‹ Le comte de MontgomeryChapitre 3 sur 4 · LB ROY HENRY · texte numérisé non relu

LB ROY HENRY

Le début du nouveau règne lui porta le coup de grâce. Le Roi est mort! Vive le Roi! Après Henri II, François II. Après l'influence maîtresse du connétable de Montmorency, Tomnipotence des Guises. Oux-ci comprirent quel danger courait leur faveur naissante s*ils ne désarmaient la déception qu'éprouvait Catherine de Médicis de se voir refuser la direction des alFaires publiques. Ils firent la part du feu. Dc^s la première séance du Conseil privé, ({ui se tint le lendemain de l'avènement, Gabriel de Montgomery fut cassé de son grade de lieutenant de la garde écossaise et banni de la cour (2).

Et ce n'était que le prélude des mesures iniques qui allaient accabler cette victime de la fatalité, sur laquelle on prétendait venger le mort déjà oublié, dont les derniers mots avaient été : « Vous 71 avez besoin de pardon... »

Le i2 août suivant, le cercueil royal pénétrait sous les voûtes de Saint-Denis. Au moment où le corps allait être descendu dans le caveau, le roi d'armes Valois appela les officiers de la couronne pour la remise de leurs insignes. Tour à tour retentirent les noms du duc de Bouillon, colonel des Suisses, de MM. de Brézé, de Cliavigny, de la Ferté, capitaines des trois compagnies françaises. Puis Valois commanda :

« — M. de Lorges, apportez renseigne des cent archers de la garde écossaise dont vous avez la charge (3). »

Combien dut sembler lugubre Tapparition de ce vieillard, l'un

[{^ Cette qualification sinistre lui est donnée pur Hrùlart Jovriuif de 1559

à 156l>, au 1. 1 des Mvm. 'te Cnnd» .— Kilo st» rotrouve dans un grand nombre d'autres M>urces lathuliques, notamment dans les depOches diplomatiques vénitiiMines, tlorenlines et espagnoles, qui seront eitees ci-après.

2 Trockniorlon à la reine d'Angleterre, 13 juillet (dans Forbos, A Fuli view of thr imhlv tr»iu»vti"n> 'tf Ihr 711*'» m KUsnbffh. ITi«»-H, t. I, p. l.'iS).

(;V Sisrnac, L'^rh-r ,/t> {bs*''*{xus >hi ruy lUnry i^twhsmt' Paris, io59, in-4 . — C'est lui qui, en qualité de <» roy d'armes de Daupbinè », re<;ut de es orticiers les in>ignes de leurs Tonction» à l'appel do sou collègue VaioU.

lies rtims ivurvivanU «les uramlos lulli

I d.3 lu

grandi ii'étienl

i[ijti ufrtii'.éi!» de lu oins par l'Aga i]ub

;i>nt>ration piétiente, t-tiurbé mo par les cruelles t^ptoiiveti i|ui s'abalUiunt sur sa iHe Maucbe : son fils disgracié, Ini-mëme prës de perdre son hfHon dn rouimaniltment, nolile liérilagc qu'il avait cru pouvoir léguer à son pretnivr-iié ! Les convoiliseH de» courtisans nommaient déjà son «UMBsseur (i): liruil prématuré, il «st vrai, mais qui se réalisera soait peu de jours (S). L'injustice acheva l'œuvre des années. Le vieux seigneur du Lorj^os nu tarda point h mourir du douleur (3).

Tant d'angoisses bri'i&rent l'.lmu du comte Gabriel de MontgoiDory. 11 domauda aux dislraclions d'mi lointain voyage Toubti lie ses maux. Branlâme hû reproche avec quelqu'aigreur d'avoir adopté l'Italiu du Nord pour bat de son expatriation. Selon l'hislohi'ii des Dames Galantes, " il devoit percer et travorsor dix ou douse fois le t>ays barbare, ruraut et rude dos Griffons ou autre pour y faire pénitence, piustât quo vivra si délicieusement à Venise el terre des Vénitiens, douces et plaisantes habitations (i). » — Les attraits de la cité des doges déterminkrotit-ils vraiment son choix ? De la part de cet homme, né pour l'action, non pour In vie de plaisir que promettait la reine de l'Adriatique, cela parait au moins douteux. Mieux vaut croiru qu'il eut la pensée de se retremper sur le théâtre des premiers i«|)loit< de son pért!. Après une courte absence, il revint mener dnDK ses domaines de Basse-Normandie la morne existaoce, Ji laquelle il semblait à jamais condamné.

Il en fut de lîabriel de Montgomery comme de deux illustrun ^urriers, dont il allait bieuti^l {larLager les périls: l'amiral Tiaspard de Coligny et son frère François, seigneur d'iVndelot. Comme eux rMuit à l'inaction pendant de longs mois (■*{), il puisa comme eux dans ta lecture délivres de piété un vifpeuchanl

(I } Trocltmnrlon fi Cecil, •• aoftt (Forbos, t. I, p. 181»), (1) l.e mùniG II Élhabctb, 2.'^ tiuOl {IbUt., p. 207).

(3) Branli'knie. L III, p. SDi, al L V, p. J2S.

(4) Bnuil6me, 1. III, p. 2911.

(5) II* avalt^iil m ctiplir?. cdiii-in au cMIeau <le Htlun, di: juillet i:^»! a JutOfil (»». ceUu-\k un Mniiitri!, d août I3ST il Kvrier i:>»0.

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vers les doctrines réformées. (1) Cette évolution des idées du comte demeura son secret et il serait téméraire d'essayer d'en esquisser les phases. Peut-être prit-elle son point de départ dans Thorreur qu'inspirèrent à toutes les âmes vraiment chrétiennes les abominables scènes de répression qui suivirent le tumulte (T Amboise {mars 1360).

Cependnnt Thorizon politique s'obscurcissait de jour en jour. L'histoire a confirmé l'éloquent verdict de Régnier de la Planche (2) : « Durant le règne de François deuxième, la France servit de théâtre où furent jouées plusieurs tragédies, que la postérité ajuste occasion admirera et détestera tout ensemble. » Catherine de Médicis, reconnue régente jusqu'à la majorité de pharles IX, pratiqua sans succès le système de bascule qui convenait à son tempérament d'Italienne. Ses eiïorts pour tenir la balance égale entre les différents partis qui menaçaient à chaque instant de s'entre-déchirer ne purent que retarder l'heure de la guerre civile. Elle éclata comme un coup de foudre au son du tocsin de Vassy (1*^' mars 1562).

La nouvelle de ce massacre lève les dernières hésitations de Montgomery. Il participe résolument à la cène solennelle qui réunit nombre de néophytes à Saint-Lô et installe un prêche en son château de Ducey.

La conversion éclatante du plus puissant seigneur de la contrée fut saluée par les protestants d'un long cri d'enthousiasme. Celui qui avait le premier porté les armes contre leur église naissante (3) était devenu son défenseur. Que pouvaient-ils désormais redouter des catholiques ? A eux cette épée, que leur exaltation mystique proclamait avoir été guidée par Dieu même pour abattre leur persécuteur : « Entr'autres victoires et triom- » phes de Christ qui se font ici, Monseigneur le comte de Mont- » gomery s'est dernièrement mis des nôtres » ; tels sont les termes dans lesquels l'avis en fut transmis à Calvin (4).

(t) Ses dernières paroles en font foi ; voy. infrày notre chap. X. 2) Histoire de restât de Fvanot sous François J/, dernier paragraphe. f3i Voy. ci-dessus, chap. 1.

(i) ï.ettre du ministre Delavigne,du 15 mai (Opéra Calvinij t. XIX, col. 47.)

i d<?s huguonuU, rticrvniit piirmi eux cette ptéeieusc recrue, ne se peut eompaior qu'il la rage do leurs ennemis : " Ce parricide, s'érrie un pamphlélaire, ([ni n'a pas en le courage de signer ses injures, ce parricide, parce qu'il s'est mis dos vôtres, vous en fuites un nouveau Sainl-l'aul '.»{{) L'ambassadeur d'Espagne en cnlrcLinL son gouvernemenl comme d'une calamité publique: a Le fils de M. de Lorges, qui blessa le roy Il Henry, disail-il, lient en un sien chùleau un prédicanl qu'il a n întituli^ évt'-que duquel j'ai vu les mandeoienls cilatoiri>3 con- « Irfl tous ceux qui cmpêciiunt les prédicans et ceux qui y veu- » lent aller. excommuniant iceux et reronimandant que de force • ou de gré ils soient amenés devant lai (2). »

Par i^uito de la sinistre renommée, qui s'attachait ii son nom depuis le tournoi de la rue Sainl-Antoine. le bruit que Montgomery avait abjuré la foi de ses pères se répandit rapidement. Le comte reçut bientAt un message du Louis de Bourbon, prince de r<oadé, l'invitant à le rejoindre dans Orléans qu'un coup de tnain venait de lui livrer et qui était ù cette heure la capitale du Frolcstaatisme, armé eu vue de conquérir la liberté de conscience, dont trente ans do supplices n'avaient pu lui acquérir les bienfaits.

MoDtgomery est prêta combattre pour la cause à laquelle il s'esl donné librcmenl. Une foule de gentilshommes des environs se joint à lui, et c'est suivi d'une petite armée (]u'il traverse le Maine et la Beaucc, se dirigeant vers les bords de la Loire (îl).

I>e Paris pleuvent alors sur lui les attaques les plus fantaisisles.

■> — L'autre jour, s'écrie l'un, tombant en ses mains un paquet qui venoit pour le Roy Trè» Chrétien, il retint les lettres et laissa

H) Hetigionit et régi* adversut cxitiosai Catvini, Besw H Otl-m-mi cinjurolorain /'octinnrxJr/'enHioprirRii.rarissimeiianiphIctdonllepriTilègecsIdalâdii 5 juin tÛCa (rcimpr, '"W'/., ; ■ jiulil livrr l-nn fait. Icqnd dMOUvrc boaucoup de pptitus L-boses poiiviini fcruT'i r>i->l<.<in' -, dît un Jonruul (anmijme) Or fan I56i, impr. dans li. Il^a-- r-'fr-..,"rf,>r. i. V (18:14).

(3) Comlf Hector d? I.a Vcrni-rc. L'i \:iimiindk a l'ilnmgn: 187J, p,2. noU.

i,3) IjtUKuàP Psftquicr (nu (. Il rlc l'i-d. de 1733 de ses (Euvres cotapl/l fs), IV, K. — Cbaniioii de Uontgomerf. 6' couplet. — Th. de Bèze, HUt. de» Salitet Ttfnrmfr'-. M. <:uiillz el (teiteg, IttS:). l . Il, p. 744 p1 8^2.

passer la Qonwerie {enveloppe), remplie par dérision de terre et detoupes.

— Il se ante que le coup de lance dont il tua le roy Henry fut la plus digne œuvre qui se soit faite en France, ajoute lautre (1).

— En mémoire de son forfait, surenchérit un troisième, il porte dans ses armes un heaume percé d'une lance (2). 9

Malgré leur fanatisme, les bourgeois ne pouvaient 8*empècher de trouver de telles allégations « fort dures à avaler » (3). La Cour, au contraire, s'en repaissait avidement et M. de Cbantonay, représentant de Philippe II, s'empressa de les communiquer h son maître. « Je m'ébahis, confesse-t-il avec sa candeur ordinaire comme la Royne peut les dissimuler (4). »

Avec le coup d'œil qui le distinguait et dont héritera son anûère-petit-fils, le vainqueur de Rocroy, le prince de Condé apprécia tout de suite h sa valeur Tauxiliaire qui lui arrivait de Normandie. Impatient de le mettre à Tépreuve, il le chargea d'assurer Bourges à » la cause ».

Le lendemain 27 mai, à cinfj heures du matin, Montgomery atteignait les murailles de la place. Il ne rencontra aucune résistance. A la première sommation, la porte Saint-Ambrois s'ouvrit toute grande et l'escadron s'engouffra dans la rue, entonnant d'une voix vibrante :

Or peut bien dire Israël en ce jour Que, si le Ciel pour nous n*eftt pas 6t(*, Si l'Éternel n'eu! son peuple assiste^, C'en (^toit lai! î^ans espoir de retour (.*>).

Trois mille roligionnaires sans armes se mettent à la file des cavaliers et l'immense procession débouche, ivre d'enthousiasme, sur la grande place.

Il ne falla't pas pour agir laisser à Toxaltalion des uns, au

f 1) Dépi^ches de Ghantonay df's 2 mai (Original espagnol, Archives Nationales, K. liîH, n" 27; et (i mai (.Wm. de Cowlc^ t. Il, p. :J7.)

(2) Rrrilart, Jounml... {Mrm. de Cond<\ t. I, p. î»7.)

(3) Ihid.

;4) Di'pj'^rhe précilée du 6 mai.

.')) Psiiume ex XIV, traduction de Théodore de Bèze.

déconragemetit dos autres If lempa <lo n'afTaihlir. Lp comto <ie Sail livrer les armes que renferme la maison commune et les elek d» la villo. Il fait occuper 1h cloUre de la cathédrale, qui, t» bien clos et partie des entrOos d'iecllui niurnill'l'cs n, pouvaïl. ]o cas âcliéatil, servir de forteresse dans une (j;uorre de rues et y établit 90» ijuarticr gi'nr>ral. Il dislrihiie des sentinelles sur les rumparls et fait publier par ses trompettes " qu'aucun n'eût h s'Âmouvoir soiis peine de la vie u.

La prise do possession s'était opérée sans dtJsordre, " Il n'y fui stauloment donné un soufflet ", dit un de ses narriitenra. Elle fut malheureusement suivie do scëties qui ne se reproduisiront que trop dans l'biatoire des guerres riviles du seizième siècle. Dès le soir, i< le portail du ^rand temple SainL-Ëstieune, reviMu d'une înQnité d'images, fut salué de plus de mille coups d'arquebuses 'j, Le jour d'aprës, nouvelles profanations des merveilles artistiques qui décoraient les dilTéreiites églises. On on martela los bas-reliefs. Ou renversa les statues qui en garnissaient les niches, et ce ne fut pas sans danger ; car quelques-unes sembleront s'animer pour se venger des outrages reçus, en écrasant dans leur t-hule les mutilateurs.

Montgomery fut le témoin passif de cette orgie de destruction, dont rhaquG phase coûtait à l'art un chef-d'œuvre. De nos jours, qnand une armée, mi^me apr(3S la victoire la plus chèrement achetée, sy livre aux pires excès du triomphe brutal, — pillage, massacre, viol — , on peut, on doit su rendre responsable le général qui les a tolérés. .Mors, au contraire, chaque soldat était un peu son propre chef. L'eiU-il tcnl^ d'ailleurs, le comte eftl été impuissant k réprimer le zèle iconoclaste de gens grossiel-s, fanotisi'» par des excitations malsaines, et son intervention n'eût réussi au'à lui aliéner les ministres, dont les sermons e.^hortoienl comme k œuvre pie au bris des < idoh's ". Du moins lui doit-on savoir gré d'av<iir, au milieu de relTervescence, prévenu tout conflit entre cathnliquos et protestants.

La Grosso-Tour, si célMiro dans les annales du (|uini>ièmo siècle, était demeurée aux maius des royaux. Là s'étaient enfermés, à l'approche des calvinistes, la garnison de la ville, son

gouverneur M. de Diors, son archevêque — « homme fort ancien, qui n'avoit cheminé depuis quatre ans, et qui néanmoins, observe malicieusement Théodore de Bëze, trouva si bien ses jambes qu il s'en alla à pied, faisant transporter avec soi son argenterie. » — Depuis quarante -huit heures rien nV avait bougé. Montgomery la fil sommer. Ses occupants refusèrent de se rendre.

Il n*y avait nulle apparence de les pouvoir réduire de longtemps de vive force, tant ses commandants successifs avaient fortifié Torgueilleux donjon, tant il était largement approvisionné de blé, vin, lard, etc.. Cependant, persévérant dans la pensée que les assiégés n'attendaient pour capituler qu'un prétexte honorable, il improvisa à ses abords de menaçants préparatifs d'attaque. Mise en batterie de grosses pièces d'artillerie trouvées çà et là sur les remparts, disposition d'une escouade d^arquebusiers aux lucarnes d'un clocher qui en dominait la (t basse cour », rien ne manqua à la démonstration. L'effet prévu se réalisa. M. de Diors, effrayé^ ouvrit des pourparlers et s'estima heureux de sortir, lui et les siens, a vie, bagues et armes sauves » de son refuge (31 mai).

La chute de Bourges répandit la terreur daos les environs. Les habitants d'Issoudun, de Vierzon, de Mehun-sur-Yèvre se hâtèrent d'informer Montgomery qu'ils étaient prêts à recevoir telles garnisons qu'il lui plairait de leur envoyer, ainsi qu'à abattre les « images » et à proscrire la messe dans leurs cités. Peut-être eùl-il dû mettre à profit ces offres qui livraient pacifiquement au parti protestant une série de positions excellentes, commandant la vallée du Cher autour de sa conquête. Mais son effectif était peu considérable et il ne se sentait pas assez sur de la population do Bourges, pour Toser quitter avant d'y avoir affermi son pouvoir.

« Vous savez que l'argent estlo principal nerf de la guerre », écrira-t-il dans quelques mois {{). Or aux ressources immenses dont disposait le Roi, que pouvaient opposer les huguenots ? Pour

(i) Montgomery à Leiecster, 27 janvier 1503 (La Perrière. La Normandie.,., p. 68).

créer, ils durenLs'emparerdesrtlyeLs d'or, d'argent, do vermeil que renfermaient les trésors des églises et des monastëres. La fontti des calices, des crois, des ostensoirs accumulés par la piété de plusieurs siècles sur les autels catholiques permit seule aux calvinistes d'alimenter la lutte. Le s|)eclHcle de ces inappréciables reliques des Ages disparus transformées en Ungole, Bourges l'olTrit comme Orléans. On mit également la main sur lesditrérenies caisses de recette du gouvernement dont !e produit dépassa 71,000 livres.

Le 3 juin, le comte se présenta à l'iifllel-de- ville, accompagné de Jean de Hangest, seigneur d'Ivoy, que le prince do Condé venait de nommer son lieutenant en Berry. Le corps municipal mit aux voix devant eux les articles d'une convention relative k la conservation de la ville, convention que Mont;;omery leur avait fait remettre la veille et sur laquelle on n'avait pu s'entendre d'abord. La discussion occupa encore deux séances. tUiflD le ti, les éclievins di'clarérent adhérer aux pi'0|iosîtions dn comte : fermi'ture do touti-s los églises, sauf deus réservées h l'exercice du culte réformé; défense au peu[)lede se réunir, hormis pour les prières, Ih consistoire et les assemblées communales; afVectation des revenus des fabriques et des confréries à l'entretien des ministres; dépôt de toutes les armes à rhfttol-devillo ; — de plus les poternes seraient murées, l'enceinte des cloîtres Saint-Ktîennc et Notre-Dame-de* Sales uballue. Iqb constructions sust^eplibles d'entraver la circulation dos rondes, éveutrées.de façon à laisser libre, nuit et jour, le passage à pied, h cheval ou on chnrrette (1).

Ces détails réglés, Montgomery revint k Orléans (2). Il y trouva la situation bien changée. A la joie, il la conlïance avait

(1) J. Gliiiirneau, Jminial ek l'kht. 'lu Berry de Tiil à i;i62, éd. Ilyver, p, I2a-12B. - Uc'-ïe, I. tt, p. S78-;i8:i. — Oallierinol, Le iiï/jt rfe B'iurgn -ii 4562 (l'orit en lOHi d'aiirèa (iliisieurs >nrmoiri?a autlii-iiU>iiie!i). — J.-A. Je Thon, Hitl. lie son ttmps, trad. frani,'< de l'.'H, l. IV, p. 247. — Raynal, Bitt. du a^mj, 1. IV, p. 18 et »uiv.

(S) U quitta vrtigeiiihlableiiienl Bourg^'s i-n mi^me Ifriips qu'Itoy. Or eelut-iri, qui n'est [i»s iijinmâ parmi les gentilahomnie^ avant asMstû au » pariemeiil » di> Tuury lUJiiiin, tigiira le tU dans \ct préliminaires de celui di!T«lcr lUi>)v]. I'<: ri'Iuurdr Montgomery «f pl.ice diitii' entre ce» deux date».

succédé rinquiéiude. Si les religionnaires, au lieu de coilsumer siérilemeni les jours en composition d^innombrables /acftim^ destinés à légitimer leur prise d'armes aux yeux de TEurope, avaient profité de la stupeur dont elle avait frappé leurs adve^ saires, peut-être la guerre civile aurait-elle été évitée. Mainte* nant, renforcés des bandes Allemandes et Suisses qu'ils avaient eu le temps d'appeler^ les catholiques se croyaient sûrs de vaincre et leur langage montrait assez la ferme volonté de refuser toute concession. On conuait les résultats négatifs des entrevues de Toury et de Talcy. La rupture de la seconde fut le signal des hostilités.

Les royaux marchent de succès en succès. Blois enlevé, Angers repris, Tours menacé, tel est le bilan de leurs opérations de la première semaine. Impuissant à contenir ce torrent d'hommes, devenu maître du bas cours de la Loire avant qu'il n'eût pu rétablir Tordre dans ses bataillons débandés à la suite du pillage de Beaugency, Monsieur le Prince se replia sur Orléans. D'accord avec son conseil, il prit alors ]e meilleur parti que commandât le triste état des affaires huguenotes : « Envoyer quelques seigneurs de crédit et d'autorité dans les provinces tant pour distraire les forces des ennemis que pour lui amener de nouveaux secours si la nécessité le rcquéroit ». Cette mission de confiance, Montgomery la reçut pour son pays natal (1).

La condition religieuse de la Basse-Normandie était singulière et, pour en retrouver l'analogue ailleurs, il faut franchir bien dos années pleines, de part et d'autre, des plus détestables excès. Entre les catholiques ardents et les protestants exaltés se plaçaient bon nombre de gens paisibles, partisans avoués de la Réforme, mais non moins soucieux d'éviter une guerre fratricide. Saluons dans son humble début le parti national, ami des transactions, ennemi du sang versé, qui triomphera trente ans plus tard avec Henri IV. Ces politiques de la première heure avaient pour chef le gouverneur de la province, Robert de La Marck, duc de Bouillon, « huguenot, mais prudent et ne voulant

(1) Bèze, t. Il, p. 133.

rien èntrflpreiidra contre te service du Roy. " (1) A cet honnAte bomniu. l'ualeiiiPiil suspect aux deux fai-lion» rivales (2) — tel h été do tout temps le salair<> de la modération I — les gouvomniits, Antoine do fiourbou, roi do iNavarrCt Guiso, Montmoroney ut fninl-Andr^t, dits les IritimvirB, ligués avec Piiilippell d'Esprii^nti pour l'éradiratiou de In » Rt^ligion |ii-élcudu« Rèfumiôc », opposaient un geotilhommu du puys, haliil(> capitaine et hn courtisan, iaoquesdedoyon.seigneui- dw Matignon, son hras droit — iixe:: son«urveilloiit — en l'invttsIiBsuiil di- iaUeulouancci-gibûralc du Il Rosse-Norniundie. O choix l'iait inquiétant pour les calvini«t«fl. i'ris entre lu domi-iiidilTérenco de lour ^uveriiour <?t ractivitft fanatique de son suppléant, ils se préparaient à une lutte nos espoir quiind iU virent accourir h eux lu comte do Montgomery.

Matignon. Monlf^omery, ces deux noms allaienl l'tro dsns la région !(>» étendards des deux factions rivales durant tout nu rigao.

La mi-juillet était venue (3) quand le comte revit son chAteao dBDuiwy (i). Situé II é^ale distance de Pontorsun et d'Avranches, k cheval sur la IVorniandie et ta Bretagne, ce manoir avait ano grandi! importance stratéfj;i(juo. Le comte y passa quelques jours, armant ses vassaux, appelant sous sa ba^^i^^e les reli- ^ionnaires dos alentours, rocueillanl les lïtO chevaux des oapitkioea Avaiues, Donchamps et La Motlo-Tibergeau. échappé»

(I) Noua traçons ce tableau d'aprëi^ Floriniond de Hœmond, IlisMrt ita progTf's et de tn d^cadcncr Je ih&ésie m Franrr (Holicn, lUfil. Iii4'l, Bv. III, di. M. — J.-A. lie Thou, l. IV, p. 239.

{t) Pour \i>» tMHipvoiifl iIl's proiostanis U son «gord, voj. HMc. l. II. p. 8*1 ;

C-ceut c)e«catholit|UOB, voj. une di>p*fhe de Chanlonay du 10 teptem- (Mm. lit- CvHdi, t. II. p. e«}, (3) BèM (I. Il, p. 8il); recliflant lui-même l'ermur qu'il ■ pnwiJdeniiiii^nt fOmmlie {p, TU) en montrant Monigomerr en Itatse-Normandie dts la fvi flllnin, date où il L'iait encnre â OrlOans (vof. suprA).

(i) Une di^^crlpllon IrM <iommnire, dnlant de lôtui et roproduKe par Des- Nohes lAiin. -lu pAv» d'ArrancI»:!. p. 01), prouve que liabricl d^ HontgomsrïBiait Tnit du» restuiiru lions amet Iniporlanlo^ au manoir Teodal qu'il ■uit hêrït^ de sa mtiri' et qui avait ilé mis en ruine pariic1li>ment « par les Ihvarrnis ton des guerres [anglaises] •'. — cr. une lia^ae de pK'ces doma- UilM b es rulalivu, dur!» le dostler A. i \* de» aschivkk uk

du Mans, dont les catholiques s'étaient naguère emparés (1). Il entra bientôt en campagne, occupa Vire, désarma les cordeliers qui faisaient mine de vouloir défendre leur couvent, Tarquebuse au poing, et, chargé des dépouilles des églises, alla reprendre ses cantonnements le long de la Sélune.

Il avait eu un double but : protéger les protestants de Vire, molestés par leurs concitoyens catholiques, et se procurer les sommes nécessaires au paiement de ses troupes (2). Conséquence plus heureuse pour son parti, il devint Tépouvante du Cotentin. Le Grand-Prieur de France, frère du duc de Guise, se trouvait alors au ch&teau de Bricquebec (3), résidence de la belle Marie de Bourbon, veuve du duc de Nevers, « pensant plutôt, dit Théodore de Bèze, à faire Tamour qu'à manier les armes » ; on prétendait même que, aveuglé par la passion, il pensait à rompre ses vœux et à épouser sa maîtresse. Sur le faux bruit que Montgomery se dirigeait vers Bricquebec, la peur le prit et il se réfugia à Cherbourg (4). Matignon vint Vy rejoindre afin de se concerter sur les mesures propres à arrêter le chef huguenot.

Indigné de n'être pas même consulté, le duc de Bouillon se lance avec cinq cornettes à la poursuite de son lieutenant. Devant lui, les herses se baissent, les ponts se lèvent. Il somme les sentinelles de livrer passage au gouverneur. Elles en réfèrent à Matignon, qui refuse d'obéir. Exaspéré, Bouillon se mettait en devoir de forcer l'entrée, lorsqu'une dépêche très pressante le rappelle à Caen : profitant de son absence, Montgomery avait tenté de s'en emparer, et son audacieux coup de main n'avait échoué que par miracle (S).

(i) Le duc d'Ëtampes au roi de Navarre, il août (Orig., B. N., f. fr., 45876, ^ 436). — Bèze, t. Il, p. 843. ~ J.-A. de Thou, t. IV, p. 228.

(2) M Descharge des reliques de Vire » (Orig., B. N., f. fr,, 3190, fol. 14- 17). — Bèze, t. II, p. 843, 845, 846. — J.-A. de Thou, t. IV, p. 240.

Remarquons, en passant, qu'un historien virois considère le fait de « ne vouloir prendre lesdits joyaux sans en donner acquit » comme une marque de la droiture du comte. (Lccoq, Mém. pour sei'vir à l'histoire (te Vire; Ms. orig. du xviii» s., B. N., f. fr., 22474, p. 43.)

(3) A 18 kilomètres de Valognes (Manche).

(4) Trockmorton à Elisabeth (Forbes, t. Il, p. 18). — Bèze, t. Il, p. 842.

(5) Bèze, t, II, p. 8W-843. — De Thou, t. IV, p. 239.

Le faux bruit se répandit alors que Bouillon, sV;tant mis aux trousses de

Si Montgomury [ùl domeuié libre de ses mouvcmouts, nul doute que. aidé par les disKenslons de ses adversaires, il no se fût vite rendu maître d'un vaste lerritoife. Mais, comme, au retour de sa camUade infructueuse, il guettait une occasion d'ootamer sérieusement les hostilités, il reçut du prince de Condé l'ordre d'aller combattre entre Rouen et le Havre (1) les troupes commandées par le duc d'Aumale.

Cependant, Matignon a informé la Heine-mère des récents événements. Il l'a suppliée d'ordonner au duc d'Ktam|ies. gouverneur de Bretagne, de réunir ses forces aux siennes, aPm de cerner Montgomery (2). De son cùté, le duc écrivait à Catherine (3) : " Le comte de Montgomery fait son assemblée à Saint- •> James-de-Beiivrou t|ui n'est qu'il deux lieues de notre fron- » liferc. Ce que je crains le plus est qu'il se saisisse de Ponlor- '• son. qui est si prbs de noire pays qu'il nous Feroit de lù » iiiliuis maux. Pour être hors de mon gouvernement, je n'y ose » aller sans votre exprès commandement, et, s'il vous plaisoit •• n'avoir point respect à cela et advertir ceux qui ont charge eu M itnsse-Normandic et Bas-Maine, nous auriois moyen défaire »• bon devoir. » — La Reine-mèie s'empressa d'espédier au duc le plein-pouvoir demandé, à Matignon l'ordre de se joindre à lui. '• La prise de Montgomery, ajoulaît-elle, me seroit autant » agréable que pouvez penser (4). -

Ce dernier n'était pas resté inaclif. Le plus grand nombre s'imaginait qu'il amassait des troupes dans le seul but de les mener au prince de Cnndé (5), Quelques-uns lui attribuaient la

Hotilgomery, uvail ùlé lui^ diias une runi^onlre onlre Caen et Kalnisi.' (KitlegrewàCecil, 10 août; Cakmiarii..., 156-2, ii" 459).

(1) Coligitj a it'Andelol, 3 &oûl (dHn$ Kervyn de Letleuhove, Lhk Huguenot* et ks Gurux; 1883-gS; t. 1, iippendice).

(î) Le duc d'Etuinpes an roi de Nnvarre, 7 aoûl (ûrif-. II. ^„ f. T., 15876, toi. 3W). — or. Castelniiii, JfAnoiri», Uv. III. ch. su.

(3) Uttre du 10 tto<1MJ'"*rf., C. 38fl).

