fâcheux et passionnés pou^ » suivent plus que jamais de maison en maison et d'oreille en » oreille leurs accoutumées sollicitations. M. de Montgomery » va les chercher et est pareillement cherché d'eux ». Il a appris que le comte opère des levées et a reçu des bourgeois de Londres un subside considérable (4). Quant à déterminer quel serait son objectif, il ne le pouvait avec certitude ; il se bornait, en conséquence, à répéter les bruits qui couraient à Londres : « Si les » moyens ne lui viennent plus grands que encore ils n*apparais- » sent, il s'ira jeter avec ce qu'il a de soldats dans La Rochelle. » Mais, s'il peut avoir les moyens si gaillards qu'il ait de quoi tt mettre les gens à terre sans dégarnir ses vaisseaux, il hazar- » dera de surprendre ou de forcer quelque place le long de la » côte de Normandie, de maîtriser la mer en délibération de >» combattre les galères du Roy ».
Transportons-nous devant La Rochelle, cette o seconde Genève », qui, depuis le mois de décembre, brave les efforts de l'armée royale. Nous sommes à la mi-mars et les royaux ne peuvent encore se prévaloir d'un seul succès. Néanmoins, ils ne doutent pas de triomphera la longue, si les assiégés demeurent privés des renforts attendus d'Angleterre (5) et surtout du chef
(\) Lettre du .-) février (A(^/. aux Mêm. fie Casfrlnau, l. Ill, p. 286).
(2) Nouvelles aiiouymes euvoyiVsdans les premiers jours de février 1573 {Archivea de la maison iVOrangc, publ. par (iroi'ii vau Prinsterer, 1835-1861; 1" série, t. IV, p. :>a\
(3) DépCrhe do \a\ Molhe [Corr. dipL, t. V, p. 2:»9\
(4) 300.000 erus» sui\ant une lettre de Jean de Croye, du 16 février, citée dans K. de Lettenhove, Les huy. et h s gunu\ t. III, p. i4o.
(o) Le ministre Languilli«»r, ii no\embre, et les liocbelais, 13. à Elisabeth (La Ferriére, Le Seizième sièele, p. :^3i-337).
« Sur le bruit d'une expédition contre leur \ille, les Uochelais envoyèrent dépescbes en Angleterre au >iilame de Charires et au comte de Moatgomniery » (Aubigné, 2' partie, liv. I, chap. VI;.
qu'un leur donue par avance (t). Maie les heures s'écoulent el aucune voile ne se moniro iï l'horizon, n L'on lient ]>onr » assura que Montgomery ne bouge, qu'il se conltnlu du bien » que le Roy lui fait de jouir do ses Itieas lior» ce royaume », mande à l'un de ses amis un capitaine catholique (2).
U bizarrerie du sort ! Ces mots sont écrits le 12 murs, la surveille du jour où le^ Hochelais vont recevoir une lettre du comlo, partie de Londres le 12 février et coutonunt ceci en substance:' avec les 40.ÛU0 livres qu'il est parvenu à réunir sur leur procuration, ii a i-quipé 4Î> vaisseaux de guerre; il espère les leur amener sous un mois ; uue vingtaine do transports, chargea de muuilious el de vivres s'y ajouteront, sans parler des 4Ji navires qu'ils ont ci-devant mis h sa disposition (3).
A leur allégresse, dont les royaux ne peuvent saisir le motif, répond l'inquiétude au camp de Monsieur. Charles IX a envoyé les plus récentes dépêches de La Mothc-Féuelon à son frère et le prince lit ces lignes qui semblent lui présager l'obligation do lever à bref débii le sii;ge de La Rochelle : " M. de Moutgomery » se doit embnrquer le XII* de ce mois pour aller à un rendoz- » vous où se doivent trouver les watertjtteux avec environ » quatre-vingt vaisseaux équipés et environ cinq mille soldats » ou muriniors 'I. Non, ainsi que l'avouutt le Itoi, ce n'étaient IMis là " petites forces »! Et, pour surcroît de préoccupation, toujours mémo mystère sur les desseins du comte. Débloquer la place investie était assurément son principal souci. Mais, avant, n'opérorait-il pas un débarquement sur ud point du littoral ? Et où? Sur lescdtes du U mer du Nord'.' Sur celles de la Manche? Sur celles de l'Océan? (i).
Quelques Jours après, les pensées de Moutgomery semblent arrêtées sur la Normandie. Si la surprise de Belle-Ik- est
(1) Lo Roi nu duc d'Anjou, 7 février (Copie moderne, B. N., Bulug. de Saint-Wlorsboorg;. vol, 21!, r t07.) (ï) «onwlier a M. de HaulProrl, 12 rnsn [.Vutug., B. Pi., fr., 15537, t* 32).
(3) U Popctlnicre, t. Il, liv. XXXIII, f' liO.
(4) 1^ Roi BU duc d Aitjoii (Copia iiiod.. 11. N., aulog. de Saiul-Pèlersbourg, roi. 2I*. f" 32} et 4 Matignon (Orig-, B. N., f. fr., 3ï5«, ^ It). iO msn; Pinart au même. mOme date (Autog., B. N., t. fr., IS557, f* 21).
presque aussitôt démentie que répandue (i), en revanche, le gouverneur de Chartres prévient le Roi que les religionnaires de la Beauce et du Perche se remuent beaucoup; on lui a même signalé une bande de soixante hommes, formée « de çà, de là», en marche vers Touest, « et disoit-on qu'ils alloient en Normandie pour assister M. de Montgomery et favoriser sa descente » ^2). L'échange des estafettes entre la Cour et les lieutenants-généraux de Picardie, de Haute et Basse Normandie et de Bretagne est incessant (3). Des instructions sont données pour que Belle-Ile, Ré et les iles Marans soient fortiGées (4).
Un incident tout à fait imprévu modifia de nouveau la situation.
Choisie par Catherine de Médicis comme marraine de Tenfant qui était né à Charles IX en septembre, la reine d'Angleterre s'était fait représenter par le comte de Worcester. Or, quand il revint de sa mission, Tescadrille qui le ramenait et qui portait de riches présents, destinés par le roi de France à sa bonne sœur Elisabeth, fut attaquée et en partie capturée par des corsaires hollandais. Outréo de colère, Elisabeth lit diriger une flotte contre les audacieux pirates, et, en apprenant que plusieurs d*entre eux, faits prisonniers, avaient été reconnus pour des gueux, sa fureur ne connut plus de bornes (5). Impuissante à se venger directement de l'association coupable, elle déchargea sa colère sur celui qui en était l'allié avéré. Elle envoya quérir Montgomery et, eu présence des membres du conseil privé, i'accabla d'injures. Celui-ci gardait le silence, opposant le plus grand calme à ses emportements. Mais, lorsque, hors d'ellemême, la reine termina sa diatribe en lui interdisant de quitter le sol britannique :
(1) Brûlart seul la mentionne dans une lettre à Matignon, du 13 (Autog., B. N., f. fr., 3i;o4, ^20).
(2) Pinart au duc d'Anjou, 21 mars (Orig., B. N., f. fr., 1557, f<> 58).
(3) La Reine-mère à Malignon, i8 mars (Orig., B. N., f. fr., 3254, ^ 38); le lioi au duc d'Anjou, 23 et 27 (Copie mod., B. IS*., autog. de Saint-Pétersbourg, vol. 21% f^» 59 et 61); à U Mothe, 26 [Ad^L aux Mém. de Casteimu, t. m, p. 316), et il Malignon, 27 (Orig., B. N., f fr., 3;>56, f° 73).
(4) Lettres précitées du Koi au duc d'Anjou, 27 mars.
(5) K. de Lettenhove, t. IIL p. 105 et 106.
riposta-t-
llié-
" — De quel ilroil me reliendriez-vous captif? » roineni.
Pour toute réponse, elle le congédia brutiilenieiit (I).
Cotte Bcfeno venait ii point pour La Molhe-Fûnclon, car il aa prenait à désespérer du succès de sas pratiques auprès de la reine pnur entraver les préparatifs de Monlgomcry, et it se sentait ri'duil à riiumilianle di^murchc que lui indiquait le Roi : avoir utit* entrevue avec le comte et l'adjurer, au nom de la Patrie, de faire la paix avec son souverain (2j. La véhémente sortie d'Klisabutli remelluit tout un question. La Muthe, u'étant pas au courant le ruffaire des joyaux, s'en attribua lo mérite (3). Il dut bieulAt en rabattre. L'apparente v boime volonté » de la reine dura peu. Les évoques au^licans, les pairs les plus loilueuts étaient venus lui adresser des remontrances : outre le tort qu'elle faisait à ses sujets, à sa Couronne, i\ elle-même en abandonnant lu défense de la Religion, elle ne pouvait plus grièvement offenser Dieu et sa conscience qu'en empêchant Montgo- Qiery d'aller soutenir les intérêts de celle-ci dans son pays. L'impérieuse lille de Ilpuri VIII se débattit longtemps contre ces graves objurgations. Mais, une fois apaisée, elle comprit combien elle s'était montrée peu digne de. son rang. Cependant, il en coûtait à sa vanité de revenir sur la décision prise. Elle crut donc concilier ses obligations envers le roi de France et ses devoirs à lézard de ses coreligionnaires en e.\iguanl de Montgomery, avant de lui rendre sa liberté d'action, le serment de K ne faire aucune chose uu préjudice de la confédération des deux royaumes »; promesse vague qui n'engageait guère le comte ut lui permettait, à elle, du le désavouer... s'il échouait. Montgomery quitta Londres aussilAt (4). La Motbo était vaincu.
Ce fut le comte de Retz, un des ordoonateurs de la Saiut-
(1) Hf^moire annexe h la dépAche de La Hothe, du 19 (Corr. dipl., t. V. p. 282).
(î) Le Roi â La Molhe, * et ao mars (A-W. aux Mim. tk Catfclnau, L Ut, p. UOT cl 3ISJ.
(3) Dépêche du )9 mars (Corr. dipl., I. V, p. 280).
(i) Id. - Mémoire précile aiiituxi' à relie dopéche. — Sniiih A Walungtiam, 19mar»(I,ef|r«3 et nÉgtic, p. .19i].
Barthélémy, qui, sans y penser, imagina un moyen d'apporter de nouveaux retards au départ du chef huguenot. La négociation du mariage du duc dWleneon avec Elisabeth périclitait. Il eut ridée de la faire appuyer par Montgomery <( par la faveur, disait-il, qu'il a avec le vice-admiral de par delà ». Monsieur s'empressa de communiquer la proposition à son frère. « Je sais » bien, lui mandait>il, que sa personne est pour les choses » passées à bonne cause désagréable. Mais, en une occasion si » urgente, il faut regarder à Futilité, non à la passiou. Il est » certain que Voire Majesté en tirera double conmiodité. Car » on peut croire que ledit comte, afin de se remettre en grâce, » employera toute sa dextérité pour Vous y servir à propos. » L'autre, que vous le détourneriez peut-t^tre du secours de La » Rochelle, s'il étoit en volonté et moyen d'y entendre ; qui ne » seroit pas peu d'avantage (1). »
Charles IX goûta l'avis. Mais alors Leicester, l'infatigable candidat à la main d'Elisabeth, fit courir le bruit que Maison- Heur, agent secret du duc d'Alençon^ à Londres depuis le 24 août, avait prémédité de se débarrasser par le fer ou le poison du collègue que Charles IX voulait lui adjoindre. Gabriel de Montgomery n'entendait point se mêler de ces menées matrimoniales dont il n'augurait rien que de fâcheux pour son parti. Toutefois, la singularité des offres qui lui furent faites en sousmain et la personnalité suspecte de Maisontleur ayant éveillé sa défiance, il donna tète baissée dans le piège que lui tendaient, complices inconscients, Retz et Leicester. Il réclama hautement justice des trames criminelles de Maisonfleur. Ce dernier n'eut pas de peine à se disculper (2). La confiance d'Elisabeth dans l'émissaire de son futur époux n'en fut pas moins ébranlée pour toujours par cet incident, qui, circonstance désastreuse pour les Rochelais, avait encore fait perdre trois semaines à leur libérateur espéré.
Retournons sous les murs de La Rochelle.
I Le duc d'Anjou au Hoi, 29 mars (Orip., B. N., f. fr., i5557, ^ 81). ) Dépêche de La Mothe, G avril idnr. dipL, t. V, p. 293). — Maisonfleur ireil, 9. (La Ferrièrc.« Le Seizième Siècle., p. 353-359).
Pour neutraliser toute pensée de débloquement, l'entrée du port avait été obstruée à Taide de vieux navires. Aux neuf vaisseaux déjà à Tancre au large de la pointe de Chef de Baye allaient s'en joindre quatorze autres, tirés de Bretagne et de Guyenne. De jour en jour de fortes colonnes d'infanterie, arrivant du Languedoc à peu près pacifié, ralliaient le camp de Monsieur (1).
Et pourtant ce n'était pas sans anxiété qu'on attendait l'heure où les vigies répandues sur le littoral Saintongeais signaleraient l'escadre du comte de Montgomery. Soldats et capitaines chuchotaient sous la tente ce que les Parisiens disaient tout haut : — <( S'il peut entrer dans le h&vre de La Rochelle, Monsieur sera contraint de lever le siège. » (2) — « Monseigneur, man- » daitle duc d'Anjou au Roi le 19 avril au matin (3), j'ai vu par M les derniers avis qui Vous sont venus d'Angleterre et de Nor- » mandie des IIP et VP de ce mois, la diligence que faisoit » Montgomery pour être prêt à faire voile le X*" ensuivant et » s'acheminer par deçà ; ce qui se trouve du tout conforme à ce » que j'en ai pu découvrir par un espion qui a été pris depuis » deux ou trois jours, voulant entrei' à La Rochelle. »
On ne devait plus rester longtemps en suspens. Le même jour, vers midi, une estafette, pénétrant brusquement dans la salle où le duc d*Anjou était à dîner avec son étatmajor, annonça qu'on apercevait au loin les voiles ennemies. Tous se levèrent de table, sautèrent en selle et galopèrent jusqu'à Chef de Baye.
Poussée par une forte brise de mer, la flotte avançait rapidement. Elle gouvernait droit sur La Rochelle. Avant deux heures, elle serait à portée de canon. A ce moment, le maréchal deCossé
(i) Fizes à l'amiral de Villars, i" avril (Orig., B. N., f. fr., 3224, f» 69). — Le duc d'Anjou au Roi, 2, 5 et {9 (Minutes, B. N., f. fr., 15557, f°» (OI4 114 et 14o). •— Le Roi au duc d'Anjou, 12 (Copie mod., B. N., autog. de Saint-Pétersbourg, vol. 21 2, f<»« 76-78).
(2) Lettres anonymes précitées à Smith et à Leicester.
(3) Lettre précitée. — Cf. une du duc de Montpensicr à la Reine-mère du 18 (dans Documents inédits sur t'hist, du Languedoc et de La Rochelle après la Saint-Barthélémy, publ. par J. Loutchilzky, 1873, p. 57).
émit ropinion qu'il serait opportun de prendre des mesures pour le cas où, au lieu de chercher à forcer Testacade qui barrait la passe, Tennemi tenterait de débarquer. Avec rapprobation de Monsieur, il fit établir à la hâte deux canons, deux grosses couleuvrines et deux bâtardes sur la falaise qui leur servait présentement d'observatoire.
Sur les trois heures du soir, les bâtiments ennemis n'étaient plus qu'à trois cents brasses. On distinguait nettement leurs évolutions et leur ordre de marche : les vaisseaux en tète ; les transports en arrière ; les galères sur les flancs ; ensemble une cinquantaine; à la corne de chacun flottait une flamme blanche, écartelée d'une croix rouge droite, — les couleurs d'Angleterre.
Ils approchaient toujours. Déjà ils s'apprêtaient à s'engager dans le chenal sans s'inquiéter de l'escadre royale, rangée sur sa gauche. Soudain, la batterie de Chef de Baye tonna de ses six pièces. Les navires s'arrêtèrent court, puis reculèrent. Un seul resta en place, comme indécis. C'était le vaisseau-amiral. Enfin, après avoir tourné plusieurs fois sur lui-même, il vira de bord à son tour, en lâchant une bordée qui passa par dessus l'escorte de Monsieur.
