LE COMTK I>K MO.NTI.uMKI
;iii> (le iii.iriii^c, il i('liciii|>a son cncrj^ic dans do éludes d'nn autre j^enic. La nature des inontai^nes volcaniques d'Auvergne et les cuiieuses reclienlies il< M .M. de Malesherbes, Guessaid et de Saussure avaient vivement frappé rimaiiination de Monllosier. Kncourai;é pai" quelques amis, piqué aussi par le désir de la contiadiclion, il fit paraître en janvier 1780 sa Théorie des volcans (F Auvergne.
C'était dont' bien par la curiosité un esprit du dix-huitième siècle; il enélail même par ses singularités et ses manies, il alla jusqu'à s'engouer de Mesmer; qucdis-jc ! lommeBergasse et d'Eprémcsnil, il devint un fervent adepte du magnétisme. Pendant son exil en Angleterre, il ne l'ésista pas au désir de donner quelques consultations, et il a ('crit et imprimé que le magnétisme avait été pour lui, à beaucoup d'égards, une source de lumières. Kiilin il manquerait une nuance àce caractère si original et si complexe, si nous ne rappelions que, chiétien convaincu, ayani prttndiici'- à la (lonstiluanle une des plus bc'llf's paroles (ju'clle ail jamais entendues, Montlosiei' ('lait, |iar l'indépendance de sa conscience, du pays des Arnaud, de Doniat et de Pascal, en tout j)oint le i'utui' auteur du célèbie Mémoire à consullcr, (\\\\ lit tant de bruit sous la
Restauration. Tel était le collègue de Malouet, de Lafayette, de Gautier de Biauzat, comme lui députés d Auvergne à rAssemblée nationale. Quand il y vint siéger, les théories constitutionnelles empruntées aux institutions anglaises venaient de subir un échec complet.
Grâce aux physiocrates, on était assez éclairé en Fiance sur les questions d'administration: mais la science politique était à peu près nulle. Montesquieu avait dit que t les ministres de son temps ne connaissaient pas plus l'Angleterre qu'un enfant de six mois », Depuis la mort de ce grand homme, qui donc à la cour songeait à jeter les yeux au delà de la Manche? Qui donc, à la veille de la convocation des états généraux, avait des idées précises sur le rôle qu'ils avaient à remplir? On n'est pas sûr que ce beau monde ait lu et compris les cahiers des bailliages. Les mémoires du temps nous l'apprennent, l'apparition de VEsprit des lois, en i 748, avait été un événement moins politique que littéraire. Le livre de Delolme sur la Consiilution d'Angleterre, publié en 1771, était estimé de nos voisins avant d'être connu en Fiance. Toutelbis, depuis dix ans, un profond changement s'était opéré dans la bourgeoisie. On s'é-
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tait iiii< :'i (''Imlii^i- les cliapitres vi oA xxvii drs li- Mv> iX il MX (le VEspril des lois. iMallel Du l'an, on 1788, |>iihliail dans \c Mercure des articles qui étaient un exposé substantiel de la constitution anglaise. Ilrsullat d'eflorts longuement accumulés, cette constitution ne saisissait pas les imaginations françaises, enthousiastes, pleines d'idéal, amoureuses en politique de métaphysique et d'abstraction. Rousseau répondait autrement aux passions indéterminées de l'époque.
Pleins d'une confiance inébranlable dans la raison hniiiaine, élevés par la philosophie de leur temps, iciitiers, négociants, médecins, avocats, dédaignaient toutes les règles (pii n^'laient pas simples et ne juraient que par le Contrai social. Malouet raconte que l'assemblée électorale d'Auvergne fut assez orageuse pour lui donner un véritable regret d'y être venu. Il l'ut sur le point de donnei' sa démission quand il vil de petits bourgeois, des praticiens, sans aucune instruction sur les affaires publiques, ( ilaiil Rousseau, déilainant avec véhémence «on in' la lyraiiiiic (^t les abus, proposant chacun une roiisliliilioii. Un fait a, du reste, beaucoup frapi»!' ceux (|iii oui puohscrvei' nos ancirniics nKCiirs piovimialcs : c'est lacjiiaiilité de
bibliothèques particulières existant à la fin du dernier siècle. Il y avait bien peu de familles aisées qui ne possédassent pas l'Encyclopédie' les œuvres de Voltaire, de Jean-Jacques, de Montes quieu, deBufTon. La bourgeoisie de province était plus éclairée il y a cent ans qu'elle ne l'est aujourd'iiui;il ne lui manquait que la qualité de ceux qui ne sont plus jeunes, l'expérience, dont Joubert dit qu'elle corrompt encore plus qu'elle n'instruit.