\i) Lettre du U aoat <,Lettrex de CtUhixrinc de MMù-u, pubL pnr le comie H. de La Ferritre, 1. 1, p- 379).— C(. : Chartes IX au duc d'Élnn>pe!s 14 aoAt Breuvf» 'le l'hitloire de Brefnnne, p, p. don Horicc, nf£-46, I. III, col. (318): et la Heine-mère, s. d. (Sn d'août), nu mâme {Ltttrcf ik CiUhi^rine, 1. I, p. 38b-38:). — Caateinau, hi:. vit.

(S) Lettre du duc d'Elampes du 10 août, pr6oitéc.

pensée de ios employer à pilier la Bretagne. La vérité, c'est qu'il ne voulait pas quitter la Basse- Normandie avant d*y avoir assuré quelques places à ses coreligionnaires. Pontorson, il est vrai, lui ferme ses portes (1). Mais, dès le surlendemain, cet échec est réparé : son plus habile lieutenant, le baron de Colombiëres, a occupé Coutances sans coup férir (2).

Âvranches était restée neutre. Montgomery partait pour la garnir, quand il fut informé que Tavant garde bretonne, sous la conduite du vicomte de Martigues. neveu du duc d*Étampes, marchait à grandes journées contre lui. Il n'en prit pas moins la route d^Avranches, chargeant les capitaines Deschamps et A vaines de faire sauter les ponts de la Sélune.

A mi-route, Avaines et Deschamps sont avertis que les passe* relies qu'ils ont mission de détruire sont déjà coupées. Ils rebroussent chemin sans plus se soucier de leur mission. Or on les avait trompés et, tandis qu'ils ralliaient paisiblement le camp protestant, Tennemi traversait la rivière sans obstacle.

En ce moment Montgomcr\' reparait à Ducey. Il est très inquiet. Son opération a avorté ; les catholiques Pavaient devancé à Avranches. Mù par un pressentiment, il ordonne une recon* naissance sur la route de Pontorson. Ses vedettes reviennent presqu'aussitdt, effarées ; les grand'gardes catholiques sont en vue.

Le temps n'est pas aux récriminations. Montgomery détache une estafette vers Colombiëres, lui prescrit d'évacuer Coutances et de se replier sur Saiut-Ld qu'il gagne lui-même avec son monde (3 .

Sa position devenait très dangereuse. En face, Matignon et le Grand- Prieur; sur le liane droit. Bouillon; sur le gauche, Martigues. Circonstance plus grave, la désertion se mettait dans ses rangs, juste à l'instant où les royaux découvraient ce qu'il était

• t) Supplique des habitant:* de Pontorson au duc d*Aumale. là ao6t(Orig., B. N., .n9(K fol. 18 et «•*■.

•2 Ihi'i. — Le duc d Klampes au roi de .Navarre, i7 août (Orig., B. N., f. fr.. 1 .^Tt.. fol. *:i»» . — Bê/e, t. U. p. 844. — r>e Thou, l. IV, p. 240.

.j Leilre pr.citee du duc d'Klaiiipes, du 17 août. — Bèie, h H, p. 943 et 844 — De Thou, U IV, p. Î40.

|iarvnnu h leur eaclior : «on objectif. Et les vaitt^eniix sur IcsquuU il eomplnil pourlocoiiduircon Hautc-Normaudiouiî paraissaient pas(t).

Mais il iiV-tuU pas h'unme à sVfTraycr des dlfticullés. Sa femme, c6Ua Bilmirahle Itialiulle de la Touche, l'uncoara^eail do sa présente ; Accoucliév du ciiii] jour», ulte s'était Iruim^e h sa suite (2],

• S'ildomtiurei'i Sainl-Lfl, écrivait de Fouifèros loducd'Elam- » pfl» (3), s'il dciiieuro h Saint-Lû, j't^spère l'y aller prendre. » Le oomto nu l'attendit pas.

Par *oii ordre, ciii(( cornet les preoutiiit position entre Saint-Ld el la cAlo sud du Cottmlin. Les capitainos Descbamps, Avaines, La Moilo-Tiliergeftij et La l'oupelière avec les leurs occiiporonl Vir». l'our lui, il ri-sla h Suint-L<V où il forma d'autres colonnes, cfJles dont nous venons de parler étant loin d'absorber les 3000 nfos de pied ni les 7 à 800 chevaux qui composaient son wrmèe..

Le snrl(.-ndemain, 3 septembre!, lui arriva un message alarmant <le M, d« La Poupeti^re. On s'i'-tail bien assuré de Vire sans effusiou de saug : mais la place ^lait indéfendable, la population franchement hostile, tes gens de guerre aussi ma] armés qn'iadisciplinés. D'autre part, on assurait ijue le duc d'bltampes, continuant sa marche ua avant, avait livré Ducey au pillage.

■■ — Uetonrnez vers celui qui voua envois, dit le comte au cnurri«r, et annoncez-lui que je vais à son accours, o

Dans l'apiês-midi du même Jour, il a fait le tiers du trajet A pwi'ourir. Il est ftTui'igny doiit un di-Lachenicnt huguenot s'était emparé la veille. Là il apprend do quelques fuyards appartenant h U compagnie A vaines la chute de Vire au milieu d'un affreux carnage (i).

Sa riposte fut prompte. La nuit suivante, Bayeux tombe en son

(1 ) SMirffs prùcËdentes.— Cf. ili^ux di'plïclieB de Chautouay du 3 septembre (l'uiHt, un frani.ais, inipr. duii» Mém. ik- Condé, t. Il, p. 76, l'autre existant itn OrigilMl c;tpngiiol uux Arctiîves Natioiiutes, K. 14U8, n° '■i2).

tZ| Ihùl. B(>»i et lie Thou, loe. cit.

{3j Leltru prt'dlPii ilu tî uofll,

H) Btoi, I- 11, r 84G, ms et ms.

pouvoir (1). L'aflFaire de Vire n'avait pas été du reste le désastre qu'on croyait d'abord. Beaucoup de ses défenseurs avaient pu se sauver et se rallièrent rapidement (2). La semaine d'après, Tinquiétude avait passé du camp de Montgomery à celui du duc d'Ëtampes. « Le capitaine du château de Domfront m'est venu trouver, » écrivait celui-ci à la Reine-mère le 1 1 septembre (3). Il m'are- » montré que ledit château n était pas fermé ; par quoi je crai- » gnois que M. de Montgomery, le sachant, y all&t ou y envoyât, » /ïOMr/ïrenrfrcT'ar/tV/ené ytit y c5/;j'ypasseraietla prendrai pour » nous en servir. » — Paroles fatidiques qui font rêver, quand on se remémore l'incroyable siège que soutint en ce même lieu douze ans plus tard le héros protestant !

Le soir de ce jour-là, à l'extrême surprise du duc d'Étampes, à sa grahde joie, Matignon et Bouillon opéraient leur jonction avec lui (4). Une seconde fois, l'espoir revint au cœur des confédérés. Une seconde fois le chef huguenot les gagna de vitesse. De source sûre, il savait maintenant que les transports si longtemps attendus n'attendaient plus que Tinstant d'atterrir à l'embouchure de l'Orne. Quand les royaux l'atteignirent, ce fut à la pointe d'Ouistreham, dans une position si solide que tous leurs efforts pour Ten déloger échouèrent (5).

(1) Gouberville, Journal, p.p. Tabbé ToUemep, p. 757 et 758.

(2) Bèze, loc, cit,

(3) Impr. par le comte de La Ferrière dans La Normandie., ,f p. T.

(4) Post-scriptum de la lettre précédente.

(5) Bèze, t. II, p. 855. — Ch. de Bourgueville de Bras, Recherchea et onltquiiés de la Neustrie et de la ville de Caen, réimpress. en 1833 de Téd. originale de 1588, 2* partie. — De Thou, t. IV, p. 244.

Pendant que Montgromery échappait ainsi à l'étreinte des trois corps d'armée réunis contre lui, de grands événements s'accom- Jilissaient dans le rentre do la France, el il est nécessaire d'y jctcT un rapide cou[) d'œll. Chaque jour le parti calviniste perdait du terrain. Le f{t août, Bourges, assiégé depuis moins d'une a«maine. Bourges dont on espérait une lon^o résistance, ouvrait ses portes et les royaux marchaient sur Rouen. Ils se promettaient d'avoir facilement raison de cette place, la sachant asD8 chef : son gouverneur M. de Morvilliers venait en effet de se retirer dans ses terres, jugeant — el à juste titre — « la cause '> déshonorée par certaines pratiijnos auxquelles on s'était laissé aller avec la reine d'Angleterre (Ij.

Depuis lo commencement des troubles, la Cour suivait l'armée. En arrivant à Gaillon on apprit, non sans étonncment, que Mor- "villiers avait un successeur, et que ce successeur était le comte de Montgomery.

" " — Je donnernis tOO. 000 écus, s'écria Catherine de Médicis, {lour que cet homme soiL hors de Rouen. Car je prévois que son obstination en causera la ruine |2). »

Montgomery y était (urivé le 18 septembre, appelé par une l«ltre pressante des habitants, lettre qui l'attendait au Havre où

(I ) V. Mgr le duc d'Aumnlo, Hiaf. des pr. de CuniU, liv . I, chap. II. (1) KiU^grew i Cecil. I" octobre (Forbcs, t. U, p. 8!).

il n'avait fait que passer (1). Il organisa la défense avec l'activité que nous lui connaissons (2). Sous sa direction, la hauteur, dite le mont Sainte- Catherine, qui domine la ville vers Test, se couvrit de redoutes. On mura les portes, sauf deux donnant bur la campagne, que vinrent protéger de puissants remblais. On brûla les faubourgs. La chaussée de Martainville sur laquelle passe la route de Paris fut coupée de fossés et de barricades. Ces travaux terminés, Rouen défiait une attaque de vive force.

Il était temps.

Le 29 (3), les sentinelles signalèrent Tavant-garde catholique.

Presqu'aussitôt un héraut d'armes parut et demanda à parler au chef des rebelles. Mené au comte, il promit de par le Roi pleine et entière rémission de leurs fautes et crimes passés à tous ceux qui déposeraient les armes.

c( — Nous savons que penser de telles propositions, répliqua froidement Montgomery. Elles n'émanent pas de Sa Majesté, mais des fauteurs de troubles qui La détiennent en servitude. L'avenir démontrera bien qui, d'eux ou de nous, a besoin de pardon. Je garde au Roi cette ville de Rouen, par le commandement de Monseigneur le prince de Condé, qui a entrepris la conservation de l'État Sur votre vie, héraut, ni vous ni vos semblables, ne vous approchez désormais plus près qu'une portée de canon (4) !

Et se tournant vers son entourage :

— Celui qui parlera de se* rendre, je le ferai tailler en pièces (5).»

(1) Bëze, t. II, p. 142. — Cf. Gastelnau, loc. eU.

(2) Dépêche de Chantonay, 2 octobre {Mém. de Condé, p. 92). — Bèie, t. II, p. 733, 739, 742 et 745. — Cf. deux ordonnances de Montgomery des 20 et 23 septembre [Mém, de Condé^ t. III, p. 688 et 706).

(3) La date est laissée dans le vague par les différentes sources citées cidessous, sauf dans la lettre de Charles IX à Saint-Sulpice qui la fixe expressément.

(4) Charles IX à Saint-Sulpicc, ambassadeur de France en Espagne (dans LaFerrière, La Normandie..., p. 24). — Dépêche précitée de Chantonay. — — Dépêche de M. A. Barbare au doge de Venise, 4 octobre (B. N., Dispacùi deyl' ambasciatori Vencziani (copies ms. modernes), filza 4, f*» 534, 535 et 537). — Bôze, t. Il, p. 745.

(5) Paroles rapportées au procès du conseiller Séquence, aprôs la prise de r.ourn (Bèze, t. II, p. 776).

L'effeclif des assiégeants comprenait 6,0(10 gens de picil,

'i.\W cbuvau -légers, les onze cornetles slltimaiid»» du Hliin-

f[T&vt) Jt<an-l'bilippo de Siilm ; liû bouches à feu de gro» cali-

(I). Pour leur tenir lèLo, Montgomory ub dispoeail qua da

i.m hommes (2).

Hal^ré Gotlu sopériorilé niimérit[ut>, les rnynux nllaient passer firbîoD des vicissitudes. Do viuleales escarmotii^hos, ijui s'on- {i^i^aat dfaa le lendemain de l'invealissemeiit, leur upprironl qa'iU n'auraient pas l'avantage dans un assaut improvisé. Ils recoururent uior? au Iiombardcmeiit. Toutefois, n'élaitt p«i maîtres des approches du la ville, ils dui-ent installer leur» baltitfies à distance ; aussi, tort peu du projectiles atteiguaien(-iU tes rempart». Ils essayèrent du moins de former aux assiégés la rouiu de ta Suinc par laquelle ils pouvaient recevoir dos Hccours du dehors. Us établirent une ligne do pilotis en travers du fleuvo k la hauteur do (iaudebec. Mais, le 3 octobre, un convoi Ai bileaux, venant du Havre, arrivait sur ce horrape, le dioiolissait aux trots quarts et forçiiit la passe. Il amonait ll*'deMontgomery(^t plusieurs canons, 160 quintaux de poudra, UaUrgv approvisionnement de boulets, des monons, dos corse I*U,de8 arquebuses destinés à armer la popalation. DnusI'apr'^Boûdi du mAme jour, 60 Kcossais à cheval parvenaient égale- Bteot k traverser les ligues catholique» et entraient à Rouoa •*us avoir perdu un seul homme (.'i).

Laclef de la position, tous le sentaient bien, c'était le moal S»ilile-Catberine. Durant les vingt-quatre heures qui suivirent, w vicomte do Martiguos, commandant on chef de l'infanterie wiégesule. laD<;a à plusieurs reprises des colonnes ^d'attaque •Mscs pentes abruptes. Chaque foi» elles furent ropoussées ""•ed* grandes pwtes. (Ju'on ajoute à cols une pluie persistante,

',1, l^ii.Vhe |iri'dlée de Harhimi. — ■> Exlraicl d'une leltre escriple au IIpuoii du :i' d octobre. « [ift'm. de CohJs. I. IV, p. 4it). —

! ■!■ ds KillQ(fww.

iloea di! Killegrcw et de Etarbarn. — Poyoings et Vaughan 'I- rniii. u,s.iiiiil[i, 4 octobre iForbes. t. II. p. US]. — .. Extrait de lettrM I « >• ^'«Clobrif " pricilft. — Bèu, t. II, p. 7« et 747.

dont ne souffraient point les protestants, à Tabri de leurs casemates, et qui, au contraire, éprouvait rudement les royaux campés en plein air et Ton se fera une idée des difficultés contre lesquelles ceux-ci se débattaient, lorsque la trahison vint changer la face des choses.

Le 6 octobre, sur les dix heures du matin, Jean d'Hémery, sieur de Yillers, vaillant soldat qui se fit plus tard un nom honoré dans les troubles de la Ligue, étant de tranchée avec son régiment, remarqua que les ravelins ennemis étaient moins garnis de sentinelles que de coutume. Surpris, il questionne un certain capitaine Louis, pris la veille, dont la compagnie faisait partie de la garnison du fort. Celui-ci voit dans une réponse nette et précise le moyen d'éviter la potence :

-^ Ils font si peu de compte de vos eiforts, réplique-t-il, que, chaque jour, à cette heure-ci, ils s'en vont en ville, afin de se divertir et de se pourvoir des choses nécessaires.

M. de Villers prévient le connétable qui, de concert avec le roi de Navarre et le duc de Guise, décide de profiter de Tavis. On distribue ainsi les rôles : Villers attaquera de front, tandis que Sainte-Colombe, autre colonel d'infanterie, opérera une diversion en se portant sur la porte Saint- Ililaire comme pour un assaut général. Au signal convenu, — un coup de canon, — Yillers enlève ses bandes et pénètre sans coup férir dans l'ouvrage principal. Les quelques huguenots qui le gardent, attaqués pendant leur sommeil, se rallient néanmoins et soutiennent intrépidement le choc. Dans la chaleur de l'action, le misérable, auquel est due la surprise, est tué par un de ses anciens soldats. Cependant il faut céder au nombre, se réfugier dans les redoutes formant couronne au dessous du fort.

D'en bas, Martigues a suivi les péripéties de la lutte. Il amène deux enseignes de renfort, prend le commandement, que le brave Villers, blessé au flanc et au visage, ne peut garder, et à leur tête, chasse les protestants de tranchée en tranchée.

Au même instant, 300 bourgeois armés sortaient de Rouen, envoyés par Moutgomery au secours des siens dont il a vu le juMil. Us se heurtent aux soldats de Martigues, échauffés par

l'ardeur ducombat, sont roiti|ms et presque ious lu6sou pris (1),

n sfirait difficile lie peiiidrti l'orgueil des royaux après cetlo vic4otro tURspéréti. Catherine de MédJcis, le jeune Roi et toute leur suite se trausportërent sur la plate-fortni3 encombn'^o de catlavres- C'est de làtiue la Reiiie-aifere écrivit au Grand -lie uyer Roisy ;2) : •• Dieu a tellemeni favorisé noire entreprise du mont n Soi atO'Calbe fine i{ue , encore que les rebelles lu tinssent M pour imprenahie — tant pour son site que pour les fortllîca- » tiona, qu'ils y avoient fuictcs — nos soldats l'ont cesle H après - disnée emporté de furie d'assaut. Cette prise a n donné tel ustonnemeiit à ceux delà ville que Je pense qu'ils no •I rechorcberont plus que la miséricorde du Roy et que des de- " main ils seroul priais k se remettre en ses maios. »

Le jour d'après, en elVet, un parlementaire arrivait au camp, poTlour des propositions suivantes : Rouen serait racbelé du pillage k prix d'or; quant aux habitants, ils pourraient s'éloigner, la vie sauve, sans armes ni bagages. Ces conditions si modérées, les généraux catholiques les rejetèrent avec hauteur.

" — Point de traité entre nous et des rebelles, dirent-ils; qu'ils se rendent k la merci du Roy.

— ¥.h bien! ripostèrent les Roueunais, nous nous défendrons jusqu'au bout; et puis nous mettrons le feu en la ville et regarderons de vendre nos vies lt( mieux que nous pourrons (3). .>

La fureur a remplacé l'abattement, et Monlgomery ne lardera point à iulliger de sanglants démentis à ceux qui le disent prisonnier (i) ou en fuite (5).

(1) Sir Thom&s Kcmys k Cecil. U octobre {Ctlciittam..., laG2, it' TH3, — IWp^he de U»rtiiiro liu H {Dùp. 'kgi'amb. Vene:. lilEa 4, ^• S3d et 544). — Lettre précitée de Charles I\ & Saint-Sulpice. — Bèze, l. Il, p. 750, et 751. — Daviis, Ifkt. de» gut-nes civilet lie Franei:, trud. fran^. de 1666.

Il, p. »50ol2Gl.— J.-A. deThou, I. IV, p. 428. — Auhigiic,Hi*(. uniucr». 1» partie, liv. I, ch. X.

(2) he 6 oclobrc. (Lctlfts de Catlu-rme. 1. 1. p. 4(4). i'A) DiipCcbcs Hé ChaiKoiifiy. 8 octobre (.tfi'i'i. <'<.' Coiidf. (. III. p. U3l, de

Barbaro.'J cl lll octotire (U.N., Disjtiri-i degl'amb. tViu;:,fllïa 4,p. S4U— 549).

i4) I>ép<^clic de lambassudcur ttorenlîii Tomabuoni. D octobre. [Sigocia- I lUptwmiti'iues entre la France cl la Toscane), pnbl. par A, Uesjnrdin?, IH3U-75. t III, p. 496.

(îi) Ui-pAche pn^cilëe de Itarbaro du 11 octobre.

Ëinq batteries foudroyaient à présent la place du c6té ones. « le plus battable »(1). « Rouen est vu de tète, de cul et par » courtine, écrivait un témoin oculaire, de façon qu*il est ma- )) laisé de se tenir sur le rempart, je ne dirai pas pour combattre, » mais, sur le ventre, pour se cacher » (2). Le faubourg Saint- Hilaire, mitraillé de toutes parts, n'était plus qu'un monceau de décombres (3). Le 8, Montgomery dirigea sur ce point une sortie. Une colonne balaya les assiégeants, sous une grêle de boulets, jusqu'aux batteries de la colline. Une autre s'engagea sur la route de Darnétal et fit un alTreux massacre des retires qui l'occupaient (4).

Le lendemain soir, trois bâtiments pénétrèrent dans le port. Ils étaient partis six du Havre, portant un millier de gens de guerre. Mais, sous le feu d'une batterie tirant de Quillebœuf, deux avaient été forcés de relâcher à Tancarville. Un autre avait sombré en cherchant à franchir le barrage de Caudebec, refait sur do nouveaux plans depuis la semaine précédente. En dépit de ces pertes, le renfort que recevaient les Rouennais comprenait encore 5 à 600 hommes (S).

Il arrivait à propos : car l'artillerie ennemie venait d'éventrer l'une des tours de l'enceinte et tout présageait une attaque pour le lendemain (6). La nuit se passa du cdté des assiégés à réparer la brèche.

L'assaut prévu eut lieu. Il fut terrible. Malgré leurs efforts, les royaux eurent encore le dessous.

Le surlendemain, 12, seconde tentative, second insuccès. La lutte avait duré de 10 heures du matin à 6 heures du soir. Montgomery communiquait son ardeur à la population (7) : on

(1 ) Dëpôche préciléo de Chantonay .— Davila, 1. 1, p. 254.— Bè«e, 1. 1, p. 1 51.

(2) Robertct au duc de Nemours, 12 octobre (Autog.y B., N.| f. fr., 3200, fol. 428). — Caslelnau, /oc. cit,

(3) Davila. Bèze, loc. cit.

(4) Hèze, t. II, p. 7o2.

(5) Dépêches de Chantonay, 13 octobre (Mém. de Condéf t. II, p. 95), de Barbaro, 14 octobre (B. N., Dispacc/..., lilza 4, fol. 549-551). — Smith à Throckmorton, 17 octobre [Cale mi nr s.,,, 1562, n° 870). — Davila, t. I, p. 255. — Bèze, loc. ciL

(0) Lettre précitée de Hobertet du iO octobre. (7) Ibid,

vil dosfommes tuô(>s, |>Qit(laitt qu'oUos porliiont, sotisloK halk»». des munitions aux combaltants (1).

Lo I i, im hûraut d'armes vint sommor la villfi, Mais i! no put Uéeliir ce i|iie lo» asisiégoanU appeluionl i> l'opiniiVlreli^. dea rabtdlDHii. Monlffoinery promit oopomlant do Iransmeltre sus propositions aux éohevins et du donner Innr réponse à 4 beuros do laprirs-midi. Les royaux n'attendirent pas le terme Hxô. Outrés de tant d'audace, ils se rueront contre la brèctio nuvertn fe 10. Les assii'gés y avaibnt aeoumiilû des sacs de lerro et dus madriers, qui la bouchaient tant bien que mal. Le combat sa prolongea six grandes heures. Los assaillants prirent, perdirent, reprirent la porto Saint-Uilaire, qui Huit |iar leur rester. Leurs tués ou leurs blessés attei^'naient le nombre do 800. Les assiA^és avaient aussi été trfes éprouvés : iûO on fiOO des leurs, dnnt beaucoup de femmes, demeurèrent sur la place (2).

La canonnade recommença avec le jour. Vers midi, le roi il« Navarre, aussi brave soldat que triste politique, s'élant avancé uu pîod du rempart pour diriger le travail des sapeurs, qui se préparaient à l'attaquer à coups de mines, s'alTaissa tout h eoup. Une Lallo lui avait fracassé l'épaule. En le voyant toinlior, les catlinliques, exaspérés, s'élancèrent à l'escalade, sourds aux oria des rbofs qui s'elTorr;uient de les retenir. « Assaut I Assaut !>i eriaient-ils ; et, culbutés, décimés, ils revenaient h la cbarge, cliaquH fois plus furieux. Ce fut ainsi pendant trois heuros. Du mont Sainte-Catherine, la Cour contemplait l'i^monvaiit spectacle. Los défenseurs de Itouen ne reculaient pas. Au miliuu d'eux, se multipliant, apparaissant h tous les points menarés, Gabriel do Montgomery faisait des prodiges do valeur. Tout ce qui se présentait d portée di3 sa lonf^no épêe de cumbut roulait dan.'ï io fnssé, demi-comblé do cadavres. Kt, quand enlin Prançoi» de Guise parvint k faire écouler sa vois, quand il put ramener en arrière sos bataillons éclaircis. le comte, sublimo d'exaltation guerrière, lança son cheval sur le terre-plein, qnï

(I) Uépi'clie pn^citée de Ctianlonaj. — ttèze, loc. eil. |!t: Lottiv iirécilAe de Cliarlos IX k Sainl-Sulpice. — Davila, I. I, — ttist.i. II, p. 7.14.

obstruait intérieurement la porte Saint-Hilaire, et là, à la vue de tous, amis et ennemis, (it cabrer Tanimal et brandit à plusieurs reprises sa rapière sanglante, comme invulnérable dans un ouragan de mitraille. Cette terrible journée coûtait aux protestants 300 ou iOO hommes. Les pertes des royaux dépassaienl le chiffre de 1.500 morts. Deux drapeaux étaient les trophées de la victoire des Rouennais (i).

« Mauvaise conquête que de conquérir sur soi-même », disait souvent le Chancelier de L'Hospital,^ au grand courroux du duc de Guise, qui, de son côté, allait répétant : « Que Ton me donne carte blanche et dans vingt-quatre heures Rouen sera au Roi » (2). Catherine de Médicis avait une extrême déférence pour le Chancelier. Pour hésiter à accepter les propositions du duc de Guise, elle avait une autre raison , la plus sérieuse peutêtre à ses yeux : « De la ruine d'icelle ville , nous dit l'ambassa- » deur d*Espagne, la France entière recevroit un grand dom- » mage » (3).

Aussi, le même jour, 15 octobre, à peine le grondement du canon, le crépitement des arquebusades eurent- ils cessé qu'un héraut se présentait aux portes pour la troisième fois et exhortait les habitants à se soumettre. Montgomery assembla ses officiers et les notables de la ville. Il fut décidé qu'une suprême tentative d'accord serait faite. Deux bourgeois, Nicolas Lesire et Guillaume Hoquet, allèrent trouver Catherine de Médicis. Charles IX était auprès de sa mère. Les envoyés exposèrent à Leurs Majestés qu'ils avaient pris les armes, non contre leur souverain, mais contre les princes de Lorraine, usurpateurs de l'autorité royale, et dont tous les bons Français réclamaient Téloignement. Le jeune Roi répondit quelques mots de pure courtoisie ; puis,

(i) Dépôches de Chantonay, i6 octobre (Mém, de Condé^ l. II, p. 97). Barbaro, 18 ; de Montfort, ambassadeur de Savoie, à son maître (B. >'., IHspacd,.,, filza 4 bis, f° i50. (La Perrière, La Nftnnandie.^.y p. 27). — Smith à Cecil, 18 octobre î Kemys au môme, 20 (Forbes, t. U, p. 121-127). — Ormesby à Wadde, 21 [Cakndars..,, 1562, n«" 885). — Lettre précitée de Charles IX à Saint-Sulpice.

(2) Castelnau, loc. cit.

(3) Dépêche de ChanlOHnay, 17 octobre (Mém. dr CondK t. Il, p. 98). — Caitelnau, lo tii.

Calhenno, oiitranl dans lo vif de la question, di'clarii qu'pllr no souscrirait jamais Ji de semblables condilioas. Unu sauveg'ardu pour oux et leurs biens, le libre escrcîco du rulte réformé, voilà tout co qu'elle entendait leur accorder; encore y inlroduisait-ello «Ite réserve que les ministres seraient provisoirement éloignés. Et, commi' ils se récriaient :

o — Nons savons assez comme il faut vivre et vous viendriez bien tard pour nitus l'apprendre, répliqua-l-elle sëcliemant. Il vous doit suffire tl'obéir au Roy cl vivre eomme lui. Si par amour nu le voulez., nous avons les moyens d'en demeurer mallTAS, o

Les négociateurs conj^édiés sur cette brutale apostrophe, retournèrent h Kuueu. Ou les entoura. Leur récit fut accueilli pur des cris d'indignation. » l'IuiiH mourir que de se soumettre & la tyrannie de couk de Guise ! » (1)

Les pourparlers n'en continuèreut pas moins (2). « L'on se bat, •( l'on parlemente, l'on se courrouce, l'on se rapaise et pour n conclusion on perd beaucot;p de temps, » écrivait M, de Cbautonay, le représentant Espagnol (3). En réalitt^ il était dupe, eommp les assiégés, d'un stratagème de la cour. Les royaux prolitiTent de l'armistice pour détourner le cours de deu<c petites rivibres, le Robec ut l'.Xubelle, qui traversent Rouen et faisaient alors mouvoir ses moulins. Le 11) au matin, ce travail était terminé i,H. et les chefa calbotiques jugèrent le moment venu de coaper court aux négociations. A une adresse , où les itoueunais ■riïnnaieut respectueusement, mais fermement leur résolution de •■ maintenir les ministres, pour continuer le service île Dieu, SDUa l'ubt'-issauce du Roy » (*j). ils répondirent en faisaut sonner

(I) liaro,

(S) tinro,

tl7M.

ArUcl<^spropusi:sitltouen(C"'<.7id'i'-H..., IS&â, ir 8H:ij.— Uépëchedttllur- IS oclobre (B.^., Ùispoct-i, fllwl4,^•55■^el3i^.^).— Biae, l. II. p. 756-758. DAp^dius de niiuntonay. 17 (Mt'm. 'le Coiiii . I. Il, p. tm) et de Bur- 20 («..'>.. Dhyi'-ri.. . ftlwi t- 353). — Orniesby a CedI, 20; fi WaJp. CedI, 2:t [C'tic'i-lant.... 1362, ii"'88l. 890. UOt,. - Bt-xo. 1. II. p. 75U

Mpâchc da 22 [Méin. Jt Comi.', I. Il, p. 9«]. Btoe, l. Il, p. 760.

Béa; [t. Il, p. 7S<) analyse celte piâce duril le li le» Mtin. 'U Ctndi (1. IV. p. 45 et 46).

Tassaut. Toutefois ce fut en vain qu*ils essayèrent d'établir deux pièces de campagne sur la plate-forme du bastion Saint- Hilaire(l). « Geste canaille nous a longuement amuses et le » désir qu on a eu do les sauver a fait perdre bien du temps, n mandait le secrétaire d*Klat Robertot au duc de Nemours (2). » Nous avons beaucoup de capitaines et grande quantité de n gens blessés et je crois qu'il faudra encore combattre avant » que d y entrer. »

Le lendemain , Montgomory prit rofTensive. Il dirigea sur la chaussée Martainville 300 chevaux qui comblèrent les tranchées, dont elle était coupée, et, à la faveur de cette diversion, il fit réparer le flanc ouest de Tenceinte, ébranlé par plus de 2,000 boulets.