L'escadre de secours (1) qui se déploya le 19 en face des lignes catholiques, entre Chef de Baye et 1 île de Ré, comprenait 53 voiles, dont 4C seulement étaient des navires de guerre; tous jaugeaient de 50 à 60 tonneaux, deux exceptés, Tun de 3S0, monté par le comte de Montgomery, l'autre de :^50, monté par son cendre, sir Goayn Champernown, — Tamiral et le vice-amiral improvisés. Matelots et gens de guerre ne dépassaient point le nombre de 1.800 à2. 000 hommes, Anglais, Français, Flamands, avec quehjues « verteuils », mauvaises pièces de fer forgé, pour toute artillerie. Il y avait lom de là«aux 80 vaisseaux de haut bord, aux « 5.000 soldais et mariniers » attribués au comte par La Mothe dans sa dépêche du 27 février (2).
(1) Elle avait pris la mer le 16 avril (Dépôche de La Molhe, :'l et t?6 ; Corr. dipL, l. V, p. 310-313).
(2) Ibid., p. 262, — Cf. la lettre pn^citc^o du Hoi au duc d'Anjou, du 10 mars. '
Ce premier armement avait été tout entier confisqué par la reine Élisa-
Gabriel dn Monliiomei'y ignorait la g-utsrre marilime. En voyant ses éijuipagcB liësiler sous le Fou lie la batterie de Chuf de Baye, il craignit de s'i^lre avancé il l'avongle. Au rusto, le vaisseau qui portait son [lavilL.n, la i'rhiw-Rrjse. avait été troué « de bande eii bande » jiar un des boulets ennemis lïl îi un voulut pas aventurer sou meilleur bâtiment sur un résultat problématitiue. Il alla sVmbnsscr â une denii-lit-ue au lar^e. comptaiil bien tgun les Itochetuis ne tarderaient pas & •< lui donner avis ou signal de ce qu'il avoit h. faire ".
Son attente ne fut pas trompée. .\u milieu de la nuit, les patarlies catholiipies, placée» en seiittiielles avancées aux abords du barrage. apoiL'urent confusément dans l'obscurité, louvoyant entre elles, une embarcation marchant sans bruit à la rame. Elles la hèlprent. — « Eipiiptige du Prince ", r^pondit-on. — Lf Prùice était le plus grand navire des royaus. — Les vedettes laissèrent passer la lianiue, qui disparut dans l'ombre. Un quart d'heure après, celle-ci accostait la banche du la Prime-liose, et son patron était conduit à Montgomery.
C'ètiit un (iascon, nommé Mlrande, simple p^cbeur de moules avant lu siège, que son courage, son esprit fécond en ressources avaient élevé au gnule de capitaine; d'ailleurs, brave entre les plus braves, dévoué entre les plus dévoués. Pour l'opération que nous venons de le voir accomplir, il s'était olîert lui-même.
II remit au comte une lettre du maire et des échevîns de La Rochelle, Ccu.t-ci rnmerciaient leur vaillant allié de sou " ulTection et travail ». Mais, au nnm niémp île la cause pour laquelle tous le. savaient prêt à verser sou sang, ils le suppliaient do ne pas risquer sa flotte h l'encontre de celle du duc d'Anjou, supérieure et par lu nombre et par l'éiiuipument et par la poi^ition. lis lui seraient recunnaissanls de se retirer. L'unique service qu'ils réclamaient de lui était >< eu prenant l'occasion pour son
faeth k ta siiit^ lie lu icbne quu nous nvoiis rapportée. <?! elle n'avait eu garde de If ver celeniburgo npri's s.-i ilornî-r condloitioiiavec \e comte, maigrie les r^lainalloiia de i^elui-ci I Muntgiiiniirî .\ Ceril, tH mars: <laiiâ Lu Furrii^ra, Lu jVoi-t"*i"Jic... p. 2H1. — Cecil ii WuUiuglium, iuiw liala ; daiiB Ultin tt fl^yoc. de VîaUingkum, p. WÎJ.
advantage », de leur envoyer « quelqu'un de qualité et d*expérience » pour éteindre parmi eux de fâcheux ferments de discorde, quelques gens de guerre frais, afin de soulager la garnison, enfin des munitions et des provisions, a plutôt pour la repu» tation et éclat que pour une urgente nécessité », car leurs magasins regorgeaient de vivres, de poudre, de plomb, et ils étaient résolus de combattre jusqu'à la chute de leurs remparts.
Montgomery se résigna au sacrifice que lui demandait l'héroïque cité. Durant la journée entière du 20 avril, il demeura en panne, contemplant avec amertume ces préparatifs de lutte prochaine où il ne lui serait pas donné de prendre sa part de danger et suivant d'un œil distrait une petite canonnade entre deux de ses galères et quatre galères ennemies. Le lendemain, il leva l'ancre deux heures avant le lever du soleil (1).
Toute la France catholique se persuada — on se persuade fiisément ce qu'on désire — qu'il avait été pris de peur en présence des savantes dispositions et de la ferme attitude de Monsieur. Son échec eut les honneurs d*un compte rendu spécial imprimé à Paris et répandu à profusion en province (2). Le duc d'Anjou partagea naturellement l'illusion commune (3). Dans l'ivresse du triomphe, il décommanda six vaisseaux de renfort qu'il avait demandés à M. de Bouille, lieutenant-général de Bretagne (4). déception! Le 1^' mai, il achevait à peine
({] Le duc de Montpensier à la Reine-mèpc, 2\ avril (Documents,,,, publ. par Loulchilzky, p. 59), à l'amiral de Villars, 24 avril (Orig., B. N., f. fr., 3224, f° 74). — Britf discours de ce qui s'est passé le XIX^ jour d'avril sur la mer entre l'année du Roy et les Anglois venuz pour secouinr La Rochelle (Paris, 1573, in-8). — Discours du siège de La Rochelle en MDLXXlll iLyon, 1573, in 8). — La prinse du comte de Montgommej^ dedans le chasteau de Domfront (Lyon, 1574, in-8°). — Discours ^de la mort de Montgoinmery. — H. de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne et duc de Bouillon, Mémoires, éd. Michaud, p. 12. — Brantôme, L IV, p. 89, 90, (25 et 147. — J. de Tavannes, Mém. iu mareschal de Tavanne^, p. 419. — Amos Barbot, Hist, de La Rochelle depuis 1169 jusqu'à M'^lo (Ms., copie du XVIh siècle, B. iV, f. fr., 4797 et 4798; t. Il, l°« 291-299). — Aubigné, 2^ parlie, liv. I, ch. IX.
(2) Le B rie f discours...
(3) Le duc d'Anjou au Roi, 24 avril (Copie mod., B. N., aulog. de Saint- Pétersbourg, vol. 212, fo. 88-90).
(4) Le môme au môme, 1" mai (Minute, B. N., f. fr., 15tJ57, ^• 200-203).
— 13!» — i^ir.hiirlfs IX ; •< J'ai eu nouvelles depuis quelques jours 10 les Angloîs, ayant [iris la route de Belle-Ile el !4>tant I efforci's do Taire uno itûsccuto ont été si vivement repoussé» t ([u'ils ont élé contraints do so retirer après avoir perdu 35 ou
> 10 des leurs •■■: '{»*> dos itiform.itlons pins cxucles lui arniitiaient ce post-scriplum : « ... Ceux de heile-lle, Hprès avoir I eoinhattu et soutenu l'elVurt que Montgomcry a lait cuntro I eux avec toute son armée durant cinq jours ont été enfin for- I ces do 80 rendre (1), » Simultanément l'amiral de Villars. du ond de la Guyenne, et M. do Pienncs, do Picardie, prévenaient le iloi qu'ils redoutaient un coup do main du comte, l'un sur Suiullean-de-Luzou (Îap-Brelon, l'autre sur les eûtes de la Manche (2), !t Charles IX enjoi^-nail h MM. de Pieunes. de La Moilleraye, do hlatl^nun, de Bouille d'assembler tous les bâtiments dîsponihics |a'ila trouveraient dans les porls de Picardie, de Normandie, de Bretagne, afin de reprendre Belle-Ile de coucert (3).
Favorisé par le vent qui soufflait ffrand frais du sud-ouest, Uontgomery, parti de bon malin avec son escadre de La Ro- :belle, avait eu le lendemain au milieu du jour connaissance des Itterrnges de Belle-Ile. Aussitôt ses vaisseaux afTourchés sur leurs ancres, il dépècliait un de ses plus légers bâtiments ver» l'Angleterre. Le ministre Languillier et le capitaine de Berro y prcnaioiit passage. Us étalent porteurs de deux lettres (l) adreslées au grand-lrésorier Ceci! (S) et à lord Susses Ifi), le rival hmeux dans l'histoire et le roman du beau Leicester. >< SI je
> fusso parti, il yadeus ou trois mois, ainsi quojo l'a vois bien
(0 Ibirf.
(S) I>a Piciuies au Roi, I" mai [Orig., B. N.. f. fr., iS.I.'H, t' 196). — Lb toi BD duc d'Anjou, 'A mai, citant la InUre k lui adressi^e pur VillareiCopie tnod., I). V., "Utog. de SHlnt-l'étersbourg, vol, 3(t, t" U,)-U5).
(3} U Hoi au duc d'Anjou, S (Copie mod.. 6. .N., Autug. de Saint-Pittenloitrg, vol. 213, f"' 9H-M)0). — Cf. la commission envoyée â la Meilleraye, m date du t (Minule. B. .\.. ninq-Cents de Colberl, vol. 7, p. i95).
(4} IdenlitiiiementwmliIableB et ainsi daUea ; « En radde de [leUe-liln, B XXII' d'avril I57n -■; voy. UadeuK noies ci-dessous.
(3) Impr. d iiprfts l'origlual (au ftccorii ••ffif) par M. de I,a Feriltre dttiis >i Svrmamlie. .., p. 217.
(B) Orig. au Britith Muitum; copie du xvill's . B. N., collection Bn'-- [Hlilpljr, vol. W (33 des Piéett historiques.
» désiré et supplié, j'en eusse eu iiou marché, s'écriait amèfe- » ment Montgomery. Que la reine veuille ne plus différer h )) secours de tant de gens de bien et de bon peuple qui se sont » mis sous sa protection, et que les tyrans ne viennent pasi » bout de les exterminer comme ils ont fait des autres. Car ce » sont autant d'/imes desquelles Dieu peut demander compte à » Sa Majesté. »
Pendant vingt-quatre heures, la mer fut si grosse qu'il fallut renoncer à toute opération. Le château et la flotte se bornèrent i échanger quelques salves de mousqueterie. Le 22, à la tombée de la nuit, la brise mollit tout à coup et la descente devint praticable. Le lendemain, dès Taurore, six détachements se portèrent d'ensemble sur six points différents des falaises qui avaient été couronnées de retranchements. Le combat fut vif. Les huguenots, s'avançant à découvert, perdirent deux fois plus de monde que les royaux. Mais fmalement, ceux-ci, débordés à leur extrême gauche, pris à revers par une des colonnes dattaque, lâchèrent pied. Ils se réfugièrent dans le chAleau et contraignirent leur chef, rilalien Francisco, à capituler <» vie et bagues sauves ».
Le même soir, la capture de deux chaloupes, venues de l'île d'Yen ponr ravitailler Belle-Ile, accrut la joie des vainqueurs et fut pour eux le point de départ d*un nouveau succès. Six navires allèrent s'assurer de l'Ile d Yen, qui commandait la côte de Poitou. Alors, ne retenant près de lui que le vaisseau vice-amiral et la Prime- Rose, le comte organisa la course avec toutes les voiles réunies sous son pavillon. Les prises afflu^^cnt bientôt à son quartier- général. « Il sembloit , dit un historien protestant, qu'on destinât Belle -Ile pour retraite et magasin de toute pratique qui se pourroit faire en cette guerre ». Du raz de Sein à la Bidassoa, les côtes de France tremblaient au bruit des exploits des hardis corsaires de Montgomery (1).
Les exigences du récit nous obligent à quitter Belle-Ile pour voir ce que sont devenues les relations diplomatiques de l'An-
(1) Le lioi îi La Mothe, 29 avril iXid. mix Mém. de Castelntiu, t. III, p. 329). —La Poprlinirn\ t. Il,liv. XXXIII. f" i.iS.- Aubigné, 2« partie,liv. I,ch. xvi.
- lU —
glelerre el tie h France. Dî-s (|ue Charles IX avait reçu avis de l'apparilion du Motit^çomery devant La Roclielle, il avait chargé La tMulhc-Fciioluii de se plaindre à la reine i|u'ulltretit l-Aérè c«Ue expédition qui. entreprise sous pavillon anglais, constituait une rupture Laoilo du LrailÉ de Blois Jj,
Il — Foi de princesse chrétienne! répondit Elisabeth à La Molhe, en toute la llolle du cuoite, il n'y a un seul homme, un seul navire, qui provienne de mrM ou du ma permissiun. .\prês mes défenses, je ne pense pas qu'un seul de mes gentilshommes soit avec lui, fors peut-ôtre son gendre sir Goiiyn Champernown. — Depuis un au, la Primc-Rmc n'est plus k moi. Suus doute l'aura-t-il acquise de ceux à qui on l'a vendue. — Quant à avoir arlioré des crDis rouges, c'est chose que les navires marchands •sont accoutumés de faire en temps suspect. Au demeurant, il a été forcé de ramasser ce qu'il a pu de navires et d'hommes pour exécuter sou entreprise, el j'ai vu de ses leltres à quelques-uas de ma Cour on il ae plai^noit d'avoir été fort mal traité et trompé des Auglois. ■<
En dépit do ces protestations (2), La Mothe redoubla de vigilance.
Le 8. il apprit l'arrivée à Londres, la veille au soir, de MM. de Berre et de Lan^uillier, émissaires de .Montgomery. Uês lurs il poursuivra un Lut unique : uunlraliser par son iuthience celle des deux envoyé> (3) :
« Nous sommes un peu en alarme de la prise de Belle-Ile », écrivait vers le même temps le secrétaire d'Etat Itrùlart (4). ' L'al&rme venait moins encore de l'événement en lui même que de ses conséquences éventuelles. Maître de l'embouchure de la Loire, Montgomery âllait-il reprendre ses desseins sur La Kochelle on bien se tourner vers la Bretagne, si directement exposée à sc!) coups? On craignait nx^me beaucoup pour la Normimdie,
(I) 1^. tloi a bi Motbe, rA {.Cott. dipl.. t. VII. p. iVi), si U avril {Ad4. au-u Htm. 4f. Ciuteinuu. l. 111, p. U\).
■ (2) KIIgs 8ui]I toihpnu'g duns un mOmoire anne\é h la Aéfliclie de La Moitié, du I' mai (tofr. -II,.!., t. V, p. 317 l-I 313}.
(3) Uépûche de U Mothe. S mai [Corr. Uipl., l. V, p. m-Ti-:].
m Brûlart b MaUguun. 14 mai (Aulo^j-, B. >., f. fr., Jïji, i» 20).
quoique plus éloignée, et Matignon fut prévenu que de son hft** bileté à « contenir le pays » dépendait Tespoir de « sortir de ce bourbier ( i ). »
Mais les desseins de Montgomery étaient paralysés par k manque de ressources. Sur les nouvelles qui lui vinrent de Nor* mandie, de Bretagne, de Saintonge que les flottes royales s'armaient de tonte part pour Tattaquer dans sa conquête, il jugea la position intenable Le 21 mai, après avoir expédié aux Rochelais les ravitaillements réclamés et avoir démantelé les fortifications du château, il mit à la voile. Le 26, il mouillait en vue des côtes d'Angleterre.
Une lettre de Charles IX à La Mothe avait précédé l'arrivée du comte dans les eaux britanniques.
« Monsieur de la Mothe, écrivait-il, à ce que j*ai vu par vos » dépèches, la reine d^Angleterre et ses ministres persévèrent à » faire par paroles seulement démonstration de vouloir entretenir )> parfaite amitié avec moi, selon notre dernier traité. En effet » il se voit beaucoup de choses qui me donnent grande occasion A de penser que, si elle voit quelque beau jeu pour son avan- » tage, elle ne le faudroit point, — à quoi j'ai bonne espérance » de si bien pourvoir, qu'elle ni ceux qu'elle assiste sous » main (ainsi qu*il se connoit assez clairement), n'en rapporte- » ront que la honte. Je cuide que de cette heure ce malheureux » Montgomery et ceux de sa suite auront été par les miens » chassés de Belle-Ile... Je désire que vous requériez la reine, » puisque le comte de Montgomery est de retour en son royaume, » et qu'il est notoire qu'il me fait la guerre, que, suivant notre » traité, elle le fasse prendre et tous ceux qui ont fait avec lui ce » voyage, pour les remettre en mes mains, afin d'en tirer la » justice qulls méritent (2) ».
