‹ Le comte de Montlosier et le gallicanismeChapitre 10 sur 36 · K COMTK DK MONTLUSIEK · texte numérisé non relu

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Son originalité le faisait Ibrt reclicirlier, La majeure partie de ses soirées se passait chez la princesse d'IIénin avec Lally ; mais il s'était créé (les amitiés nouvelles et en première ligne avec Chateaubriand. Lorsque parut VEssai sur les révolutions^ Montlosier s'empressa d'en rendre compte et le fit avec bienveillance et justice. Une visite de remerciement les lia, et ils se retrouvèrent chez madame Lindsay.

Ce n'était déjà plus le Clialeaubiiand des premiers jours de l'émigration, celui qui avait aimé Cliai'lottc Yves, celui qui s'enfei-mail hi nuit dans l'abbaye de Westminster jiour mieux rêver aux illustres morts. Il séduisit Montlosier. Ils dînaient ensemble tous les mercredis ; le chevalier de Panât et Christian de Lamoignon étaient aussi des convives. En été, on allait dans quelque taverne solitaire, à Chelsca, sur la Tamise; on parlait de Milton et de Shakspearc. « Nous rentrions de nuit à Londres, aux rayons défaillants des étoiles, submergées l'une après l'autre dans les brouillards de la ville. » — Dans la mauvaise saison, c'était .Montlosier qui olTrail l'hospilaiilc ; sa maison ('lail tenue par deux sœurs, dont l'une, la plus jeune, était petite et bossue; Tainée était hideuse; ce qui faisait dire

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au chevalier de Panât : « Il faut que Montlosicr soit un prince enchanté, car il est iiaidé par deux monstres. » Le samedi, on allait en affluence chez Chateaubriand, qui ollVail du punch. Il donna un soir lecture d'Atala.

Avec son âme remplie encore des souvenirs des solitudes américaines, avec son imagination plus grandiose qu'aimable, il sortait à première vue du ton et du cadre français. Des femmes, dans Tauditoire, portèrent un jugement plus rigoureux que les hommes. Malgré toutes les critiques, on lut enlevé, entraîné malgré soi, par je ne sais quel charme ascendant et troublant. On sentait, pour parler avec le poète, que la flamme divine avait passé par les lèvres de Chactas et l'on emportait avec soi la flèche empoisonnée.

Parmi les auditeurs du samedi, quel ne fut pas Tétonnement de Montlosier de rencontrer l'abbé Delille ! Il l'avait beaucoup vu, beaucoup connu, il savait son origine. Tous les deux étaient de la même province.

Delille, nous apprennent les papiers de Montlosier, était né dans vme maison de campagne près de Pontgibaud et non, comme on le croit, à Chanonat. Sa famille maternelle avait gardé sur son

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origine le plus profond siienoe. MonllosiiM' avait à peine dix-huit ans, qu'invite à une petite l'èle dans la vallée de Royat, il s'y trouva avec une demoiselle de cinquante ans fort aimable. Un beau jour, elle disparaît, et Ton apprend qu'elle est à Paris et qu'elle s'y présente sous le nom de madame Delille, mère de l'abbé Delille.

« Pendant quelque temps, raconte Montlosier, tout fut extrêmement tendre entre la mère et le fils. Bientôt ils se brouillèrent et se séparèrent. Quand je vis, quelque temps après, l'abbé Delille à Clermont, il se plaignait beaucoup de sa mère, qui, à son tour, se plaignait beaucoup de lui. Il m'aimait assez alors parce que je savais par cœur toutes ses Géorgiqties. A un autre voyage, il m'aima davantage parce que je savais son poème des Jardina.

0 11 avait fait connaissance avec le comte de Ghoiseul-tiouffier et s'était lié avec lui; comnie il montrait un grand désir de voir la Grèce, M. de ("illioiseul-Gouftier le mena à Conslantinople, où le comte venait d'être nommé ambassadeur.

» Au bout de quelque temps, ils se séparèrent; au retour, l'abbé Delille, traversant Stuttgart, se lia avec une demoiselle qui se trouvait avoir la [)liis belle voix du monde. Il l'amena avec lui à

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