Les royaux recommencèrent à saper les courtines, qui joignaient la porto Saint-IIilairc. Le 25, ils mirent le feu à trois mines creusées pendant les dernières quarante-huit heures et tentèrent ensuite Tescalade par la faible brèche ouverte. Ils essuyèrent là leur septième échec (3).

Le moment était venu cependant où tant de vaillance allait devenir inutile. L'héroïque garnison était harassée, affamée, réduite de près de moitié. Pourtant, quand, le 26, au lever du soleil, lo duc de Guise, animant ses hommes de la voix et du geste, les lança contre le boulevard Saint-IIilaire, ils furent reçus par une telle bordée d'arquobusades qu'ils reculèrent en désordre. Ramenés au combat, ils furent de nouveau repoussés. Les femmes, les enfants, les blessés dos combats antérieurs concouraient à la résistance. Ceux qui n'avaient pas de mousquet roulaient des pierres sur la tête des assaillants. Ceux que leurs plaies retenaient sur le sol rechargeaient les armes des défenseurs actifs. Chacun s'utilisait dans la mesure de ses forces.

François de Guise ordonne la retraite do la première colonne

{\ ) Bèze, Inc. cit.

(2) Lettre du 21 octobre (Aulog., H.N., f. fr., 3200, fo 125).

{'.)) Nous ne comprenons pas dans ce nombre ceux qui avaient eu le raonl Sainte-Catherine pour objectif. — Dépêches de Gharïtonay, 22 (orig. espagnol, Arch. Nal., K. ^500. n" 10) et 28 \Mém. de OnvU, l/ll, p. î)9 et 100). — Davila, t. 1, p. 258. — Bèze, t. Il, p. 761.

iposéc <lo v6lérniis des vieillot h&ndot avancer lus Irmipo» du Itliiri grave. MaU où avait écbouél'élau des Français. <{iie potivaietil des Allemands ? I^a seconde colonne fui culbutée comme la prâoédento, comme elledi^mi-détniite,

Saudain une formidable explosiou retoutit. Une nouvelle mine vient d'éUriîir la briîcho, el la première coloniio catboliiiuu reformée, renforcée, furieuse d'avoir été repoiissée, s'élance à l'assaul. Elbr n'a plus devant oUe qu'un amas de murts, de iDOtirants. qu'un troupeau de fuyards. Les lion» sont devenus dos gaiolles. l'i'is de punique, ils se sauvent dans toutes I«b directions. Monturomery cherche on vuin à les rallier. Il ne parvient is. réunir qu'une poignée d'bommos avec lesquels il bal leulomout en retraite à travers la ville emplie de hurlomenla de rage ei de cris de désespoir.

Dans la fournaise était restée la famille du comte. Jusqu'ici ]e obof a tué le père, l'époux. A présent il ne lui est plus donné de veiller au salut dos siens. Il no peut songer qu'il les venger (1). Mais, les venger... comment ? Il faut s'échapper d'abord el l'iafanterie royale débouche de chaque rue, de chaque carrefour. . \ la léto de quelque braves, il fond sur les compagnies qui le cément, bouleverse leurs rangs et recule, toujours redoutable. Il attfiinleuDnia Seine. Trois heures sonnent: il combattait depuis le matin.

Il eaule, entouré de «es compagnons, diins une galiire amarrée an quai, garnie encore de sa chiourme enchaînée aux bancs lies rameurs. D'autres fugitifs envahissent les grosses hourquos dfl transport qui ont amené les derniers renforts, llourques et ^ère se liincenl dans le courant et dérivent rapidement au lil de l'eau (:i).

(I) En jiialiliunt le comte de sdii appnrc^nl A^oîtiinc, nous ne fnison.^ qu'expliquer suiviiiil In vraisemUance lu condiiile dont s'i-tonnuit un Angliiis. «'ikriiuit: " lin boinino de ce raiirage fuir, laissmit 'Iurrièrc lui sa femme et wtenfaulfl ! " (Vsughntià Cecil.vo». ci-dessuiisj.— Oni^tnil si loin de lui en fMre un repniche qun DiiVila, loujours prêt ;i nUnquer les proteslnnts sous nlmporle ijiipl pri-iexle, croît que Montgoriipry - lit premi^irmonl embnrquer ta fcnitiie et ses i^tirunU ■■.

(S) Source de ix dernier épisode de la déretise de Roiicn : D6p(che de

Les deux bords du fleuve fourmillent de détachements catholiques. La flottille devient une cible mouvante, sur laquelle converge le feu des couleuvrines et des arquebuses. Elle arrive pourtant sans trop de peine en vue de Caudebec. En cet endroit, on le sait, la Seine est coupée {)ar une solide estacade. Mais le comte ne Ta pas oublié, et ses instructions sont données. Son équipage de forçats est intéressé au salut commun : la liberté lui est promise, si Ton atteint le Havre... On va toucher la barre. Brusquement passagers et matelots refluent vers la poupe. Le léger navire se dresse, comme pour prendre son élan. Au même instant tous, d'un bond, se portent à Tavant, qui plonge dans Tonde écumante... La galère a sauté Tobstacle.

Et les royaux embusqués sur les rives ont à peine eu le temps de voir que les hourques arrivent à leur tour sur le barrage, le rompent et... passent. Des cris de rage, des décharges de mousqueterie saluent cette hardie manœuvre, tandis que la flottille, triomphante, disparait à un tournant du fleuve (i).

Chantonay, 26 octobre {Mém. de Condé^ t. 11, p. 100). — Vaughan à Gecil, 28 (Forbes, t. II, p. 143-145).— Throckmorton à Elisabeth, 30 [Calendars.,., 1562, n*» 932). — Warwick à la mt>me, 30; le conseil de défense du Ha\Te au conseil privé d'Angleterre, 30 (Forbes, t. Il, p. 159, 162). — Dépêche de Barbaro, 28 (B. N., D*sj)mW..., filza 4, r>" 561 et 562 ; filza 4 bis, r>« 154 et 155). — Charles L\ au duc de Savoie, 30 (La Ferrière, La Normandie,.,, p. 32). — Récit onicicl de la prise de Rouen au parlement de Paris (Mthn. de Condéj t. II, p. 50 et 51). — La Noue, Discours poliUques et milittûres^ éd. de 1587, p. 588. — Davila, t. 1, p. 258 et 259. — Castelnau, loc, cil. — Bèze, t. Il, p. 762-763.

(1) Castelnau, loc. cit. — Aubigné, Hist. univ., 1'* partie, liv. III, ch. X.— Brantôme, éd. Lalanne, t. IV, p. 359.

Le inrlendemain de la prise de Rouen, la cour y tit son entrée Iriomphalo . Informé dus premiers i|ue M"" de Montgomery était du nombre dos prisonniers, le connétable de Montmoroncy se la fit amener.

H — Madame, lui dit-il d'un Ion bieiiveillaiil. votre époux est bien coupable envers le Roi et tous les lidêles sujets de Sa Ma- )esté sont profondément attristés de sa conduite. Quant à vous. Vous n'avez rien à craindre et je tenais à voua le dire. Demain DD vous portera en votre logis les volontés de la Reine. Veuillez les yattendre avec conHance (Ij. n

Qu'allait décider Catherine ? Allait-elle reporter sur la femme Jinocente l'implacable haine, iju'elle avait vouée au meurtrier le Henri H? Liviée à elle-même, elle n'eût certes pas hésité. Uais nn irrésistible courant d'opinion s'était déclaré en faveur ie la noble femme: on a pu en juger par l'accueil de Montaurency, " ce rude rabroueur ». La Keino-mère dut ordonner la mise en liberté de la comtesse. Le soir même, elle partait pour le Havre, que les protestants avaient livré aux Anglais, le 20 du mois précédent, pour prix de leur alliance.

Montgomery y était arrivé le 27 octobre. Le lendemain, Bricjueniaul lui amenait dWngleterre quelques centaines de gens de pied. C'était bien peu pour enrayer ta marche des royaux qui, proBtant de la terreur répandue au loin par leur victoire,

il) Sir John Young à Cccil. i n

mbre (Caieflarf.. ... 1562, n" »tfy).

— 4fl —

l.iM/iMrit ili'î^ proj/HîH rrion;if;.'intH 1 . reiit-«'»tre. resté libre Je ses irMiir.i'riH'rilK. v fnt-il |i;irvf:inj ('e|M?ndîinl. .Mais à présent il lui liilliiil I iiiiiptiT ;ivi*r. Iifs iiHlt'risions du conseil de défense du lldvH', .ivre li'H HijsrrplihilitrK locales. Kii huit jours, Dieppe, .Miinlivilli«TH, llonllrnr fiiriMit occupas par les royaux sans la iiiiiiimIii« iTHislaiicc (2).

AliiiM Ir niiiilo iTéMil plus qiruuo pensée: rejoindre le prince lin r.iiihlr. iin'iiii tlisjiil sur Ir point do quitter Orléans et de venir liMiir lu ninip.i^no dans W. sud dt* ia province (3). Il pria le comte ili» NNaiwirK. |;tMiV(M*iiiMr du Havre pour la reine d'Angleterre, d(« lan-n ai'.iiMM' à sa souveraine rhonima£;:e de la galère sur la<|iii«lln il s*«Mait i^rhap;»^ d<* Konen. » comme venant, disait-il, d(Mpi(«l«|iruu «pii d<uiui*rait volontiers sa vie pour le service de Sa M.ijoHte. •« \^V u (Vt»sl un l>»»au présent, écrivait W'arwick eu - N\iri|iiil(ati( titi iuossa4;e,el ili^ne d'un urand remerciement» (3). I.e doualeur m jugeait lûen ainsi. 11 espérait que ce sacrifice lui \audraU de*^ «erours sérieux. r«'soIu d'ailleurs, le moment venu, ;\ le* ail or ïtollirtlor en personne.

K o ^\\^'\\ li^nor.itl. i*'e>l que ses pn'fcjels cadraient avec les vues ilu sx'uxoi'.îomumU î»rit;uu\ii]uo. Le conseil privé d'Anstletenre \ «v .; •; .i \\:\ i .V n\.;u\.ii^ kv\\ ! Afîluenoe des calvinistes au lla\Te. lo I î;.M.'.n:î^\ i! m,uv:-^'*îAi: son inlrniion d'appeler à I ^' ,' x*> ..*x • .■,v.';;:\ : î" ...•.* >.'»;:> io;:lî^ur d'avoir à conférer ..\;\ .*;;\ x. • x ,*i:.x:^ < ; ;;v. r'.ÀV.xV ^A:».:a':e pour «la ^N-^.ix, »* W ^ v\ S -: ,\f ,.'.. .;tN ir,i * \I*;:iîfv>mery qu'il ne '.* >.« . x.-.,. x> x • vs. . . .. :"..;:. r ^::-* ir>ur»e*. De lài -x .. . < V .vv. ^ :v.' . • >. '"^ TV s.^r. rr>>:of avc<ii. il n'y

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uvail qil'UH (las. Le comte com]jrit à demi-mol et partit sur l'heure. Le 1!), il di-htirqunit A Londres.

Mais la cotir de Whitc-Hull élnii le terrain classique doB atermoietni^nts. A Pnris, on croyait Moiitgomery depuis quelque lemps déjà un Bussc->iormaiidie,h la (L-ludcrorcus imposantes (1 ), qu'il était toujours jtar ie\h \s détroit, s'égarunt dans Ii^s scntiorn de cette tortueu»(^ diplomatie dont les détours ne lui étnii^ni pas encore famllinr» (2). Il revint enfin au Havre vers lo 10 dérenibre (3), pluiii d'espoir ; on l'avait Comhlé... di; niar<]ues du sympathie et do belles prumosaes, dont 11 devait longtemps attendre la rêalisatiou.

Un événement impr»'vu allait modilier ses projiHs.

Ou a parfois appelé Dii-ppe : la petite Hoc/iel/e. Une situation Eembtabifl sur le bord do la mer, un égal penchant de la population vers les doctrines réformées ont anlorisé ce rapprochement. On aurait pu tenir compte d'un troisième rapport entre les deus cilé». savoir dans l'une et dans l'autre une égale soif d'autonomie communale. La Hocbellc recevait avec des acclamations le» princes prûteslanls, quand ils se présentaient fugitifs ol dépouilttis, »l kiir furmait ses portes, d&s qu'ils avaient acquis un commencement de puissance (i). De même les Dieppois, qui s'étaient repentis, k l'entrée des rojaus, de n'avoir pas invoqué t'appu! de Montgomery, n'enrent rien de plus pressé, quand des pratiques, ourdies — h leur insu — par le comte, les on eurent délivrés que de chercher k obtenir à prix d'argent l'éloignement de leurs libérateurs.

(IJ Smitti a Throckmorton, 2 docotnbrefCn/endar-i.... 1582, n' 1176).

[î) Cecil "^criviiit di's \e 17 iiovembri!, qiill avait L>ipos6 le but de son njige [IfUrc 11 Smilh dans Wright, l- 1, p. 104).

(3) Sir IIii);li Coulet h C^cil. lu di5combre. annonçant iju'll va partir pour Porlsmouth nxei: Ie comte iC'ilchdars,.., IS62,n° 1^9(1). Ct. ce passage d<^ la ChHHMu df IHontuomerj/, i' couplai :

8aUH fairn \oag *^oiir, Sur la iLi'.'r firls mau i>rra.

Me iIodhii du «ecourt 1a roino d'Au^Ietorr».

ju illustre ;iutcur : Mgr lo duc H«).

It) Nou» TuxUlUons cittle ubserv.it Ion ù i â'Aïunalo {Httl. in princea de Condé, t. Il, p

Uontgomery craignit que ces tiraillements n'entrainftssent la perte d'une place inespérément revenue aux protestants. Quoique contrarié de quitter le Havre au moment où sa présence y était le plus nécessaire pour vaincre Tapathie de Warwick, il courut occuper Dieppe avec trois ou quatre cents réfugiés Français.

Apeine dansla ville, il reçut de l'amiral une terrible nouvelle(l), les troupes huguenotes avaient été complètement battues dans les plaines de Dreux; Condé avait été pris, chargeant à la tète de sa cavalerie avec la bravoure héréditaire de sa race ! — Montgomery convoqua sur-le-champ les notables à Thôtel-deville. Il leur communiqua la dépêche de Coligny dont les termes étaient soigneusement calculés pour ne pas les laisser aller au découragement. Il leur remontra que Téchec subi était aisément réparable^ que la captivité de Monsieur le Prince était compensée dans les rangs opposés par celle du connétable et par la mort du maréchal Saint-André qui détruisaient sans retour Tancien triumvirat, cause des troubles présents. Les Dieppois récoulaient impassibles : et, quand le comte, d'un ton ému, fit appel à leur confiance, ils répondirent froidement qu'ils en délibéreraient.

En présence d'une pareille attitude, Montgomery comprit que l'heure des ménagements était passée. Il mit d'autorité Dieppe en état de siège et décréta la levée de 15.000 livres sur l'habitant pour l'entretien des troupes et des fortifications (2).

Mais désormais il ne pouvait plus songer à rejoindre l'amiral.

(i) Lettre datée du 28 décembre et imprimée par le comte de La Perrière dans Le XVI^ sirde et les Valois, iii-8% 1878, p. 93. — Montgomery dut plutôt connaître les détails de la bataille de Dreux par le porteur delà dépèche, auquel Tamiral déclarait s'en remettre « pour ce rapport », comme cela arrivait 1res fréquemment alors, que par la dépêche elle-même où, suivant la tradition constante des belligérants de toutes les époques, les pertes des catholiques étaient très exagérées, celles des protestants diminuées à proportion. — Le bref apenu que nous donnons de la journée du 19 décembre est résumé d'après ce long et magistral récit qu'en a fait Mgr le duc d*Aumale [Hist. des princes de Condé, l. 1, p. 189-210).

(2) Bcze, t. IL p. 82;i. - Il place cette scène le 29 décembre; mais les explications qu'il met dans la bouche de Montgomery concordent trop bien avec les instructions de lamiral (contenues dans sa lettre précitée du 28) pour que nous ne croyions pas devoir la reculer de quelques jours.

'ont au plus poiirrait-il so mainleuir dans Dieppe avec sa faililn

roupe. Et, celle-ci, encore faudrail-il lu payer. Or, avec le

rodait de TimpiM frappé sur la ville, joint aux somme? trouvées

ans la caisse des collecteurs royaux (1), il se pourrait mnme

las acquitter l'arFiéré de sa solde (2).

Dans celte détresse, il écrivait h W'arwick le 3 janvier : '■ Je

vous supplie d'cQvoyer ici ciuq de vos enseignes pour ce que

ce lieu est de grand garde et dépense et que nnus ii'au-

rîoQs que inconvénients d'une place de si grande importance,

vous promettant sur mon honneur que je vivrai et mourrai

uvtic eus ; encore un coup, je vous supplie les faire partir eo

toute diligence -. (3).

Coftendant l'occupation de Dieppe a rappelé sur lui rattontion ,es royaux (i). Ne pouvant rien contre lui par la force, ils eurent ecours à la Iraliison. Le vicomte de Marligues fit promettre le oHier Saint-Mir.bcl et une compagnie des ordonnances â M. de isMotte-Tibcrgeau, l'un des anciens lieutenants du comte s'il lui livrait. £n ce triste temps, de si hautes récompenses lyaïent souvent des services de cette nature (u) ! Mais, à cette TOposition déshonorante. Tilicrgeau s'indifina. Il — Dieu ne m'a pas assfiz oublié pour me cioire capable d'un îl crime ! •> rôp!iqua-t-il (6).

Déçus dans letlr attente, les royaux ne reuoncferent pas il leurs ertldes manœuvres. Instruit des dispositions hostiles des lieppoia à l'égard de leur gouverneur, le Rbîngrave leur soumit t leur fit adopter la combinaison suivante : il obtiendrait du lOQtgomery une entrevue en dehors de l'enceinte, et, quand ce

(1] B£ze, loe. cit.

(X) Monlgomcr]à Warwick, 2jiinv. 1^63 i Lu ri^rrién', LaA"rmanri^c...,p. 46).

p) Ibid, p. 4-:.

(4) Oépechi- dr> Chaiilon;iï, ft janvier (*r^. d-- ConrU. t. Il, p. 122).

(5) Pour n'iin i-iler qu'un exemple, Uaureverl, le Tulur assassin do Coiignj, t^t ain.si le collier de Saiul-Hldit^I pouravoîr In6 son bienfuiteur. le brave ellou;. Le brevet de ce misérable, dulil' du 10 octobre I5U9 et signe de U l^n do Charles IX. a élc impr. par U. le comlc Jules Uclaborde dont Iwporii fU Colignj/, amiral de Pratieg, 3 vol. l87'J-83, in-8". l. lit, p. 161.

(6) Lettre de La Hotle-Tibergeau du 6 janvier sans iiidiculion de ' (fJolimdars,.., 1563, a' 42).

dernier serait sorti de la ville poar se rendre an lieu désigné, des cavaliers cachés l'envelopperaient et le feraient prisonnier.

U tomba dans son propre piège. U y avait trop de protestations d'amitié dans la lettre qu'il écrivit à Montgomery (1). Celui-ci se tint sur ses gardes et une enquête lui fit découvrir la vérité. Furieux de leur déconvenue Jes habitants essayèrent d*une émeute. Elle fut aisément réprimée (2;. Mais le gouverneur en prit prétexte pour reprendre ses démarches auprès de Warwick. Lui racontant ce qui venait de se passer: <« EnvQvez-moi les cinq enseignes » que je vous ai demandées, poursuivait-il. Je sais cejourd'hui ** que nos ennemis s'attendent à vous couper les vivres, tenant »> cette ville de Dieppe, et armer grand nombre de Ralères et de » vaisseaux pour garder le chef de Caux, sans compter ce >» qu'ib mettent sur la Seine. Ils sont le plus fâchés qu^il est » possible d*avoir perdu cette place, qui est le moyen de tenir u tout le pays de Caux et beaucoup de Picardie en sujétion (3). »

Lie conseil de défense du Havre était si intéressé au maintien de Dieppe entre les mains des protestants qu'il se décida enfin à envoyer à Montgomery cent cinquante gens de pied et cinq cents écus, — u beaucoup moins qu'il ne demande » (lui-même le constate), « mais on ne pourroit faire plus sans inconvénient » (il.

De fait, la situation des Anglais au Havre était mauvaise. Leur despotisme, leurs exactions avaient exaspéré la population. Au commencement de janvier, y éclata une conspiration ayant pour but de rendre la ville à la France. Mal conduite, elle fat découverte, et, des quatre courageux citoyens qui l'avaient organisée, un fut condamné à mort, un autre à la torture. Montgomer>' protesta contre cette sentence ; il dénia aux Anglais le droit de statuer dans un cas aussi grave sans en référer au prince

. 1^ Lettre du 3 janvier (i.a Ferrière, I«i Sormafkii>\ . ., p. 47). i^ Môutconier) à Warwick, 4 jan\ior IbUL^ p. 4^^ — Dépêche de Chaolouay, 14 Mtm. •)-: C-nd':. p. \H\ (3' Lettre preeité»* du 4.

4 Le conseil do défense du Havre au conseil privé d'Angleterre, 3 et ô jamier ,Forbes,l. 11, p. 201 el2l.ô,.— Cecil àSmilh, U.Wiight, tUp.iaO)-

de Gondé ou à son représentant, l'amiral (1). Il est juste de rendre hommage en passant à cette intervention patriotique.

Le moment, on le voit, était mal choisi pour demander des renforts. Cependant il ne cesse d'en réclamer tant pour lui que pour l'amiral. Il aurait voulu qu'Elisabeth ordonnât à Warwick d'attaquer Honfleur dont la possession devait favoriser la jonction de ses troupes avec celles de Goligny, jonction qu'il ne perdait pas de vue (2).

Efforts inutiles !

En vain invoque-t-il derechef le danger que court le Havre, si Dieppe n'est mis à l'abri d'un coup de main. En vain La Haye, Bricquemaut et le vidame de Chartres, qui jouissent d'un grand crédit auprès d'Elisabeth, prêtent-ils leur appui à ses requêtes réitérées (3). Rien ne peut secouer son inertie, rien, pas même les avis de son ambassadeur en France, sir Thomas Smith, qui lui marque la nécessité de procurer de l'argent et de confier deux mille hommes à son utile auxiliaire de Dieppe (4). Le comte est à bout de patience. « Pour la réputation de vostre na- )) tion, écrit-il à lord Burghley, son premier ministre (5), mieux » voudrait n'avoir jamais envoyé gens par deçà, si vous ne » faites autre chose que garderune ville. »

Il leur donnait pourtant le bon exemple. Le 23 janvier, il attaque Arques et taille en pièces une partie de sa garnison qui s'est portée en avant ; par malheur, le défaut d'artillerie l'empêcbe de poursuivre son avantage. Il s'empare ensuite du château de Honchaux (6), appartenant au duc de Nevers, après un sanglant combat. En revenant sur Dieppe, il rencontre une enseigne catholique, la culbute et lui prend son étendard (7). Et comme,

(1) Lettre du 8 (La Ferrière, La Normandie, . ., p. 50).

(2) Lettres à Elisabeth et à Gecil, 9 janvier ; à Leicester et à Gecil, i3 ; à Qisabelhetà Gecil, i6 (Ibid., p. 55-61).

(3) Lettre collective de ces trois personnages, i \ janvier (Forbes, t. II, p. 274).

(4) Mémoire par lui adressé à Elisabeth, 25 janvier {Ibid,, p. 310).

(5) Lettre précitée du 16.

(6) Monchaux-Soreng, auj. commune du canton de Blangy, arr. de Neufchâtel-en-Braye (Seine-Inférieure).

(7) Montgomery à Leicester, 24 janvier; à Warwick, 25; à Leicester, 29 (La Ferrière, La Normandie, . . , p.

rentré dans la \ille, on lui apprend que la reine Elisabeth a prescrit de placer un détachement à mi-distance du Havre pour protéger sa fuite en cas de besoin : « Remerciez Sa Majeslé » pour moi, écrit-il à lord Burghiey ; mais je ne prendrai pas ce » chemin là et mourrai plutôt que de laisser les ennemis s'intro- » duire où je suis (1).

Ce n'était qu'un répit à ses tribulations. Dès le lendemain ses troupes ^les deux bataillons venus du Ha>Te avec lui, les deux bandes anglaises du cjipitainc Ilorsey, si péniblement obtenues naguère et deux autres composées de vagabonds ramassés çii et là réclamaient à grands cris leur solde. Sa caisse était vide! Le voilà de nouveau contraint à mendier, la rougeur au firent : « Si j'avois quelque moyen de moi ou de mon bien, je le » voudrois volontairement employer en cette cause. Hais, en » étant du tout dénué, je vous supplie dV avoir égard et persua- » der tellement Sa Majesté de nous secourir que, faute d'y pour- )> voir, il n'en puisse advenir mal (2). » Dans cette extrémité, il écrivit aussi à la reine d'Angleterre (3). Il ne s'en tint pas là: le surlendemain, il faisait partir pour Londres le capitaine Ilorsey. Ce dernier avait été le témoin constant de ses préoccupations. Nul ne saurait mieux en rendre compte à la souveraine (4) .

Il lui fallait maintenant attendre la réponse d'Elisabeth. Pour faire prendre patience aux siens, il organisa une seconde expédition, qui ne fut pas moins heureuse que la première (5). Son retour à Dieppe fut suivi de près par l'arrivée d'une lettre de l'amiral, lui donnant rendez-vous à Caon qu'il venait d'attein-

(1) Lettre du 26 {Ibid.. p. 67).

(2) Lettre à L'eicesler, 30 janvier (///<'/., p. 70). — Les Anglais ayant es- .siiyé d'augmenter sounioisemciil du tiers le montant de leurs débours an prolit du comte, celui-ci se vit obligé de protester et réUiblit le chiffre réel de deux mille écus (Lettre pn-citée). L'emur était si flagrante et si considérable à la fois que Warwick n'osa pas m<^me discuter la rectification (Wjtf- Avick à Cecil et Leicesler ; Calcwlars., ., iî)63, n** 317).

(3) Cette lettre est du 3 février; autre à Cecil, même sens et môme date (La Ferrière, op, rit., p. IW .

(4) Montgomery à Warwick, 31 janvier, et à Elisabeth (lettre de créance KMiiise à Horsey), 5 février (Ihi.i.y p. 71 et 7o).

(:.) i< Au comté d'Eu ». — Bèze, i^c. cit.

dre (1). Désormais, la mission d'Horsey le retenait seul dan» ce poste malencontreux, oti il n'avait recueilli que déboires pour prix de ses peines. Horsey le rejoignit enfin. Il était porteur d'une missive amicale d'Elisabeth. Elle lui exprimait ses regrets de ne pouvoir lui envoyer qu'une fraction des 10 à 12.000 écus qu'il demandait (2) : « Ayez égard, — c'étaient ses propres » expressions — à la grandeur delà somme qu'il nous faut dépar- » tir à l'amiral (3), »

Aucune excuse ne pouvait être plus agréable au comte, qui ne pensa plus qu'aux apprêts du départ. Afin de ménager l'amour-propre anglais, il remit ses pouvoirs à Horsey, lui nomma pour lieutenant M. de Presles, auquel il confiait ses bataillons français, moins quatre cents arquebusiers d'élite, et s'embarqua (4).

S'il prenait la route de mer, c'est qu'il redoutait par terre une embuscade qui aurait retardé sa marche. C'était tomber de Charybde en Scylla. Par le travers de Fécamp, demeuré aux catholiques, trois chaloupes lui appuyèrent la chasse. Une escarmouche très vive s'engagea. Deux des barques rentrèrent dans leurs eaux fort maltraitées. Quant à la troisième, la capitane, elle fut capturée par l'équipage de Montgomery (5).

Celui-ci ne s'arrêta au Havre que quelques heures. U aurait désiré conserver le commandement d'une cornette écossaise récemment venue à Dieppe (6) ; mais les commissaires anglais s'y opposèrent et il dut se contenter d'amener au camp de l'amiral

H) L'avant-garde protestante y était entrée sans coup férir le i4, le gros de Tarmée le 15 {Bourgueville de Bras, Antiq. de la Neustrie, 2® partie, p. 272).

Cf. : Middlemore à Cecil, 20 février : » On pense que M. de Montgomery sera bientôt ici » {Calendars . . , y 1563, n^ 333).

(2) Lettre du 14 février (La Perrière, La Normandie. . ., p. 75).

(3) Note remise à Horsey par la reine pour Montgomery (Ibid,, p. 74).

(4) Horsey à Cecil, 2 mars (Calendars,,,, 1563, n° 387).

(o) Le conseil de défense du Havre au conseil privé d'Angleterre (Forbes, L II, p. 338). — Trocicmorton et Vaughan à Cecil, 26 (Ca^endars..,, 1563, n'* 359 et 360).

(6) Sainte-Marie à Elisabeth, sans date et fautivement datée d'octobre 1562, (Calendar8)j 1562, n° 726).

les quatre cents hommes qui Tavaient accompagné dans sa traversée (i).

L'arrivée de Gaspard de Coligny en Basse-Normandie y avait rétabli les afîaires du parti huguenot. Au bruit de son approche, Matignon s'était replié sur Cherbourg (2). En même temps, Louis de Mouy reprenait Ilonfleur (3). Le château de Caen résistait encore, mais ne pouvait tarder à succomber à son tour. En effet, le 15 février, démoralisé à la nouvelle que le duc de Guise son frère vient de tomber sous la balle d'un meurtrier, le marquis d'Ëlbeuf, chef des assiégés, capitule entre les mains de Famiral (4).

La chute de cette forteresse fut le signal d'une série de succès pour les réformés. Le 5 mars, Colombières enlève Bayeux. Saisie d'épouvante, la garnison de Saint-Lô se réfugie à Cherbourg. Aussitôt averti, Coligny appelle Montgomery et lui commande d'aller occuper la ville abandonnée, et do reconquérir ensuite l'Avranchin et le Bocage (3).

Cette mission était le juste dédommagement des calomnies dont il était l'objet. Persévérant dans leur haine aveugle, les Dieppois n'avaient pas plus tôt vu s'éloigner leur protecteur forcé, qu'il s'étaient mis à dresser contre lui un véritable réquisitoire (6) : Non content de les écraser d'impôts^ il s'était complu, disaientrils, à favoriser les « pilleries, extorsions et meurtres » de ses soldats. Puis, n'avait-il pas, pour comble d'impudence, empli ses coffres personnels de quarante mille livres d'espèces sonnantes, fait fabriquer un buffet d'argent massif et une magnifique chaîne d'orfèvrerie de douze cents ducats ; — tout cela du produit de ses rapines, « ce qu'il appelait sa gtierrel »

Telle est la puissance de la calomnie, que Théodore de Bèze

(1) Middlcmore à Cecil, 1" mars [Calendars.,,, 1563, n» 580). — Sur la confiance qu'inspire son arrivée, voy. : Bèzo aux ministres de Zurich, là mai (OprraCalvini^ t. XX, col. 2).