Les réclamations do notre ambassadeur furent aussi énergiques que pouvaient le désirer Charles IX et Catherine <îe MéJicis. Mais, cette fois encore, elles restèrent sans ellet, et la reine d'An-
(1) Ibid. — Le Roi au mt>me, 25 mai (Orig., B. N., f. fr., 3254, P 63 . (2/ Le Hoi à La Mothe, 18 mai. {Add. aux Mém. de Castdnau^ t. III, p. 33 i et 333.)
- tl3 gleterre moliva sou refus avec celle dignilÉ donl nllc savait se parer, lorsqu'elle ne se laissait pas dominer par ces u fureure de lionne • (1) qu'elle tenait de Henri VIII ;
" —Je vous puis jurer, dit-elle, que je ne sais en aucune façon du inonde si le comte de Mnnt^omcry est en ce royaume. Mais, quaud il y vieudr;., je répondrai do même quo ûl le feu roy, père du roy mou bon frère, h ma sœur la feue reyne Marie. Ainsi qu'il disoit : Je ne veux iHrc li- bourreau de la royne d'Angleterre; do mi^mo, je dirai : Je ne »eiix t-tre le liourreau de ceux de m«re/iyi«H. Toutefois je promets à Sa Majesté Trîis Chrélieuni! de garder ledit comte de ne rien faire contre Elle et de ne retourner plus fi ce qu'il a une fois entrepris sans mon su ni mon consentement <•.
La Molhe lui objecta qu'elle avait récoinmeot admis en &a présence M°" de Montf^omery et sa famille, et que son maître pouvait k bon droit en prendre ombrage. — lllisatietli déclara qu'elle n'avait pas cru devoir fermer sa porto à la femme du plus marquant des réfugiés d'onlre-UancUe et ajouta :
" — La comtesse étoîl venue vers moi, accompagnée de paroQls et amis do son mari, pour me prier do beaucoup de choses. AiDBÎ lui ai-je répondu ; Je n'tii été du premier conseil du comte et ne veux être du second. J'ai été bien ébahie comme il n'avoît voulu accepter les offres du Hoy Très Chrétien. — A quoi, poursuivit la Reine, elle m'a répliqué qu'il s'étoit trop légèrement obligé par serment envers ceux de La Rochelle à leur amener secours, non en intention que ce fût contre l'honneur et service de Sa Majesté, mais pour donuer quelque répit aux assiégés et autres de leur parti de se pouvoir impétrer aucunes lolérablos condilious pour la sûreté de leur vie et de leur religiou ».
Elisabeth suivait des yeux l'impression de ses paroles sur La Molhe. Le voyant peu convaincu, elle reprît :
t' — Depuis vin^'L-quatre heures néanmoins j'avois entendu que lo comte do Moulgomory est arrivé daus l'Ile do Wight et lui ai incontinent envoyé sir Arthur Champernown pour l'avertir que
FerriL-re, his Projets lir mitriuy^ 't' tUUubuth, [i. 6,
je ne tenois en si peu Famitié du roy de France que je lui voulusse permettre de venir en ma Cour au retour de tels exploits. Vous pouvez asseurer votre mailre, Monsieur TAmbassadeur, que cestuy-là ne tirera aucun moyen de ce royaume (1). »
Ces excuses parurent trop éclatantes à La MotLe pour être sincères. Resté avec ses doutes, il fit parler « par interposées personnes » à M"' de Montgomery « afin de réduire son mari ». Il mandait au Roi le 3 juin : « S'il vous platt, Sire, que je lui » permette de venir me parler, Ton me donne espérance que je » le pourrai faire retourner en l'obéissance de Votre Majesté (2) ». De son côté, Charles IX n'était nullement rassuré à l'endroit du comte par l'abandon de Belle-Ile et fort éloigné de se fier aux fanfaronnades du duc d'Anjou qui le taxait de timidité lorsqu'il lui communiquait ses appréhensions (3). Cependant les rebuffades qu*essuyèrent les amis de Montgomery, « s'étant présentés pour impétrer un nouveau renfort et de nouvelles provisions (4) », rassurèrent un moment le cabinet du Louvre et plus encore l'avis qu'il s'apprêtait à rejoindre à Flessingue les troupes du prince d'Orange. Mais ses inquiétudes se réveillèrent presqu'aussitôt sur le bruit que le comte, en gagnant la Hollande, méditait d'y organiser une seconde expédition pour secourir Lu Rochelle plutôt que de s'allier aux gueux contre le roi d'Espagne. « Le Roy veut oublier ses dernières folies, écrivit » Catherine séance tenante à La Motho. Si lui ou sa femme vous M font rechercher, accordez cette négociation (5) ».
Les rapports personnels de Gabriel de Montgomery avec le laciturne remontaient déjà haut, et la liaison des deux illustres proscrits était devenue assez étroite pour que, au mois d'avril précédent Guillaume se fût cru autorisé à mêler dans ses « prati-
(i) Dépôche de La Mothe, 3 juin {Corr. dipLy t. V, p. 339, 340 et 343).
(2) Ibid.y p. 344.
(3) Le duc d'Anjou au Roi, i3 juin (Copie mod., B. N. Autog. de Saint- Pétersbourg, vol. 212, fo 50i) et à Matignon, 20 juin ^Orig., B. N., f. fr., 6604, f« 7u).
(4) D(^pôfhe de La Mothe, 6 juin [Corr, difd., t. V, p, 347).
(5) Le Roi, 23 et 29, I^ Heine-mère, 23, à La Mothe (Add. aux Mém. de Castelnau, t. III, p. 337-341).
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ques 11 auprès du gouvernement de Charles IX des demandes d'argent en faveur des Flamands et tes instances pressantes pour qu'on accordât au comte le pardon dupasse (1). Le premier acte du comte, au retour de sa campagne maritime, avait été d'envoyer son fils aine, Jacques, seigneur de Lorges, qui avait reçu le bapli^mo du feu à l'attaque de Belle-Ile (2), déposer aux pieds d'Elisabeth l'hommage de ses respecta (3), le second, pour faire promettre son appui au prinee d'Orange (4). La reine d'Angleterre fil un accueil glacial au jeune seigneur de Lorges. En lui donnant congé, elle commanda au vice-amiral Champemown de l'accompagner partout où il porterait ses pas et d'interdire à son beau-fr&re de reparaître devant elle jusqu'à nouvel ordre (U).
Monigoniery était trop fier pour se plaindre d'une disgrâce, justifiable après tout, sinon méritée. Il était aussi trop babile ponr ne pas imiter Leicester dont la persistante faveur auprès de sa maîtresse prenait sa source dans une obéissance passive, sûr qu'il était de ramener toujours à ce qu'il voudrait cette nature à la fois violente et variable (6). Dans ce qui lui arrivait le comte sentait d'ailleurs la main de La Mothe. 11 se retira en Cornouailles, au ch&teau d'Udinton, propriété de Cbamperuown, déterminé à attendre l'heure de la revanche (7).
H s'appliqua d'abord à endormir les défiances du Louvre et de White-Hall. l'our cela il feignit d'aspirer au repos. A l'extn^me élonnement de don Dief^o de Çuniga (8), ce ne fut pas lui, mais son fils Lorges, qui partit pour la Hollande (9). Comme toujours La Mothe, malgré une perspicacité incontestable, fut sa dupe.
(I } Dépêche d'Alamanni {Nigac. avec ta Tmcan^. t. III, p. 876).
(5) Vov. l(;s sources prêcilËes.
(3) Hontgomery, k Ceci], 26 mai (Li Ferrière, ta Jformandu:..., p, îlli..
(4) Dépêche de Çutiiga, 10 juin (DéchiffV. orig-, Arch. Nal., K. 1538, I n'22).
j5] Dépêche précitée de La Uothc, H juin. — La Popelinière. loc. cit.
(6) Lu Kerricre, Les projets rfc mariage... p. W- (T) La Popelinitre. loc. w(.
(8) Comparer les depCches des 2 et 8 juillet (DéchiRr-, orig., Arch. Nal.^ K,1532, n" -23 et 39).
(9) Le prince d'Orange k Louis de Nassau, 17 juin; U&roix de Sainte* L AÙegunde au même. 2 juillet {Arch. de la Hahm d'Orange, i" série, t. IV. I p. )M). — Dépêche de La Molhe, 20 juin (Corr. dtpt., l. V, p. H1J3-535).
« J*ai déjà si bien imprimé à plusieurs de cette Cour que Votre » Majesté mettroit de bref la paix eu son royaume, écnt-3 » ie 20 juin au Roi, et trouvé le moyen de le faire ainsi entenan » à M. de Montgomery que ni eux ne parlent si fort de loi » bailler nouveau renfort, ni lui n'insiste plus tant de Tavoir. »
Le 3 juillet (1), autre dépèche, plus rassurante encore : sir Arthur Champernown Test venu trouver, après être allé visiter le comte ; il proteste que celui-ci désire plus que sa vie « la réunion de ceux de la Religion à Votre obéissance sous la protection et observance du dernier édit de pacification ».
Le 12, il alla annoncer à la reine d'Angleterre la conclusion de la paix, signée le 24 juin avec les Rochelais. La reine s'informa curieusement de ses clauses et, lorsqu'il les lui eût résumées :
u — Tous les sujets du roy mon bon frère sont-ils rappelés? demanda- t-elle.
— Oui, sans doute. Madame, répondit l'ambassadeur.
— Et le comte de Montgomery pourra-t-il retourner en sa bonne grâce comme les autres ?
— S'il n'apparaît pas à Sa Majesté qu'il eut machiné quelque cnose de plus que les autres contre sa personne, je ne pense pas qu'Elle veuille l'excepter. »
En sortant de l'auaience, La Mothe reproduisit soigneusement ce dialogue dans le compte rendu qu'il en adressa au Roi, lui demandant à ce sujet des instructions détaillées (2).
t^èu de jours après, sir Edward Orsey, par Tintermédiaire duquel Elisabeth avait fait offrir à Charles IX sa médiation entre lui et les Rochelais, — médiation rendue inutile par le traité du 24 juin — revint à Londres. « Le comte de Montgomery, à ce que » j'entends, n'a attendu que le retour du capitaine Orsey pour » envoyer devers moi », mande La Mothe le 20 juillet à son maitte(3). Et la semaine suivante (4): « Il n'a encore envoyé de- » vers moi, à cause, à mon advis, que le capitaine Orsey îui a
(l)Corr. dip/., t. V, p. 364.
(2) Dépêche du i2 {Ihxd.j p. 372).
(3) 16td, p. 375.
(4) Dépêche du 31 (îhid.y p. 384).
T» écrit la honne réponse f[u'il en a rapporté de Voire Majesté 41 touchant son fait particulier. Mais jâ sais bien qu'il s*est for^ H réjoui de la p.iix et je pense i^u'il fera bientAl repasser pAf » delà sa femme el sas enfanta ».
La réponse de Charles IX sf ressent des inquiétudes que la roaduilo de Montf^omcry avait éveillées en son esprit : « Donnez- » lai toute assurance àe ma bonne volonté envers lui, ne Iqis- « sanl toutefois d'observer ce qu'il voudra devenir (I). ■■
Quatre mois s'écoulèrent, pendant lesquels il no bougea pas du Comouuilles. La Mothe, qui s'était d'abord formalisé et Oli'^me alarmé do ce peu d'empressement à faire officieilement sa soumission entre les mains du représentant de son souverain (2), découvrit en octobre que la faute n'en était pas à lui : par un paprîce inexplicable la reine d'Angleterre persistait à le maintenir éloigné de sa capitale (3). Et il n'y avait pas à se méprendre sur sa bonne volonté: car le maréchal de Retz, ayant traversé le détroit le mois d'avant, aTm de notilier à Elisabeth l'élévation du dnc d'Anjou au trAne de Pologne, avait eu l'orcasion de conférer avec la comtesse de Montgomery, qui lui avait « amplement témoigné <Ies intentions do son mari (4). »
Enlin, le 17 décembre, La MoLbe reçut la visite du comte. Il arrivait tout droit du Cornouailles et n'avait encore vu ni la reine Élisahoth ni sa propre famille. Il affirma n'avoir jamais cessé d'iHre au fond du cœur le loyal serviteur et sujet de la couronne de France.
» — La plus urgente occasion qui m'a ému à prendre los armes on ces derniers troubles, s'écria-t-il avec feu, c'est que je jugeois
(1) Le Roi à l,a Motho, S BoQ! (Add. aux Mfm. tk l'nildnau, 1. m, p. 3SI).
(2) DtVpteh^s duB li QOftt o[ i> septembre [Corr. dipt., l. v, p. 393 «I 403).
(3) l)épflclie du 23 octobre (/tW.. p. 428).
(V) Bet7. B M"" de Hoiilgomery. 3 oetobre tS73 (la FerrièM, to flformnntfie, p. ïISj. Ccltr lellre cal faulivement dal^e la72 par l'6crivain lui-même; roy. son aoaiysd dans les Calundars. . ., 1572-7*. n* 891, et cr. : !• la dépedie de I.b Mothe du 4 septembre IK73 [Corr. dipl., t. v, p. 402 : ï* If lettre, datée du -it) aoOl 1573, dont le Roi chargeait son eiivnfA extraordi" naire pour lord Susmx ; Copie du XVlir» «iècle. B. N., collcetian Brâquigify, ▼ol. 95 (32 des pièces tiistoriquesi.
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Au reçu de la précédente dépêche de l'ambassadeur, Charles IX aurait voulu soumettre sur-le-champ à son conseil les demandes de Montgomery. Kn ayant été empêché par aoe indisposition assez grave du chancelier de Birague, il pria La Motbe de faire part au comte de cet incident et de veiller à ce qu'il ne prît ombrage du retard qui en serait la suite {!). Le 20 janvier lo74, à peine une délibération du conseil privé eiHelle fait droit à sa requéle le Roi en envoya copie à La Motlie (2), le chargeant de la transmettre au comte, ainsi que deux passe-ports (3) aux noms de M"" de Montgomery, " afin qu'elle puisse venir en ses maisons et s'en retourner quand elle voudra " , et de sa bru, femme du jeune seigneur de liorges, « à ce qu'elle puisse aller trouver son mari, fils dudit Montgomeiy, où il sera. >> Il terminait ainsi sa lettre ù La Mothe : -i Vous m'écrivîtes quelquefois qu'il avoit désir, u considéré le malheur qui lui est advenu ilTendroit du feu Roy u mon père, de ne plus revenir en France, si je lui voulois per- >' mettre de jouir de ses biens ou lui bailler faculté de les vendre. » S'il est encore en celte disposition, je la lui accorderai volon* » tiers. Mais, en quoique façon que ce soit, je vous prie l'assurer '• que je ne manquerai en aucune chose que je lui promets(i).» En même temps, il lançait par le royaume un mandement prescrivant à tous officiers de l'ordre administratif ou judiciaire de respecter les « articles du comte de Montgomery (o). »
Pour bien comprendre ces décisions si libérales, il convient de reproduire certain passage d'une dépêche de l'ambassadeur de Toscane en France, écrite moins d'une semaine après: « Li Wfonolti vi tianno sempre rtforzando ed ogni giorno domandano più. Quakuno dice che vogliono richiamare Montgommenj net regno ed farh lor capo (6). » Le comte de Montgomery venait en
(1) Le Roia La Mothe, 20 diicembre. (A-W. nui Mém. 'le Canlelnau, I, lit, p. 369.]
{î)tt«i.,p, 377-380.
{3)16iU, p. 381.
Wlbid.,p.376.
(S) Ibid.. p. 3B0.
(fl) Dépêche d'AIiir p. S97'.