Un grand événement venait de donner un appui formidable aux théories démocratiques: nous voulons parler de la fondation de k république des États-Unis. La déclaration de 1776 avait eu un long retentissement. Les articles de Maliet Du Pan ne purent détourner le courant.
La constitution anglaise dans son intégrité eut pourtant quelques autres défenseurs. Mounier, lui aussi, avant de siéger à la Constituante, avait pensé que l'organisation du parlement d'Angleterre était le meilleur modèle qu'il fût possible de suivre en France. Necker, dans son livre De la Révolution française, déclare que, admirateur delà constitution anglaise, tout son désir était que les états généraux voulussent s'en approcher. Avant les élections, Malouet, prévoyant l'avenir, l'avait supplié de tout
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cOMibiiioi- (l;ms le conseil (in roi ol do n'ouvrir les t'ials (jii';iM'c uni' constiliition. l'iièivs inutiles! oùl-on Irioinphc même des irrésoliilions de Neeli'V, l;i cour ne se serait pas piètf'e à ses projets. La correspondanee si curieuse de Marie-Tliérèsc avec Maric-Anloinelte ne laisse, sur les intrigues et les pièges de ce monde de courtisans, au début du règne, aucune illusion. Leurs fautes, depuis ravèneinent de Joseph II, n'avaient fait que s'accumuler. Quoique les minisires et Neeker eussent la direction ostensible des affaires, ils n'en avaient pas la direction ellective. D'autres conseillers étaient regardés comme plus amis, comme i)lus dévoués, et offraient lasolidai'ilé de pertes conmiunes. L'éducation superlicielle qu'avait iveue notre aristocratie ne lui Taisait voir dans le gouvernement britannicpie ni la grandeur de la Chambre des lords, n' ce beau rôle (pravaii'Ui jum'' les barons anglais :-lip\danl le< droits des communes cimjoinli^mcnt avec les leurs. Ayant toujours combattu les droits du tiers état quand il les avait réclamés, ne voyant dans le loi cpie le successeur de Louis \1V, la noblesse l'rancaise était contraire aux n-strictions imposées à l'exercice de l'autorité royale en Angleterre. Louis XVI, à ses yeux, ayant
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plus de puissance que George III, on ne devait pas l'aiïaiblir. Au surplus, la cour regardait comme un axiome rimpossilulilé d'une constilulion libre dans un Étal grand comme la France. La situation insulaire des Anglais était citée sans cesse comine étant le seul préservatif contre les eiïorts des autres ii onarcliies, jalouses des avantages attachés à la liberté et en même temps eiïrayées de ses exemples. Les états généraux s'ouvrirent donc sans un programme politique.
Oui no suit par cujur l'iiistoire de ces mois de mai et de juin 1 78ÎJ? Rien qu'à relire, dans les Mémoires les plus hostiles, le récit de cette lutte entre les privilégiés et les communes, on est convaincu que c'est la deiiiièie bataille et ({ue la victoire sera définitive. Qui ne connaît les mots de Sieyès, les apostrophes de Mirabeau? Qui n'a prêté dans son cœur, avec le malheureux Bailly, l'immortel serment du Jeu de paume? On sent comme un souille qui soulève les feuillets du livre quand on l'ouvre à ces dates glorieuses.. Tous les députés du tiers, graves, recueillis, jeunes la plupart, furent, jusqu'après la si-auce royale du :2r)juiu, unanimes dans leurs résolutions; mais un esprit judicieux pouvait, (\ès ce jour-là, prévoir que la cause de la
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nioiiarcliie conslilulioniielk' élail menacée; le 14 juillet, elle fut en péril; le 6 octobre, elle fut perdue. Quelques députés étaient dès lois d'avis de se bornera poser les l)ases indiquées par les cahierset de remettre la constitution à des jours moins orageux. La majoril/' ne pensa pas ainsi, cl, jugeant avec raison qu'un projet pareil ne pouvait être préparé que par un très pclit nombre de personnes, elle nomma un comité de buit membres, composé de Laîly-Tollendal, Glermont- Tonnerre, Meunier, Talleyrand, Sieyès, Bcrgasse, Le Cbapelier et l'arcbevèque de Bordeaux, de Cicé ; sauf quatre ou cinq noms absents, tels que Mirabeau. Tbouret, Duport, Barnave, Malouct, il n'y eut jamais d'iiommes plus éclairés. Les opinions qui dominaient dans le comité étaient celles des rnonarcbiens. Qui ne s'est demandé pourquoi elles ne |iiirenl triompher dans l'Assemblée? Le comte de Montlosier nous aidera dans cet examen.
Les cabiers servirent de base au travail du comilt'-. Presque unanimes pour s'expliquer sur certains principes, ils avaient été ou divergents ou mtiets sur la |ilii|»art des questions politiques. M. de Clermont-Tonnerre en fil le dépouillement et le soumit à l'Assemblée nationale ; tous les