('2) Bèze, t. II, p H7.

(',]) Castelnau, M fumoir en, liv. IV, chap. viii,

(i) Middlemore à Cecil, 3 mars [Calcnftars,.,, i563, n» 397).

(îi) Rèze, lor. cit,

(6) Impr. in extenso dans Bèze, t. II, p. 825.

eàiacutpahilité(luMontgomery(1]. Eh bien! la j tiHcation de l'accasé, nous lu chercherons dans la seule conduite do lamiral à son égard. Coligny élait do ces nalures droilos, loyales, qui ne savent pas feindre, quoi qu'il pûl résulter de leur franchise. Dana quelques jours, lorsqu^îl aura h se di^fendrc de 8itpr6tonduo complicité dans l'assansinat du duc de Guise :

■' — No pensez que ce que je dis soit pour regret de la mort duditsoigneur, s'écriera-t-il; car j'estime que c'est le plus grand bien qui pouvoit advenir h ce royaume, à l'église de Dieu, particuliërcmcnt à moi et à ma maison (2). »

Paroles qu'on recueillera comme un aveu, quand elles étaient ie cri do l'innocence. Un peu plus tard, il ne craindra pas de censurer durement le prince do Coudé, qu'il s'agisse d'un scandale de l'homme privé (3) on d'une faiblesse du chef de parti (l). Or, pout-OD admettre que celui qui montrait une si Gëre attitude eu face d'une reine, en face du premier priuce du sang, se serait abaissé h ménager un simple gentilhomme, un simple capitaine, BU point de lui confier un nouveau mandat, alors qu'il était sous le coup d'imputations entachant l'honneur, s'il eût cru celles-ci fondées?

Ainsi réhabilité, Monlgomery, à la tète de six cents chevaux que suivent à distance plusieurs enseignes franijaises et un dét»cbemenl de pionniers anglais, part pour Saint-Ld. II y laisse le sieur de Sainte-Marie des Agneaux, court a AvTanches, qui ouvre ses portos, " combien que les habitautsjusques alors ei^ssenl ienu [>our la religion romaine •>, en confie la garde à la compagnie du capitaine Viellcourches et fond sur Vire. " Là, peu de temps auparavant, raconte Théodore de Bize, avoit été envoyé le sieur de la Neufville, lequel, ayant fait vuider de la ville tous les suspects de la religion, se résolut à tenir bon contre Moutgomery.

(1) Loc. dt.

(â)Colignf à In Relnc-m6ro. mars I3S3 (dans Dolaborde, Cnligny, t. II, p. M2-il34).

(3) VojTGit l'arl. consa^rt^ à [siibellc da Limeuil dans Trou Amnnrnii.ff au JVP siiete, Ha comte FI. de U Ferrù^re, 1883, 111-8".

(*) A propos de I» sigoature de* paix d'AmboUe et de Longjiimeau (Duc tfAimmlc. Hiêl. <ktpr. dr CoivU, t. I, p. 227 et 332).

L'escalade étant donnée avec une grande furie, tandis que les défendants s*amusoient au côté qu'on sapoit, la ville fut emportée, sans trouver grande résistance, sur les onze heures du soir, heure propice à couvrir toutes les cruautés. Mais Montgomery fit sur rheure défenses expresses de tuer homme ni femme (1) ».

Le surlendemain, dans la matinée, une estafette apporta au comte un message de Tamiral, hii prescrivant de revenir à Caen sans retard. En conséquence, laissant à Vire cent hommes, il reprit au galop le chemin du chef-lieu de la province (2).

Coligny l'attendait avec impatience. La veille au soir, une dépèche de Condé lui avait annoncé la signature d'une trêve entre les protestants et les catholiques. De longue date, il avait choisi le comte de Montgomery pour lui succéder comme défenseur de « la cause » quand il quitterait la Basse-Normandie (3). Il lui donna ses instructions et avec sa cavalerie retourna vers Orléans (4).

(1) Bèze, loc, cit. — Cf. pour la prise de Vire un « extrait du petit livre mv nuBcrit de chez nous », qui figure parmi les pièces justificatives des Origines et antiquités de Vire (Ms. original, sans nom d'auteur avec le permis dlmprimerde i704; R. N., fr. franc., 2o246), et qui corrobore et complète celle de Bèze. — Cf. encore le 9* couplet de la Chanson 'le Montgomery,

(2) Bèze, loc. cit,

(3) Lettre précitée de Middiemore, 3 mars.

(4) Castelnau, loc, cit.

Au début de la guerre civile, les râformés avaîoEl Irop éprouvé la mauvaise foi de leurs adversaires pour coiisenlir h poser les armes, avant qu'une sanctiou orficiellp confiripfkt les préliminaires du 8 mars. La lutte continua Jonc dans toutes les provinces. En Basse-Normandie, Montgomery la menait avec ardeur, quoiiju'avec assez peu de succès. Deux tentatives sur Pontorson et la Moût Saint Michel échouèrent. {I ne réussit qu'à ravitailler Avrancbcs, retombé récemment au pouvoir des réformés. Aussi bien, dans sa pensée, celle expédition n'était-elle qu'une diversion. A peine de retour h Caen, il se prépara à attaquer Cherbourg, refuge de Matignon. Sur ces entrefaites n survint le

) paquet de la paix qui rompit tout •> [i).

I II se montra tout d'ahord peu soucieux de remettre l'épêe au fourreau (2). Le comte de Warwick s"effori;a perfidement de l'entretenir dans ces dispositions (3) ; elles promettaient en effet k l'Angleterre un allié utile au moment où Catherine de Médicis Itûssait pressentir de prochaines revendications au sujet du Havre (4). Bientôt pourtant le comte ahandonna toute idée de

(i) Qourgiieville de Rrns. op. cit., p. 27j.

(2) L'ordrii lui en viiK de l'amiral et du prince de Condi^ le 11 avrù, jour de Mqaes, — non le landcniaiu coinmc le prt^teiid (loc. cit.) Itourguetille d«Bnts— (tlorsey i Cccil, <â avril; Calmilart... I3G3, n° GIS). — Sur wn Il^Ulion Jioiiiïir:(n"OI7, Cf. /61W.): Middlemore it Otcil. 14 avril,

13) Warwick ii l^iccstcr clCecil, 14 et 21 airil(rorbes,t.H.p.388et 393).

[41 Note du temps, ncconipagnanl la lettre de CondA ù ËliMil)etli, lui atinonit^Mlla >igiiiiliire de In pni\ timpr. dans I.n Verrière, Lr \vi' it^.le..., p. 1i)B),

résistance. « Ainsi que j'achovois de signer la présente, mandait » la Reine-mère le 19 avril (i), j'ai eu nouvelles de Caen que » ceux dé dedans la ville, et Montgomery qui est dedans le )>* chasteau, ont accordé de remettre ville et chasteau es mains » de cellui qui a esté député pour les recevoir ».

Néanmoins un doute était resté dans Tesprit de Catherine : « Je serois bien aise, écrit-elle à Matignon au mois de mai soi- » vaut (2), de savoir le déportement dudit comte depuis qu*il s'est V retiré en sa maison ».

Si Montgomery avait désarmé, il n*en était pas de même de ses lieutenants, Sainte-Marie-des-Agneaux et Colombières (3). Aussitôt avertie de leurs menées, Catherine envoya au bailli d'Alençon Tordre d'arrêter l'innocent et les coupables (4). Mais do grands événements allaient empêcher cet ordre d'être suivi d'exécution, événements qui nous obligent à retourner de quelques semaines en arrière.

Le 30 avril, Catherine de Médicis, en faisant part à Elisabeth de la signature de la paix, lui rappelait la récente proclamation dans laquelle elle avait formellement déclaré n'envoyer des troupes en Normandie que pour sauvegarder les intérêts du Roi mineur, compromis par les violences de la maison de Guise, et l'invitait, maintenant que les troubles étaient apaisés, à restituer le Havre. La rusée Florentine ne s'abusait nullement sur la valeur de ces protestations hypocrites. Mais, pour ravoir par la force ce qu^on n'aurait pas accordé à ses justes réclamations, il fallait un refus, et il ne se fit pas attendre. Elisabeth répondit qu'elle ne se dessaisirait du Havre qu'en échange de Calais. — Dix semaines plus tard, la reprise du Havre, à laquelle catho-

(i) Lettre à M. de GonnoTi (Lettre de Catherine, t. lï, p. 17).

(2) Le 13 (Ibid.y p. Xi).

(3) Lettre du marc^chal do Brîssac à la Roine-mère, s. d. mais citée et précisée dans une autre du môme à la même du 27 mai, impr. dans La Fcrrière, La Normandie.,., p. lîiO).

(4) Il est daté du 26 mai et analysé an f« 22 v*» du ms. 17832 du f. français àLi Bibliothèque iNalionale, intitulé : Instruction des nmfjassadeurs et autres piOccs d'état (i563-i:i78). — Cf.: Rabodanges, bailli d'Alençon, à la Roinemère, accusant réception de cet ordre, 9 juin (dans Gaillère, Hist. du mareschat de Matignon; Paris, 1661, in-f°; p. 69).

tiques et protestants s'aasociërent aux cris de « ViveFrftnw » arrachait à jamais de notre sol lo drapeau HritanDiqne (1).

Par SCS habiles temporisations, par son adresse à faire vibrer cfaes tous la fibre patriotique, la Reino-mfero pouvait reven- (]ii]uer la meilleure part de la victoire nationale qni venait de redorer les llpiirs do lis. A cette heure de an vie, elle avait bien mérité de la France ! Malhourcuseraetit pour sa gloire, nous la voyons vite oublier au profit de mesquines rancunes de femme ses nobles pn-occupations de politique consommée.

Le 17 août, la majorité de Charles IX est proclamée en grande pompe dans la grande salie du Palais-do-Juslico de Rouen (2). La semaine suivante, nous retrouvons la cour en Basse-Normandie. — « J'ai bien peur que le comte do Mont^omery no u soit inquiété; car la Heine le hait mortellement», écrivait, à la veille de son départ, un diplomate étranger (3). Ses craintes i)*étaient que Irop fondées. Matignon étant venu saluer son maître k Argentan. le jeune Roi, docile instrument de sa mbre, lui enjoignit " d'appréhender Montgomery au corps, employant la Force au besoin, et icelui constituer prisonnier en lieu si sur qu'il lui en pAt rendre bon compte (4) ».

Un hasard le sauva. Lorsque Matignon se présenta h Ducey, le OOmle était absent par hasard {.'J).

L'occasion manqnée ne devait pas se retrouver. Aune lettre de Matignon, lui contant sa mésaventure, Catherine répondit : N Je continue eu mon intentiou. Toutefois je vous prie de sur- « seoir jusqu'à ce que vous ayez d'autres nouvelles de moi (6). »

Ces instructions ne vinrent pas. Depuis le mois de septembre, ta famille du fou duc de Guise était en instance pour obtenir l'anlorisation de poursuivre en Parlement l'amiral do Coligny,

(() Pour tout cela, voy. lea piëccs publ. par M. de l.a Ferrièru atu chap. IT et V de tu Normandie à iHritnutr.

(2) riotiuet, llUt. itu parlement de Noi-manUif. iSM-iï; t. II, p.BaW96.

W Tbrockniorton à Ccil, ISaoùt (Ca/endurs..., ISfiS. ii" HS3).

(() << UrdonnancH du ttoy pour nrrêlDr le comte de Monlgomerj' », 30iio(lt (CalUërc, p. 70).

[B) {.«Itro de Matignon, citËe par Cuillère, p. RD; cr. sn prérace.

{0}Lit Rciiie-mËre II MiilignoD, SOsepIcmliref'Lrtfrirt itf Cuthaine, t. II, p. 87); cr. autre uu m-^rne, 30 novembre (lbi-l.),p. 116.

comme complice de son assassin. L'cfTervescence allait croissant des deux côtés. Afin de laisser aux esprits le loisir de se calmer, le Roi, sur Tavis de son conseil privé, qui avait évoqué Taffaire à sa barre, ajourna sa décision ù trois ans (1). Cette demi-mesure ne satisfit personne. Catherine, qui Tavait inspirée, vit les protestants si irrités de ce que Tinnocence de Tamiral n'eût pas été reconnue sans délai, qu'elle craignit, par l'arrestation arbitraire d'un de leurs chefs, de porter Texaspération à son comble. D'ailleurs elle était près de quitter Paris pour longtemps. Elle remit définitivement au retour le soin de sa vengeance.

Tous les yeux sont fixés sur Montgomery.

Nous touchons au moment où les huguenots commencent à faire cause commune avec les gurux (2) de Flandre soulevés contre la tyrannie espagnole. Le nom du comte sera cité désormais aussi bien à l'occasion des troubles des Pays-Bas que de ceux de la France.

Lorsque l'officier commandant au Quesnoy pour Philippe II lui annonce la concentration à Crospy-en-Laonnois de 1.200 hommes prêts à attaquer Cambrai ou Avesnes, à côté de Louis de Bourbon, prince de Condé, chef désigné de Tentreprise. figure le comte de Montgomery (3).

Lorsque les membres les plus en vue de la Réforme se réunissent à Chàtillon-sur-Loing pour fêter le mariage de d'Andclot « afin, disait-on, de machiner quelque chose contre Dieu et le Roy sous couleur desdites noces (4) », on ne manque pas de constater la présence, parmi eux, do « l'Ecossais qui a tué le roi Henri (5). »

Lorsque Monsieur le Prince veut exactement « cognoistre queUe puissance tant de gens que d'argent les églises de Flandre

(1) Delaborde, CoUgny, t. II, p. 3iO et 311.

(2)Kervyn de I^ttenhove, Lvs hugucnf^U f't les gueux, t. I, p. 170. (3) «Nouvelles transmises du (Juesnox, le 20 mai iVy^'t o (Copie française da temps, envoyée à Philippe 11 par If garde des sceaux Tisnacq ; Arch.Nat., 1. 1501, n. 81).

'4) M Nouvelles de France du VI en novembre lîiGi » (dans Papiers d'état l et Granvelte; Isil-.Si; l. Mil, p. *s;i).

le {Cak'fuiars , , . , iaCi-Oo, n.775).

peuvunt avoir », ijui choisît-il uummc émissaire..? MoiitgO' mery (1).

Les dûfiauces contre lui en aufi^mentent (2).

Lorsque, k la suite d'nno échaulTouréc qui a ranimé le:^ passions assoupies des deux Factioua dont la rivatiié avait déjà coulé tant de sang, Cliarles IX juge à propos de fermer la capitale il leurs plus Imrdis représentants, dans cette interdiction il n'a gardi: d'oublier de comprendre Gabriel d<? Montgomery (3).

L'année suivante, au retour des néfastes conférences de Uayonne i[ui ont si fort alarmé les protestants, lo comte étant venu à Blois comoio lioaucoup d'autres gentilshommes des deux religions pour saluer Leurs Majestés au passage, il les trouve parties de l'avant-veille ; la seule annonce de son arrivée a sufO pour les mettre en fuite [^).

(1) Marguerite d'Autriche, gouvernanio des Pays-Bue, au gouverneur do Lille, 3 février 1563-li>94«ieua!g(yfc (Correiqiondimce lie i'htlippeU.fvibl.far Gacbard,!. tl,|i.S3l).

(2) << Le troisietiine jour d'août lïiSli, a esté miindi' au sieur de Mabgnon ^11 a fort bien fait de «épurer l'a^emblf e qui esloit en lerineB de se rornier entra te cappileine Ueiïaas el le comte Monigoniery et, survennns spmblablea occurences, qu'il se saisisse des chers de telles assenibhies, pour en estre fuito telle punition que lo requièrent les repos ilu royaumu cl les ordonnances du Itov. Il {Instructions et puws il'Etlat, (° 96, y ; Hs déjà citÉ dans ce rlutpilre;.

(3) Sur «cl épisode, lire le Prançoù de MontmorencVi de M. le baron A. de Auble tKU t. VI, 1879, des Mimoirrs de la Société de l'histoire de Paris el Ai eilt-de-Prance).

(4) Si singulière que puisse sembler la chose, elle est indisculablo. — La Reine-m^Tc avait iiiaDifestc plusieurs fois & l'aniboisadeur de Venise l'intention de passer à Blois, où elli; l'tall arrivi^c dans les premiers jours de décembre, les flïtes de Noël, peut-OIro mf^nio le carnaval. Or. le 12, inopint'menl, •Hé lui niinonçaque leleudcmain on partirait pour Moulina. Bile avait allégué ladisette, qui commençait ii se Taire sonlir, comme motif do sa détermination." Quoique lu fait soit vrai, telle n'en est pasla vraie cause, aftirmait le di- ^omale vi^nilien : » de fait, à peine i^ Moulins, un de ceux qui l'accompupagDaiout écrirn : » On n'est pas en assurance d'un long si'jour ici à cause » do lafamlno qui suit de près lu Gourde quelque part qu'elle aille. "Hatiil hlsait fuusïc route en l'attribuant aux crainlej qu'avaient éveillées en son es^t les nouvelles rceues de différents gouverneurs de province, que partout les gentilhomme» monlaicntâ cheval, s'en alknlen cour, et k présence oRlcLellement constatée de 2.000 âlrangers & Blois. l'armi ces derniers, n'y avait-il donc que des huguenots ? Puis. & supposer, — co qui restait à l'état d'hypothèse, — qu'une attaque fQl Acraindre de la pari de ceux-ci, n'avait-elle pu pour la proti^ger la ni^me puissante escorte. It laquelle naguère elle ne craignait pas dese confier pour entrer a AngoulOmc. uù l'on disait les

Trois mois plas tard, il ne sera pas plus heureux à Paris (1).

En dépit de cette mauvaise volonté évidente, des dangers qu'elle lui crée, il ne reste pas moins dans cette ville, activement mêlé aux intrig^ues de jour en jour plus accentuées des huguenots français avec les gueux flamands. Le i" juin, il assiste à un banquet offert par le connétable au baron de Montigny, membre d'une branche de sa famille, établie en Flandre au quinzième siècle. Montigny était en route pour l'Espagne avec une mission de la gouvernante des Pays-Bas, Marguerite d^\utriche (2). « Qu il le veuille ou non, il sera bientôt huguenot », disait-on de lui (3) ; et sa liaison avec le prince d'Orange le rendait suspect à Philippe II. La présence de Montgomery à son côté dans la réunion d'Ecouen fut la goutte d'eau qui fait déborder le vase. L'ambassadeur castillan, don Francès de Alava, jeta un cri d'alarme (4), qui fut son arrêt de mort (5).

Montgomery se trouve donc tout à coup l'épouvantail de la formidable puissance Espagnole. Le bruit court qu'il a aux environs du Mont-Saint-Michel 6.000 hommes prêts à s'embarquer avec lui pour la Flandre (6). <( Il ne bouge pas encore, écrit de » son côté un agentanglais. Mais ilm'aditque ses coreligionnaires

protestants de la contrée assemblés avec de mauvais desseins ? La précipitation avec laquelle est décidé le départ et le rapprochement de la date de ce dépari (le 13) avec celle de l'arrivée de son ennemi personnel (le 15), établissent nettement qu il n'yapas entr elles simple coïncidence (Smith à Leicesler et Cecil, 8-18 août et 13-29 décembre; Calendars.,. — 1 563-63, n»» 1369 et 1729. — Dépêche de Suriano, 13 décembre; B. N., Dispacci degV amb. Venez., QbEC o (^* 314» et 5 bis partie en chiffres de Toriginal (p. i02et 103). — Truchon à M. de Gordes, gouverneur de Dauphiné, 25 décembre, dans VHisL des princes fie Condéf de Mgr le duc d*Aumale, t. 1, p. 529.

(i) Hoby à Cecil, 21 mai 1366 (Caleniiars,.., 1566-68, n. 406).

(2) K. de Lettcnhove, Leshuy, et Us gueux ^ t. I, p. 315.

(4) Dépêche de don Francés de Alava à Philippe II, 5 juin 1366 (Orig., Arch, Nat., K. 1500. n. 5).

(5' Resté en Espagne, il fut emprisonné le 20 septembre 1 567 dans la tonr de Ségovic. sur la nouvelle que les comtes de Horne($on frère) et d'Egmont avaient été arrêtes à Gand. Ce ne fut que trois ans après, le 4 septembre 1570, que le Consril des troubles se décida à le condamner à mort. Le 16 octobre suivant, il fut exécuté socrètoment au chAteuu de Simancas, où il avait été transféré (K. de I^ttenhove, t. 11, p. 61, 224 et 248-254).

(6) LeUres de Çatkeriiui, t. iU, p. 1 .

B 8C disposai eut à aller secourirlesFlamaods, au moyen dequoi > les tumpi'tes recommcoceronl (1), "

Pour donner satisfaction à ces terreurs, la Reine-mère lui [oit signitiur l'onlre d'avoir h. quitter Paris sur-le-champ (2), Mais, \ puiDC parti, il devient un plus grand sujet d'inquiétudo. * Encoros que ju m*assure, n'ayant point de nouvelles, qu'il u'y K a rien de votre côté qui n'aille bien, mandait Catlierinc à Mati- I) goon, lo 7 janvier suivant (^), le Roy mon fils veut en estro I» adverti par vos lettres et sm-oir où est ie comte de Montgomery, i en quoi je vous prie le satisfaire le plus t)H que vouspourrez. »

O'houre ou heure, l'horizon s'assombrissait. Tout & coup, les . protestants apprennent que 6.000 fantassins d'élite, levés en Suisse, s'avancent à marches forcées vers Paris. Pour eux, plus de doute : c'est l'exécution des mystérieux desseins de Bayonne qui commence. Par trois fois les principaux réformés, Condé, les trois ChAtillon, La Rochefoucauld, Rrîquemaut, Hoatgomery, s'assemblent. Aux deux premiers conciliabules, on Ile résout rien ; mais, le danger devenant plus pressant, «ti troisième, ou décide une prise d'armes (i). Dès lors les évènemonts se précipiteut. A l'heure mi^me où Noiris. l'ambassadeur d'Angleterre, annonçait que Montgomery était revenu à Ducey(.t), où Matignon prévenait lo Roi que le comte levait des geos de guerre (fi), des bandes huguenotes cemaienl Monceaux- Bo-firie cîi était la cour, et Charles IX ne leur échappait que par miracle (7).

C'était cette fois au cœur du royaume, dons l'Ile-de-France, qu'allait s'engager la partie suprême.

Montgomery accourt à Orléans, assiégé par La Noue, et

<l) Lettre do la duchesse de Panne, citée ibid., p. J33.

(3) Cook 6 Cccil, I» août {Calmdars..., 19ue-«8, a" tlG<].

(S) Fil2-\VUIiam a Ceci!, 2t &oat {IbUi,, o» 607).

;4) Noua demandons la pcrmis-tiou de renvoyer pour cela le lecteur i notri) article : Lc& t:umUktljnteii jirotettantg de Ch'UiltoH-aur-L'iingetdcVttUrty lA ttMi'. paru ea ItiST liiitu les XniiaUs de la Socteiè hittorique el archéolotifquK (Iii aatinais.

(S) Voy. sa lettre du Ift seplemhrâ dans Culendara..., 15fiâ-68, a" I6tl.

(S) Calllk^re, p. 90.

p) Doc d'Aumale, Bhl. -la )>r. de Cuiid'f, l. I, p. 20*.

Taille à s Va emparer (1 1. De là. il va à Tourr faire sa jonction avec le \idaine de Chartres, qui amèoe les réformés de la Beance et du Perch*f 2 .

Le 17 octobre au matin. Tannée ainsi formée se met en marche. Montgomery conduit Tavant-garde. Sons sa bannière marchent ses deux frères, Jacques, seisnenr de Courbouzon, et L.ouis, abbé commandataire de Saint- Jean-lez-Falaise. qui ont tous deux abjuré le catholicisme et vont faire anx côtés de lenr aine Tapprentissasre des armes 3 . Etampes. Dourdan se rendent sans coup férir '^i . Un remonte ensuite la vallée de Chevreuse et Ton atteint Saint-Cloud. Là. un bataillon catholique tient les deux bords de la Seine. Une attaque simulée de Montgomery sur le pont permet à Courbouzon et à Saint-Jean de s'assurer du bourg et des nombreux bateaux amarrés au rivage. Le soir, on parvient à Saint-Ouen qu occupaient les grand-gardes de Tamiral \25 octobre 3,.

Avec Montgomery et le vidame de Chartres, venaient 3.000 fantassins et un millier de cavaliers ,6 . Précieux renforts ! car en ce moment même, le duc d'Albe envovait aux rovaux 1.500 chevaux et 2.00U gens de pied sous la conduite du comte d*Aremberg. Menacé d'être pris entre deux feux, Condé charge Montgomer}' de leur barrer le passage ^ 7). Il revient presque

\ ' Dépêche de Pelruoci au duc de Toscane (.Y»V^- *'p'- «?«'« la Pnma et la T"!i':an^, t. III. p. :>{3 . — La Popcliniére, Hist. rie France de 1530 à ces temps (U Rochelle, lï'»!. 2 vol in-f^', 1. 1, liv. XII, ^ 25 y\

(tî Dihrours '/• l't mort *t tJKcution de ivibrvl, comte dd Montgommery Paris, 1374, in-**}. — I>i Popelinière, ihid., f« 24, v*.

•3; Le second devait avoir de 13 a 16 ans; le premier,? ou 8 ans déplus; voy. notre chap. 1.

v4 Norris îi ï>?ii>'^l^r. 2ï octobre Cal^n'iai'S 1366-68, n« 1777). —

Dopcche de don Vntf:»-^ th: Ali^ia PhilippelL 20. Dei'hiiTrement original en espa'^nol. Anh. >il., K. 1. i'."5. u* '1\ . — Brùlarl, J urnal de loo9 « 1369. yMrut. 'i' '" ri'l . l. i. ji. I "•» . — D.ivila. //*>L d t' $ y w/rf-i civiles, trad. de 1566, t. L p. :J-»J. — 1^1 Po,>';..'ii-:r.:. h:, 'it. — Aubigné, 1" partie, liv. IV, ch. VII.

..*> li»:[»Ache pr^:< .». /. d'A-i\a. — Di>ç, de la mort et exêc. de MonVjomery. — La l*op^;lini»:r'*, 1/ .^H.

(6; Lettre d-* Norri* du 'il pr^cit.'-e. — La Popcliniére, /oc. cit,

(7) Dép«>che dAlav;i, 3 novembre D«xhiffr. orig. en espagnol, Arch.NaL, K. 130^, n« ^8,.

— 6B — \ sans avoir vu l'ennemi, mais apportanl une grande : Strozzi cl ses vieilles handes ont quitLé leurs eanloo- Iieinents ot marchent aur Paris.

A toul pris il faut les arrêter. Le prince dépêche Montgomory et d'Auddlot k ta rencontre de ces nouveaux adversaires. Malgrf leur diligence, ils furent devancés. Le comte, trouvant PoDtoîse Bolideraeul gardé, se replie sur Poissy où d'Andelot avait rencontré le mt'me obstacle (I). Lis retournent auprJ^s du prince et rallient ses quartiers le 10 au soir (2), trop tard pour prendre part k la lutte acharnée qui s'était déchaînée tout le jour dans la plaine de Saint-Denis (3j.

Le lendemain de cette sang'lante bataille restée indécise, MoDtgomery et d'Andelot, k la tête de la cavalerie qu'ils avalent ramenée, s'allèrent présenter devant le faubourg Saint-Denis, u brûlant les muulins et un ^-illa^e, pour acertener la ville, dit La Noue, que tous les huguenots n'étoient pas morts, •• On les laissa faire : la mort du vieuiL connétable de Montmorency, frappé la veille dans la mêlée, avait jeté Paris dans la stupeur. Constater le découragement de l'ennemi, c'était tout ce que voulait Condé. Profitant de l'inaction des royaux, il décampa le 13, allant au-devant des tO.OÛO hommes que lui avait promis l'électeur de Bavière. (iS

Il ne les rejoignit que le 1" janvier t368. au-delà de Pont-à- Mousson. Les leçons de l'expérience l'avaient édifié sur la valeur du concours qu'il devait en espérer. Avant de reprendre i'offenaivo, il préféra se renforcer des Dauphinois de Mouvans ot des Gascons des i< sept vicomtes » qui opéraient en Touraine ; il ienr envoya l'ordre de so concentrer autour d'Orléans (.'j). Ces longues marches monotones à travers la Champagne, la ^OOrgogue, le Gâtinais n'olîraieut guère de ressources au génie ^^■^nreux du comte de Montgomery, chargé depuis Saiot-

P^VliutClDau, lîv. IV, cbap. VI et vtl.

t, fx} u Vws minuit » [La Noue, Disc.polit.... p. 621).

(3) Voir la description complète par Hgr le duc d'Aumale (1. 1, p. 30:1-912 'iJÎBist. da pr. de Condé}.

""aNoae, loc. cit.

' c d'Auoiale. 1. 1, p. 324-32g.

Ce n'était que trop vrai et les parlements, les gouverneurs de provinces ajoutaient à cette défiance en n'affichant que du mépris pour l'édit. M. de Beaufort, auquel Montgomery avait marié l'aînée de ses filles, ayant fait établir un prêche dans sa résidence ordinaire, voisine de Saint-Malo, (ce qui était son droit sLricl de haut-justicier), M. do Bouitlé, représentant du Roi en Bretagne, trouva moyen de s'en plaindre, « vu que les jeunes » habitants et tous les Aaglois et autres étrangers qui y abordent i> et nombre de la noblesse de là autour s'y laissent attirer. » Il est vrai que, non content de pratiquer Yhérésie, le châtelain dounait fréquemment l'hospitalité à son beau-père, circonstance que Bouille relevait d'un air indigné, heureux de faire ainsi sa cour à Catherine de Médicis (I).

Cette violente sortie pourrait faire supposer que Gabriel de Montgomery affectait une attitude dénotant des velléités de rallumer les troubles. Il n'en était rien. Rentré à Ducey aussitôt la paix signée, il ne s'occupait que « de gouverner toutes choses fort tranquillement dans l'intérêt de la religion. » (2)

Sur ces entrefaites, Condé, Coligny et le prince d'Orange conclurent un traité d'alliance « contre la tyrannie du duc d'Albe », qui venait d'abattre les plus illustres tètes de la noblesse des Flandres (3) . Aussitôt la correspondance de l'ambassa- (leur d'Espagne en France se reprend à respirer l'inquiétude. Le 21 juin, il dénonce un complot ourdi par les gueux et les huguenots coalisés pour s'emparer de Cambrai (4). Le 27, il redoute une entreprise de M. de Mouy (5) et de Montgomery sur Saint-Quentin ou',Saiat-Omer. Défait les protestants français se portaient en masse sur les confins de la Picardie (6). Mais

(1) Bouille au duc d'Anjou, 35 juin 1368 (Orig., B. V., f. fr., 15546

(2) Thomas Jenye à Cecil,-27 mni {Calendan.... 1566-66, n* 2331).