2C janvier (JV-'i/oc. .
effet, ne l'oublions pas, premier après Henri de Navarre, le prince de Condé et Tamiral de Goligny, en 1570. L'assassinat de l'un, le quasi-emprisonnement des autres au 24 août avaient donc fait de lui le généralissime des réformés (1). C'est à lui que s'était adressé au mois d'octobre l'agitateur Campet de Saujon (2), qui se faisait fort de rallumer la guerre dans le Dauphiné, le Languedoc et la Provence, s'il se mettait à la tète des religionnaires de ces contrées. Dans ces conditions, la clémence du cabinet de Louvre s'explique : puisque son séjour à l'étranger et les scrupules d'Elisabeth élevaient une barrière entre lui et la place de Grève, puisqu'on ne pouvait le livrer au supplice, il fallait le gagner à tout prix.
Les pages qui précèdent ont montré avec quelle adresse il réduisit à néant les perfidies de la Cour de France. A la fin de 1573, il était parvenu à endormir complètement les soupçons de La Mothe-Fénelon. Quant à la malveillance calculée d'Éli« sabeth, elle allait servir ses plans secrets. Dans cette campagne diplomatique de six mois, oti il voyait la défection éclaircir à chaque instant les rangs de ceux en qui il avait placé sa confiance, il ne recula devant aucune démarche rebutante; s'abaissant à feindre de soupirer après le pardon de Catherine de Uédicis, sa persécutrice de toutes les heures, et de Charles IX, le bourreau de ses frères ; travaillant sans relâche à convaincre La Mothe que son unique ambition était de reconquérir la faveur royale, alors que la Reine-mère et le Roi (la tête et le bras) conspiraient contre sa vie. Il découvrait en effet qu'un gentilhomme perdu de crimes et quatre <( soudards » avaient été dépêchés pour « l'occire par armes ou poison » . Au bout de la réussite de ce lâche attentat, de l'or pour ceux-ci, la rémission pourceluilà. Toujours la tradition de Maurevert. Dans le premier moment, il ne put retenir un cri de rage :
« — Voilà la fiance qu'il y a en eux ! (3) »
{{) La Pnnsc ducomtedeMon(gomery\u\ reconnaltce rang très explicitement.
(2) Campet de Saujon àMonlgomery, 8 octobre 4573, dans La Perrière, La Normandie..., p. 223. — Sur ce personnage, voy. Brantôme, t. v, p. 150.
(3) Montgomery à Gecil, li ootobre 1373 (La Perrière, La Normandie... f p. 221 ).
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Ei le lândemiiiu il reprenait sa chaiuo de dissimulation, de mensonges.
Lorsque les passeports et l'ammstie parliculière, signés le 20 janvier au cbiUeau de Saint-Germain, arrivèrent à Londres, Gabriel de Monigomery avait quitté le sol britannique qu'il ne devait plus revoir. 11 s'était d'abord rendu à CiUernesey, qu'une lettre du Walsingham lui conseilla d'abandonner (1), et c'est à Jersey qu'il résida pendant les derniers jours de son exil (2). Là, mieux que partout ailleurs, il put se retremper dans ses impressions de la âaiut-Bortbélemy .
Mais le Roi a pris l'éveil. Il ordonne à La Motho-Fénelondole sarveiller de près Ci), v Je sais sûromenl que M. de Montgo- » mery, il n'y a pas cinq jours, étoit encore à Jerzé, répond-il. " Même lui et son tils s'en reviennent sous peu trouver la com- » tesse à llamptonno (4). S'il approche jusqu'ici, je ne faudra! de u le confirmer en ce qu'il vous a promis. »
Cette d^pûche est du 7 mars (5j. Elle se croise avec une lettre de Charles IX ^6), ainsi conçue :
lùi voulant clore la présente, j'ai eu advia certain du
» sieur de Miilignon, que le comte de Montgomery a fait des- )) centeen ce royaume le H de ce mois. »
(1) u 1 wroal to the couDt Hontgoraer;, Tor his retire orCuernsey. » (Walsingiium, Joumut, insi^ré, «n ISTà, dans les Camdem MinccUany, à la
date du 28 janvier).
(2) Le Koi à La Halbe, t Kvrier [Add. aux Mém. de CiuUl$iau. l. m,
p. 3an).
(3) Le memeou mi^me, <H février {Ibid., p. 389).
(4) aamploit-Court.
{i)Corr. dipL, t. vi, p. 5J.
(6) Le Rai 4 La Holbe, 14 murs (Adii. aiu; Mim. de Castelnau, t. m, p. 394).
Il nous faut revenir en arrière, retourner à la fin de décembre 1573, époque où le duc d'Anjou, le roi élu de Pologne, comme on l'appelait maintenant, avait franchi le Rhin, allant prendre possession de sa couronne. « Sa sortie de France et la maladie du roy Charles, qui commença presque en même temps, dit Marguerite de Valois, leur sœur, dans ses Mémoires, éveillèrent les esprits des partis de ce royaume, faisant divers projets sur cet État. » (1).
Par un de ces revirements d'opinion si fréquents dans les temps de troubles, les protestants avait cette fois pour auxiliaires les catholiques modérés ou politiques, et à leur tète se placeraient le duc d'Alençon et le roi de Navarre.
L'explosion de la mine avait été fixée au mardi-gras, 23 février 1574. Si à Saint-Germain, où se trouvait la Cour, la conspiration échoua (2), dans les provinces elle eut plein succès. En un même jour, la Saintonge, la Guyenne, le Languedoc, le Dauphiné se déclarent pour les confédérés (3). Mais de ce mouvemenent quel est l'objectif ? L'un de ses chefs va nous le dire : « Les huguenots et les papistes sont ensemble pour tirer les étrangers de la Cour », écrit Montgomery (4). 11 désigne ainsi, les Italiens qui entourent la Reine-mère et soufflent au Roi de perfides conseils, les Retz, les Birague, les Nevers. Encore les
(1) Marguerite de Valois, Mémoires et lettres, éd. Guessard, p. 37.
(2) H. de La Tour, vicomte de Turenne et duc de Bouillon, Mémoires, p. 17.
(3) MoQtgomery à Cecil, 8 mars (La Perrière, Le seizième siècle..., p. 383).
(4) Ibid.
Conjurés font-ils preuve de modération. Sur la liste de proscription un nom a été omis à dessein, par respect pour 1 autorité royale, le nom de Catherine de Médicis (1). Jamais complot n'eut un but plus patriotique. «Dieu veuille y mettre la maint» nous écrierons-nous avec notre héros (2).
La Reine-mère se vit débordée. Pour détourner l'orage, comme toujours, elle eut recours aux temporisations. L'avantgarde des rebelles était à Mantes. Elle était commandée par M. de Chaumont-Quitry qui s'était chargé, disait-on, de forcer avec 800 chevaux les portes du château de Vincenncsoù le roi de Navarre et le duc d'Alençon étaient prisonniers depuis le mardi-gras. Le vicomte de Turenne, l'une des têtes du parti politique, lui fut dépêché avec mission de le ramener pour un < abouchement ».
Quitry s'y montra d'abord peu disposé.
« — La méfiance est grande ici, dit-il. L'invalidité de toutesies promesses met ma sécurité en question. Puis, nous sommes sans chefs. Nous n'avons d'avis certain de ce qu a exécuté M. deColombières et moins encore si le comte de Montgomery a mis pied à terre. )>
Cependant, à force d'instances, il finit par céder. Il eut audience du Roi le 9 mars. Charles IX mit tout ses soins à t pratiquer » Quitry, jurant de récompenser magnifiquement ses services. Quitry affirma que Sa Majesté pouvait user de lui comme dû plus respecteux et du plus dévoué de ses sujets- Séance tenante,Charles lui enjoignit de repartir sur l'heure avec Tùrenne pour la Normandie et de s'entremettre auprès des plus marquants des révoltés de la province (3). En môme temps, MM. de Biron et de Slrozzi allaient s'acquitter d'une mission semblable dans le Midi et dans TOuest (4).
(1^ Dépêche d^Alamanni, 1 1 mars {Négoc, avec la Toscanef 1. 111, p. 90).
(2) Lettre précité du 8 mars.
(3) Le Roi à La Mothe, 4, et i4 mars (Add. aux Mém, de Casielnau^ t. III, p. 393). — Bouillon-Turenne, Mémoires^ p. 18 et 19.
(4) Le maître de postes de Bordeaux à don Gabriel de Çayas, secrétaire d'État de Philippe H, 9 avril (Trad. espagnole, Arch. Nat., K. 1533, n» 64). ~ Biron au Roi, 24 avril (Archiver hisloriqties de la Gironde, t. XIV, 1874» p* i05).
NouB suivrons les premiera, dont la tAche iHail considérij comme lu plus laborieuse ; car ils allaient avoii'aiïairo à MonS igoiuory (1). Mais avant tout, voyons ce qnï'tait devenu le comte entre sou départ furtif de Jersey et sa ntntréc en France.
Son premier dessein avait été de preiidrti le commandement dfsreliginuiiaires du Languedoc(]ui s'olîraieulîi lui (i). (l'était le parti le plus sage. L'expérience des deux prcinièi-es guerres civiles avait démontré aux réformés que le nord et le centre de la France était pn)rondément altacliés au catholicisme et que lutir présence en ces réffions, où il leur était très difficile de se maintenir, ne leur donnait pas un prosélyte. Dans le sud et le ttuJ-ouest, au contraire, ilswtmptaient beaucoup d'adhérents. En Dutn', réliiigiieiiieul du pouvoir contrai, les rivalités sourdes existant entre les différents gouvonieiirs de provincesdumidi, rivalités «pii avaient, on s'en souvient, favorisé à un si haut degré l'expédition de Navarre, lour conslituaieiit un appoint sérieux ; et l'on ne peut douter qu'avec sf)u audace, avec sa rapidité de mouveuK'iits, avec le prestige dont il jouissait en Cascogne, il n'eût toutes les chances de succès.
llii événenieut inattendu dérangea ses plans.
Au commencement de 1573, Frani,'ois de La Noue, se trouvant à La Rochelle au moment de son investissement par les calholi<|ues, s'était vu quasi contraint pai'lcsassiégé.sdo quitter la ville pour leur avoir conseillé — dans des vues purement désintéressées d'ailleurs — d'accepteru une bonne composition! da duc d'Anjou. |)lulôtque de « chercher à résister a.
Uii vif ressentiment lui étaitrcsté au cœur decel affront, qu'il attribuait à Montgomery, non sans cause, les Itochelais lui ayant détdaréqii" « ils atfcTidoient le comte pour se conduire à sa discrétion • et lui ayant en outre donné à entendre que ce dernier, • pour les rapports qu'on lui avoit faits de lui ne lui, voulott guères de bien. >
Or, à la tin de février li>74, Montgomery s'élanl présenté de-
(1) AttunaODJ le dit en propres termes duns sa dépêche précitée du <i mars.
(2) Lettrt précitée de Campet de Saujon, S octobre tiiT3.
nt La Rochelle pour la seconde fois, les Rochelais, à Tinsi:ation dcLa Nouequiyélait revenu, lui refusèrent l'entrée da ►rt. C'est une triste page dans la belle vie de La Noue que cette j ncune mesquine. L'histoire et la postérité sont fondées à le ' ndre en grande partie responsable de la perte de Montgoery (1).
Renfermant en lui-même ramertume d'un pareil traitemeat, comte se retourna vers la Normandie (^2), où l'appelait Colomères. — « Son destin, dit mélancoliquement l'historien prostant La Popelinière, le força d'en prendre le hasard. » Montgomery ccmnaissait la vigilance de La Mothe-Fénelon. avait lieu do redouter qu'il nVût ou vont de son départ de l'sey ot en eût informé le Roi. Dans cotte hypothèse, len- 'Uii devait supposer qu'il opérerait sa dosc^Mite sur la côte plus rapprochée de Tarchipol anglo-normand, c'est-à-dire Ile qui lui fait face. Dès lors, un débarquement entre la linte du Ccjtontin ot la baie du Mont Saint-Michel semblait lie. Mais, d'un autre côté, doubler le cap de la Hague aurait é une perte de temps considérable. Il se décida à tenter venturo.
Et voilà comment nous le voyons, le 1 1 mars (3), prendre rre au petit port de Lingroville (4).
Contre son attente, il no fut pas inquiété. U ne pouvait sair que La Mothe était au plus fort de ses illusions optiîstes de fraîche date. Ce fut en effet par les lettres du Roi
\) La Popelinière, t. II, liv. xxxii, f» 128, liv. xxxiii, ^ 140 et liv. xxxir,
2) D*après son propre témoignage, — sa leUre déjà citée du 8 mars à Ceci), il leva l'ancre de Saint-Martin-de-Rc le 2 mars.
3) Le 8, il était par le travers de la Rié, petite rivière qui se jette dam céan en face de Tile du même nom, sur le territoire de la commune de nt-Hilaire de Rié, canton de Saint-Gilles-sur-Vic, arrond. des Sables-d'One,Vendée (Lettre précitée de Montgomery.— Cf. Giraull de Saint-Fargeaa, tionnaire de la Finance, art. Rié).
>) Lingreville, aujourd'hui commune du canton de Montmartin-sur-Uer, . de Coutances, Manche.
.ettres du Roi à La Mothe, li mars, précitée, et de Montgomery à Cecil,24, >e ci-dessous. — Le siège de Danfronc, s. L, 1574, in-S».
;ij)|iril l'iinliicii il avilit en lor( de s'y aban-
Les succès de Muntgoiiicry t'ureni tbudnjyants. Douze jours aprî'S suti (lébarqueitii-iit , il pouviiit din* siiiis forfantcrit' :
Nous tonons tout le pays en snjélion « (2), La prise du chèleau di- Ponl-Douvc (3) lui avait livré la mute du Perche. Carentan, les Iles ïatihou et les importants ouvrages qui les défendaient, vis-à-vis La Hougue, étaient également occupés et aiirionçaieni aux royaux la oliute imminente de Valognes et do Cherbourg (-t).
Di> Saiuf-Lfl, Montgomery avait transporté son quartier-général à Carentan. C'est là que vinrent le Ironver, le 22 mars, Quitry fX Turenne, que nous avons laissés quittant Paris. le 9; ils lui remirent une déflaration de Charles IX, promettant ■ sauvegarde et protection ■ à lui et à ses alliés. — « Nous 6 ne désirons qu'une chose, portait le message royal, c'est » que les gentilshommes de la religion puissent vivre avec » les autres en toute liberté. ■
• — Je suis arrivé en ce pays, réplitpia-t-il froidement, tant pour le rétablissement de la justice et piété que pour la défense de l'Ëtat. Quant au désir exprimé par Sa Majesté que nous demeurions en paix et repos en nos maisons, il aurait fallu upport^r lies articles de garantie : car les seigneurs de la qualité do ceux qu'EUe nous envoie sont sujets au désaveu. Au reste, nous sommes tous les membres d'un nifime corps et, avant de répondr»^, il nous fautconimnniquer les propositions du Hoy à Ci^'ux qui sont de notre assrM:iation, soit au dehors, soit au dedans du ltc»yaume (5) ».
(l) Voir noue chap, VIIJ, m fim.
(î) Slonlgoinery A Cecil, 2i marB (U Ferrif-re. La Normandie, p. 223, et te XVl'iiêcle. p. 389).
O) Ponl-Dout-e, aujourd'hui Immpaii de la coirimune de Suint-Ciïiue-du- Xonl, canl. de c'arcnlan, arr. de Saint-L6, Munche.
;<) Uonigomsry Ix Cecil, 21 mars ; ~ le mnllre de posles de Rordeaux Jt Çaya», «Tril (leUres précilùesi.
a, Commission de (.harles IX, 1 1 mais; copia» de sa ooliflcatiOD à Uonl-
La rudesse de cette réponse faite par un sujet aux mandttairesde son Roi aurait le droit de nous choquer, si nous ne savions quelle cruelles épreuve veinait de» fni[)per son auteur. Quand Montgoniery donnait à TuiiMine |H)ur motif de sa détennination la pmspérité des affaires des confédért's et la nécessité d'en protiter < pour le bien public », il cachait la plaie (|ui saignait au fond de son cuuir et avait surchauffé ses tendances dirréconciliable. 11 était plus franc le surlendemain lorsqu'il écrivait : « La mémoire est si fraîche encore de la » Saint-Barthélémy que nous ne sonnnes pas délibérés de » nous laisser tromper et abuser connue par le passé (1").» Navait-il pas plus <pie tout autre à se défier de la C(uir, lorsque, après avoir échappé deux fois en cinq mois aux spadassins qu'elle avait arnu'^s contre lui (^2), il apprenait la mort de son frère Saint-Jean, assassiné « proditoinMuent » aux environs de Falaise, drame où Turenne, qui en fut presque témoin, et Brantôme s'accordent à voir la main de Matignon (3) ?