(3) K. de Letlenhove, t. Il, p. 1 14-126, 137 et 138 .

(4) I-ettre citée ihki,, p. 137 noie.

(5) .. Mos de Fonsiila >■, c'est-à-dire Louis de Vaudra/, seigneur de Mouy, ^eldeliiiii" ' iui-: do Suir[l-Phalo el pour cela trÈe fréquem-

menl noiiiiui'. ""l'".. - •"■• -Tii ii.',

(fl) Aiava au du<' d'Albe, -r, juin. {D.'cliilir. orif;., Arch. Nat., K. 1511, 0*58),

Téchec de Louis de Nassau, frère du prince d^Orange, à Gemmingen (21 juillet), la défaite simultanée aux environs de Saint- Yalery des 2000 fantassins et 3 cornettes que lui amenait Goqueville, les temporisations maladroites de Guillaume d*0range (1) les découragèrent.

(( Montgomery est parti pour la Normandie, mandait don » Francès de Alava, le 3 septembre (2). Quant au cardinal de » Chfttillon, à Mouy-Saint-Phal, àGenlis, à Clermont d'Amboise, )> ils sont toujours en Picardie, mais retirés en leurs maisons. D Néanmoins ils ont pros d'eux plus de cavalerie et d'infanterie » que de coutume et ce ne doit pas être sans raison. »

Si les capitaines réformés s'entouraient ainsi de gens de guerre, c'était pour leur sécurité personnelle, non plus pour seconder leurs alliés Flamands: ils avaient découvert que la coor méditait de se saisir traîtreusement de leurs personnes. Il convient ici de reconnaître à l'honneur des officiers royaux, que leur loyauté se révolta quand la Reine-mère leur dévoila le méprisable rôle qu'elle entendait leur imposer. Gaspard de Tavannes était chargé de l'arrestation de Condé et de Coligny. « H fit passer, nous dit son fils, des messagers avec lettres contenant : Le cerf est aux toiles; la chasse est préparée. Les porteurs furent arrêtés, comme il désiroit, par le prince, qui, fortifié d'autres avis^ partit soudain en alarme avec sa famille et passa Loire à Sancerre (3), » De même pour le cardinal de Chàtillon : '< Ayant eu plusieurs advertissements des entreprises dressées » contre xïioi par ceux-là même qui étoient de la partie, j'ai été » contraint do quitter ce royaume », écrivait-il au moment de s'embarquer pour TAugleterre (4). De même encore pour Montgomery : le sieur de Breuil, capitaine de Granville, le prévint adroitement de sa mission et se retira en Bretagne, lui laissant le champ libre (.")).

(1) K. de Lettenhovc, t. Il, p. 139-141.

12) Au duc d'Albc (Déchiffr. orig., Arch. Nat., K. 1511, n<» 86).

(3) J. de Tavannes, Mémoires du maréchal île TavanneSj éd. Michaud, p. 203 et 204.

('t) Au Roi et à la Reine-mère, .i septembre (dans notre publication:

rirrcspouflancc du cardinal de Chàtillon, première parlie, 1885, p. 89 et 90.)

.i; Matignon au Roi, 4 septembre (Orig., B. N., f. fr., 15548, f> \2 ôt 13).

MiraculiruseiiienL échappé mi pt'iil qui le menaçait, Montgomery gagiio Vire avec viugl clievaux. Los lialiilants l'ayanl accaeîUi &coups de couleuvrliies (1), il s'en vengea en Taisant impiloyalilenient saccager la villt! (2). On ne saurait après loul l'en blAmer. Le temps n'était plus aux ménagi^ments. Pondant eeUe exiculion (3), dos messagers purcouraienl le Bocage, semant l'alarme. En vingt-quatre heurtjs, le comte eut réiïiii trois connûtes ol ([uatre enseignes, chacune forte de cent bomme». Cet i' amas » troublait fort Matignon. Il prescrivit d'évacuer Falaise, position selon lui indiîfendable, et pourvut de fortes garnisons Séez, Argentan et Aleneon (i). Préparatifs loatilos! Le bat de Montgomery était de rallier d'Andelot, qui liavîtait. ainsi que lu vidame do Chartres, La Noue, Lavardio, aie rejoindre h Beaufort -en- Vallée, entre Angers GtSanmur(3}, et, (juand il leva le camp, co ne fut pas vers l'est do la province qu'il se dirigea, — ceci ii l'extri^mo déception des réformé» normands, qui menaient en lui leur espoir (6), — mais vers les bords delà Loire.

Les diiïérents contingents, réunis le 14 septembre à lleaufort par d'Andelot, comprenaient 2.000 fantassins et 800 cavaliere(7). Leur faire traverser le tleuve était chose malaisée. Les Ponl»-do-Cé étant occupé» par les royaux, il fallait un gué et on n'eD trouvait pas. Attaqués liit'ntùt sur lo tlauc droit par le vicomte de Martigues, sur la gauche par le duc de Montpeiisicr, ils couraient un extrême danger, qnand, par bonheur, Mont-

(t) Son lieulrnant avait été tué ù ses côtés.

(2) Du Bourji; d'Isigiiy, Recherches hUtorif/iies sur U- chilteau de Vire ; exlr. 'du Bw/J»Iin de h SociiU des antiquaires de Picardie, 1H3" ; p. 87,

(3] Ltiistoricn de l'ordre dea Cordelière, ^ui perdit l(t un de ses couvents, Tu cmbcllii! de détails fantastiques (Lucas Wadding. Aimales minorum; Lyon, rfiaK-48, 8 vol. in-fo ; t. VUI, p. 275).

(4) tcllre de Matignon précitée.

(5) J, de St-rres, Mémuirea ife (a troisiémi: guerra civile, éd. de IjTI, p. 190 (91 . — fHïc. de la mort et exéc. du comte de Montgimimery.

(«) Sir Hugh Paulet ii Gécil, t oclobre (t'ofcn'kr*..., domestic séries, .eUmda 1547-(J5, p. S'J). — 1,e même jour, lord Cobham mandait au m la fausse nouvelle «lue Moiilgomery l'-lail en Picardie avec l.SOO cava- (ftW-, ia47-6S, p. :H8).

OlCaitclDau, I. VII. cti. I.

gomery, ayant entrepris d'explorer à nouveau le cours de la Loire, annonça que ses recherches avaient fini par aboutir. Ce fut le salut de Tarmée huguenote, qui présentait déjà des symptômes d'épuisement. Le passage s'eiTectua en quelques heures, et Ton tira vers La Rochelle, assignée aux protestants comme rendez-vous général (1).

Le prince de Condé prit hardiment Toffensive. En trois semaines il soumit le Poitou, TAngoumois, la Saintonge, et le 26 octobre, son armée, grossie des Provençaux du sieur d'Acier, marchait à la rencontre des royaux commandés par Monsieur, duc d*Anjou, frère de Charles IX qui s'avançaient en Touraine. Les deux armées ainsi rapprochées, un engagement était inévitable. Ici nous laisserons la parole à un officier anglais, sir Georges North, autorisé à suivre l'avant-garde, confiée tout entière à Gabriel de Montgomery (2).

« Le !•' novembre, nous apprîmes que MM. de Guise, de Brissac et de Martigues étaient venus à six lieues de nous avec 1.000 fantassins et 3.000 cavaliers. Le prince alla au-devant de Tennemi qui, se comportant en lièvre, tourna bride. Nous le poursuivîmes quatre jours, et de si près que M. de Montgomery les délogea plusieurs fois, trouvant leur souper préparé ; mais nous étions des hôtes inattendus et ils manquaient de courage pour demeurer, et nous souhaiter la bienvenue. Us ne regardèrent jamais en arrière jusqu'à Chauvigny (à 7 lieues de Châtellerault, à 8 de Poitiers), où le comte, avec 10 cornettes seulement, leur offrit la bataille, le 4 novembre. Us la refusèrent et se retirèrent derrière un pont, à bien cent pas au-delà. Le soir, nous remportâmes et forçâmes l'ennemi à abandonner la ville , laissant cinq enseignes d'infanterie dans le château.

» Le S, au point du jour, nous dépassâmes notre avant-garde, laissant le château pour le prince qui arrivait; il fut rendu à composition. — Le 6, nous arrivâmes à un mille de Châtellerault, où le frère du Roi était avec 3.000 chevaux et 8.000 gens

(1) Aubigné, 1" partie, liv. V, ch. iv.

(2) North à Cécil, li janvier 1569, avec po$i-ieripium du ZO, impr. par Mgr le duc d'Àumale, «p. eû,^ t. II, p. 371 et 377.

- 7* pied. — Le 7. nous leur pn^seniamfis lo combat au nombre de C.OOO faDtassins ot 2.500 cavaliers; mais ils lirent Sûmbtntit de ue pas nous voir. — Le 8, nous tînmes la campagnn toulo la journée jusqu'à co (pie nous apprîmes par (jiitilques prisoaniers qu'ils avaient fortifié lo passage de Chàtolleraull, retranché leurs lignes, et qu'ils voulaient tenir dans cette position. "

Bien i[ue son caractère et sa situation dussent le presser de IhTer bataille, Condé ne pouvait ni ali«r chercher le duc d'Anjou dans BB forte postlion prfcs do Chfttellerault, ni rester en préteiice pour allondre une attaque, puisqu'en ras do revers il aurait eu Ji traverser la Vienne et h passer sous le canon de Poîtieis. il prit le parti de revenir par Chauvigny sur la rive gauche do la Vienne, afin de no pas t^tre tourné par Poitiers, il rectila jusqu'à Cheuay sur les bords de la Sèvre. Il ue larda pas à savoir que Monsieur avait quille ChStellerault et dépassé- Poitiers sans s'y arrêter. AussitAt, dans l'espoir d'avoir promptement un engagement en rase campagne, le prince marcha en avant et gagna Lusignaii sur le cbemin de Poitiers.

Reprenons l'intéressante relation de Nortb.

<i Le ly, l'ennemi avait fixé son rendez-vous à Sanxai, et notre Bvant-gardo au mèmeendroil, de sorte que les maréchaux des deux camps y arriviiront on mémo temps. L'ennemi prit In plaine, adossé h un grand bois, et présentale combat, ce que nous désirions beaucoup. Les deux armées s'approchèrent à portée d'arquebuse. Notre avant-garde s'avança. Ils reculèrent bienlAt avec des perle» sensibles; M. de Marligues fut blessé au bras d'un coup de fou.

n Le 16. au petit jour, nousétions en bataille. L'ennemi ne se montrait point. Le comte de Montgomery fouilla le bois. Nous trouvâmes l'ennemi disparu, et, par dos prisonniers que nous flines, nous apprîmes sa fuite en alarme. Nous le suivîmes à loulc bride. Vers midi, nous enlevions la plupart de ses chariots, au nombre de 160, e.itimés valoir 100.000 écus, outre des prisonniers do toute condition, et les forcions à se retirer derrière tiu grand bois devant Lusignan, à trois lieues de Poitiers, où ils nviùent pour déplus sûreté placé leur artillerie. Nos gens de pied

entrèrent dans le bois avec une volée de 8.000 coups. Le comte les appuya en face des canons qui tirèrent environ 360 coups, mais ne tuèrent que six hommes et en blessèrent trois. Nous perdîmes en tout 65 hommes ; eux, 12 capitaines et 700 soldats. Cette escarmouche, ou plutôt cette charge, dura jusqu'à la nuit; si nous avions eu l'avantage delà lumière du jour, nous aurions à coup sûr pris leur canon. »

A la suite de ces combats, le prince de Condé ne crut pas devoir courir les chances d'une bataille rangée. Laissant donc le duc d'Anjou reformer derrière les murs do Poitiers ses troupes écrasées de fatigue et encombrées de malades, il piqua droit sur la Loire. Une violente escarmouche, où le comte de Brissac, attaquant les quartiers de Montgomery, fut culbuté (24 novembre) (1), marqua le début de ce mouvement, dont la gravité tira Monsieur de sa torpeur.

« Le 2 janvier 1S69, MM. d'Andelot et de Montgomery remportèrent un avantage près de Sauinur ; voici comment : ils offrirent de parlementer avec l'ennemi ; leurs soldats s'étant rapprochés pour entendre ce qui se disait, les nôtres en firent autant ; puis tout à coup brisèrent des barreaux de fenêtres, entrèrent dans l'intérieur et passèrent tout au fil de l'épée ; — récompense du Ciel, conclut le narrateur de la scène, pour la violation de parole et la cruauté dont les Philistins donnèrent le premier exemple à Milloy (2). »

Ce petit succès, qui témoignait de l'animosité croissante des deux factions, ouvrait aux protestants la route du fleuve. Mais là-dessus l'avis arriva que Loudun, dont la possession assurait leurs communications, était serré do près par les catholiques. Il fallut rebrousser chemin Bientôt, d'ailleurs, les intempéries de la saison rendirent toute opération impossible. Un engagement très vif où, le 6 janvier, Montgomery tailla en pièces une

(1) Relation de North. — Cf., Noms à Cecil, 8 décembre (XcLlcndars,,.^ foreign. séries, 1566-68, n^ 2667). — Ce dernier fixe seul remplacement de ce combat : « Auprès de Lusignan », dit-il ; nous croyons qu'il a confondu avec Auzance, lieu où il y eut précisément, le 24 novembre, un engagement entre Brissac et l'amiral (Duc d'Aumale, l. Il, p. 40).

(2) Relation de North.

reconnaissance des royaux, conduite par Brissac et le jeune duc Henri de Guise (1), termina la campagne.

Cette trêve tacite devait être de courte durée, et, de même qu'un avantage de Montgomery en avait été la préface, de même un échec du comte en fut le terme.

« Pendant que séjournoit le prince dans Thouars,

Étendant largement çà là ses étendards.

Dedans le Bas-Poitou, pays bon et fertile,

Il avint que Brissac, vigilant et utile,

Ayant toujours aux champs quanlilï' d'espions

Qui l'acertioroient de plusieurs actions

Du camp des ennemis, entendit la nouvelle

Qu'auprès de Saint-Messant, en un lieu qu'on appelle

La Motte-Sain t-Éloy (2), logeoit Montgomery.

Croyez que sans retard il fut de lui chéry,

Mais de telle façon et par telle surprise

Conduisant dextrement sa gentille entreprise

Que, s'il n'eût promptement gagné dans le château

— Chûteau bien entouré d'un bon fossé plein d'eau —,

Et qu'il eût à garant failli soudain le prendre,

Il étoit en danger de mourir ou se rendre (3). »

C'était le 12 février. Le comte avait perdu cinquante des siens; son frère Saint-Jean était resté aux mains des vainqueurs, qui renfermèrent au donjon de Lusignan. Montgomery, doublement atteint, et dans son amour-propre de chef de corps et dans ses affections, organisa une expédition pour délivrer le captif; mais elle échoua, et il dut se résoudre à Texpédient qui coûtait le plus à son orgueil : traiter de la rançon du jeune gentilhomme (i).

Les chefs protestants, Gondé, l'amiral, d'Andelot étaient alors

(1) iNorris à Cecil, io janvier 1569 {Calmdars, 1560-71, n«> 50).

(2) Irt Molttj'Saint'Uéraye, ch.A. de cant. del'arr. de Melle (Deux-Sèvres).

(3) Les sept livres des hnnnestcs loisirs de M. de La Mothe-Messrméj chevalier de tordre du Roy et rapitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances (Paris, t.)87, in-i2), f*» J35 v°. — Cf. : les dépêches de G. Correr au Doge, 20 février (H.N., Uispacci de{/l* nmh. Vew.z.^film^, f° 326) et de Norris à la reine Élisabelh, .*i mars {'^almdars..., <509-7t, ii*» loi); Castelnau, liv. VU, chap. m; La PopeUnière, t. I, liv. XV, f® 80; Aubigné, 1'® partie, hv, V, ch. VII.

<4) Castelnau, Aubigné, loc, cit.

réunis à Niort. En même temps qu'ils connurent la défaite de leur lieutenant, ils reçurent avis que le duc d'Anjou avait quitté ses quartiers de Ghinon et descendait la rive droite de la Vienne. Ces circonstances les déterminèrent à aller donner la main aux « vicomtes », afin de se frayer un chemin vers la haute Loire où ils attendaient les renforts promis par les princes protestants d'Allemagne. Mais Tannée royale, bien dirigée parle maréchal de Tavannes, les prévint (1). Dans la nuit du 12 au 13 mars, elle s'empara des ponts mal gardés de la Charente: à l'aube, elle se déployait en face de l'avant-garde calviniste qui s'étendait le long de la rivière, de Bassac à Triac, tandis que le centre, ou, comme on disait alors, la bataille, logeait à Jaruac, et qu'à Cognac se trouvait l'arrière-garde.

Montgomery se rend compte le premier de cette situation critique. Déjà sur sa gauche le feu est violent. La Noue, Soubise et Puyvault veulent à tout prix racheter leur déplorable négligence, l'empêcher d'amener une catastrophe. Us font des efforts désespérés pour contenir les colonnes ennemies qui s'avancent en bon ordre à l'attaque de la Guerlande, ruisseau tributaire de la Charente, auquel est adossé Bassac, la clé de la position. Le comte court leur prêter main-forte. François do La Noue arrive aussi et, à la tête de quatre cornettes, dégage les troupes compromises. Mais, après une charge heureuse, ses cavaliers sont rompus à leur tour, lui-même pris, le passage de la Guerlande et Bassac emportés. Sur l'ordre de l'amiral, d'Andelot vole à la rencontre des royaux, rallie les enseignes débandées, les ramène au combat, reprend, puis reperd Bassac. Alors, Coligny, désespérant du succès de la lutte, ordonne la retraite.

En cet instant sur le plateau de Bassac apparaît le prince de

(1) Aubigné (loc, cit.), copiant Davila (t. I, p. 476), attribue cette négligence à Montgomery, Soubise et La Loue, ajoutant, d'ailleurs, au chapitre suivant que le dernier fut le plus coupable. Il fut môme le seul coupable à en croire des témoins oculaires, La Noue (p. 666) et La Mothe-Messemé (f° UO). En tout cas, Tautorité de d'Aubigné ne peut prévaloir contre celles de La Noue et de La Mothe-Messemé, qui déchargent implicitement Montgomery et d'une faction indigne de sa haute réputation et d'une négligence dont sa vie ne présenterait pas d'autres exemples .

Condé, dont il a inconsidérément réclamé l'assistance au moment où d'Andelot tentait, sans y réussir, d'entraver les progrès des catholiques. Une poignée de cavaliers accompagne Louis de Bourbon. Mais ce sont tous des hommes éprouvés, gens d'armes des compagnies d'ordonnance ou gentilhommes volontaires. Dès qu'il aperçoit cet escadron d'élite s'avançant au grand trot dans la plaine, Montgomery court se ranger aux côtés de son intrépide général. Contre la faible escorte de Coudé venait toute la cavalerie royale, de front les 2.000 chevaux-légers du duc do Montpensier, sur la gauche les 800 lances de Monsieur, sur la droite les 2.000 reîtres du Rhingrave... Et pourtant ce ne fut pas trop des 6.000 catholiques pour avoir raison de leurs 300 adversaires (1).

(\) Castelnau, p. 668. — Davila, t. I, p. 481. — Aubigné, 1'" partie, liv. V, ch.viii. — Inutile d'ajouter que nous avons eu constamment sous les yeux le tableau à la fois si dramatique et si exact qu'en a donné Mgr le duc d'Aumale (Uist. des princes de Condé, t. ÏI, p. 35).

La journée de Jarnac n'avait pas été très meurtrière. Mais elle coûtait plus cher aux réformés que les sanglantes batailles de Dreux et de Saint-Denis. Leur chef >< au cœur de lion ■>, le irince de Condé. avait signé de son sang l'apostrophe superbe Li'il adressait, en lo62, lors des premiers troubles, au peuple ^ançais :

Or, si je dois mourir en sj haute cnlreprise, Fois que sur mot) tombeau cette lettre soit mise: Pour t'Ëglae de Dieu, son Rof/ i-t son ipay$ Remellrf en liberli} mourut ici Loyi (().

II était allé k la charge une jambe brisée, uu bras démis. Démolit*^ presl|u'auasit<^t, hors d'état de se défendre, il s'était à poiuc rendu à deux ^gentilshommes catholiques que le capitaine des gardes de Monsieur, Moiitesquîou, lui fracassait la tête d'un coup de pistolet tiré à bout portant. Les royaux souillèrent leur victoire par d'autres assassinats: Robert Stuart et ChastelHer- Portault furent, comme Louis de Bourbon, tués do sang-froid après l'action par des ennemis personnels (2).

Au milieu des monceaus de cadavres qui, eh et là, mar-

<l) Epllri! du prince de Condri « au peuple ^açols i>; le quatrein précédent en est Im péroraison: il y en & une autre d&n» le manuBcril.dédiËoàla lto;nc nit-reUu Bo;. " (Copie IVançaûe du temps. Arch. Nst., K. 1500, n>:t.]

(2) Aubigné, Uie. Ht.

quaient remplacement où les héroïques compagnons de Condé avaient succombé sous le nombre, les fourragenrs du duc d'Anjou remarquèrent un cheval mort dont la selle était brodée aux armes bien connues de Montgomery (1); ils allèrent, triomphants, rapporter au prince que le comte avait péri. Aussi, dans la relation officielle de la défaite des rebelles qui fut communiquée aux cours étrangères (2), le nom de Montgomery est-il accolé à celui de Monsieur le Prince.

Quel triomphe pour Catherine, comme mère, comme souveraine ! Des lauriers pour le front juvénile de son fils préféré! Celui qui a osé convoiter le trône de Charles IX, « bouté sur une ànesse » et exposé en cet état aux quolibets des soldats. Jusqu'à ses haines de femme qui sont du même coup assouvies, puisque « celui qui tua le roy Henry » a vécu. Par une étrange coïncidence, elle apprenait la mort de son ennemi à Theure précise où le marécha] de Cossé le disait sur le point de s'embarquer à La Rochelle « avec quelque nombre d'harquebusiers » , à destination de la Basse-Normandie (3).

La disparition du comte ne pouvait non plus déplaire au roi d'Espagne; car en lui les gueux flamands perdaient un de leurs plus ardents partisans. Le cardinal Granvelle s'empressa en conséquence de la mander au gouverneur de Landrecies, place voisine de celles sur lesquelles on avait, de (564 à 1568, prêté au défunt maints projets de « camisade » (4).

(1) Dans le «RooUe des morts, blessés et prisonniers dressé » le 19 mars 1569 (Orig., B. N., f. fr., 3213, r>»39 et 40, on lit :

Le cheval de Montgomery recongneu mort.

Ce fut évidemment sur la foi de cette découTerte que se répandit le bruit de la mort de son propriétaire.

(2) !)e ce texte il y a des copies au Record d'Office d'Angleterre, aux Arehivcs de Simamas (partie transportée en 1810, à nos Archives Nationales, où elle est cotée K. ia14, n*' 55), dans le m8.3i59 (f** 184) du fonds français, à la Bill. Nationale.

Il a été impr. au t. VII, pp. 3-10 de la Correspondance diplomatique de La Mothe-Fénelon, publ. parCh. Purton-Cooper, 1838-40, 7 vol. in-8«.

(3) Au Roi, 14 mars. (Orig., B.N., f fr., 15549, [^ 80.)

(4) Lettre du 29 mars {Correspondance de QranveUe publ. par Poulet et Pittt t. m, p. 529).

Seule, la reine Elisabeth se refusait à croire à la fin obscure du vaillant soldat qu'elle avait été si à même d'apprécier, en 1562-63. Quand, le 6 avril, elle donna audience à La Mothe- Fénelon, notre ambassadeur :

« — La mort de M. de Montgomery est-elle bien certaine? » fut sa première question (1).

Elle avait raison de douter des informations du roi de France, et Catherine se réjouissait prématurément. Bientôt vint le jour où le commandeur Petrucci qui, le 23 mars, écrivait au ducfde Toscane : « Montgomery è morto, che ammazzo en giostra tire Enrigo, » dut se démentir lui-même en ces termes qui frisent le comique : « Dicesi che Montgomery non e piu morto. — On dit que Montgomery n*est plus mort (2). » C'est que dans Tintervalle de ces deux dépèches il en avait donné d'irrécusables preuves.

Le soir du 13 mars, le comte de Montgomery arrivait à Cognac, où s'étaient ralliés les débris de Tarmée vaincue. Refoulé par la cavalerie de Montpensier au-delà de Triac, sa position du matin, il s'était retranché derrière l'étang séparant le bourg de la Charente, et y avait résisté jusque bien après le coucher du soleil. Il ramenait plusieurs escadrons, élaircis, mais solides encore (3).

Un conseil de guerre fut tenu dans la nuit. On savait que Monsieur avait établi son quartier général àJarnac, dont Cognac n'est distant que de huit heures. Dans l'état de désordre où se trouvait l'armée huguenote, une attaque des troupes victorieuses aurait été un désastre. D'un commun accord, Coligny, d'Andelot, La Rochefoucauld, Montgomery reconnurent la nécessité de se replier sur Saintes (4). Là, nouvelles délibérations. Les plus timides proposaient de se concentrer autour de La Rochelle. —

(1) Dépêche de La Mothe-Fénelon, i2 avril ; dans sa Correspondance dû plomatigue, 1. 1, p 304.

(2) Dépôches de Petrucci, 23 raars et 9 juin {Négoc, avec la Toscane, t. lU, p. 586). — Cf. celle de G. Correr, 8 juin. (B. ^,y Dispacci degl'amb Venez., filza 7, f° 39.)

(3) Davila, 1. 1, p. 48. — La Popelinière, t. I, liv. XV, f» 84. — Aubigné, loc.dt,

(4) La Popelinière, he. cit.

Adopter un plan purement défensif, fut-il répondu, ne serait-ce pas avouer la ruine morale du parti ? « Mieux valoit garder rhonneur de la campagne par la faveur des ponts de la Charente, vu qu'ils avoient de quoi combattre les catholiques séparés (1).»

Celui que son rang et ses mérites appelaient désormais à la direction des affaires de « la cause >, nominalement confiée à <( Messieurs les Princes » (le fils de Jeanne d'Albret et le fils du héros de Jarnac), Gaspard de Coligny s'arrêta à cette dernière résolution. Le 15, le duc d'Anjou, encore enflé de son triomphe de la surveille, s'était fait piteusement repousser devant Cognac (2), et ce léger succès n'avait pas médiocrement contribué à relever le moral des calvinistes. « Tels chats ne se prennent pas sans mitaines », répétaient-ils railleusement (3). Au commencement d'avril, Monsieur, ayant, rétabli ses cadres, éprouvés par la désertion, résolut de prendre sa revanche. Il jeta àcet effet son dévolu sur Angoulème. Mais l'amiral eut vent de son projet : Montgomery reçut mission de rafraîchir la ville avec 900 chevau-légers (4).

La célérité était la qualité maltresse du comte. En vingt-quatre heures il s'était rendu à son poste et l'avait déjà rendu imprenable (5).

Un échec, s'il persévérait dans ses desseins, était à présent si certain que le duc d'Anjou, furieux d'avoir «failli l'occasioni», alla de dépit saccager Mussidan qui eut l'audace de lui tenir tète (6). Puis, pour mieux venger sa déconvenue, il eut recours à une hâblerie. Dans la marche rapide de Montgomery sur Angoulème, quatre des cornettes désignées pour le suivre avaient été inexactes au rendez-vous par lui fixé ; pressé par le temps, il s'était éloigné sans les attendre. En voulant le rejoindre, les

(1) Aubîgné, loc, cit.

(2) « Discours envoyé le 2 août au Roy, par le mareschal de Tavannes i» inséré dans sa biographie, déjà ci téCi par son fils; éd. Michaud, p. 327. — La Noue, p. 670.

(3) La Noue, loc. cit.

(4) Norris à Cecil, 18 avril {Cakndars , 1569-71, n^ 235).

(5) Voy. les détails donnés là-dessus par Jean de Serres {Mém, de la 3« y. civile, éd. de 1571, p. 328).

(6) Ibid., p. 333.

utardiiLaires donnèreot droil, près do ChaiL-auucuf-sur Olineote, dans un gros de cavalerie i[ui les mît en déroute el les iMïguu à su réfugier dans Connue, ^erdanl leurs éloaiiurds (I ). iloDsieur dépi^cha iacontinenl un exprès porler ces trophées à la loor (2). ot annoncer que Mont|^oincry. surpris dans ou village, tvait été contraint de fuir apriis de grandes pertes. Seulement, prince, pour rehausser l'éulat ùe son succès, avait déplaci; le m de l'actiou : le comte, prétendait-il, s'acheminait vers Montatihau pour rallier les vicomtes, et sa défaite par suite serait U-ês dommageable aux réformés (3).

Sans s'en douter, par simple jactance, Monsieur semblait avoir deviné le plan des chefs protestants, nullement compromis d'ailleurs, comme il lui plaisait de l'imaginer, par l'escarmouche ca ({ueiition. Cependant, le 7 mai, les reJigionuaires subirent nne ludo épreuve : le noble et loyal d'Andclot fut subitement enleva par une maladie mystérieuse. « Avant-hier, écrivait "d'Angleterre La MuLhe-Féiielon le 3 juin ^i), il vint lettres à n cette royiie [Elisabeth) de son ambdssadeur M. Norrys par H lesquelles il lui en conhrme la mort et lui mande qu'il y a » gens jt la cour de Franco qui poursuivent leur récompense » pour avoir empoisonné MM. l'Amiral, d'Andelot, de La Ro- " cliefoucault et de Moulgomery, jouxte la certitude qui aparolt u déjà de ce qui est advenu audit sieur d'Andelot, lequel, ayant « élv ouvert, a été trouvé empoisonné et que sur leur vie il '•s'ensuivra bientôt le semblable des autres. ><

Celte perte ralentit les opérations des réformés. Quatre semainus se consumèrent en honneurs funèbres rendus au défunt, et c'est seulement dans les premiers jours Je juiu que nous les voyons en marche vers le Limousin. Le 7, ils s'emparèrent de NoQtronoû Montgomery les rejoignit. Le lendemain, tandis que le gros de l'armée poursuivait sa route le long des sinuosités

(I) Lettre U'Altivu, U avril, dlt^e cj-iprÉs.— « ULicuurs duTavannei »,

— U PûiKsIlnière, ^ ;i8a. — Aubigiié, toi:, vit.

(!) U ; urnva le 13. — Alavu au duc d'Albe, <i avril (Ardi. NaL, K. 1314 V 87 1.

(3) [.étires précitées de .Norris et d'Alava.

(4)CMr. i^fL, t. Il, p. S et 9.

J^NNJ»

dos collines du Périgord, allant au*devant des mercenaires Allemands du duc de Deux-Ponts, le comte se détacha sur la droite avec 200 chevaux, tirant vers le Quercy (1).

A son approche, Monluc, le lieutenant-général de Guyenne, prend Talarme. Le gonverneur du Languedoc, Montmorency- Damville, qui était allé conférer avec Monsieur, était sur son retour. « Le chemin de Rodez à Toulouse du côté d'Alby, lui » écrivait-il le 21, est mal sûr à cause que les troupes des enne- » mys sont de ce côté-là et jvotre plus sur serait de passer par » Villefranche, Cahors et Villeneuve d'Agen(2))). Ces «ennemys» qu'il redoutait, c^étaient les bandes des vicomtes (3), répandues dans le vaste triangle compris entre TAveyron et son affluent TAgout, qui coule à Castres, leur quartier-général. L'arrivée de Montgomery en Albigeois accrut ses inquiétudes : il ne douta point que sa pensée ne fût de combiner ses mouvements avec ceux des vicomtes poiu* cerner Dam ville qui, inconscient du danger, parlait de se diriger vers Lavaur sous le canon de Castres. « Advisez, lui mande-t-il peu de jours après, que ainsi vous » passez à deux lieues des ennemys, peut-être avancés en ces » quartiers pour vous faire une escorne » ; et comme il fermait sa lettre, des nouveaux avis qu'il reçut lui dictèrent ce postscriptum : « Montgomery partit lundi au soir (20 juin) de Mony. tauban, s*en allant vers Castres. Les uns disent que c'est pour » aller quérir de Targent. Il est à craindre que ce soit plutôt » pour vous aller au devant. Je vous supplie d'y penser » (4).

Les desseins du comte étaient plus alarmants encore que Monluc ne le supposait. Mais il savait si bien tenir ses vues secrètes qu'il était à peu près impossible de les deviner. Le 21 (5),

{{) Disc, de la mort, . . de Montgomery, — J. de Serres, p. 345. — Davila, t. I, p. 498 — La Popelinière, f» 97. — Caslelnau. liv. VU. ch. VI. — Aubigné, liv. V, ch. M.

(•2) Monluc à Damville; 21 juin {Commentaires et lettres de Monluc; éd. de Ruble, 1864-72, t. V, p. 1G5.)'

(3) Chefs de partisans gascons, toujours ainsi nommés dans les pièces du temps à cause d(; leur communauté de vues non moins que de tilre.

(4) Le môme au même, 24 [Ibid, p. 160-108).

(ii) Gâches, Mémoires sur les giorres de religion à Castres et en Languedoc^ vd, l*radel, p. 90. — Faurin, Journal sur les guci^es de Castres, éd. Pradel,à colle date.

lirait k CaNtres aux acclamalions du lu foutu ut se voyait ussitdt ontourii des roligioimuirus les plus munjuuuts du lu lo>

ilitâ. Les visiteurs se décIarisreuL prêts il lui obéiraveuglémont. la osp^raient que le oomte, llallL^ par ces démoDslratîoos sym-

Lliiique», dévoilerait le molif de son arrivée inattendue eu .aoguodoc. La curiosité pulilique fui déçue.

— Jfl vous prie, s"écria-t.il,iie vous mett«z en peine pourquoi B «tiis Vftnu. Si ma vhomise savait ce que j'ai daus lu cœur, je brûlerai». >i

Vi&-2i-vîs des vicomtes il so départit pourtant un pou de sa êservo. II annonça qu'il avaitjordre do prendre le commandeil en chef du leurs forces respectives (l). Les divisions inlcsiuesdcs vicomtes «pour la jalousie du commandement (2) étaient

notoires que l'envoi d'un capitaine renommé, oxdusivomeuL hargé de donner de la cohésion à leurs cil'orls, était un prétexte ilaasihiu. Cependant, afin d'éviter de froisser les amours-propros une afTectation do défîanceîtrop sensible, il leur dit sous le eeau du secret :

H — Do par Messieurs les Princes, je veux faire certaines expélitions pour élargir le pays».

Il convoqua ensuite les consuls do Castres et leur enjoignit 'apprêter sans retard canons ot munitions « pour assiéger quel- ;ae» villes du contraire parti ».

Et un coup de main heureux sur la vallée voisine de Mazamot, Bstéeaus catholiques, acheva d'inspirer eu lui toute contiance (3).

Nuls ducumânls ne témoiguont mieux de l'hahileté ilu comte e MoQlgomery à cacher son jeu que la coriespondauce de lonlue. Les conjectures varient à chaque dépèche. Il n'en était lus b le croire simplement soucieux de barrer le passage à lamville Le il juin, il écrivait à Monsieur : « J'ai reçu avertissement que le comte de Montgomery est dans Castres avec

(0 La cammlflsian onicielie, signée des princes de Navarre et de Condé I dtlée de Samt-Vrifîi\-k- Perche, le 10 juiu 1560 (Orig., Arch. Nal.) l 1536], dot Il< rejoindre il Castrei.

(1) Ciwlelnau. lo:. cit.

(3) GKhei. JoR.KÎt.

» vingt enseignes de gens de pieds et six ou sept cents chevaux »; et d'en conclure : « Lorsqu'il entendra que le camp de M. Ts- » mirai s'approchera de la Dordogne, il prendra son chemin » en ce pays d'Agenois pour s'aller joindre avec les autres » (1). Le 7 juillet, c'est tout autre chose : « Il prend son chemin par D Auvergne... » (2) Lamalechance le poursuivait décidément: à peine voyait-il le comte au'nord-est et déjà loin que, celui-ci était signalé à Montauban, à deux petites journées de marche de Lectoure, oii il avait ses quartiers (3).

Cette dernière nouvelle était seule exacte. Montgomery était parti de Castres le 27 juin, y fixant au 27 juillet le rendez-vous général des troupes éparses dans le Haut-Languedoc ; fidèle à sa tactique, il avait eu soin d'insinuer que ce serait pour tenir la campagne aux environs de la ville (4). Son plan était de rejoindre vers la mi-août la grande armée calviniste, qui avait repoussé les royaux à la Roche-Abeille et allait assiéger Poitiers. Ces projets allaient être déjoués par les événements qui se passaient dans une contrée voisine et sur lesquels nous gommes obligés de nous arrêter.

De longue date, nos Rois convoitaient les possessions des roitelets de Navarre, dont l'indépendance était le seul obstacle à Tunité française aux abords des Pyrénées. En 15S6, Henri II avait inutilement tenté de les acquérir (5). En 1369, Catherine de Médicis jugea le moment venu de s'en emparer par la force : ordre fut donné au vicomte de Terride de les réunir à la couronne de France (6).

Les succès de Terride furent rapides. En moins d'un mois, iL emporta Pontac, Morlaas, Orthez, Lescar. Nay, seule, Tarrêta, et les horribles exécutions dont fut punie sa résistance terrifièrent^

(i) Dans Comment, et lettres de Monlw:, t. V., p. 173-175.

(2) Moulue à Damville, 7 juillet. {Ibid,, p. i8:>).

(3) Le môme au môme, 14 [Ibid,, p. 191).

(4) Gâches. — Faurin.

(b) Sur cette négociation, voy.: 1° Mgr le duc d'Aumale, op,cU.y t. I,p.43^ 2« M. le baron deRuble, Antoine de Bourbon et Jeanne d^Albret; 1881-86SÎ t. I, p. 110-115.

(0) La commission, en date du 4 mars 15G0, est impr. dans Olhagaray-i^ llisloire dt'S comtés de Foiœ, Bcarnet Navarre; Paris, 1029, in-f° ; p. 385*388 —

Pail (jai ouvril ses porles (lOs lu siicondo sommation. Pourf^tro naltros tl« tout le palrimoine de Jeunne d'Albrel, il iir rosUit «lus AUX Frmi(;ais qu'à preiidrft Navarreox (1 ).

Mais à Navîirronx s'élail enfermé le baron d'Anos, nuijucl la «ine de Navarre, partant pour La Rochelle au lendemain ilo la

ix (leLongjumcau, avaitconiiê lu régence. AUa([uée le ("mai,

^nlle tenait encore à la fin de juin (2). Apres plusieurs leutajvea infructueuses, les assiégés parvinretil X faire passer h La locheile un bill!*! ou ils |)eigaai(>nt leur di'lresse (3|. Sur-Ie- :hainp Jeanne d'Albret expédia ses pleins pouvoirs pour socouir Navarreiix et recomiuérir ensuite les provinces perdues an ;omte de Montgomery (4).

Le me&suge de la princesse bouleversait les plans du comte, (téanmoins il ne changea rien à ses dispositions premières; il ruvuni.:a pas rafrae d'une heure la date de l'assemblée des roupes des vicomtes. Aussi Moiduc ne con(,'ut-il aucun soupçon (S). Bien des années plus lard, en avouant dans ses Comnentaires (U) ses hésitations, son peu de créance <lans des avis [tri auraient dii l'éclairer, il terminera ainsi son récit : " PinalooeoLje reçus une lettre do M. do Noë, un de me» lieutenants, [ui contenoit : Monsieur, je vous adrise que le comte de Moitl- 'omert/ a passé l'Arièf/e. En lutit ce pays ne se montre perotme pour lui empêcher le passage de la Garonne... Je NE Kli8 IITCOUBH l>K MA VIE SI KUAUl! »

Il y avait bien, en effet, pour Monluc de quoi » s'ûbnhir » laoi eu qui venait de se passer, k son însu, presque sous ses

(I) Navarrenx, ch.-l. du canlon dcVnrr. d'OrUinz, Bas ses- Pyrénées.

(î) Botdennvc, IIUC de llfam f,I Xawrrt-, H. Raymond, 1873; p. 205. ES. 2U.

(3) Arros, Itnssjllon (gouverneur de Navarren\) et Salles (lieutenant de UBilIan). conjointcmenl, n Jcnnne d'Albrel, 3 juillcl (dans les Huguenots en jom ft BiasK-S'tvarre. nx. de pièces piihl. par M. A. Comniunay. (B8i>; .88-87),

(iï (^mmissicn signée de Jcjinin' d'Alhrcl et dali'c de l.ii ftochelle le OiBiUellOriB., Arch. Nnl., T. IS.lili.

{5| Vot. *es lellrea h DumviJlp do 17 cl -H juillcl ei ï aoOl [Ommeiil. rt

ttrtÊ, U V, p. (93, \H et 203).

(f) lUâ., I. UI, p. 2Sg-207.

Le 27 juillet, à midi, les trompettes sonnaient de toutes dans les rues de Castres, et chaque bande d'infanterie cavalerie se groupait sous son drapeau. En selle le premici briel de Montgomery fixe ainsi I*ordre de marche : 400 arq siers À pied constitueront la «c bataille », à la suite de la< prendra place le bagage, convoyé des deux compagnies d'à busiers montés des ciipitaines Risquerre et Saint-Victor cornettes lépfères formeront l'avant-garde. Enfin, il coi l'arrière-garde de sa propre escorte et en prend en persoi commandement : dans Texpédition qui s'ouvrait, le d serait, en effet, plutôt en arrière, du côté de Monluc et do ville, qn'en avant, où il savait les forces do Terride déc par la désertion et Tindiscipline. Quant à Tartillerie et aux gons de munition qui attendaient, alignés, son bon plai ordonne de les réintégrer dans leurs magasins, <( n'ayant qu*à couvrir son dessein ». II enjoint ensuite au prévôt ville « de ne laisser rebrousser personne à peine de la vie afin qu'on sache h quoi s'en tenir sur le cas qu'on devrait fa ses ordres, il fait pendre devant le front des troupes un t convaincu de viol. Puis il donne le signal du départ (<).

Avant la nuit le premier sang avait coulé. Au-dessus de Laurens (2), les éclaireurs du comte rencontrèrent un dét ment catholique et le sabrèrent (3). On marcha toute la nui point du jour on défilait en vue do Revel (4), (( qui eut peur, croyant être assiégée » ; mais on passa outre ; c s'arrrta cjue le soir à Mazèrcs (S), au-delà du Lers, affiue TAriège.

Ija journée du 3 août (6) fut Tune d(»s plus cruelles do h gue carrière de Monluc. Il s'accusait amèrement d'imprévo;

({) fiachos, p. 93. — Bordonavo, p. iriO.

(2) Piif/'LawrnSftiU], ch.-l. do, canton de Tarr. do Lavaur, Tarn. U) La Popcliniôrc, l. i, liv. xviii, f" 114. — Auhignô, *" partie, ch. XIV.

(4) Ri'vd, auj. ch.-l, do canton do Tarr. do Villofrancbe-do-Laura liauto-iîaronne.

(5) MazèreSf auj. roninnine du oanlon de Savordun, arr. de Pai Aricge.

(6) Gâches, p. 94.

ichail PII vain le moj-pii d'nrriHer son audacioiis advern dépèche sur-lo-champ un courrier à Terride, lui con-

lillanl de lever le siî-ge de Navarreox, de se rcplior sur Or- Ihez (1) etSaint-Sever (2), indique la route d'Eauze (.3) à Aire (i) par iNogaro (")), en Conditinois, conimo poiat de conceutralion à ses compagnies disséminées dans le Ilasadals ot l'AgonniH; ie sa poraoQDB il gagne Leclouro, d'où il invite Damvillo à le ^onir joindre : il se tiattait qun les cinq enseignes déjà réunies I0U8BOU étendard, uugmetiténs de celles qu'il allait rallier dans l«ft quarante-huit heures et des renforts amenés du Languedoc iBfle maréchal, suffiraient pouropposer aux protestants une infran^'hissable barrière avant qu'ils eussent atteint Navarrenx. [I avait même un instant espéré pouvoir, par une marche rapide iur Mauvesin (6), L'Isle-Jourdain (7) cl Lombez, arriver à temps pour leur disputer tu passage soit de la Save, soit, qui lail? de la Garonne. Mais un de ses officiers qui le rejoignit à Lectoure, " venant du pays haut », lui certifia « que les ennemis ^toiont déjà si avancés qu'ils pouvoionl être déjà en Béarn ". Il prit donc le chemin de Monl-do-Marsan. Le surlendemain il Stait à Nogaro, où lui parvint la réponse de Damville : celuî-oi refusait do sortir do son gouvernement >• puisque Montgomery voit passé l« Garonne >■ (8).

Réduit à ses seules forces, le lieutenant-général do Guyenne lut encore perdre deux jours à Aire ; les bandes qu'il avait convoquées ne paniissaienL point. Lorsque les ilouzc enseignes qui, ivec quelques compagnies d'ordonnance, composaient sa petite innée, se trouvèrent enfin au complet, on était au 8 août. Monuc se jugea trop faible pour prendre l'olfensive. D'ailleurs,

(() Orihn, auj. cb -I. d'arr., Basscs-Pïréiiéeî. iï) Saint-Sever, auj. ch.-l. d'nrr,, Lundea.

(3) Eaiiu, auj. cli.-l. dp cjinlon de l'itrr. de Condom, Gers.

(4) Airi*-»ur-('AJo«c auj, ch.-l. de rniiloii de r«rr. de Saint-Scver,l,nndc«. [S} Nogaro, auJ. ch.-l. do canton de l'arr. do Condom. Gén.

Un Mamesin, auj. ch.-l. de eanlon Au l'nrr. de Lectoure, (iera, (T) L'iik' Jourdain, arij. ch.-l, d« carton de Varr. Ao l.ombez, CcTi. (8) Pour lom ce para^raplio, comparez le ri-ah de Moriluc dans «m Comaenlairea et une lettre de lui .^ Damville du ^ aoflt {Comm. rt lettres, t. m, M7-S?0clt. v,p. 30!i).

depuis deux grandes semaines que Montgomery avait quitté le Languedoc, il était très imparfaitement renseigné sur son ilin/^raire. D'accord avec la prudence, il résolut de descendre TAdour, d^aitendre à Saint-Sever des nouvelles de Tennemi et les troupes de Terride (1).

Montgomery brûlait les étapes. De Mazères, où il franchit le Lers, à Miramont (2), où il franchit la Garonne, après avoir anéanti un poste catholique qui essayait d'en défendre la rive droite, le comté de Foix et le Comminges n'ont conservé aucune trace de sa course vertigineuse (3). De l'autre côté de la Garonne commençait à proprement parler le pays ennemi. Il fond sur la Bigorre qui tremble (4). Mais présentement il n'a qu'un but : sauver Navarrenx. Tout au plus prend* il le temps de faire un crochet vers le sud pour fortifier dans la soumission les habitants de la vallée d'Ossau, qui ne se sont pas déclarés pour la « protection » (5). Sacrifiant tout à la rapidité, il atteint le 6 août les frontières du Béarn (6).

Un messager entré à Navarrenx, le 25 juillet, et signalant son approche avait ranimé le courage de ses défenseurs (7). D'autre part, lorsque, peu de jours après, Damville manda à Terrido « de prendre garde, que Montgomery l'alloit attaquer », le général de Charles IX répondit :

(( — Je suis assez fort pour le combattre et je n'abandonnerai pas le siège » (8).

(i) Monluc à Damville, 8 août ; Commentaires de Monluc, liv. vu (/6td., t. III, p. 269 et t. V, p. 209).

(2) Miramont, auj. ch.-l. de canton de l'arr. de Saint-Gaudens, Haiito- Garonne.

(3) Bordenave, p. 258.

(4) Voir différentes pièces impr. dans les Huguenots en Bigorre, rec. de pièces publ. par MM. Durier et Carsalade du Pont, 1885, p. 19-21.

(5) Bordenave, p. 272.

(6) Ibid.y p. 259.

(7) Ibid.y p. 255.

(8) Monluc, Commentaires, t. m, p. 270. — Terride répondit de môme à des exhortations semblables de Monluc vers le 2 août {Ibid,, p. 266). — Le 22 juin, cependant, il avait é{6 sur le point de lever le siège (Monluc au duc d'Anjou, 27 juin, Comment, et lettres, t. v, p. 171 ; Bordenave, p. 259). Ce projet n'eut pas de suite et « mal lui en print » (Bordenave, loc. cit.) ; ainsi tombe la prétendue reciiâcation du savant éditeur de Monluc {loc. cil,)»

s'émiil [ins (lavfintdfïo ijnand le capilaîno ITorjçnes, qu'il ntenvoyt; en reconnaissance, Ini ilit avoir vu de Tarliea les Forces protestantps déliter en colonnes serrtïes dans la pUino ; ce dernier no les i5valiiait, il est vrai, qu*^ 2.000 hommes n fort mal armés et pirement montés ■• (1). Toutefois, lorsque M. de Bonasse lui donna a%'is de ^ay (2). où il lenait garnison, que l'année Kugnenote comptait 6.000 comhaitants et qu'elle était ïrécétlée do ■• iOO bons chevaux marchant en ordonnance de ^erre », la présomption do Terride se rhangoa en nfFolement, U décampa prûcipitamment, abandonnant deus pièces d'artillerie, qo! restèrent eiiibourK'CS devant Navarrenx. El, le 9 aoùl, Uont^mory faisait, au milieu d'un eitlhonslasme tout méridional, son entroe dans l'héroïque cité (3).

Le soir mi';me, le comte, victorieux sans combat, écrivait à ta reine de Navarre (4) : k Madame, suivant ce qu'il vous a plu me Il oommunder, je me suis diligemment acheminé en ce lieu " d'où vos t>nncmis se sont retirés un jour, devant que j'y sois i> arrivé, ayant pris le rbfmîti d'Orthez. nù est une partie de leur Il artîllftrie (l'autre est à Oloron) (Ht), et encore que l'armée -(lït » mervoilleusement lasse pour la longueur du chemin qu'elle a » fait, si est-ce que dès aujourd'hui je l'ai fait marcher pour les • aller trouver et faire mon devoiron ce qui sera possible. »

Navarrenx délivré, en effet, il lui restait àexécuLer la seconde, is plus importante partie de son programme. La prise d'Orthez illait titre le début de cette nouvelle campagne. Le l\ du mois, m peu avant raidi, les éelaireurs calvinistes attaquaient le fau- )nurg «lu Hépart, qu" les eaux vives du Gave séparent de la irjllc. Un détachement se porte à leur rencontre; mais, presiatemeut di'bonlé, il recule en désordre: pou s'en

Mia*e. (m. '■it.

j, nuj. ch.-l dp cil } Lotirc de Monlgorncn asplcmbro ilL-chiffi'.

lion di'. l'iirr. de I'hii, Rnsscs-Pyri'n^i^s.

, cilèe d;ms lu m.le siiiviinlu. — Oi-pCcAc d'A-

(irig., Ardi. Vu., h". i;il2. h" t(|.— Iturdcnnvtt,

Us Huguenots im Hfarn, p. 4S.

nuj. ch.-l. d'nrr., Rnssos-Pyrfn^es.

fallut que poursuivis et poursuivants n'entrassent pêle-mêle dans la place.

Montgomcry ordonne à sa cavalerie et à mille arquebusiers de passer le torrent. « Le gué étoit si mauvais, dit un contemporain, que jamais auparavant nul n'osa s'y risquer. Toutefois, il ne s'y noya qu'un capitaine et un gendarme. »

Terride observe ce mouvement : sa réussite, c'est la chute inévitable d'Orthez ; il porte sur le Gave toute sa cavalerie et une partie de ses gens de pied. Ils arrivent trop tard. Les réformés ont déjà effectué leur périlleuse traversée et occupent solidement la rive droite. Les catholiques, accueillis par une violente décharge de mousqueterie, se débandent. L'infanterie se jette sous une pluie de balles dans le faubourg et l'évacué après en avoir incendié les maisons et avoir rompu les ponts qui le relient à Orthez ; quant aux cavaliers^ ils gagnent la plaine et se sauvent

ventre à terre. Ce qui reste dans la place se hAte de l'évacuer, de chercher un refuge dans le château.

Orthez était pris.

Les habitants expièrent cruellement leur ingratitude envers la souveraine qui les avait comblés do ses bienfaits I « Us changèrent lors de musique, dit Bordenave. Ils avoient reçu Terride avec processions et danses. A l'arrivée de Montgomery, ils pleuroient, gémissoient etimploroient merci. Les cris et hurlements étoient si grands que les plus assurés en avoient horreur et que ceux qui épouvantoient les autres n'étoient guères moins épouvantés. »

Vers le soir, Montgomery, parvenu à grand'peine à calmer la fureur du soldat, fit sommer le château. Terride refusa de se rendre. Il espérait être secouru par Monluc, qu'il savait peu éloigné et dont il regrettait fort à présent de n'avoir pas écouté les judicieux conseils. Le comte était dépourvu d'équipages de siège. Il fut obligé d'en faire quérir à Navarrenx et cela retarda le dénouement de vingt-quatre heures. Le 14, il s'apprêtait à ouvrir le feu lorsque trois officiers catholiques, MM.d'Amou, de Bazillac et de Saiut-Salvy vinrent négocier la capitulation. Elle fut ainsi arrêtée : la garnison d'Orthez serait libre de se retirer

m lui Bembierait aprf^a dépdt de aes armes et do son artîU entre les mains dcn cogomîssaireM qui seraient désignéÂ~4 en upérflr la rt^tsise an prince de Navarre ; (juant aux geiitilshommes, il» dcmeurpraient iirisonoiors jusqu'à leur écliange contre dos religîonnairea do m^me qualité reienii!) dans lo parti opposé, ou le paiomont do la rançon k laquullo ceux-ci seraiimt tarés {!,.

La lettre de Montgomery, aunon(,^aul ses éclatants succëo k Jeanne d'Atbret (2), nous a été conservée. Dans cette relation, écrite h l'heure oiî est si cxcusnlilo reuivremeot du triomphe, nulle empliase. Des onze i^anons ou conleuvrines cnpturrs. des deux conioltes-colonnellos, des seize drapeaux d'infanterio conquis, de l'anéantissement du principal corps des env;ihisseurs il ne parle pas : n Madame, je vous ai ilerni^roincnt M écrit que les ennemis avotont deruîèroment levé le sîbge de ■votre ville de Navarrenx et que je les venois trouver en ce n lieu: ce que j'ai fait... Dieu nous en a donné la victoire ! Il Vous assurant. Madame, que je ne perdrai de temps pour vous « faire service tri'S humble et très agréable. «

La chalo rapide d'Ortliez entraîna celle de tout la Béam. Avant mémo que Montsiomory eût quitté les murs oii avait échoué ta fortune du roi de France (3), Mauléon{i), Lescar (5), Nay, Pau, Olornn étaient successivement évacuées par les gouverneurs ipie Terrido y avait mis. - Toutes les places donc réduite» en l'obéissance de la reine, le comte s'en alla A Pau où lo 22 août furent rendues grflces solennelles 4 Dieu de la délivrance du pays ». L'exécution de <• quelques-uns des plus cruels ennemis de ceux de la Ileli;j;ion vengea les pendaisons multiples, auxquelles avait présidé le farouche Henri de Navaillcs, qui

{IjBordcnnvr.p. Jli6-27l.— I.o texle complet de la capilulHlIonw Irotive. «vecUUile Aes principaux prisonnien, dans Les Huauenotê en lldam.,., p. 40-S3.

{i]]iii 10 &oiiHlbtd.. p. t8). —Autre, semblable, du même jtiur au prfncc it KiiTarre. duiiB H. de 1^ Ferrièra, Ln yormuniiii-..., p. lOU.

(3i Lotlres de MontamHl, SI août, du mt>mc cl de Uont^omcr]' [sépurèment), 33 {Us hug. rn B/arn. p. 53-00). — Bordenave, p. 277-280.

H) UaïUfon, QuJ. vh.-l. d'arr., Banses-I'frCnL'es.

(5) Lvsmr, ch,<l. de canton de l'arr. de l*au, Ba«seB-Pyn>nAe(i.

s'était, lui, dérobé par la fuite au juste châtiment de sa tjrrannie. Son lieutenant, Bertrand de Miossens, seigneur de Samsons, était resté à Pau ; il allait payer pour son chef, lorsque les protestants, auxquels il avait témoigné de la pitié^ intercédèrent en sa faveur et le sauvèrent du supplice, « étant jà entre les mains du bourreau ». Là se bornèrent les rigueurs du comte de Montgomery, qui publia ensuite une amnistie pleine et entière (1).

Rien ne retenait plus Montgomery en Béarn. Bayonne réparait à la hâte ses remparts, s'attendant à une prochaine attaque (2). Mais ce fut la Bigorre qui, au sortir de Pau, reçut sa visite. En cinq jours il y eut restauré Tautorité de Jeanne d^AIbret (3).

Monluc n'avait pas essayé d'enrayer la promenade victorieuse de Montgomery. Il s'était contenté de prendre au rebours la route que, marchant au secours de Terride sans pouvoir le sauver, il venait de parcourir, harcelant Damville de demandes de renforts (4), auxquelles le maréchal demeurait obstinément sourd. Sur la nouvelle prématurée que l'ennemi, en quittant le Béarn, tournerait vers le Condômois, il rebroussa chemin de rechef après avoir poussé une pointe sur la route de Tarbes (5), Le 31 août, il écrivait à Damville (6) : « Monsieur, j'ai reçu la » lettre que m'avez écrite par ce courrier et vois bien que vous » êtes résolu de ne bouger de vers Muret (7), qui est le contraire » de ce que j'espérois de vous. Car le capitaine La Vallette » m'avoit dit que vous désiriez combattre, ce que vous ne pou- » vez faire, ainsi faisant, et vous en vais bailler la figuie. En » premier, il n'y a rien plus certain qu'ils sont à trois petites » lieues de Saint-Sever et à cinq de Mont-de-Marsan, où ils

{\) Bordenave, p. 222, 263, 280, 281 et 284.

(2) Sa municipalité rappelle ses craintes d'août 1569 dans une lettre du Roi du 13 avril suivant (Orig., B. N., f. fr., 15531, fM95).

(3) Il entra à Tarbes le 1" septembre (Pièces publ. dans Les hug, en Btflforre, p. 125 et 162).

Peu après* le capitaine Bénac prit lourdes à la tôte d'un détachement qu'il lui avait confié (Bordenave, p. 286).

(4) Lettres des 12, 15, 2i, 22, 23 août {Comm. et lettres, t. V, p. 2i 0-222 u

(5) Du môme au môme, 26, 27, 29 août {/6id., p. 223-231).

(6) IbifL, p. 234-236.

(7) Muretj ch.-l. d'arr., Haute-Garonne.

iront en un scnl jour. De làjusqucs ùTlionenx et au Mas (I), i où ils prolendent passer la Garonuo, il n'y a que dix lieues, I lesquelles ils foroul en deux jours à leur aise. De là où ils sont I jusques fi moi, il y a douze lieues, ol d'ici jiisques à vous, quatorze, qui sont vingt-six. Avant que je sois adverti de leur partement, ils seront ft Mout-de-Marsan, et, plutôt que celui par lequel je vous adverlirai soit i vous, ils seront suite bord de la rivi<';re. Or regardez, s'il vous plait, si, pour bonne diligence que vous puissiez après faire, vuus les sauriez garder do passer, ayant h cheminer vingt-huit ou trente lieaes ! Si vous voulez advancer ea(;à, nous secourerious Sainte Sever qu'ils emporteront et peut-être Dacqs (2|. n Do guerre lasse. Moulue se replie sur A^en (3). L'enlMement te son collègue réalise de point ou point ses prévisions. Mont-de- IJarsanacceple la garnison que lui envoie Moutgomery. A ftainl- ^ver, il y avait deux enseignes catholiques, elles font leur sounission sans coup férir; mais M. de Bassillon. qui la re(;ul, poinmit lu faute de leur permettre de se retirer à Dax (4), que le bomto pensait trouver « dépourvue >i. GrAce k la négligence, ^at-étre lutentionnelle (o'i de Bassillou. il dut renoncer à s'en HDparer (6).

Hevenu en CondAmois, il écrivit à Jeanne d'Albret(7). "Madame, vous entendrez, s'il vous plait, que tout votre pays de B6aru et celui île liigorre sont en votre ohi^ssance el f> aussitât après me suis acheminé par deçà, où se sont rendus les chltteuux et villes de Marsiai^, Sainl-Scver et Mont-do- Marsan. Et il y auroit moyen du faire beaucoup eu ce pays, si

(t) Tnnnirins, tt Mas d'A'jenaU, auj. ch.-l. de canlotis de I arr. de Murmando, Lol-Gl-CiiraniiQ.

(!) Dax, auj. ch.-l. d'arr. (Landes;.

(3) Monluc à Uanivltlu, i Biipteinbre iCoiivn . et lellref, (. V. p, -2381.

(4) Bordena\G, p. 2S6.

(5) Voir ci-après.