Le Uoi se montra très inquiet dv l'hostilité invincible du comte. 11 fit part de ses craintifs à La Mothe, le priant de s'employer auprès de la reine Elisabeth pour que les rebelles ne pussent tirer de renforts d'Angleterre, soit avec son agrément, soit par sa simple tolérance, et qu'elle lui livrât comme otages la famille de Monlgomery. iMiis,s'abandonnant à sa fougue naturelle, il ajoutait : « Vous m'écrivez qu'il dit qu'il y avoit deshom- » mes apostés pour le tuer. C'est une aussi insigne menterieque » celle que j'ai entendu qu'il publie que l'on a fait tuer son » frère. Chacun sait que ledit a été tué à la guerre par un ca-
gomery et de la réponse de celui-ci^ 22 mars (analysées dans Calendars, 1572-74, n® 13o2; irnpr. partiellement dans La Perrière, La Nonnandie..., p. 327).
(i) Lettre précit<^e à ('.ecil.
(2) Kn octobre i.'l73 (voy. notre chap. VIN) et tout récemment encore, en février (I)ép(^che de La Mothe du 17 mars, précitée).
(3) Bouillon-Turenne, p. 20.— UranlômeJ.I, p. 328.— Cf. une dépêche du Vénitien S. Cavalli du 26 mars (IL N., Dispacci degl'amb. Venez., filza 8, p. 252) et un avis anonyme transmis le 1*''' mai au gouvernement britannique (Calendars.,,., 1572-74, n» 136G).
■ pitaînc qui, l'ayant gardé de surprendre Falaise, comme il • vouloit fain;. li* poiii-siiiviLjiisquo^ im l'alibayodi-Sainl-Jean, » dont il [ïortoit le. nom, et It? tua ainsi n (i). I^c ciiractôre de Charles IX tétait violant, sangiiinairu. mais niiIIcmonL lias. Il assuma parfois la responsabilité d'actes auxquels il était demeuré élraiigiT ou ii peu pri'-s : on n'en citerait pas un seul, dunt il ait essayé, l'ayant commis, de rejeter Todieux sur un autre. Dans ses prolestatioits contre les imputations do Montgomery, nous le croyons donc sincère. Mais nous inclinons à chorchcr U^ cmipahle bien pri>s de lui. ClutluTÏnt; de M/idicis, on le sait, aimait à recourir, pour se débarrasser de gens qui la gênaient, aux procédés où elle retrouvait, les mœurs de son pays» natal.
La Mothe se rendit aux vœux de son maître avec d'aiitaul plus d'empressement qu'il était lui-môme alarmé des bruits qni couraient à Londres sur les ■ désordres et troubles du royaume » et des * pratiques » de beaucoup de bourgeois et de gentilshiuiunes anglais à la cour de Wliile-Iiall « [wur armer des vaisseaux et se joindre par delà à ceux de leur religion ». A ces incessantes sollicitations la reine ne paraissait pas trop éloignée de céder, si l'on en croyait les on-rfi( populaires, et la . nouvelle de la prise de Carentan par Montgomery vint leur donner une nouvelle force (2). Il demanda audience à Elisabeth et à ses ministres et ne chercha pas à leur dissimuler qu'il était «en grande perplexité » de savoir comment le Rûy prendi-oit ce qui se publioit que le comte de Montgomery fât descendu en armes au pays de Normandie, au sortir de Plie de Jersey, quiétoit a Elle, chose contraire à la teneur du dernier traité intervenu entn- les deux couronnes ». Tous jurèrent qu'ils ne savaient rien des agissements du comte, mais qu'ils ne pouvaient croire à Ijiut de [)erversité; ils avaient d'ailleurs ouï parler d'un habitant de Londres, tout récem-
(0 Charles IX à U Mothe. a;i mui-s {Adii. aux Mém. de CatltiUiau, l. UI,
p. sn).
(S) OApècbes de La Molbe, â3 el 2S mars rt '11 avril {Qorr. dipl.X II, p. 62, 67 et 70.
ment revenu de Jersey, et qui, le jour même de son départ de file, y avait aperçu M. de Montgomery.
« — S'il est descendu en Normandie, poursuivirent les membres du Conseil, il aura si grandement mespris contre notre souveraine qu'on l'en fera amèrement repentir. »
La reine corrobora les dires de ses conseillers.
€ — En lui permettant d'aller à Jersey, dit-elle, je lui ai défendu, non seulement de faire ennui au roy mon frère, mais de ne lui donner aucun soupçon. Il ne pourroit donc m'avoir fait plus mortelle offense que d'avoir attenté de descendre en armes par delà, et je désavouen)is le premier Ânglois qui, le rencontrant, ne le tueroit. »
Elisabeth poussa la condescendance envers Pambassadeur de France jusqu'à s'enquérir auprès de M"** de Montgomery des « portemens » de son mari. Celle-ci répondit qu'il y avait au moins trois semaines qu'elle n'avait reçu de courrier du comte, « à cause des vents contraires », mais que, en lui faisant ses adieux pour quelque temps en janvier, il ne lui avait pas touché mot d'un voyage éventuel dans ses domaines, — voyage que le Roi avait du reste autorisé (1).
La Mothe feignit d'ajouter foi à ces explications et, nonobstant, redoubla de vigilance. Il fit tant et si bien par ses remontrances qu'il devint impossible d'envoyer à Montgomery les secours qu'il réclamait (2) et que l'opinion en Angleterre brûlait de lui fournir (3).
Le lutte étant devenue inévitable, la Reine-mère déploie la plus virile énergie. Trois armées sont mises sur pied. Tandis que deux d'entr'elles, confiées au duc de Montpensier et à son fils le Prince-Dauphin, opéreront, l'une en Poitou, l'autre en Languedoc, Matignon reçoit le commîindement de la troisième, la plus forte, comprenant 5.000 gens de pied, 1.800 chevaux
(1) Dépèches de La Mothe, 2 et 6 avril (Ibid., p. 69-74).
(2) Voy. le post-scriptum de sa lettre précitée du 24 mars.
(3) Dépèches de La Mothe, \^, 19, 24 et 30 avril, 10, 16, 23 et 29 mai, et mémoire annexé à celles des 10 et 24 avril iCorr. dipL, t. VL p. 77, 80, 86. 90, 02, ÎMî, lo:i, !08. 112, IJO, \'i:\. 12«î).
et 20 pièces de canon, avec mission de combattre Montgomcry en Basse-Normandie (1).
Montgomery était occupé au siège de Valognes, lorsqu'il reçut avis du baron de Quitry, chargé de défendre la ligne de la Vire, qu'une partie des royaux, commandée par le sieur de Villiers, s'avançait à marches forcées vers la mer, dans le dessein probable de s'assurer de l'embouchure de la rivière, afin de prendre à revers le gros des réformés, retenu sous Valognes.
xV cette nouvelle, quoiqu'il lui en coûtât, il leva le siège et se replia sur la Vire.
Pendant cette retraite, son arrière-garde fut culbutée par une colonne catholique, détachée par Matignon au secours de Valognes. Néanmoins il atteignit sans désastre l'embouchure de la Vire (2).
En face de lui, de l'autre côté de la rivière, était l'ennemi. Il ne put le décider à l'action. Une semaine se passa ainsi. A la fin, il soupçonna un piège. Laissant ses gens de pied en obseiTation le long de la Vire, il se porta avec toute sa cavalerie sur Saint-Lô (3), d'où Colom bières n'avait pas bougé depuis la reprise des hostilités (4) et qu'il avait mis en état de défense. Il n'y était que depuis quelques heures, quand les sentinelles crièrent: Aux armes. Cette fois c'était le gros de l'armée catholique, commandé par Matignon,
(1) Dépèche de Çuniga, 16 avril (Déchiffr. orig. en espagnol, Arch. Nat.,K. 1535, no 56). — Aubigné, 2« partie, liv. II, ch. VI. — Caillère, Hist. de Malignon, p. 121-133.
(2) Le Roi à La Mothe, 17 avril (Con\ dipl., t. VII, p. 459), À Fervaques, 20 (dans Hecueil de pièces inédites relatives à la prise d'armes de Montgomery en i574, publ. par M. le comte R. d'Estaiatot, 1872, p. 7 ; — et dans Domfroni et son siège en 1574, publ. par M. H. Sauvage, 1879. [Dans les notes suivantes^ la collection Estaintot sera désignée par la lettre A, la collection Sauvage par la lettre B].— Dépèche de Cavalli, 19 (B. N., Dispacci degVamb. Venez,, filza 8, p. 283). —Le siège de Danfronc. — Aubigné, loc, cit^ — Davila, Hist, des g. civiles, 1. 1, p. 672.
(3) Le siège de Danfronc.
(4) Bouillon-Turenne, loc. cit.
On était au 27 avril (l). date nn'morablc dans la vie du comte» do Montynincrv. Olui-ri, contre ses habitudes, laissa les royaux va(|ner paisiblement aux opérations de Tinvestissement. Le 1*"*^ mai, il assembla en conseil de guerre tous les officiers de la garnison. Des résolutions qui furent prises, rien ne transpira au dehors... Sur les 10 heures du soir, loO cavaliei^s débouchaient un à un dans liMubre de la porte Dolée, se formant silencieusement en colonn(\ A un signal donné, ils s'ébraidèrent au pas de charge et franchirent ventre à terre les lignc^s catholiques. Les arquebusades, dirigées contre eux de toutes parts, s'étaient égaré(»s dans Tobscurité. Un valet, qui eut la cuisse effleurée par une balle et qui put suivre, soutenu par s(»s compagnons, avait été la seule victime de cette trouée (2).
Montgonu^rv la conduisait en personne. Des renforts lai étaient signalés, venant de Bretagne et d'Anjou et s'asseinblant sur les contins du Maine. Beaucoup de religionnaires étaient encore éparpillés en Basse-Normandie (3). 11 allait ralli(T les uns vt les autres, |)uis rebrousserait chemin, en masquant sa nuiR'he, et fondrait sur Matignon, attardé au siège de Saint-Lô. — Ce n'était encore» là que la première partie de son programme. L'armée de Matignon ainsi prise entre deux feux et disloipuHî, il grossirait son eftectif des garnisons de Saint-Lo et de Carentan, abandonnerait le C()tentin,oùil n'avait jamais (»spéré longtemps se maintenir,el gagnerait la Loire, auiMii d(» hupielh» La Noue, revenu de ses défiances, lui tendait la main (4); puis, tous deux de concert, ils se mesureraient avec
(f) La date (lu 17 donnôe par Le st'f'ye de Danfronc est inadmissible et ne peut s'expliquer que par une faute de typographie.
(ti) Le sifujt' de Danfrone. ~ Iai prinse de Montyommery, — Chanson de Monit/omery^ 1 *' couplet. — Aubijrné, loc. cit.
(3) Le swye de Dan f roue.
(4) Avis de France du i^r mai, prôcito.
Ce projt^t de se joindre A La Noue, il l'avait dès avant la levée du siège de Vaio^rnos. tl'aprr's uno ioUiv (ju'il écrivit le l*i A sa femme et qui semble ptfdue, mais qno La Mollie analyse dans le mémoire (précité» annexé à ses dépêches tics \\i et '2* avril.
Montprnsier, sVtforcoralrnf tic di^gsigor le Pni(nii, l'Aiinis, la Saintonge. Après, on wn-Hit h se toiirniT coiitn: If Priiicr-Daitphin, k le chiisserdu Languedoc.
Le 2 injii, il est ît Addevillc (1). ihuisi la piaim; tn.irt^cagfiisc qui bordi! la mer aux aliords d'Isigiiy, donne ses ordres aux détachements êcllplciriiiés If long du bas cours de la Vire (2t, oblique sur Carontan, (u'i il laisse son (ils Lorges et 120 hommes (3) ; avec le reste il pn-rid .'i toute vitesse la njiite de la Passaie. petit pays liinilrophe de rAvranchin et du Perche. Le 6 (4), il loge povir la nuit à Mortain. I.e leinleuiain. sur les 9 heures, il entre âDomt'roiit.
Il est lemps de donner une courte descriptirm (.S) de ce bfMirg. qui ailail Hrc le théâtre d'une des luttes les plus étonnantes qu'ait enregistrées l'Histoire. Les maisons de Doinfronl s'étagcnt sur les flanc d'un massif granitique escarpt^, au pied duquel coule la Varenne. Son premier fondateur fut Guillaume Talvas, sire dt^ Bcllôme, et le formidable donjon, atijoiird'liiii presque complètement détruit, qui domine la ville du coté de i'ost, avait retenu Son nom, encore que les ouvrages piiniitifs eassenl été remaniés de tond eu condjie par les Monl-gomery, ses succeïiseurs. Quatre grosses leurs flanquaient le donjiui, qu'an fossé, creusé dans le roc vif, séparait de la ville. Avant riuvealion de l'artillerie, ce géant de pieri-e passait k bon droit
(1) Addeeille. uuj. hameau de la conimiiDO Jo Sainl-Câme-du-Hont, canton d« Careolan. arrondissementde Sainl-Lô. Manche, (ï) Lesièye de Ûanfronc.
(3) Le Roi à La HoUie, 2 mai \Corr. dipL, l. VU, p. 466). — Le tiègc de Oanfrone. — Bois-Pilard, Journal du iîèf/e de Domfront, impr. dans Dontfirtmt.ies divers drames de Cannée t^74. par H. Sauvage, 1879.
(4) « tboAy cinquiesme may >, dit la Ckamon de Montgomery (1 40 couplai). Il Taut lire : mercredi 5 on jeudi 6 ; mais la seconde dale est plus vrai- ■emblable à cause des 120 kilomi^tres qui séparent Morlain de Carenlan; d'ailleurs itoU-I'ilard iloc. cit.) la conlirme implii^ilempot.
Ci) Nous en arons emprunté les éléments ^ L'Orne arckéodifjique et pif tortsqueàb HM. de I.aSicntlifire et A- Poulel-Malassis, I8i:i, jn-fol. aveu planches. — Depuis in publication de cet excellent ouvrage, la destruction proRressive des vieux débris de tour* et de eourltiies. i\\\\ furent lémoius des derniers exploib de .Montgomery. a continui> comme de plus belle, ainsi que noua avons po noua «Q assurer nous-mème au cours d'une visite A Domfront eo ISSD.
pour Inexpugnable. Mais le temps y avait accompli son œuvre, et ses défenses, maintenant inutiles et laissées à Tabandon, tombaient en ruines. Aussi Matignon n'avait-il attaché aucune attention au coup de main qui, dans la nuit du iA février, en avait rendu maiti*es deux partisans huguenots (l).
Telle était la place où Montgomery était arrivé le 7 mai. Il ne pensait y demeurer que la fin de la journée « atin de rafraîchir les chevaux *. La fatalité voulut que, le lendemain, un différend éclatât entre deux des siens ; t contre l'avis de ceux qui étoient aven: lui », il voulut l'apaiser avant de s'éloigner (2). Il perdit ainsi vingt-quatre heures. Le dimanche 9, il montait à cheval, quand des coups de feu retentirent aux barrières (3).
La sortie de Montgomery, le 1" mai, était restée ignorée de Matignon. Comme tous, il avait bien vu des cavaliers disparaître dans l'obscurité, rayée par les éclairs des déchaînes d'arquebuses ; mais il ne pouvait savoir q^ue son rival était parmi eux. Chaque jour accroissait ses forces (4), et il envisageait avec orgueil comme très prochaine l'heure où il annoncerait à Catiierine de Médicis que les couleurs royales flottaient sur Saint-Lô, que <c celuy qui tua le roi Henry > était mort ou pris. C'est au plus beau moment de sa sérénité qu'arriva au camp un message de M. de Brécey, gentilhomme Avranchin : il mandait que Montgomery lui avait glissé entre les doigts, à lui, M. de Matignon, et était en nmie pour Alençon. Comme preuve de ses affirmations, il déclarait que le comte avait logé dans son propre château, se fiant aux relations de vieille amitié les unissant, relations qu'il se déclarait heureux de sacrifier au stTvice du Roi (oi. Interrogés, plusieurs prison-
(1) Itois-Pitard, qui y commandait pour le Roi, en a donné la relation.
(2) Aubigné, loc. cit.
(3) Kntre 7 et 8 heures du inaiin.— Le siège de Danfronc. -Chanson de Montgomery, 15« couplet.
i'k) Voir les lettres que le Roi lui écrivit les 21) avril et 7 mai (fi., p. 22 et 26. (.'») C'est au catholique Rois-Pilard qui prit part, comme nous 1 avons dit, à
nit-rs ne tirent Hiiriiiic diflicull*' pniir CDiTnbnri'r' IV'xarlilinliMle ce rcnseignoiiioiif.
Matignon Ipnnil plus k In prise de Miinlgonicry t\y\'ii V.i réduction (le Saint-L6. Il abandonna la suite des travaux du si>^ à l'on de ses lieutenants et se Innça il la poursuite du conife ave»! 10.000 hommes (^l) et toute son artillerie. Chemin faisant, des suppléments d'information guidèrent sa marche, et, le 9 au matin, ses éclatreurs cscarmou^haient sous Domfront avec les sentinelles réformées.
Moiitgonieryse sentit perdu. Couinioul tenir avec une poignée d'hommes contre toute une arnfce? tlepcndant il ne s'abandonna point. Au coucher du soleil, il essaya do percer le cercle de fer qui Penveloppail. C'était du moins une chance de salut. Mais il se heurta contre des abattis d'arbres exécutés dans la journée et demÈre lesquels les royaux foudroyaient les siens à couvert. 11 fallut battre en retraite. Une autre tentative semblable, faite le i'î — sans espoir — , n'eut pas un meilleur résultat. La mort.... et la gloire l'attendaient dans ces ruines tiantécs par l'ombre d'un de ses ancêtres.
« Comme il advient communément ta guerres civiles que ceux d'un parti ont loujours un parent dans l'autre, les catholiques s'approchoicnt souvent des murailles, appelant quelque cousin ou autre de leur connoissance.qui étoit dans la ville. Le comte, qui n'avoit faute d'entendement ni d'expérience, ne frouvoit pas bon cela, se doutant bien que ceux qui venoienl, sous préteste de voir leurs amis, étoient envoyés du sieur de Matignon pour tâcher à les attirer et à couper les branches.afin que le corps de l'arbre puis après demeurât nu. Ledit comte fit défense de plus parlementer, en quelque sorte que ce fiM. Hais une partie de ses honuues étoit déjà empoisonnée d'une lâche espérance de faire son appointeuient à part avec les ennemis et l'autre si résolue à Iniliison qiic, étant plusieurs en-
la campagne, doiiblenieût siïr par ttuaoigacaieal.
(1) U ii'-ge de Danfronc. — La prime de Monfgi
séqucnt, que qous devons ce précieux - Bois-PUard.
sonibic (le moine conspiration, il ne leur étoit malaisé do par* 1er rncore secrètement à ceux de dehors ; dont advint bientôt que la plupart ahandcmnèrent lâchement le comte. »
Le vent de la désertion commence à vsoufller le 14 sur les compagnons de Montgomery ; ce jour-là, un capitaine et deux soldats, «faisant semblant de vouloir parler au sieur de Fervacques », passent à Matignon. « Depuis lors il n\ eut jour ni nuit que quelques-uns de ceux de dedans ne se dérobassent par la muraille ou par le ravelin de la ville et se rendissent au camp des ennemis, tellement qu'une nuit il en sortit 3, une autn^ 9 ou 10, une autre fois 15, autre fois 18 (1). »
A mesure que les rangs des défenseurs de Domfront s'éclaircissaient, ceux des royaux grossissaient. « Nous étions en peine » d"étre si longuement sans ent^^ndrede vos nouvelles, écrivait » le li2 la Ueine-mèrc à Matignon (:2), quand nous avons reçu » votre dépêche du VHP de ce mois. Le Koy a grandement loué » la résolution que, sur Tadvis du parlement de Montgomery » hors de Saint-b^ vous avez prise de le suivre de près à la » charge. Nous avons deçà donné ordre à tout ce qui a été pos-
> sible en advertissant sur les passages de la Seine et de la
> Loire et envoyant le sieur de Sansac avec sept ou huit com- » pagnies de gendarmerie du coté du Perche pour le pour- » suivre. » Tn)is jours après, Charles IX, informé par Matignon que Montgomery était bloqué dans Domfront, dirigeait aussitôt sur la Passaie les hommes d'armes de Sansac et un régiment dïnfanterie i>lacé sous h»s ordres du célèbre Bussy d'And)ois(\ En môme temps il lui expédiait des lettres d'amnistie pleine et entière au profit de txms ceux des rebelles qui consentiraicîul à déposer les armes (îi). On a vu ci-dessus ce qui ré*dta de cet acte de clémence. Gabriel de Montgomery c ne pouvoit quasi plus faire état d'hommes », juste à Tinstant d'an-
ii) Le siège de Danfronc.
(2) Dans B, p. 27.
(3) Le Uoi a MatigQon, 15 et 20 mai (A, p. 9-1 1 et 15 ; B, p. 29^31 et 37).
- Ifff-
goisso dû les NoriiisiTids ri-pondaieiit.a pu venant proniplt-moiil l jnyiHiKfnii'iil l'oninie pour prendn' une hHo Curieuse, qui a Içâté tnut ic paya «.à nue proL-lainatioii de Miitifjnon par la- ^mdlc il inviluil de par le [lui iiuis ceux i{ui purUiient dans la [koilrint'un cœur fr.in(,ai3 à prendre parlau siège de Donifront(l).
La joie de Catherine de Mi^-dicis débonlail an ntilien de ces ipprôlsqui lui présageaient à courti- échéatiee la réalisation lo ses vu'ux. Élisaln'tli avait dt^putt'i aiipW-S d'elle sir Thomas .eightun. gouverneur de Tarchipei de la Manche, aver la douiie misRÎon irintcroéder pour le due d'Alençon, que des bruits le conr disaient exposé à subir le sort de La Môle et de Cocoias,(l<^api(.és leSOavril comme conspirateurs, et d<! convaincre ,eurs Majestés Très (Ibrétiennes que le gouvernement briftnnique ne prf^terait aucun appui au comte de Montgomery (2). fcinsi la diplomatie de Ui Motho-Fénelon avait vaincu celle des [Wrttsans de la cause réformée, — même de ceux qui, avoc une idresso machiavélique, avaient suggéré aux conseillers de la vim d'Aiigli'Ierrc (pi'envoycr des secours au comte serait peut- !tre pour elle un moyen de recouvrer lïoulogne ot Calais (3). — Sur le premior point du message do Leighior) (lalherine se nontra glacée ot ironique. Mais elle reçut avec des marques ton équivoijues de satisfaction rassiirancu formelle que les isaiégés de Oomfn)nt n'avaient rien à espérer de sa bonne K»ur.
■ J'espère bien, s'écria- t-el le, que sous peu il sera entre les mains du Hui ! n {'t)
L'ambassadeur anglais Valentin Dale ne s'était donc pas ,romp6 (*n «Vrivant : « Ici on a plus peur de Montgoniery que
(le tout autre chose. » (5) De son ciMé Ciiarles IX ne dissimulait point à Matignon que la capture de « ce maiheunnix »
(2) Instructions de t.eigliton {Caienfian..., l373-7i, n* IW4).
{3} Jocolio HftDucci à Walsingfaun, 16 mai [Ibid., n* 1413).
(4) Dale 11 WaUingham, Vi mars (Ibid., n° IJ4i).
(5) Aiibidn(>. Uift. univei-i., loc. cit. — Sa vie à ses enfants (au L I dcwa OSuwes cumplr^et, éd. HâaumeetCaussftde, IS13-7t}.
ii'auniil pas sciileincMit |x)ur cfiVt dt» « rédinuT le pau\Te pays de S'ormandie des continuelles vexations, par lui reçaes à Toccasion d'icelluy » : elle serait de plus le coup mortel porté aux révoltés de tout le royaume. * Adoncques, tenni- » nait le jeune Roi, faites en sorte qu'il n'échappe point. •
Si resserré qu'il fût, Mont ji:oniery était pourtant niaitrede s' « échapper ». Le lieutenant de Mati{fnon, Fervacques, un de ces rusés Normands, qui d'un sac tirent volontiers deux moutures, avait deviné ce qu'il y avait d'avenir dans le pauvre petit roitelet de Navarre. A la veille de quitter Vincenncs, où il partageait la captivité du duc d'Alençon, il l'avait visité et lui avait offert ses bons offices. Celui-ci lui avait alors fait comprendre à demi-mot l'intérêt qu'il portait à Mont^onierj', en souvenir des services rendus par ce dernier à sa mère Jeanne d'Alhret.
« — Si je peux faire plaisir à M. de Montgomery, voire aux dépens de Matij-non, je le ferai », répondit Fer\'acques.
11 tint parole. Il avait ennnené avec lui un écuyer du Béa^ nais, jeune homme inconnu encore et qui devait se faire dans la suite un nom illustre, Aj^rippa d'Aubiffué ; il s'en servit pour tenter de sauver le comte. Une nuit, Aubigné se glissa jusqu'au fossé, héla la sentinelle et la pria de demander une entrevue à l'un des officiers de Montjromery, M. de Portai, son ami intime. Portai, appelé, conféra quelques instants avec le jeune honnne, et tous deux convinrent d'un rendez-vous pour la nuit suivante.
A l'heure dite, Aubigné, Montgomery, les capitaines Portai et du Breuil se rencontrèrent au pied des murailles. L'écuyer d'Henri de Navarre exposa brièvement son plan d'évasion. Pourvu que le comte se décidât sur le champ, il se faisait fort d(» lui faire traverser les lignes ennemies et de le conduire en srtn^té à Alençon, dont les protestants s'étaient emparés l'avant-veille.
Mais Montg(nnery ri^fusa d'abandonner ses amis. Vainement Aubigné lui représenta-1-il que cr les royaux avoient commandement de quitter tous sièges, où il ne seroit point»;
— loy — ' que, -lut parti, l'ounonii, ignorant la direction qu'il aurait"
prisi', lèverait U' «'Jiuiii el rnloiirut-rail ilrvanl Saint- Li*» ;
qu'ainsi il soniit en état île spr\ir très iitileincrit la cause ré- I formée. Vainement l'orlal et du Itrcuil joi{fiiiruiit-ils leiirs J iatiUincuH aux sicnnrs. (Inhricl de Muutgoiuery demeura iné- 1 bninlable. Agrippa d'AubiRué s't'doigna, navrr-, et, quaraiitit
nns plus lai-d. il di!!'pcindra ainsi son dési-spoir: » Autrement I étoit tVrit au Ciel ! n
Jusqn<'<hi les (.'alvirii^leN iinvaii-iit pDiul siil)i de liiind>ardt'nn'iit eu rè^le, les travaux ilapproelie ayani élê Unili-versès, le 19, dans une ti'oisiémc Kortio, Mais, le 23, à 7 lieun^s du malin, 18 canons se mirent à toTuier d'ensemble sur UnnifrOHl. Le comte lit sur le champ évacuer la ville, qu'il ne pouvait songer à défendi-e. et se relira dcrrièn' les tnurs du château. A la faveur du désiu'dre qui accompagne toujours une retraite, 30 des défenseurs de la place s'élancetil hors des portes, levant la crosse en l'air. M) hommes restaient t*n face de 15.000.
Les royaux ont reniarqué ce irioiivenn?»! de recnl. Ils font COnverjfcr les feux de leurs batt^-ries sur la tourdeduillaiime de Bell<ïme. A midi, après 4 heures de canonnade ininterrompue, la courtine s'écroule avec un fracas épouvantable sur une longueur do 4o pas; n par iceili- un homme à cheval fût entré ». Des vivats d'enthousiasme retentissent purnii le» royaux, et, quand le nuage de fumée et de [wussière qui enveloppe la vieille citadelle se dissipe, Montgomery les voit se former en épaisses colonnes pour l'assaut.
Le combat dura cinq heures. Ce fut une lutte homéri(jue. dOO arqm'busiers, 200 gentilshonimes volontaires, 100 gens d'armea et 100 piquiers se présentaient à l'escalade, llsdurenl reculer devant les 40 titans qui défendaient la briîche. Gabriel de Montyoïiiery, vêtu, comme pour une fêle, d'un pourpoint tout passementé d'argent, s'offrait, In lète nue, une hache d'arme au poing, à la Mort; mais la Mort ne voulait pas d<' hii. :a$Uâ la lâtc des combattuutâ, dcit coule uvrinc:), iostal-
lées sur los collines qui font faro au rhâtoau vers le Xord et rOucst, battaient sans relâche la crête des murailles du donjon et couvraient les huffuenots d'une mitraille d'éclats de granit. Un de ces (H-*lats frappa le» comte en plein visage et, ricochant, lui laboura profondément le bnis. Malgré le sang dont il est inondé, malgré une arquebusade qui lui contusionne Tépaule, il continue à commander et à combattre.
Dans les courts intervalles des assauts, il faisait un signe et tous s'inclinaient. Le ministre La Butte entonnait des versets de psiiunu's. Puis, se relevant sous la bénédiction de leur pasteur, ces intrépides s'apprêtaient à soutenir un nouveau choc. Les myaux perdirent 200 des leurs, dont 10 capitaines et 4 ensiMgnes (l).
Mais encore un succès semblable, et la Tour de Bellème \*a rester sans défenseurs. 12 sont morts, 12 blessés plus ou moins grièvement, et le reste Icunbe de fatigue. Montgomerj-, aidé des plu» valides, passe une partie de la nuit à réparer rénorme trouée, ouverte par l'artillerie catholique. Ensuite, ayant engagé ses <*ompagnons à prendre un peu de repos, il v<mII(» seul, pensif, accoudé sur le parapet, laissant errer ses regards sur les tentes innombrables qui s'étendent au hùn dans la plaine, barrière infranchissable enlrt* lui et ses coreligionnaires.
Le bombardement reprit avec l'aurore et se prolongea jusqu'au crépuscule, (ihîique coup élargissait la brèche de la veille ; « un seul boulet fit à sa gauche une fenêtre de la largeur de quatre pieds et de la hauteur d'une pique ».
Les royaux ne tentèrent pas de nouvel assaut ce jour là, non plus que le lendemain, 25, où la canonnade redoubla d'intensité. « Ils aimoient mieux continuer leurs premières brisées, à savoir de deviser avec quelques-uns de là dedans, dont ils connoissoient l'humeur propre à faire marché, pour
11) Lettre anonyme sans adresse datée «du camp devant Dompfront le lond matin 21** may (574» (A, p.l6-i8 : B^ p. 47-49).— La prime de Montgommery' Le siège de Danfronc. ^ Bois-Pîtûdi Aubigné, loc. cU,
les soustraire de là ». A la tombée de la nuit, le baron de Vassé, proche parent de Montgoniery, se présenta en parlementaire. Le comte refusa de l'entendre. Le môme soir, 7 ou 8 de ses soldats et un capitaine se dérobèrent par les casemates à la faveur de l'obscurité. Plusieurs des blessés de la surveille avaient succombé. 11 restait avec 15 hommes, dont quelquesuns paraissaient peu résolus, sans eau, sans vivres, sans poudre. Alors le désespoir étreignit Tàme de cet homme de fer. Il porta la main à son épée pour se percer la poitrine. En ce moment, Vassé vint pour la seconde fois lui proposer une capitulation honorable au nom de Matignon.
Montgoniery se rappela, comme au sortir d'un rçve, la haute idée que l'amiral de Coligny s'était toujours faite de Charles IX. 11 se ressouvint que l'illustre vieillard considérait le fils de Catherine de Médicis comme ayant l'étoffe d'un vrai roi, que bien des fois il l'avait entendu tonner contre les misérables conseillers qui semblaient prendre à tâche de le corrompre, d'étouffer le bon grain sous l'ivraie. Matignon lui offrait, ainsi qu'à ses compagnons, la vie sauve; lui seul demeurerait provisoirement au camp pour attendre les instruction du Roi. 11 ne douta pas de la clémence de Charles IX et arbora le drapeau blanc (1).
(1) tbid. — Bois-Pitard^ loc. cit. Cf.: Le Hoi à la Mothe, 30 mai (Add. aux Mém. de Casielnau^ t. Ul, p. 403).
Sur Vincenncs planait une morne tristesse. La mort de Charles IX était attendue d'heure en heure.