(8) Dans une lollre à la Hdne-rnère du 21 avril IS73 |Orig.. B. S., t. tr., ISS57, f* lo3), la muiiicipalili- de Uux rappelle " la fidùlil^ que les pauvre* InbitlDl» ont gardË pendant les pri^i^iditiils troubles, ciyrmt PU MonVjomfry ' yiotti contre escalndts ft déliltèrutiotu. ■■

(7) Lettn du 1 1 scplembn.'. {Les Uu-jumoU fit hium, p. Ui] . i

» j'avois ce que je vous ai demandé ! Soit pour faire ici séjour, » soit pour ma retraite, il est besoin que j'en aie. »

Ses plaintes étaient fondées : car, dès le 9 août, il mandait à la reine : « J*ai par ci-devant remontré à Mgrs les Princes et » M. Tamiral que, s'il leur plaisait m'envoyer douze ou quinze » cent chevaux, ils vous apporteroient avec ce que j'ai un grand » contentement et à la cause, et mettroit-on le tout en repos et )> sécurité ». Depuis, il n'avait cessé de revenir à la charge, et cet inexplicable silence lui arrachait le 5 septembre une triste exclamation : « Je crois que je suis mis au rang des péchés » oubliés. D (1)

Cependant, le 10, M. de Marchastel, trompant la vigilance de Monluc, lui amena 300 chevaux. Mais ce renfort était insuffisant, et son « conducteur » le constatait lui-même, le 19, en ces termes (2) : « Madame, parce que M. le comte de Montgomery vous » écrit le besoing qu'il a que Votre Majesté lui envoie quelques » forces, je ne vous en dirai autre chose, fors qu'il y va pour » vous de grand gain à la cause ou do votre grandissime perte».

Le môme soir, les éclaireursde Monluc occupaient Grenade (3), que sa garnison protestante, prévenue de l'approche de l'avantgarde ennemie, avait dû évacuer peu d'heures auparavant. Mont-de-Marsan fut repris, malgré la vive résistance de la poignée de calvinistes qui le défendaient: ils furent tous passés au fil de l'épée, et Tauteur de la Bible du soldat (4) a le triste courage de se vanter que ce fut par ses ordres exprès : cetie odieuse tuerie, il ose l'appeler la revanche d'Orthez (5). En même temps les Bigourdans, qui s'étaient montrés les plus acharnés partisans de la << protection », s'agitèrent. Grâce à la connivence des habitants et du lieutenant du gouverneur qu'y avait établi

(1) LcUrc (le Monlgomery des 9, iG, 23 août, 15 septembre, précitées.

(2) Ibid, p. Co.

(3) Greiiadisur-Adour, auj. ch.-l. de canton del'arr. de Mont-de-Marsan. Landes.

(4) On sait qu'un grand homme appelait dAu^Wes Commentaires de Monluc. '^^ Dainville au Roi, 21 septembre. (Copie moderne, B. N., Collection des

raphes de Saint-Pétersbourg, vol. o3, f*» 57.) — Monluc, Commentaires^ p. 320 et 328, — Bordenave, p. 287.

Montgomery, Lourdos (1) rotomba au pouvoir du iiipiuiua Bonasse, relire depuis sa fuite dâ Nay dans la vallée d'Aape (â). Lo29 suptemlirc, rcleiilità Bagoferes i< cri» pour reprendre les armes de par le lUiy >i (.'<].

Montgomery avait reculé derrière lo GavB(i). Il riposta en poursuivant la mise sous séquestre de tous les bénéfices ecclésiaaliiiuesrulevaut de la reine de Navarre (S), etenconvoquantà Lesr.ftr un synode nîi.sous son inspiration, \e culte catboliijuefot inlerdiljusqu'fmouvel ordre diin» lus états de Jeanne d'iVlbrut (6).

lia vent do tadiscorde souftlait aussi sur le Uéarn et la liasse- Navarre. Toutefois, trouvant peu d'appui daus la population, ces mouvements furent aisément réprimés. Muuléon, attaijué par le baron de Luxe, put ùlre secouru ii temps (7), et M. de Bassillon, gouverneur de Navarcenx, fui tué on ploiuo rue par deux de ses officiers, comme il s'apprêtait k livrer en trahison la place aux émissaires de Monluc (8). Bordenavo blAme sévèrement le comte de Montgomery d'avoir été l'insllgaleur du meurtre : <i C'est un pernicieux exemple, dil-it, ut do la piru conséquence de faire mourir les bommes sans les ouïr, convaincre ni condamner, et doit être pratiqué qu'en un danger très émineut, et qu'où n'ait moyen d'y procéder par la voie de justice, » Cerlos, on doit applaudir aux sentiments qui ont dicté ce rigoureux verdict. Mais le « danger très éminent », qui, selon le ministre du Nay, aurait seul excusé Tacio de justice sommaire qu'il flétrit, n'esistait-il donc pas quand le bruit courait que quati'o mille Espagnols

')) tiurdti. nuj. ch,-l. Jh canton ili> l'urr. d'Argelè», Hautes-Pyri^ni^os.

(3) Uainvilli! au Itoi, -îi sep m m lire. (Copie, [). N., aurog. du StiiU-lMter»bourg, vnl. le:), t" Si.) — Sponde k Jeaniic ilAlbret, 29 ( Le» kug. rn Béam. j. 73). — UflcilPtiuïe, p. 2m.

(3) Uocuiiiciitft impr. dans Ln hig. m Bigarre, p. 3'J-\2.

|i) Sun ([UHrUor-g^aLTa] était à SttUes-de-Béarn (uuj. th.-l. de Ctinton de l'urr. d'OrlIie/.. (tuitses-l'fi'i^ui^eB). — lluvaitiuiiioocC- celle rnlrnite à Jeanne d'Attirel pur lelUe du 2S aepleriibro (Lci Auy. enBénrn, p. G8].

(H) Haudonicnt dalô de Salles le ïoctobro (Copiû du .Wll* ^èclc, Bibl. ut U Siii?. de riiist. â\x l'ruleHl^irilîsine Fraiinilg, CoUi^clion llultiian de VilUMS).

{() VeOtc prccili*^o dn Spondn.

g) BorL'enave, p. •iHS.

) Lettre pn^citée de Spondc. — Bordi>nu\c, p. 2li. — La Popelinièrc, L 1, Itv. VUI, [^ lU.

étaient à la veille de franchir la frontière et de faire cause commune avec Monluc pour restaurer la « protection » (1) — ou, qui sait? établir Tautorité de Philippe II sur le versant nord des Pyrénées (2)?...

Si les dispositions du Béarn et de la Basse-Navarre favorisaient les efforts de Montgomery, la Bigorre, au contraire, avons-nous dit, lui était franchement hostile. Il avait d'autant plus de raisons d'en être courroucé que, cédant aux instances du baron de Lons, il n'avait levé sur elle qu'une contribution insigniiiante (3). Le 5 octobre, il écrivit à ce dernier : « Adver- » tissez ceux de Bagnères que je m'achemine par de là, que, » si vous n'avez leur argent, je les ferai brûler et démolir leur » ville du raz de terre » (4). Les insolents Baguerais ne firent cas de la menace (5); ils se croyaient garantis par les bandes du colonel d'Arné, auquel Damville avait conféré le titre prétentieux de lieutenant du Roy en Bigorre, Rivière et Pardiac. Mais, le 13, ils recurent simultanément la nouvelle de la défaite du brave Arné au bourg d'Estampures (6) et ce terrifiant billet du vainqueur (7).

(1) Lettre précitée de Sponde.

(2) Philippe II avait fait offrir ce renfort à Charles IX par rintermédiaire de Monsieur, en recevant la nouvelle de la victoire de Jarnac, niaDifestant toutefois le désir *< qu'il fust plustost employé dans les terres de la royne de Navarre qu'ailleurs ». (Le duc d'Anjou au Roi, i3 mai; copie moderne, B. N., auVog. de Saint-Pétersbourg, vol, 22, f» 20.) Cette insistance, rapprochée des convoitises bien conimes de leur auteur sur lesdites « terres », nous induit à soupronner que Sa Majesté Catholique aurait été enchantée d'y jouer, en la circonstance, le rôle du troisième larron de la Fable.— Quoi qu'il en soit, Charles IX accepta les quatre mille hommes en question. Mais ceux-ci abusèrent de la proverbiale lenteur castillane. Le 17 juillet suivant. Damville écrivit à Monsieur n'avoir rion appris encore de la venue par lui annoncée dix jours auparavant comme imminente (même collection, vol. 103, f*» 56), et, le 1®^ septembre, Monluc, en l'averlissanldeleurapproc/it', ne fixait nullement la date approximative de leur arriiéc m Gascogne (Comm.et lettres, t. V, p. 235).

(3) Documents des o et 6 septembre (Hug. m Bigorre, p. 33-38).

(4) Impr. ibid.y p. 40.

;5] Voy. leurs délibérations des 6, \) et 12 octobre {Ibifl.y p. 48-51 et 55).

(6) Déposition de Raymond de Pujo dans Tu Knquéte sur les ravages des Huguenots en Bigorre » (I6/d., p. 210). — Cf. Bordenave, p. 289. — Estampures, aujourd'hui ch.-h du tant, de Trie, arr. de Tarbes, Hautes-I^rénées.

(7) Ou, pour mieux dire, deux billets, écrits coup sur coup et absolument identiques quant à la forme. Nous ne reproduisons que le premier, le plus remarquable par la forme et la concision. L'un et l'autre sont imprimés dans Les Huguenots en Bigorre, p. 58 et 59.

•' CoDsuls de Kn^nères, ne faites faute à peine de la vie fi d'élre samedi malin (le 15) à Lahitolle, où je fais servir. Là, >< continuait il avec une sanglaatc ironie, vous trouverez le sieur H d'Ame et sa compagnie (jui parachëverout de tenir vos Etats. Il Adieu. >'

Pourno pas l'irriter davantage, ils décidèrent dp se transporter Bur-le-champ au rendez-vous fixé et de lui remettre les 2.1)00 écus auxipiels ils étaient taxés (1). On jugera de leur frayeur, h eux naguère si arrogants, par la curieuse dt'libératîon du 15 octobre (2). C'est A qui invoquera la meilleure excuse pour ne pas faire partie de la délégation envoyée au comte.

Gahriel de Muntgomery était définitivement maître de la révolte. Damville, qui un moment avait secoué son apathie et contribué à le chasser du Marsan et de la Bigorre, ne goûta pas la proposition de Moniuc " de se mettre en queue du comte relire en Iteam » et était retourné dans son Languedoc (:)]. Moniuc dut assister, impusnible, à la reprise du Lourdes par le barou de Lons. Bonasse, chassé une seconde fois et traqué de vallée en vallée par Bernard d'Arros, fut obligé de chercher un refuge dans les gorges ïuaccessibles de sa frontière d'Aragon (4).

C'en est fait dea rêves de domination de nos Rois sur ces provinces jusqu'au jour oi!i Henri IV les réunira par droit d'héritage ! au patrimoine de la Couronne et complétera ainsi au sud-ouest I la France des Valois !

(<) Délibération du 13 octobre \Ibid.t p. 57}.

(î) Ibid., p. 68.

(3) Hoiiluc, Commentaires, t. ui, p. 331.

(t) Lellre prtcilëe de Spondc. — Hordenave,

Au moTnent on la Bigorre, frémissante, courbait la tête sous a main de fer qui l'élreigunil, Montgomery, longtemps privé de nouvelles directes lies mouvomeats de la grande armée protesanto, reçut la dépèche suivante (1), signée « HENRY, HENRY DE BOURBON (2) » :

Monsieur le comte, pour ce que nous sommes ccrlains quo » nos eaneuits publieront et exagéreront les résultat» de la bataille qui s'est livrée hier entre Moncoiitour et Mirebeau, nous avoDB voulu vous les mander sommairement et vous dire que, Il quoiqu'il n'ait pas plu à Dieu àe noua donner la victoire, les perles (lu moins se sont équilibrées dételle sorte eulre les deux partis quo, si nous avonr. perdu une grande partie de notre inn fanterie, nos ennemis ont en échange perdu une grande partie de leur cavalerie.

n Dieu a protégé les principaux gentilshommes el capitaines h de cette armée. Tous sont sains et saufs, à la réserve de M. l'amiral qui a élé blessé ; mais sa blessure n'est point ^norteltc, grdce à Dieu, ni mùrae grave. Nous assemblons des forces de

(l)KouR noin connaiseonf que par une Iraduclion en espngnol (Arch. ill., K. t&l3, n* 90), que nous rctrantiportons dam an langue urigiuuire.

{i) Cette double signature liguri^ »ur Ions les acte^ oftidets du parti itrormé depuis la butaillc do Jarnac cl la mort du prince Louis 1" de

» toutes parts, afin de reconstituer notre armée. Toutefois, U )> plupart des gens de guerre réunis n'étant pas équipés, il est » impossible que nous reprenions TofTensive sans les troupes que » vous et messieurs les vicomtes tenez par delà» lesquelles nous )> ont fait bien grande faute en deux batailles qui ont eu lieu » depuis le commencement de la présente guerre et nous sont » aujourd'hui plus nécessaires que jamais : sans elles, Tétat gé- » néral de la religion en ce royaume et le salut des particuliers » par suite seront compromis. A chs causes, nous vous avons fait » la présente, pour que, si vous désirez éviter un extrême péril » aux églises de France, vous vous hc^tiez de vous rapprocher de » nous avec toutes les forces que vous avez et pourrez réunir, » et nous fassiez connaître la route que vous suivrez, afin de » nous pouvoir joindre ensemble.

» La nécessité qui nous presse actuellement est de telle )) importance que nousvous prions do nouveau de Texposer aux » capitaines de votre armée. Nous vous aviserons aussi que » nous avons recruté en Allemagne 6.000 reitres, qui viennent » à notre secours de la part dos princes protestants, lesquels ont » fait cette levée au premier signe. Si donc il plait à Dieu que » nous réunissions nos forces, il y aura, ce semble, moyec de » résister à nos ennemis. Et, pour ce que nous nous assurons, » qu'il no se produira de votre cht-f ni difficulté, ni retard en ce » que nous vous demandons, nous ne nous étendons pas en » recommandations plus longues, sinon pour supplier Dieu qu'il )) vous ait en sa garde.

.» Niort, le 4 octobre 156'.». •

Le ton pressant do ce message ne permettait pas Thésitation. — « J'ai eu aujourd'hui avis certain, écrivait Monluc au roi, le » 18 oetebre (1), que Montgoinery est sorti du Béarn, laissant » audit pays bonnes garnisons et l'artillerie et qu'il est à cinq » lieues d'Aux, pour s'en venir passer la tlaronne, et on a opi- » nion que ce sera binn facile à faire, d'autant que M. le maré- » chai Damville, avec toutes ses forces, est allé assiéger Mazères,

{\] Dans Comment, tt htlres de Monlw, t. V, p. -242.

— IIK — » et moi je n'ai qiio trois compagnies de gens d'armes ol six >■ d'iiifunlerie, Lien i»iu pour les om|iècher. »

Il n'en fut \)H8 ainsi. Le comte, se bornant h tenir en respect la Cbalossti {>ar une lettre énergi<]ue (1), adressée aux bourgeois de Marciac, i]ul faisaient difticullé de payer les sommes par eux promises bon gré mal gré « pour la cause », tourna vers le Coudâmois. Éauzo, dondom ouvrirent leurs portes sans comiiat (2).

Jl était Lien résolu à ne pas attendre dans l'inaction l'arrivée âes princes »jui s'avançaieul par l'Angoumois et le Limousin (H). Les manœuvres et les projets contradictoires, que lui attribuaient les rapports envoyés de divers cités à Damville et dont celui-ci ne parvenait pas à démêler l'apparente incohértLce {i). — tautiM ■ un recul de trois lieues u, tantôt ■■ des desseins sur la Garonne ». do compte à demi avec les partis biigiienols formant la garniiion de Montauban — , étaient tous également exacts et concouraient h l'un de ces coups d'audace qu'il affectionnait.

L'occupation d'Auch, le i"' novembre, par le vicomte de Sérignac, qui conduit son avant-ganie (.">}, sa propre course à travers l'Armagnac jusqu'à la Save (fi), portent l'eiTroi au cœur du Languedoc. Le parlement de Toulouse le croilà ses portes, et expédie à Charles l\ une dépêche affolée (7). La semaine d'après, il est rentré dans ses cantonnements du CondAmuis aus»î vile qu'il s'en était éloigné. C'est au tour du Bordelais de

(1) Du 2" OLlnbreitei llug. m Bigorri; p. 3'J, noie t).

l'i) 11 entrsâ Éflttze le lU, à Condom le '22 [Monliic au Roi, ïî octobre; Cotnni. et Itliret, t. V, p. 244). — cr. Monluc, Commentaires, t. III, p. 34t et 345, Bt Dupleix, Hù(. Qùiirine dr Fmnte. ICâl-43, 1. III, p. 712.

(3) Coligny & Jfannc d'Albret, il oclobrr {Le» Hug. en Big-ire. p. 96-98), llri annonçant «on Ues*ein d'aller passerlaDordogneà Argentac {auj. ch.-l. de canton de l'arr. de Tulle. Corrèeej.

{tj DamtillQ dans une lettre au Hoi, du t" novembre, en parle Ion ^e- Dteiil, mala avec unu exlrl!me confusion, qui indique bien qu'il n'\ lomprenait rien. (Orig-, B. N., f. tr., IS.ioO. ^ 93).

(S} Montgomeri auxconïuls d'Auch, Coudoiii, 3 novembre {Les llvg. en Sitforre. p. "a. nule i). — Uirorgue, llUt. d'Auch, I85i, t. t, p. IHI ; d*aprè3 les registres municipaux.

(8) Le» SUi-j. "I B'gorre, p. 73. iiole'2.

(7)" ËHcript a Toulouse en Parleiiienl, le cinqiiiirme jour de novembre 1588. .' (Orig-, a. S., f. tr. IliSSO, f* lOli).

trembler. Basas (1), Gasteljaloux (2) repoussent, il estynd, les détachements qu il y envoie. Toutefois de semblables bicoquei n'étaient pas pour arrêter longtemps le vainqueur d'Orthez. A la veille de les attaquer, un nouveau message des princes le décida à abandonner ce dessein (3), et il s'achemina vers le con* fluent de la Garonne et du Lot (4).

Les royaux ne pénétraient guère le but des mouvements des deux corps d'armée qui étaient près de se réunir. Us savaient bien que celui de Montgomery était (c deçà la rivière », celui de l'amiral «delà». Mais serait-ce l'amiral qui passerait d'Agenais en Gascogne, ou, au contraire, Montgomery qui passerait de Gascogne en Agcnais? Le 1*' décembre encore, le bailli de Bordeaux mandait au Roi : « Sire, fermant la présente, est venu un homme » qui partit hier d'Ëguillon (5), et m'a dit que le bruit est qu'au- » cunes troupes de Montgomery, qui avaient fait quelques cour- » ses pour le sommer, s'en étaient retournés sans rien faire ; mais » il est vrai qu'on dit pour certain que M. de La Gaze et La Loue » avecques quelque partie de l'armée des Princes étaient venus à » Clérac (6), qui n'est qu'à deux lieues dudit Éguillon. — J'espère, » ajoutait récrivain, que dans deux jours nous verrons ce qu'ils » peuvent faire (7). » Ces nouvelles avaient, en effet, besoin d'être éclaircies !

(1) Le 12. — Sansac au Roi, Bordeaux, 15 novembre. (Archives historiques de la Gironde, t. XVII (1877), p. 315; la date 1565 est évidemment une erreur de lecture).

BazaSy auj. ch.-l. d'arr. de la Gironde.

(2) Dupleix, t. III, p. 711 et 731. (C'était son père qui défendait Casteljaloux.)

Casteljalouxj auj, ch.-l. de canton deTarr. deNérac (Lot-et-Garonne).

(3) Dupleix, loc. cit.

(1) Pendant son séjour à Condom, il écrivit encore aux habitants de Bagnères-de-Bigorre, qui n'avaient soldé qu'une fraction de leur contribution de 2.000 écus, les menaçant de son courroux, s'ils n'achevaient de se libérer sous trois jours. (Lettre du 18 novembre dans les Hug. en Bigorre, p. 76).— Les Baguerais se hâtèrent d'obéir. (Délibération du 29 ; lôtrf., p. 73).

(5) Aiguillon^ auj. commune du canton de Pont-Sainte-Marie, arr. d'Agen (Lot-et-Garonne).

(6) Chirac, auj. commune du canton de Tonncins, arr. deMarmande (Lotet-Garonne).

(7) Lansac au Roi, 1" décembre (Arch, hist, de la Gironde^ t. X (1870), p. 348 et 349).

yuel était en réalité te plan mystérieux de Coligny? Nous le demandiToiiB à titi homme que ses talents de diplomitte et da militaire lendnipnl capables d'embrasser les détails de cette vaste ooaceplion. n Ce qui porta l'admirai à entreprendre ce long voyage, comme il me l'a dit depuis, raconte Castelnau(l), cène fut tant pour se rafraîchir, comme quelques uns disoient, que pour ee fortifier des troupes du comte de Montgomery et autres de Gascogne et Béarn, qui éloient à sa dévotion, qu'aussi pour prendre celles que Monlbrun, Mirabel, Saint-Germain ut autres chefs prometlaieut en Languedoc et Danphint>, attendant les secours qu'où lui faisait espérer d'Allemagne, aiin que, toutes ces forcesétant réunies, ils pussent être en état de venir aux portes de Paris pour tenter encore le hasard d'une bataille. »

C'était donc Montgomery qui devait franchir te fleuve. Le Fort-Sainte-Marie dont il avait fait choix est en amont d'Aiguillon. I) avait à craindre que Monluc, qui était revenu à Agen, n'essay&t de lui barrer la route. Or son intérêt n'était pas d'engager une lutte où il aurait peut-être l'avantage, mais qui en tout cas l'afTai 1)1 irait et pourrait nuire aux projets de l'amiral. En conséquence il imagine une diversion. Il quitte 61' improviste les bords de la Garonne, se porte à toute vitesse en Lomagne et donne une chaude alerte au bourg fortifié de Moirax (2). Moulue, prévenu, accourt aussitdl; mais, quand il atteint le village, le comte a déjà abandonné son entreprise simulée et garni si solidement la rive gauche du lleuve au-dessus et au-dessous qu'il l! fallut renoncer k l'inquiéter (3).

La fin de l'année vit s'opérer sans obstacle la jonction des deux armées (4).

!• Point ne faut demander, s'écrie La Noue (3), ai le comte de

(I) Miouim, tir. Vil, ch. su .

(SJ Voiras, auj. commune du canton de la flume, arr. d'Agen, Loi-el-Gs* roone

(3) Mnniuc, C'intmeii(,, I. lit, p. 37 J.

(i) H. de UViiuguyon d In Hdno mère. Il di>cembre (Urig., B. N., f. fp., 15850, r- l!)8).^ColiBtiy à Jeanne d'Albrel, 84 (les Hug. m B*am,]f. (03.— ton).— Monluc, Commmt.. t. III. p, 376.

{ri) ùite. poi.eimmi.,p. fl«s,

MontgoDiery fut bien caressé à son retour 1 » Bordenave (1), de son côté, ne trouve pas de paroles assez louangeuses pour exalter cette merveilleuse campagne, « si prompte, a-t-il écrit, que le comte pouvait dire ce que disoit César après la défaite de Phar* nace : Je suis venu, fat vu, f ai vaincu, ou ce que disoit le pape Alexandre II du roy de France Charles VIII : Il est venu à Naples, avec des éperons de bois et la craie en la main de ses fourriers, » En regard des éloges de Tami, des éloges du coreligionnaire plaçons ceux de l'adversaire : « Il faut confesser, dit Moulue (2), que de nos guerres il ne s'est fait plus beau trait. Capitaines, mes compagnons, qui a acquis cette belle gloire au comte de Montgomery ? Certes, la diligence dont il usa i».

Ce dernier eut désormais sa place au conseil supérieur de l'armée protestante. Il y venait immédiatement après Tamiral (3) auquel Tassociaient du reste, avant qu'on lui conférât cet honneur, les injustices et les perfidies de la cour.

Lorsque le transfuge Domiuicod*Alba avait été convaincu d'avoir reçu la mission de « tuer ou empoisonner Gaspard de Coligny, n'avait-il pas avoué à la question que la mort de l'amiral devait être à bref intervalle suivie de celles de plusieurs autres chefs, Montgomery en tète (4) ?

Lorsque, déçue par la découverte et le supplice de ce digne collègue de Maurevert comme « tueur du Roy » (5), la Reine-mère lit prononcer par le parlement de Paris la condamnation capitale et Texécution en effigie des principaux calvinistes, elle n eut garde d'oublier notre héros sur sa liste de proscription (6), et

(i) Uisi deBéam et Navarre, p. 285.

(2) Comment., t. III, p. 285.

(3) Dans un acte du 20 août 1570 (impr. dans le Musée des Archives Départementales, 1878, p. 347), rendu au nom des 19 chefs les plus (*n vue, quatre de ceux-ci ont signé, et dans cet ordre : Henry; Hknby de Boubbon ; Chastillon ; G. de Mongoinmery.

(4) J. de Serres, Mém de la 3^ g, civile, éd. de 1571, p. 401 et suiv. — Aubigné, 1" partie, liv. V.,ch. xvi.

(5) Maurevert, dit Brantôme (t. IV, p. 251), « touchoit pension commp si ce fût été le tueur du Roy, non pus pour tuer le Roy, mais gagé par Sa Majesté pour tuer les autres. » — H eût été plus équitable d'appeler ce brigand : le tueur de la Reine-mère. Snum cwque!

(ô) Son arrêt, daté du 24 novembre 1569, existe encore en copie du XVfi* siècle aux Archives Nationales dans le registre U. 815, f<^* 17 et 18.

— ins —

deux mAimequins, l'un à aa ressemblance, l'autre " suivant la portraiture » de Coligny fiireut accrochés côle à côte aux fourches patibulaires de Montfauron (1).

Le témoignage d'estime que lui dunnaient ses ennemis en le rangeant dans leur haine à cAté de l'amiral, l'enthousiasme qui l'accueillit au l'orl-Sainte-Marie, les litres glorieux de n libérateur du Uéarn » (2), de « dompteur de la Gascogne » (3), dont il fut salué, payaient amplement le comte de tant de fatigues, de taul de dangers. C'est ici, croyons-nous, le lieu de laver sa mémoire d'ùdietises imputations dont les histaridus méridionanx usopt elTorci^s de la ternir.

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!un des griefs les plus graves lontro Montgoinery, c'est la dévastation des contrées qu'il ramena sous l'obéissance de Jeanne d'Albrel (4).

Mais ces ravages provenaient-ils vraiment de ses ordres? Ecoulons ce que dît à sa décharge Bordonave, écrivain protestant il est vrai, mais dont personne n'a jamais susiieelé l'impartialité {S) ; " Le comte fit publier à Puu un pardon général. Mais cela ae put empèi-hor (jne sus soldats ne liâsent prou de désordres ; car, encore qu'ils ne rançonnassent pas les personnes, ils fouilloient couvertement dedans les bourses de leurs htMes, et ceux qui gouvernoient dedans les villes preaoient — non des

(i) Arrêt d-dessua cir(^. — Cf. une dépêche d'AIavn du fi aoill 1370 (D6chiffr. orig,. Arth. >Rt.. K. 1510, a' 68) cl CI. H.itoti, Ui'm.... p. S63 et M6: eo d«riter fui le ti*jnoiii de lexécution en elUgie dp l'siniral,

(2] Bordeimve, p. 20 1.

(afBranli%me, t. IV, p. ;io8.

(4) Voy. & Cl! sujet mi long arUcIe dr M. N. Wpiss, dnns le Bulletin île la Soc. * l'Iiiil. du proUntanOmiie francaU. n" du 13 Février i88S,à propos de la pnbticalion si souvent cilOc ci-dessu): Lti Huguennlf en Bii/orrr.

fS) Loin d'iivdir i^ti* l'admirateur ^vand m^me de Monlgomery, il accueitle volonlierntpslniils qui lui s- ni deTavorables: ïoy.cî-dfssus, clinp. vi, m fine. à propos do la (lu Iniyiqne de Ilassillun ; voy. aussi, 1» suite de ceUe rffu-

rançons — : des.,, presens des plus craintifs, qui désiroiont demeurer en asseurance de leurs maisons » (1).

Mais, objectera-t-on, un chef d'armée est responsable des mé* faits de ses troupes ! Nous avons dit ailleurs ce qu'il fallait penser d'une semblable appréciation (2). Contentons nous cette fois de relever une réflexion amëre du secrétaire de la reine de Navarre qui, suivant Montgomery pas à pas, était mieux que qui que ce fût, au courant de ses tristesses cachées (3) : «... Ledit seigneur » n'est pas toujours cru comme il désire, ne pouvant commander » absolument. » C'est qu'en effet le généralissime des forces des vicomtes devait composer avec la volonté de chacun... nous allions dire de ses subordonnés..., de ses alliés plutôt, et d'alliés ombrageux, dont l'étroite susceptibilité avait été l'une des causes de la défaite de Jarnac. Chaque bande était un corps à peu près indépendant dont les membres étaient tous plus ou moins solidaires, et sévir contre Tun d'eux, c'était s'exposer à provoquer des scissions, qui en peu de temps auraient désagrégé la faible armée du lieutenant de Jeanne d'Âlbret.

Enfin, il convient de rappeler que la plupart des gens de guerre dont il disposait étaient des Gascons, braves combattants sans doute, mais cousins des intraitables pillards qui, au début des troubles, inaugurèrent par le sac de Beaugency l'ère des violences auxquelles notre pays fut ensuite en proie pendant trente-six ans et contre qui échoua Tinflexible sévérité de l'amiral (4).

Arrivons àrafTairo des prisonniers d'Orthez.

Dès le jour qui suivit la mémorable capitulation du 15 août, les capitaines catholiques avaient été transférés à Navarrenx sous bonne escorte. Or, le 21, plusieurs d'entre eux périssaient de mort violente, et les ténèbres qui environnèrent leur trépas, la renommée sinistre qui accompagnait partout « celui qui tua le

(1) Bordenave, p. 284.

(2) A propos du pillage des églises de Bourges (chap. m).

(3) Lettre précitée de Sponde à Jeanne dAlbret, 29 septembrCé

(4) La Noue, p. 573.

roy Henry» , formèrent rapidement autour de ees gentilshommes une légende où le comte remplissait le rôle principal. Il nous a semblé curieux d'en rechercher la genèse.

En 1587^ parut à Anvers un pamphlet dont le titre seul : Théâtre des cruautés des hérétiques de notre temps {\) dit assez Fesprit. On y lisait ceci :

(c Le seigneur de Sainte-Colomme, le capitaine Gohas et grand nombre de gentilshommes s'étant rendus par composition au comte de Montgommery qui les tenoit assiégés, demeurèrent neuf mois ses prisonniers. Au bout de ce temps, qu'ils pensoient sortir à condition de leurs rançons, le comte leur fit un souper où il les festoya, comme il disoit, en amis, et, au partir de là, fit cacher gens en leurs chambres lesquels de nuit les tuèrent tous contre la foi jurée (2) ».