Depuis bien des mois, la santé du Roi, épuisé par les fatigues de la chasse, miné par une fièvre persistante, que redoublaient encore de fréquents accès de colère, inspirait des craintes sérieuses. Les premiers symptômes de la maladie qui allait remporter avaient coïncidé avec le départ du jeune roi de Pologne pour ses lointains États. Puis étaient venus les complots du mardi-gras et du jeudi-saint, et ses souffrances s'étaient tellement accrues i\i\e les médecins désespéraient de la guérison. Cependant le retour du printemps eut sur lui, comme sur tant d'autres, une salutaire influence. A la brise tiède et embaumée des premiers jours de mai, il sembla renaître, mieux trompeur, qui allait brusquement faire place à une effroyable aggravation.
Les dernières semaines de son règne sont comme le reflet des péripéties de la dernière expédition de Montgomery. La surexcitation du malheureux prince était extrême. Triste débris d'une délicate organisation flétrie au souffle de cinq guerres civiles, un seul sentiment persistait en lui, lucide, terrible: une implacable soif de vengeance (1). L'exécution de La Môle et Coconas l'avait plus réconforté que les drogues de Mazille (2) : la dépêche de Matignon, annonçant que Montgomery
(1) Voy. ses dififérentes lettres à Matignon citées dans le précédent chapitre.
(2) Avis anonyme transmis le 2 mai à la reine Elisabeth, impr. dans La Perrière, Le X V/* siècle, p.
/•li'iil iKirvi'iiii il fiifi-iT !•• ciTvl»- ilinvr^liNSi^mont qui onsemit Siiiiil-l/f, fut a'T'iK'illit' avi'c <!«■ U'l< traiisp<~irt> de rage qn'an ifi^biiil l'on crut inHriiin-iit h* iiêiioiM-ment fatal < 1 >. Cest (]m* ( jitlicrirH' (J«' M^Mlicis n'avait pa< oublié quelle main Tarait ffudiK* \<*iive. Maitresso iji» la pensée de sou fils, comme elle ne l'avait Jamais été an tiMUps où il rimait sous les futaies avrr Itonsanl <*l s'enthousiasmait aux rêves de guerre dont le l><T«;ait l'atuiral <li* (iolif:n\\ l'Ile pt'sait sur cette volonté expirante <!<* font le poids de sa haine.
Désormais la \\r de (Iharles l\ ne fut plus qu'une longue a^'(Hiie. Oependaiil il s'illusionnait encore: « Ma guérison sera » la rédnelion d<* Domfroiil et la prise de Montgomery », écrivail-il à Matigncm le "II] mai. an sortir d'une crise atroce <â). Les cpjalre jours <pii suivirent achevèrent de l'épuiser. Le diniam-Jie '(() (.'(), à la pointe du jour, de ce jour dont il ne* devait pas voir la tin, (iatherine de Médicis pénétra dans sa chandirc*, dissimulant sous son masque ordinaire d'impas-
(1) l)i'*pA(!h(î de Cavalli (B. N., Dispacci degVamb, Venez,, filza 8. p. 300). — Avis nnoiiyiuti traiiHitiU le t7 À la reine Elisabeth. {Calendat*s..., 137â-74« noliOl).
Ci)B.,p.4-2.
(:i) «< Triiluo aiitt' inortain.Catarina geaitrix narrabat ei Mongomerium caplum...."il*apvn'M{iHRon,C<ir«/i fioni^Francorum regis^vUa; Paris, 1374, in-8o); CA qui^ ^^aut(^ln<^ (t. V, p. 272) a traduit À tort — oui, traduite bien qu il Hoiiihli^ diro voc.i tio iton propre chef — : ■ Trois jours avant sa mort, la reyne luy Ht part do la prinu do Montgomery », tandis qu'il fallait comprendre: !• I.n Hi*ini'-ini''ro lui ayant fait part d» la prisn de Montgomery, qui eut lieu troiM jtuirH avant sa mort [\v. *J7 au matin, en etiet. un peu avant minuit; —Le
Voirî ipii prtuivo bien lt> oontro-sons que nous reprochons à Brantôme.
I.t^ ;M». Caviiili mandait au do^^o : • L'aiisedio di Danfron continua et M. de MatiKUiMi asMrura i\ \W clw Mon^omeri non |H'ro scapare «>; et. le 30, ilreprenail la plumr potu' ôiTiro : • Qursta maiimi, (* vcnuto aviso che Danfron è prcsoct MouLTointM'i fatlo pri^riono dalli ministri del Re Christ i an issimo(B.N., Ihsihim dtuit atnh. Vrnrz,, filxa S, p. :H0 et 313*. — De même. Sorbin. le confosHrur iW t'.harlos l\, au f" W* \" ilo sa lie du roy Charles n^ufviesme (Paris. 1.1. î, ni s^' ; • 1.0 jiww \W lu lV^tooo^to û^O mai), vint la nouvelle de la prise du roiulo ito Mi>nti:onuM*v. •> OptMuiant. dès le t!S, le bruit de la chute de UoinfriMil H l'tait rcpauiiu. ot (.'uu'^a «1 ottre à rayas. '2$ mai: dêchilfr. orig., \irh Nal.. K l.«.W. u' I i\ auisi qu'.Vlauuniu IVpoohe du 3if:Xcgoc.avec ta '^"<v«iM.-. \ IW. p '»v> irn.uiMil »*i*ll » n.Mivoll.» pour oerlaino.
sibilili'- iiiir joie pnjfciiiilr. Lu noiivt'llc laiil (li'sirrc t'-lHil aiTtvvv enfiu, dit' avait voulu la coiTiiiiuiiiqurr elle-nu'iiii-' à son fiia: Montgomory iHait prisonniiT. >lats en ciilondant ce nipssayc. (jui, pt'u auparavant, l'aurait tninsporté, le Roi ne sortit point <!(■ sou aloni(>. Alors :
< — La prise du nieurtrier'de votre père ne saurait-elle vous rc^jouir? s'écria la vindicative Florentine, incapable de se contenir davantage, avec une expression de sauvage triomphe.
Charles fixa un reganl éteint sur sa mère :
— Ni cela, ni rien au monde, répondit-il d'une voix faililo, Toutes choses humaines ni- me sont plus de rien (1). »
Quelques heures plus tard, se lerminait celti- déplorable oxistenee, ensevelie par la scéiéralesse de sou nitouragi' dans un fossé de boue et de sang.
De la chambre niin-tuaire, la Reine-nii-re écrivit deux leltres, l'une toute d'amour, l'autre tonte de haine; la premiÈn^ à < son idole » (2l le roi de Pologne, pour presser .son, retour dans le pajs qu'il était appelé, par la tin prématurée de son frère, à gouverner sous le titre de Henri III (3>, La seconde était pour Matignon, qu'elle félicitait de sa « belle prise ■ (4).
£IIe le retrouva devant Saint-Lô. A peine maître de I>omfront, il était venu presser les opérations de ce nouveau siège (o).
A sa suite, il traînait son glorieux captif. Il le traita en chemin, nous dit son biographe, avec les égards que méritait sa valeur, s'évortiiant à lui représenter que le meilleur moyen de gagner la clémence royale était d'obtenir que Colombières se rendit avant d'y iître foité. Aussi bien Cohnubières no p4^>urrail-il éviter de se perdre, s'il s'obstinait à résister témé-
(I) Papyre Masson, loc. cit.
<2) C'esl [inr ce lerme que Marguerite de Vulois, dans ses Memoitrs, caraclâriae la tendresse avt^ugle de Calherine pour son (roisii*;u)'' iiU.
(3) Copie, B. \.. fond» Dupuy, vol. uOO. p. Tt.
(f> Citée infi'à.
IS) Il partit de llomfront le 28 mai :l.e Koi A La Uotlie, 30 mai. Add. aux Mem. de. rMstnUutu. I. Ml. p, liKl).
raîriMinMïl aux armt»s dn Uni. Il n'avait h ospmT aucun secours, ni (h' si's r(»ivii{^'ioiinaiiTs, [>ai'loiil haltns, ni do la rt'ine d'Aii^dï^tiMTc, tant 1rs i-otos ôtaitMil à prôsrnt siirvoilli'cs. Quant à lui. il ôlail ivsolu à m' rion nô^di^^cr pour triompher (le la ivsislaniT, v\ il roni'iul :
« — [n ra|Mtaini» \w cloil avoir pour ohjol que l'avantage (Ir son parti, ot il se |M'nl toujours ini|U'n(l(Mnnn'nt (piand il ni(»urt sans t»spoir tir lui n'udrr sorvin». Entre un honnne de eieur l'I wn désespéré il y a eetle diiïërenre cpu» Tnn ex- |)ose sa vi(» utilement, l'antre \m\l i\ propos. La nécessité de vous souin*»tlre vous nu'tira, ainsi cjue ('ol(unl)ièros. à couvert de ton! reproche de la |)arl dn parti hu^'uenot (1). »
Os fd.)servati(uis de Malipuin arrivaient à un moment d'aftaissiMuent moral, inévitable après tant de latipnes. En tonte auln» ciïvtmstance, Montyomery h»s eut reponssées avec horreur. Dans l'état d'épuisement où il les entendit, elles le tnmvènMit acc(*ssil)le.
Le {> juin, les dtuix partis étant convenus d'une trêve, Gabriel i\v Montf^onuMy s'avança au piicl des murailles de la place assiéf;ée et ctmseilla à (lolonduères di' se rendn», développant les c<)nsidéi'aliiMi*i tpu' lui a\ail sujij^éi'ées Mati^'uon. Mais (-0lonihières accueillit « aninn>u>einent <> les propositions de son ancit»n chel\ de\enu si docilement, hélas ! h» porte-voix des enntMuis.
De ces traiiilions verbales, transmises à «'ailliTe. ainsi que d'autre?, paria faïuille pour Telahoration de «^a liiocraphie. rapproolions la lettre suivante qu'il ne semble pas avoir connue et dont notre savant maître et aa^i le comte de l.a Kerrière a lùen voulu nous comiuuniq ler.au moment où allait s'imprimer i't' chapitre, la copie pri<e par iui au lînti<h Muséum pour son édition des Lettres ti'' Cath**r:n^ </•• }f'ti!r:s : Monsieur de Matienon. on nous a dit " ici que le comte de Monttfom'ry c^l en lelîe lib-^rt»- qu'il porte épée. joue » et fait beaucoup vie choses q<ie l'on ne permet pas volontiers à tels prison- « mers que lui . et. quoique je soi^ fort li:en assurée que vous ne vous y liez » que bien ;\ point ef Im fai:»'s ••' v« .'/vi*?'-»!»'!/ pour lui donner occasion » de faièr mtcur fu^ur /? rfdtiitn'm *{■ Sij'ntiy» et de Carcntanj toutesfois je • enins tant qu'il s i'ciiappe que. avant >ù viud avait cette liberté (que je "^1 pmt que vous faites observer li*: bv^r.ae sorte . j'ai avise vous faire cette »|Mra tout soudain et vous dire qu'il st^ra très lion que l'envoyez inconti- ^antaii cette ville en bonne et seuro carde...
€ — Liclu', iiii criH-l-il. In m'offres Ion cxf-niplc. io lo montrerai, ù tni et à mes inmpagTiuiis, «imineiit. il f'aiil immrir(l)».
|j' i-((iiit(' rciilni sous s!i ft'iili;, «^ptinlii do doiili'iir. dos n'prtiches l'avaiciil fait n'iilrer on Ini-niénit'. Il sentit l'odirux tle le cldmarvh(« à Ih<|uuIIi' il s'i^tait laisse ohtraitK^r.
Mali^DOn le rejoignit pi-esqu'aiissilôt. U lui communiqua mil» letdi' de Ciithorino di' .Médiois, aunoiiçanl la iimi'l deCharle* IXtâ'l ettnjoiynaut au lii-ntcuaiit-géuéral de liasse-Norniandie (IVnvoyer sur lo ehiimp son [irimuiiiier k l'aris i.S).
Ln lleiue-mèro n'avait jamais eu, est-il besoin de Itt dire, l'intration defairti quartier h son ennemi, et Maligiiou.quieoi)naissail d'autant mieux ses secrets tlésirs de vengeatice qu<ï,eu lui cunfii'maul lo conuiiatidonicnt do la province, elle l'avait longueiueul entretenu en lêtc-à-lôtn, lui recommandant de t hazardftr toutes ehoses pour prendre le comte de Mnnt|;oluery > ii) ; Malijtnon, ilimt elle rafraîchit la uu^nioire sur en puint. en lui wrivatil, le 9 mai, ce» ligues autographes, messsgo Floroutiu {Nir la lan^im aussi bien que |)ar le Heniimtml qu*î! révèle; » Si vous nous envoyé ledit comte, c'est ce que • nous pouvons dt^sirer ito meionlx • (o) ; Mati{,'nou s"étail soigneusement gardé d'accoRliT une capitulation écrite i^ « coluy qui lua le nii Henry, n Les « paroles captieuses »> lO.donI il se servit pour olitenir la reddition de l'ennemi personnel de son augustf eoniidente.où celui-ci croyait lire la pr(.>niesse de la libci'ié sous des conditions purement suspensives, signillaienl bel et bien dans la pensée de eeliti-lii que son rival se livrait à la merci de Charles IX.Or Charles IX était mortel Catherine de
tl)Lestoi!e. Journal durègnede Henri ni,b. celte dale. — La prime de SainI U (Troyes, i;i7.V. in-8). — Aubigné. 2' partie, liv. U. ch. Vil. — La Popelinit^re, t. Il, liv. XXXVII, f. 217. — (Iftillf^re, lor. cit.
(S) Haligaon U savait di^jâ par une lettre de la Keine-mére du ,11 mai (B., p. 82).
(3). Il s'agit évidemment de la l«Ure ^crile par Callierine à MaligDoa le 3 Juin, cilée daas une des prëcèdeates notes.
(i) CaiUére, [i. 122. — Il tenuil, dît-il, ces renspignements du propre fil* de ton héros.
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Son triste voyage dura huit jours (1). Dans chaque ville où il passait, tous voulaient contempler « ce faux déloyal »,ce régicide « à tout mal très expert et prompt ». A Bernay, l'émoi fut teFque les élections municipales furent suspendues (2).
Il arriva le 16 à Paris (3) et fut enfermé au Palais de Justice, dans la tour ronde, qui, épargnée par le célèbre incendie de 1616, porte encore son nom.
Le procès fut rondement mené. Ce n'était d'ailleurs qu'un odieux simulacre, TacSusé étant condamné d'avance. Le 26, le parlement de Paris rendit son arrêt (4). Il était convaincu du crime de lèse-Majesté et, comme tel, serait décapité en Grève, son cadavre écartelé, ses membres exposés aux principales entrées de Paris, sa tête fichée à un poteau dressé sur le lieu du supplice, ses biens confisqués, ses enfants dégradés de noblesse. Par un raffinement de cruauté, on lui appliqua la torture « pour dire ce qu'il savoit de la conspiration dont on avait chargé l'amiral, de l'entreprise du duc d'Alençon, de ses portements en Angleterre et de la fin de son dessein, quand il mena les Anglois au secours de La Rochelle sous la bannière de la reine d'Angleterre » (o). L'art des tortionnaires s'épuisa en vain sur lui. Aucune révélation, aucune plainte ne s'échappèrent de sa poitrine. Seulement,quand on le délia du chevalet, il dit d'une voix dont les tourments n'avaient pu altérer la fermeté :
« — On me garde mal les promesses qu'on m'a faites ! »
<1) Pour p^er à touU éventualité, on lui avait assigné comme escorte deux enseignes d'infanterie et quatre compagnies de gens d*armes.
(2) Ces renseignements nous sont fournis par une poésie, d^ailleurs médiocre, insérée par Blay dans sa Notice historique et archéologique de Notre- Dame de la Couture de Bernay (Évreux, 1832, in-8).
(3) La Reine-mère &La Mothe-Fénelon, 48 juin (Add. auxMém. de Castelr nau^ t. nF,p. 413). — Dépêche de Çuniga, môme jour (Orig., Arch. nat., K. i535, n« 94). — Lestoile, à cette date.
(4) La Reine-mère à La Mothe, 30 juin (Add, aux Mém. de Castelnau, t. Ilf, p. 417).
(2) Dale à Smith et Walsingham, 7 juillet (Wright, Queen Elizabeth and hère tîmeSy t. J, p. 302). — Lestoile, à celte date. — La Popelinière, t. Il, liv. XXXVIII, f« 227.