Ne relevons provisoirement qu'une petite erreur du narrateur : les six jours qui s'écoulèrent du 1 S au 2 ( août se sont miraculeusement transformés en neuf mois sous sa plume.

Poursuivons.

Le Théâtre des cruautés ]o\x\s%Q\i d'une vogue immense, et sa relation accrédita définitivement la tradition de la féroce duplicité de Montgomery, tradition née du reste en Gascogne, nous Talions voir, au lendemain de l'événement qui fut son point de départ. — Bordenave, qui écrivait dans le dernier quart du seizième siècle (3), l'a accueilli, ne reproduisant toutefois ni le délai de neuf mois ni la particularité du souper. — Favin, qui

(1) Theatram crudelitatum hereticorum nostri *empon*s (Anvers, 1587, in-8); trad. Tannée suivante en français, sous le môme titre ; c'est à cette traduction que nous empruntons notre citation. — Le Discours de la mort et exécution de Montgommery (\ 574), fort peu tendre pour la mémoire du comte, dit simplement, — et c'est le thème des broderies fantaisistes du Théâtre des cruautés,»,: « Le sieur de Terride se rendit vie sauve avec sa suite..; toutefois, le sieur de Sainte-Colombe, le capitaine Gohas et autres chefs furent contre tout droit massacrés ».

(2) Il est à noter qu'on avait auparavant prêté, exactement la môme conduite à M. de La Trémoille, vainqueur des troupes d'Anne de Bretagne à la bataille de Saint- Aubin-du-Cormier ; celte tradition a été reconnue depuis dénuée de tout fondement. (A. de la Borderie, Louis de La Trémoille et la guerre de Bretagne en i488).

(3) Voir la préface de son Histoire de Béam»

publia Tan 1812 son Histoire de Navarre j se montra moins scrupuleux. Il conserva celle-ci qui rappelait agréablement le repas libre des chrétiens livrés aux bêtes. En revanche il réduisit les neuf mois à trois jours en sus des six que Ton sait. Au prix de cette légère entorse à la vérité, il atteignait le 24 août et en prenait acte pour attribuer à Charles IX la pensée de faire une seconde* Saint-Barthélémy en expiation de la première.

Quittons maintenant le domaine de la fiction (1), et voyons ce qu'écrivait Monluc le 30 août 1569 :

(c Le 21 '^ de ce mois, les ennemis ayant fait sortir hors de )> Navarrenx MM. deTerride, de Saint-Félix, d'Amou et deBazil- » lac, dressèrent la nuit quelques échelles à une maison où » MM. de Sainte -Colomme, de Pourdéac, de Gerderestet autres )) avec eux estoient; et, feignans qu'ils s'étoient voulus sauver » par lesdites échelles pour avoir quelque occasion de les massa- » crer entraient dans leur logis avec des épées et des dagues, etc. . . )) {suit le récit du massacre). »

A première vue, on ne s'explique pas le caprice de Montgomery d épargner le chef de l'armée protectrice avec quelques uns de ses lieutenants et d'ordonner la mort des autres. On fera, il est vrai, observer que le comte avait un motif particulier pour sauver Terride, appelé à être échangé contre son frère Courbonzon pris à Jarnac (2). Mais l'étrangeté du tri opéré entre les simples capitaines subsiste entière. — Tout s'explique au contraire si Tonremarque que MM. de Sainte-Colomme, de Gerderest, de Candau, de Salis et de Pordéac, les victimes de la trahison supposée, étaient Béarnais, donc coupables de rébellion envers Jeanne d'Albret^ et comme tels lui devaient un compte sévère de leur conduite, tandis que MM. de Terride, de Saint-Félix, d'Amou et de Bazillac, sujets du roi de France, n'avaient rien à démêler avec les cours judiciaires de la reine de Navarre (3). Orl'opi-

(1) Lettre à Damville (Comm. et Mires, t. V., p. 330).

(2) Cet échange était stipulé par l'art. 2 de la capitulation d*Orthez.

(3) Les nationalités dintinctes des différents captifs de marque ont été soigneusement déterminées par M. Communay datis les notes des Hug. en Bèam, On ne s'explique guère qu'il n'ait pas songé à en tirer la conséquence naturelle que nous en déduisons.

i Ùàhle;

k'ileurs de cette pri

3 t'tail très montée n des requêtes Bertrand de Feimrio lui écrivait {{}: " Entre les prisonniers il y a >' plusieurs Bèarnois. à l'endroit desquel s je vous supplie que Jus- » tice règne ; car c'est pur icelle seule que Dieu vous fera régner. « Le vicomte de Montaniat exprimait une pensée idonliiine quand il lui demindail avec insistance ses instructions « sur la procédure, disait-il (2), que vous voulez qu'on fasse aux robelles de Voire Mtijestê ». Que Saiule-Colomme. 4terdt>re5t et consorts, appréhendant uue sentence capitale, aient essayé de s'échapper, rien d'étonnant à cela. Mais rien d'étonnant non plus à ce que, surpris dans leur tentative d'évasion nocturne, ils aient été passés par les armes (3).

Des accusations dont Montgomery a été l'objet depuis son départ de la iNavarre jusqu'à nos jours, que reste-t-il?... Leur assignerons-nous une cause? Eh! pourquoi hésiter à proclamer que ces mensonges accumulés trois siècles durant sur une tête innocente sont dus à l'indomptable morgue des Gascons, ero-

Iés à calomnier celui qui les avait fdit trembler 1 ! ■Diiction des corps de Monlyomery et de l'amiral enfin aplie. l'armée protestante alla prendre ses quartiers d'hiver 6n Albigeois, i> k la barbe » de iUoaluc et do Oamville, qui ne firent rien pourl'arri-ler (i).

Deux mois durant, on resta de part et d'antre dans l'inaction. Un moment, les pourparlers, engagés au commencement de Dovenibre 1.169 entre le roi et la reiue de Navarre, parurent près d'aboutir (?i).

(1) Ibid., p. 33-5S.

W) Uitns du 31 août {ll'id.. p. i>5.)

(3) C'esl Ih «olulion rupporlre dans un tiir (9-71). d'iip te une luUre a lui Ëcrili! parJuai

(4) lîuches, Ifi^m. Kur tes guerres m rfliy. n (SJ Caatelnau, MHnoiTes, liv. Vil, ch. \.

luireduduc d'Anjou ylbiit..^.

K d'Altirel il w sujei.

astreu, p. tOO.

MaiSy pour traiter, les protestants exigeaient cette fois le libre exercice dfî leur religion sans restriction et leur admission à toutes les charges (l). Charles IX refusa d'accéder à ces demandes. Uamiral en prit prétexte pour rouvrir les hostilités.

Après s*être emparée de Narbonne, de Montpellier et de Nîmes, Tarmée remonta la vallée du Rhône. Peu s'en fallut pendant cette marche en avant que l'imprudente valeur du comte de Montgomery ne causât sa perte. Près de Bourg-Saint- Andéol (2), un convoi d'artillerie protestante va être capturé. Montgomery et son frère Saint-Jean accourent à la tète de 40 cavaliers, mettent les agresseurs en déroute et les poursuivent l'épée dans les reins jusqu'aux portes de la ville. Soudain l<^s fuyards font volte-face et chargent les assaillants. Saint- Jean est renversé par un coup de mousquet. Le comte court au secours du courageux jeune homme, — son unique frère depuis qu'une défection honteuse a rendu l'autre, Gourbouzon, indigne de ce nom (3) — . A son tour, il tombe atteint grièvement. C'était sa première blessure depuis son début dans la carrière des armes (4).

Le bruit de sa mort courut à la cour (5). Mais cette nouvelle, si douce au cœur de Catherine de Médicis, un a advis touchant le camp des Princes (6) » vint promptement la démentir. Les habitants de Roanne avaient assisté, le 13 juin, au défilé des forces huguenotes, qui s'avançaient à grandes journées « sans charrette ni bagage », — l'infanterie (1.500 hommes) en croupe de la cavalerie française, celle-ci, formant un solide noyau de

(i) Voir leurs propositions et la réponse de Charles IX dans le Coligny du comte 1. Delaborde, t. III, p. 178-184.

(2) Bourg Saint-Andéol^ auj. ch.-l. de canton de Tarr. de Privas, Ardëche.

(3) «... Fait prisonnier (à Jarnac), il fut depuis eslargy sur sa foy, mais, fAché qu*on ne le voulut eschanger contre Sessac, se retira en sa maison » (La Popelinière, t. I, liv. XV, f» 84). — De môme, Aubigné (!'• partie, liv. V, ch. xxii) : « Il quitta le parti parce qu'on avait employé Sessac à retirer La Noue plustost que luy. « — Cf. Brantôme, t. VII, p. 248.

Il mourut vers 1572.

' (4) Dépêche de Pctrucci, 5 mal {Négoc, avec la Toscane^ t. III, p. 616). — La Popelinière, t. I, liv. XXII, f« 173. — Aubigné, !»• partie, liv. V, ch. XXL

(5) Dépêche de Petrucci, 5 mai (Négoc, avec la Toscane, i, III, p. 626).

(6) Pièce sans date ni signature (Orig., P. N., f. fr., 15852, !• 18).

1.500 hommes d'élite (Montgomery, guéri et dispos, en commandait 300), auquel s'ajoutaient 2.200 reltres. Ainsi que le dit La Noue, « les catholiques avoient laissé rouler sans empêchement cette petite pelotte do neige ; en peu de temps elle s'étoit faite grosse comme une montagne (1). »

Le maréchal de Cessé, avec 10.000 fantassins suisses ou français, 5.000 chevaux et 12 canons ou couleuvrines, fut chargé de leur barrer le passage. Les deux armées se heurtèrent non loin d'Autun, au bourg d'Amay-le-Duc (26 juin).

Montgomery fut le héros de ce combat dont Aubigné (2) a décrit en des pages si charmantes les « charges et recharges » . Si rissue en resta indécise, du moins il précipita la reprise des négociations qui aboutirent, le 4 juillet, à la signature de la paix.

Un édit, publié à Saint-Germain-en-Laye, le 8 août 1570, proclama la parfaite égalité politique, civile et religieuse, des protestants et des catholiques, et, pour la première fois^ il en garantissait l'exécution en livrant aux religionnaires quatre places de sûreté, parmi lesquelles la Rochelle. Les chefs réformés s'y rendirent aussitôt pour fêter le grand succès qu'ils venaient d'obtenir. C'est là qu'il fut donné au comte de Montgomery de recevoir les remerciments de Jeanne d'Albret pour « la reconquête de Navarre ». La princesse ne s'en tint pas à des paroles. Se montrant aussi large que le permettait son maigre budget, elle lui transféra la propriété de la chAtellenie de Genis, en Périgord, « considérant, disait-elle, les grands et recommandables services qu'il nous a faits (3). » Là ne se bornèrent pas ses bons offices. Elle connaissait Catherine de Médicis et s'alarma à la pensée que l'amnistie générale qui, aux termes de l'édit de Saint- Germain, devait couvrir tout le passé, serait peut-être insuffisante pour mettre « celui qui tua le roy Henry n à l'abri de la vengeance royale : elle lui remit une sauvegarde spéciale^ revê^

(1) La Noue, p. 697.

h) BUL univers., !*• partie, liv. V, eh. xxii.

(9) Expédition devant notaires de cette donation, La Rochelle, 19 octobre 4570 (Arch. nat., T. 1536). — Confirmatioa de la précédente, même lieu« 17mail57i (Il^û/.)

tue de sa signature et de celles de « Messieurs les Princes (1) ».

Sautons maintenant une année entière qu'ont remplie les intrigues de Louis de Nassau, frère cadet du prince d'Orange. De ces intrigues, conduites simultanément avec la reine Elisabeth et Charles IX, quel sera le résultai? Celui que don Francès de Alava a révélé au duc d*Âlbe dès la première nouvelle de la paix (2) : « On parle ouvertement d'envahir les Pays-Bas. — La France étant réconciliée et les dissensions oubliées^ répètent les soldats, il faut rejeter la guerre au dehors et venger les injures faites par Philippe II au Roi et à sa couronne. » L'union d'Elisabeth et du duc d'Anjou devait cimenter l'alliance an glo -française qui menaçait le souverain espagnol (3).

En juin 1S71, l'orage sembla près d'éclater. On parlait d'une concentration prochaine à Auchy-lès-Hesdin de bandes huguenotes destinées à attaquer Saint-Omer. La Normandie était, disait-on, sillonnée de troupes réformées en marche vers la frontière d'Ârtoiâ ; le prince de Condé, l'amiral, le comte de Montgomery s'y trouvaient et pressaient le recrutement des corps expéditionnaires qu'ils commanderaient (4).

En ce qui concerne ce dernier, les correspondants du duc d'Âlbe s'abusaient. Il est vrai que la notoriété du comte dans le parti calviniste, les plans de campagne qu'on lui avait prêtés autrefois contre les places des Pays-Bas les plus voisines de l'Artois et de la Picardie, surtout ses relations bien connues avec Louis de Nassau (5), étaient de nature à fixer sur lui l'attention. Mais, si Gabriel de Montgomery était revenu en Avranchin au

(1) « Adveu de la royne de Navarre et de Messeigneurs les Princes », La Rochelle, 29 octobre 1574 (Orig., Arch. nat., T. 1536).

(2) Lettre du 31 juillet, citée dans K. de Lettenhove, t. H, p. 292.

(3) Pour les menées de Louis de Nassau en France et en Angleterre d'août 1570 à août 1571, cf. K. de Lettenhove, t. il, p. 289-324; pour la négociation matrimoniale qui s*y mêlait, lire Les projets de mariage de la reine Elisabeth par M. le comte de \a Perrière (1882), chap. m et iv.

(4) Rapports des 25 et .'6 juin envoyés du Hainaut au duc d'Albe, conservés aux Archives de Bruxelles et cites dans K. de Lettenhove, t. ii, p. 304.

(5) Alava au duc d'Albe, 28 jnnvier 1571 (0 ig., Arch. Nat., K. 1521, n» 29). — Dépêche du même à Philippe II, 3 Idvrier (Déchiffr. orig., Ibid., À* 10).

printemps di; l."7l ,1a politique n'étaitpour non dans ce voyage. On peut s'en convaincre en le voyant signer à Ducey, le 19 mai, le contrat de mariage de 3u seconde âllo, Rolxirle, aver, le fils de son ami sir Arthur Champernowo, vice-amiral d'iVnglelerre (I). Bieuti^l d'ailleurs son départ fil évanuuir les craintes 'conçues à son endroit par le gouverneur du Hainaut.

Elisabeth avait bien voulu consentir à co que le niaringe fût célébré dans la chapelle du palais de (ireenwich, où elle clail alors. Il eut lieu le l.'i décembr» en grande pompe (2). « Cette » royne a fait bonne et favorable réception à M. de Montgo- II mcry, mandait au Roi le jour uiiHne Ron ambassadeur, La

In Mothc-Féiieloii (3). Elle a eu longs et privés entretiens avec » lui et l'ft fait caresser de sa cour et veut, k ce que j'entends, » avoir sa lille ave^: elle et qi'O le liU de sir .Vrthur Chambre- « nant {sic), qui l'a épousée, aille quelque temps résider en ■I France pour iipprcitdie longue el honnêtes mceurs de ce pnys. ■> Mais, ce crédit naissant, le comte l'avait déjà consacré à son maître léfiiitimt;. Avant même d'aller présenter ses hommages à la renie, il avait couru saluer La Mothe, « Faisant, rapporte Il celui-ci, ample démonstration de bonne alTeclion auservice de " Voire Majesté (4). •> Il revînt le visiter en quittant Greenwich pour regagner la France (.ï).

. (1) Un des double- de ci-t ncle, sur parchemin, est uiix Ardilves .Nntiomloa (T. 15:i6i.

Le mariage en queslioD avait sans doute été ménagé par In comtesse de Votitgumerf, durant le séjour qu'elle tti en Anglelern* pendant la iroisiënie guerre civile (Iji Mothe signulnit sa prêseme â Jersey d'où, HisHil-clle, i-lle allait prochainement partir, dans sa dépêche du 13 octobre iii6'J, et 9ori arrivée il Londres, dans celle du 3 novembre suivant; CLTrespoiuiunLir diphma'viut, I. Il, p. 322j.

Ce siTJour d'isulielle de la Touche en Angleterre fui très utile aux révoltés namands, qui reçurent d'elle ulurs beaucoup de secours ; cr. Allmeyor, It» gueux 'iemTtt la pnac 'U Brirll [Bruxelles, 186t. in-<3J.

(2) RuUlieulioii à Londres, le 3 décembre, du contrai si^ni' le (9 mai ii Dacej (au dtn, de celui-ci-, voy. la précéduule note).

Kontgoitiery, di^biiri|Ué à i'iyin-iuth le xD novembre. éluit urriié ù Londres le i!9 nu soir (Dépt^ches de La Mulhe, '2^ et M novembre ; Corr. Uipl., I, iv, p. 29» et 390).

(U) md., p. UOR.

Le retour de Moutgomery dans sa patrie fut Timage de sa vie. Un ouragan furieux se déchaîna sur la Manche, et le navire qui lé portait, étreint par la tourmente, faillit sombrer ; il fut forcé de rentrer au port pour réparer de graves avaries et attendre Tapaisement des flots (1).

Cependant le comte aspirait à être admis à la cour de France, non sans doute par ambition de traîner ses éperons dans les antichambres royales ou de se jeter dans la folle existence de galanterie et de duels, alors à la mode, — deux façons d'user stérilement sa vie. qui auraient répugné a sou humeur austère, — mais pour faire cesser Tostracisme dont il avait été Tobjet et par dessus tout pour acquérir, en baisant la main de Charles IX, le droit de prendre part aux événements qui se préparaient. Resté sous rimpression des dépêches de La Mothe-Féneton, le jeune Roi accueillit favorablement sa requête. L'unique résistance qu'elle rencontra vint, — c'était fatal, — de la veuye de Henri IL Pour en triompher, le comte recourut à la médiation de la reine de Navarre, récemment arrivée à Tours, afln de conclure le mariage de son fils avec Marguerite de Valois (2).

Quatre mois s'écoulèrent.

A la fin de mai, Paris apprit la surprise de Mons par Louis de Nassau (3).

« — Dieu soit loué ! s'écrie l'amiral. Avant qu'il soit longtemps, nous aurons chassé l'Espagnol des Pays-fias (4). »

Il comptait sans la Reine-mère qui entreprend de saper cette influence grandissant aux dépens de la sienne. Mais elle comptait à son tour sans un courrier de Louis de Nassau, M. de Genlis, qui vient réclamer des renforts au nom du prince, bloqué dans sa conquêt<^ par le duc d'Albe. Alolrs ni les Guises, vendus à Philippe II, ni Catherine de Médicis ne sont plus capables do

(\) Dépêche de La Molhe, 22 décembre (Ibid., p. 318).

(2) Jeanne d'Albret au prince de Navarre, 2i février 1572 (Lettres d'Antoine de Bourbon et de Jehanne d'Albret, publ. par M. le marquis de Rochambeau, 1877 ; p. 342).

(3) K. de Lettenhove, t. ii, p. 455.

(4) Brantôme, t. iv, p. 208.— C'est à lui-même que Coligny adressa cette exclamation. ^

— Hît - Jétaclior (.'.liarles IX de rnmiral. Lo i juillet, lus trom(ieItus aoiiOETut k Pdris l'appel mix armos, el. le 7, Ilutiri ilo Niivjirro ot Huuri «le Comiè y font leur outrée aoleniiplle (I). Gabri»! lin Monlgomoryfdtsuit partie de leur cortègu. Juaiiue d'Albret avait répondu à son allenle (2). Ilélas! il ne lui était plus permis d'exprimer tta rcconaaissancs k oeil» iliustro prolectrice, morla d'une pleurésie, seloa les uns. du poison, disant les auti'cs, le 3 juin précédent,

La réussite des plans de Coligny, c'était la ruine de la maison d'Aulrirhe, entamée un domi-sièclo avant l'ouverture de la içuorro de Trente ans. i'ar malheur, iiourlaccndiiitedu secour» envoyé à Mons, Charles IX choisit (lenlis quo ne désignaient nî son [tassé ni ses talenls : ses troupes (i.ôOO c<ivaliors ot 5.000 butassius) furent, à uu» tuible distuiiCL- de Muiis, surprises pendant la sieste ot tolaleuieiit détruites [3).

Le désastre deSaint-Ghislain (4) rend a (^athertiie son ancien ascciidaut. C'est en vaïn que Coligny demande au Itoi con^é de secourir Mons (5), en vain i{ue Muntgomery joint ses eQ'orts à ceux de l'amiral (ti). Charles IX reste entièrement snus l'intlaence de sa mère ut de ses déplorables conseillers. L'amiral ayant nlToit au Koi le concours do 10.000 religionnaires, Gaspard de Tavannes en profile pour pxcîler ses déliances. l'eu après Coligny, auquel on n'a pas laissé ignorer ces propos malveillanti, ronr.outrnnt TavaDne.s sur le quai du Louvre, lui jette au visage cette sanglante apostrophe :

(]j K. (le l.rtUnbovc, t. n, p. 471-lW.

\t) Monlgomcry ii \a reine Éllsalielh, Pnri», Il juillet )u73 (Copie du XVlir s.. B- \'., Collecl. Bri^qulgiiy, vol. 7IB 132 de» Pié^e» hUloriguet), ^• M et 49 : d'uon^î roriginal coiiserv<^ au Uritislt Miunim],

a) K. de Ix-llenhoïe, t. Il, p. 49049.S.

(4) Entre Oiiii^vruin et Mous (Hoitlume de tlolgjque).

(5) Rapport au duc d'Albe, <i> noilL, conssrvû eux Arch. de (truxellcs et dtéfiU., p. 500nM.

(6) - El MonlRomeri trnmn grandes cosas, todo para soco»rer ni Mons - (don llernando de Avnl» ix don Khko àe tjamgal le uourel Hinhusudeut d'Kâpagne). b. d .; d-^diiffr. orig-, Arch. Nnt , K, I j29, u- 36). ~ Cf.: (jiinîgii Ui doc d'Albe, l" juillet [Drchiff. orig.. ihùl.. a- lOU) et K. de Li-ttcnhove, L II. p.Q36, d'apros le rnpporl pri'cilii au mtme du 10 août.

« — Qui empêche la guerre d'Espagne n'est pas bon Français et a une croix rouge dans le ventre (i). »

Ce fut son arrêt de mort.

Le vendredi 22 août, vers onze heures du matin, il traversait, entouré de 12 ou 15 gentilshommes, le cloître Saint-GennainrAuzfirrois, retournant à son hôtel au sortir du conseil. Il marchait lentement^ lisant un placet qu'on venait de lui remettre. Soudain un coup de feu retentit. A. travers le nuage de fumée qui les enveloppe, les compagnons de Coligny le voient chanceler. Us s'empressent autour de lui. L'amiral était couvert de sang et ses deux bras pendaient inertes, chacun atteint d'une balle.

La nouvelle de l'attentat se répand comme une traînée de poudre. De toutes parts les réformés accourent auprès du lit de leur chef, et des premiers le roi de Navarre, le prince de Condé, Montgomery, Briquemault. Rassurés par Ambroise Paré qui répond de la vie du blessé, ils se répandent en imprécations contre les Guises que tous tiennent pour les complices de l'assassin. Au milieu de l'effervescence générale, la porti&re de la chambre se soulève et un page, entrant, annonce :

a — Le ftoi »

Charles IX est suivi de sa mère, de ses frères les ducs d'Anjou et d'Alençon, de Louis de Bourbon, duc de Montpensier, des maréchaux de Cossé, de Damville et de Tavannes, du duc de Nevers et du comte de Retz, ces deux Italiens favoris de Catherine de Medicis, de MM. de Thoré et de Méru, frères de Damville. Il va droit au lit.

« — Mon père, s'écrie-t-il, vous avez la plaie, mais c'est moi qui en ressens la douleur. Par la Mort-Dieu ! je tirerai telle punition de cet outrage qu'il en sera mémoire à jamais. »

Coligny sollicite la faveur d'un entretien particulier. Tous s'écartent. Au bout d'un instant, craignant, dit-il, de fatiguer son interlocuteur, le Roi reprend le chemin du Louvre. Catherine, préoccupée du tête-à-tête qu'il a eu avec l'amiral, le presse de questions.

(i) J. de Tavannes, Mém. du tnaréchal de TavanneSy p. 375 et 382.

Parla Mort-Dieu! réplique-l-il sèchement, ce qu'ilm'a (iit est vrai.

— Eh ! quoi liotic?

■ — De régner moi-même... et j'y suis décidé. »

Far son ordre, les portes de ia ville sont fermées, une tompagnie d'élite de sa garde envoyée au logis du Idessé, et le soin de rechercher les coupables commis au parlementaire calviniste Arnaud de Cavagoes (I).

Le soir de ce jour, entre neuf cl dis heures, l'iimbassadeur anglais sir Francis Walsingham rei;ut la visite de (jabriel de Montgomery, Leur entretien roula sur le guet-apens du Cloître- Siiint-Germain. Le comte sortait de chez Coligny (2), et il dépeignit la satisfaction que ressentaient les protestants à travers leurs angoisses « que le Roy prit tant de soin de la guérison de l'amiral et se donnât tant de peine pour découvrir ceux qui avaient fait le coup, n

■• — Ce n'est pas une preuve peu considérable de la sincérité de Sa Majesté », ajouta-t-il (3).

En dépit de ces augures favorables, le lendemain, la surexcitatiou n'en fut pas moins grande. Les réformés so réunissaient en conciliabules, jurant de se faire justice, si on ne la leur rendait et promptement. Catherine, avec son infernale habileté, recueillant tous ces propos et les présentant sous les couleurs les plus noires à Charles IX, lui fit croire à un complot. Il se débatlit longtemps. Mais son tempérament nerveux finit par céder.

— « Par la Mort-Dieu! rugit-il , puisque l'on trouve bon de tuer l'amiral, je le veux donc. Mais que l'on lue aussi tous les hugue-

1,1) Tout celii est ri^sunié d'uprAs ta relulimi mouvemcnlée et êlendue donnée p«r M. K. [le Lellenliove il, ii. p. 5il-.ï4fl).

[•1] •• Le camie de Montgomery, RriquetiiHull cl queliiues autres gentils bommct «voient dit il Téligny (gcnitr-- de Coligny) que, ail vonloil, il§ veilleruienl TolotUiers ou logis Je l'iimirfil; ntaia Téligny leur d(^cinni qu'il il'esioit t)esoin. "(Euaèbe PhiladelpIie.Lp Reoeit-malin dn François H de Uurà voisiné: Edimbourg. 137*. in-s»; p. iiï).

(3j Sir Francis Walsingham au conseil prive d'Angleterre, 2t septembre (lettre f et négodttUMi (ISTO-1573) de Waf»nff/iain.- Amslcrdam. l7U0,ln-4>;

nots do France afin qu'il n'en resle pas un seul pour me reprocher la mort de ses frères » .

Minuit vient de sonner* Il ne resterait pas assez de temps pour organiser le massacre^ si Catherine n*avait d'avance tout ordonné, tout disposé, tout réglé, en prévision d'un revirement dans l'esprit mobile de son fils.

Montgomery, le vidame de Chartres et bon nombre de gentilshommes logeaient au faubourg Saint-Germain. A la pointe du jour. le comte est éveillé en sursaut; un inconnu est dans sa chambre, l'air hagard.

« — La ville est en rumeur, s'écrie-t-il d'une voix haletante. De toutes parts on court sus aux religionnaires. Moi-même, je n'ai pu leur échapper qu'en me jetant dans la Seine. Alerte ! \lerte ! »

Cela dit, il disparaît.

Montgomery fait en hâte prévenir ses compagnons. Tous sautent à cheval, descendent vers la berge. Leurs regards se portent avidement sur la rive opposée.

Paris offrait un aspect sinistre. Le soleil levant dorait au loin les combles aigus de l'IlAtel-de-Yille^ la fine aiguille de Saint- Jean-en-Grève, la masse imposante de la tour Saint- Jacques. Contraste saisissant avec le calme matinal 1 au-dessus de la capitale planaient un immense voile de fumée et un immense murmure, fait do hurlements, de plaintes, sur lesquels tranchaient la crépitation sèche d'arquebusades se suivant comme des feux de file et les sourds tintements du tocsin.

Plus de doute, l'émeute gronde! Mais contre qui? contre les religionnaires à l'insu du Roi et malgré ses ordres? ou contre le Roi lui-même pour avoir égaré son affection sur des hérétiques? — Hypothèses également plausibles avec cette population éternellement séditieuse.

Sur un signe de Montgomery, trois ou quatre des siens détachent une barque et font force de rames vers le Louvre, qui en face d'eux dresse confusément dans la brume du matin sa noire a colonnade de tours (Ij )>. A peine au milieu du courant ils sont

{{) Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, liv. III, ch. ii.

— U9 — Dii! par une pluie do bnl'os. Les ar<iuobuKiers de ta gari)e Tlcaliêre de Charlefl IX, rangtia on bataille au pied de \apelUv eftV(() liront sur eus et iU voient au balcon do la chambre KChorlea IX lui-même.

Ce roi, non juste roi, ina!fljuRt(> arquebusier; (■ibnvaiil imx paâsuiitï trop taniirt â iiojar {1).

Vn cri s'échappe de leurs lèvres, tandis qu'ils virent de bord :

« Trahison I ■>

Trahison ! — La paix de Saint-Germaîn. leurre ; le mariage du roi de Navarre et de Marguerite de Valois. appAt ; — la blessure de l'amiral, sinistre avertissement qu'ils n'ont pas compris, le prologue du massacre en masse des réformés !

En ce moment, un eapitaine armé de toutes pièces apparaît à l'exlrémiln du Pré-aux-Clercs. Il pousse droit aux protestants, qui délibèrent sur le parti à prendre. C'est le baron de Vins, un Provençal de la compagnie de Monsieur :

Que voulez-vous? Que demandez-vous? -> leur crie-t-il. — Kl il reçoit cette réponse indignée :

« — Nous voulions h paix et nous avons été trahis. »

Au même instant, 206 cavaliers débouchent delà porte Bussy, en tdte Henri de Guise, le duc d'Aumale, son oncle, et le gi-and- [irïeur de France, Henri, duc d'Angoulème, frère bi\tard de Charles IX, qui viennent de présider à l'assassinat de l'amiral et d'insulter son cadavre (3).

(I) Au-deiioiis dn f.nWa dile d'Apollon, qui ne Tul bAMe que ào liitli ti liiUO (Berty, cil<' infrà.

(1) Aubignt^, Les Trngiqua, liv. V (I. rV, p. 220, «le ses (EuurM compiles,

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