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M) l.fllii- |ifi-(i|.i- <|f: \).i\i'.. - \j'^\ftùi'. Ihf. fil. Ci, ^ailli-n-. I». 1 r»
f î l.f- iii.iiifh.iux •!*• <■'^^^«• «'i t\- Moriliiior'-ncv. onfeniiés à la Bastille rfiiiiiiic r/.rii|iiiM-. ilii r.firijjilot «lu j<îinli-.-aint.
déclarés roturiers, que, s'ils n'ont la vertu de noblesse pour les en relever, je consens à Tarrôt. L'autre point plus important dont je vous conjure, c'est que quand,on vous demandera pourquoi on a tranché la tète à Montgomery, vous n'alléguiez ni ses guerres ni ses armées, *ni tant d'enseignes arborées mentionnées en mon arrest, qui seroient louanges frivoles aux hommes de vanité; mais faites-moi compagnon en causes et en mort de tant de simples personnes selon le monde, vieux, jeunes et pauvres feramelettes,qui,en cette mesme place^ ont enduré les feux et les couteaux (1) b.
Cela dit, il récita à haute voix le symbole de la confession de Genève et, ajoute un témoin oculaire (2), « d'une longue et diserte prière, changea les cœurs de plusieurs qui avaient couru à sa mort pour y prendre plaisir. » Puis, il promena un long regard autour de lui. Dans un angle de la place, il reconnut Fervacques à cheval, ayant en croupe le jeune Aubigné. Il les salua d'un suprême sourire, et, « priant le bourreau de ne le bander point », il s'agenouilla pour recevoir le coup mortel (3)
D'une fenêtre de l'Hôtel-de-Ville, Catherine de Médicis assistait à l'exécution (4).
L'impression produite par le supplice du comte de Montgomery fut profonde. Tous comprirent que quelqu'un de grand venait de disparaître (5). Telle était sa renommée que beaucoup crurent que la nouvelle de sa mort n'était qu'une inven-
(1 ) Kubignéjoc.cit.'— Le résumé de cette harangue est consigné par Tambassadeur Florentin Alamanni dans la dépêche da 2 juiUet {Négoc. avec la Tos-cane, t. IV, p. (4). — Gf.le Discours de la mort et exécution du comte de Montgommery.
(2) Âubigné, loc. cit,
(3) Lestoile, Aubigné, toc. cit.
(4) Lestoile, loc. cit.
(5) Voy. à oe sujet la dépêche de La Mothe^-Fénelon, du 3 juillet {(jorrAipL^ t. VI, p. 167).
laameiiK que,fn priaen'
nlorveiiliun d'Éli-
abelh en faveur ik- Montgoiiicry, Cathoriric de MtWIicis se fût etranchl'îP derriiTO les mômes exceptions. Elle anniit dom^ itc fnreéo de conlesser qu'elle poursuivait tiriiqiieiiieiit iesoin le son implacable rancune conjugale, et c'est de quoi elle se B>rait à coup sur peu souciée.
Enfin, Elisabeth, si elle ertt réellemetit porté au comie l'in- «r6l,doni elle avait fait montre en plusieurs circonstances, ivail un moyen infaillible de le sauver. Du vivant de Charles X, après s'èti-e vue refusée en mariage par le duc d'Anjou, Hquée au vîf de ce dédain, elle, habituée fi se jouer de ses trèlendanls, elle avait dit en propres termes à Montgoniery : TantqueleUoyvivra,je continuerai de vivreen parfaite aniiiéavecluy; num,si d' aventure il cient à ilécéiUr.dïit-ilm'eii coûter m couroime, jemployevai liiHlm choses pour faire la plus furte 'uerre qiw je pourrai an duc d' Anjou qui hii aura mccédè u {-2). Ne pouvait-elle se souvenir de ses pai-olesd'autrefois, mettre marché à la main de lu Kégente? Qui sait? La Heine-mèro lurait peut-être redouté de compromettre la couronne de son ils bicn-ainié. Ce n'aurait pas été la première fois que l'ange iriomphe du démon, l'amour de la haine. — Elle secontenta l'envoyer quelques lignes de banale consolation à la comtesse le Monigomery, l'engageant à mettre son espoir en Dieu, dont a justice infinie n'abandonnerait pas celui qui s'était armé ïourlni(3). Tn jour, elle s'enfoncera plus avant dans l'égoïsme în laissant presque mourir de misère l'héroïque veuve (4) do tet homme qu'elle avait un moment comblé de martpies le faveur et qui était regardé par tous comme l'un des meil-
(1) La Helne-mèra & I.a Molhe-FÉneloD, 2:i avril 13Ti ICorr. dipl.. t. VU. p,
(î) taMCme au même. 20 juin {">'A {Add.aux Mon. de Caslelnau, l. U,
(3) A celle lettre en ëtail jointe une autre, semblable quant au fond, de WalsiQgbam ; toutes deux sont datées du tiai (erreur évidente pour juin) )t ont été Inipr. par M. de I.a Ferri^re dans La Normandie..., p, S3I-933.
<i) CharlotU de Maillé, mère de Hme de Monigomery, à Wolslngham, il <tS73 (Ibid., p. 333).
- «84 — •ur* il«'îl<'ij«*<-urs '!•• la cau^é'-dinit rllo s'était constituée lapro*
Au r«'*ti', ilé' roWt' imliffrri'fur, il nVul pas, comme tant ';iiitn*^, a allé*iiilr*' *!•• la [Kisir'ritr ime ri'paration tardive: •^ r/iriti'rrt|H>rain^ w la lui ont pas marchandée, et tous, mi'' i-t **iiiH*fiii^. l'hiiM» ran», >oiil nnanimt*s dans leur respect oiir *»;i inéiiiMirp. PrïM« ru niassi\ Topinion accueillit avec iir Mifi<* i\r n'^Ti'l son l'xiVnljiMi. (!e sentiment se reflète 'iiri*' fîi«-rni •*iirpn'iianlr dans 1rs «uTÎts i\\\o virent écloi'e les loi^ fpii la *^iiivin*nt imin«*diatiMiient. Et il yen eut l>eaueoiip.
/.// pririsr fin ntmte de Miml[inunner\i,<\\\\\w ratholique iH'sume •s ;jrfioii*i d<*|inis !«• 24 anùl lo72 jusiprau il mai 1374, date f s;i rapitnhitiou, répimd l^e siètjr dp l)aufrom\ œu\TO 'un prolrstant, lénifiiri orniairc A ndui^'i répliquent deux K-fnin^,ïiidHis dr T^sprit d<» Tlnquisition, l'un en pmse, Le }samrs de la mort i*t oxênitm du coude de Montgomiiery , — en îfdité, l;iof:rnplii«' |)assi«ninée, souvent inexacte,du chef calviisfo : rauln» imi vits, d'un certain Claude Demorenne, qui •ni un jour évéïpir de Séi»s, IjCs reqrets et tristes lamentations u comte de Moutfjomenj sur les troubles quil a étnns en nmre ( I ).
Eiiliu, rr triurnoi litférain^ se clôt par une chanson où le )uilc <'sl r(»!isé raconttT tous ses malheurs et dont l'auteur \ Indiif politifjue à louf(»s 1rs li};n(»s (2). Eh ! hien, dans tous »sérrïls d'iin^fiiiessi <liv«TS(»s,ou ne saurait relever nulle note inlsonnanlc^
*( Ia\ plupart pensoit (pril ne devoil finir ainsi avec justice, it à son lour Arnauld Sorhin, confesseur du feu Roi, connu \iv su haiiK^ fai'oucluî contre V u hérésie » et les « hérétilies (II) *.
(1) Paris, 1.'>74, in-H". — Déclamation sans valeur historique.
(2) CcMl h; document que, faute d'appellation plus convenable, nous avons k[ueinmunt cil<''e sous le nom de Chanson de Montgomery. Elle a été impri* (;c pliiHicurs fois, notamment par Leroux de Lincy au t. U, p. 21 4.220, de s Chants historiques français,
(3) Vie de Charles neufviesme^ f« 22, v».
baron dcVassé, qui, dans les conférences pn^liminaircs capituiadon de Domfront, avait servi d'intermédiaire en- TirMaligncm et Monlgomery, comme lieiitenantderunelcousin de l'autre, Vassé fut accus(i d'avoir faussé sa foi.
■ — Les indignes calomniateurs qui prétendent que j'ai fait des promesses au malheureux Monf^omery n'oseroient venir me l« dire à nioi-m/'me, s'écria-t-i! indijçné. Si je lui avois donné quelque parole et que la Cour ne l'eflt pas tenue, je rac serois coupé la main qui a reçu son épéc et je l'aurois portée et fait attacher vis-à-vis du traîne. »
Cette superbe apostrophe, que son auteur fit rédiger par écrit et afficher à la porte du Louvre (I), réduisit au silence les détracteurs, qui retournèrent leurs blâmes contre lesvéritablescoupables,CathcrinedeMédicls,rinstigatrice,elMatignon, l'exécuteur du parjure pareux perpétré de concert. La première chercha vainement à se disculper, tantôt disant à Brantôme : « — S'il eût eu contrition de son coup maOtatreiix, je ne tut eusse jamais fait mal ni bien, puisque le lio;/ mon mari lui aoûit pardonné ; mais.fatsant tels débonlemenis iu>iolmt.-i et hostiles et bandés contre mes enfants, il se montroit aise de son couj) et pour ce digne de mort (2) ; tantôt écrivant à La Mothe-Fénelon (S") : t J'eusse volontiers dilïéré son jugement et exécution jusques * à î'arrivée du Roy mon fils ; mais l'on n'a pu njl^irder, t> craignant qu'il u'advtnt quelqu'émotion, tant le peuple es- » toit monté contre lui, pour le.s grands maux dont il a esté » cause et encore maintenant pour les grandes ruynes qui sont » advenues en Normandie par luy et à son occasion ». Sur sa mémoire, la mort de Montgomery. c'est l'ineffaçable tache de «angde Lady Macbeth.
Il faut le dire, d'ailleurs, dans le sang du comte ce n'était pas seulement sa rancune d'Ârtcmise inconsolable qui s'assouvissait. Elle faisait coup double : elle frappait le Profestantismo à la léte.
(i) S»inle-Foix, Biitoire de l'ordre du Sainl-Espril (Paris, l77i-75. 2 roi. in-fi*), t. Il, p. 30.
<2} Braot6me, I. 111, p. 293.
[a Leitie du 30 juin, précitée.
Ijt comte (le Montgomery eut beaucoup des qualités maitnfSHifK i\n\ font i(*s prarifls capitaioi'S, et sa carrière est d'autant [iliiH n'marqiiahl^f qu'<'lie nous présente une succession d'<Ha|><;s nf'ttf'nir*nt tranché«*s dont chacune correspond à de nouvf:aiix ht'.nicj'S ronrlus à son parti.
An VÀUîuiit'Ui'MïU'Ui d4.*s troublt.'s, qu'cst-il? c Celuv qui tua In roy li(;nry, » io doi^'t di* I)i<Mi, la victime d'une injustice de la Cour. A la Itda de 120 cln.'\anx,que lui confie le prince de Condf* sur 4^ftto n*comniandation assez maigre eo somme pour lin Holdal, il occiip(;ltoiirp's sans coup férir et neutralise loM infhM^icrs catholiques sans secousses.
Il part de là [lour la i(ass(*-Normandie, avant cette fois des |K>nvf>irs('t(Mi(liis (Mpiivalant àcrux do lieutenant^énéral pour U*. Itoi.ift parvi(!nlù échappiTÙ riHri^inte de cinq colonnes en-
Il va (>nsuil<^ occuper h* poste de gouverneur d'une place de premier ordre près d'cMre assiégée et tient pendant quatre Memaiiies eonire des torées décuples.
Lu seeoiuht gut^rre civile le voit commandant d'une fraction de Tavanl-garde ; la première phase do la troisième,commandant de Tavant-garde tout, entière. Dans la deuxième partie de eelle-ri. il est général (fun corps indépendant, efface en li*ois stMuaines les traces de trois mois de défaites et sait aceom|)lir ce prodige d<* dissimuler si parfaitement ses projets «pie deux plans succ(\ssits. complèiomeni différents,se fondent en un seul aux yeux des historiens, soit contemporains, soit modernes. Monluc. son rival, des premiers {\).
I.e Sainl-Uarlhélemv lui transmet la lourde succession de généralissime des huguenots, ouverte pur Tassassinat de Kami* rnl. Mais il n*est le premier ni par le sang, comme le prince de ('.onde, ni comme i'oligny par une charge de la couronne. Son |uuivoir est Cimiesté. jalousé, et il succombe, il succombe en<se\eli dans sa uloiiv.
l> Noua ois\voiu m«^ine t^tro lo pnnir.er ;\lt'$ distinguer i'unde l'antre, savoir U ooiu*oiUr«ttion en un seul des forces oparses des >' vicoBtes ■ poiv operor dan» le Contre, pais rexpeditioa de .Nav;
Bylo, c'est l'homme, a-t-oii dit. Cet apliorismu se ri^aliso pour Montgoniery dans tes nombreuses lettres sorties <le sa plume. Partout la pensée va droit au but. La phrase est courte, incisive. On croirait, en lisant ces missives empreintes de la fougue de l'écrivain, sauter une trentaine d'années et être transporté sous Henri IV-
On retrouve semblable indication dans un portrait de la galerie de Beauregard (!), peinture assez médiocre, mais pour nous d'une réelle valeur; car il est l'unique représentation iconographique de notre personnage. Il y est figuré en buste. de Irois-quarts, i-cvôtu de l'uniTorniode lagai-de écossaise, ce qui nous reporte aux années sans trouble de sajeunessc. Le nez 'est long, droit eHin, le menton volontaire, l'œil ferme, mais {sans dareté ; un air de laisser-aller indolent et de mélancolie lest épandu sur toute la physionomie (2). Rappixichez co que |dit Vincent Carloix, le secrétaire du maréchal do Vieilleville, 'de son extrême vigueur, cachée sous les apparences d'ungrand corps mince et élancé (3). Rapprochez-en surtout, ces lignes |de Brantôme, si au courant des hommes et des choses de son itemps : < J'ai ouï conter qu'il étoit le plus nonchalant en sa Ichargo et aussi peu soucieux qu'il étoit possible, car il aimoit Ifort ses aises et le jeu. Mais, quand il avoit une fois le cul sur ,1a selle, c' étoit le plus vigilant et soigneux qu'on eût pu voir ; lau reste, si brave et si vaillant qu'il assailloit tout, faible et iforl, qui se présentoit devant lui (4). n Voilà bien l'élasticité ivigoureusc, inapparente, qtii caractérise les grands fauves.à la- ;quelle on redonnait aussi l'homme vraiment fort, et dont notre jélude aura-, croyons-nous, permis de suivre les différentes majnifestations, pendant une carrièro si agitée. ' Il est temps de conclure.
j Si nous jetons un coup d'œil sur le groupe des hommes c<^-
j (0 Sur l'histoire de celle-ci voy. H. Boucbol, Let portraits au crayon des
>XVh et XVII* sièrUi, p. 120 et suiv. el 355.
j (S) Une copte de ce portrait exiate au musée de Versailles.
(3) W.Carloix.Sfém.tte VieUleville, iiv. Vll.ohap. XXV».
(t) Br&Dtdme, t IV, p. 339.
lèbres du XVI* siècle, c'est au milieu des plus illustres» à e(Mè de l'amiral de Coligny,que nous devons chercher Gabriel de Montgomery. S'il n'eut pas les vastes conceptions politiques de ce dernier, il possédait en revanche au plus haut degré k qualité qui lui manqua toujours comme chef d'armée, la promptitude de la décision. Comme courage, comme ténacité» tous deux se valaient. Le défenseur de Rouen et de Domfront peut étnî opposé au* défenseur de Saint-Quentin, le «dompteur de la Gascogne » à celui qui sut mener à bonne fin le c Voyage des Princes, b
Le comte Gabriel de Montgomery aurait pu sans forfanterie arborer la fière devise qu'un prince du XVII* siècle écrivit sur SOS étendards : « Je n'ai pas besoin d'espérer pour entreprendre, NI DE REUSSIR POUR PERSÉVÉRER. »
Léon Marlet.
Lâvil. — Imprimerie ei Stéréotypie E. JAMIN, 41, nw de la Piiz.
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