LK COMTE DK MONTLOSIER
licilanl sa retraite. Mais la presse de l'opposition était infatigable dans sa polémique vis-à-vis de la compagnie de Jésus, et, en 182G, au moment où nous sommes arrivés, la France, petit à petit, se prenait contre elle d'une haine implacable et aveugle.
Ce fut en lévrier 1826 quele comtedeMontlosier publia \e Mémoire à consulter sur un système religieux et politique tendant à renverser la religion, la société et le trône. L'efîel en fut immense, lluil éditions successives ne suffirent point à contenter la curiosité et la passion du public.
Le nom de Montlosier, connu de quelques-uns, fut jeté par la renommée dans toutesles directions. Il avait, quelques mois auparavant écrit-, dans le Drapeau blanc, deux lettresoù il signalait les empiétements du clergé comme la véritable cause des embarras du gouvernement. Accueilli avec empresscmentparlesjournaux de gauche, sommé de s'expliquer sans ambages, il avait dans un dernier aiticle expliquédairementsa pensée. Suivant lui, la congrégation dissoute, les jésuites exclus, la déclaration
de 1682 enseignée, tous les embarras disparaissaient. Il fallait, disait-il, arrêter la forme dans laquelle il conviendrait de dénoncer ce triple péril.
Cette forme, il l'avait trouvée.
Le Mémoire à consulter est aujourd'hui trop lu pour qu'il soit nécessaire d'en citer de longs fragments. Dans l'introduction, Montlosier déclare que, constamment fidèle à la véritable et légitime souveraineté, il combattra celle des prêtres comme il a combattu celles qui l'ont précédée. Il n'ignore pas qu'en remplissant cette nouvelle mission, des traverses nouvelles l'attendent. « Je ne les appelle ni ne les repousse, s'écrie-t-il ; ce sera le complément d'une vie qui a été peu heureuse. »
Le livre est divisé en trois parties. La première , intitulée les Faits, traite de la congrégation, de son importance grandissante qui remplit la capitale, domine surtout la province. « Elle forme là, sous l'influence des évêques et de quelques grands vicaires affiliés, des coteries particulières. Ces coteries, épouvantai! des magistrats, des commandants, des préfets et des sous-préfets, en imposent au gouvernement et au ministère. »
Le chapitre ii s'occupe des jésuites. Le vieux gallican, un peu janséniste, leur adresse ces mots :
•21 > LK C 0 M T E D K M 0 N T L 0 S I K i;
a Parloul où il y a du iiiouvemenl, des l rouilles, un théàlrc, on peut être sûr de voii' païaîlre des jésuites. C'est leur aliment, leur élément. Dans un pays comme la France, que la Révoluiion a mis en pièces et qui s'agite au milieu des factions, c'est là qu'on peut opérer fructueusement. Sous Bonaparte, on n'était encore que quelque Père de la foi, bien petit, bien humble, bien obscur. Dès que la Restauration survient, les congrégations, dont on a eu soin de jeter çà et là les semences, se mettent en mouvement. Jusque-là, le nom de jésuite avait été dissimulé; il se prononce ouvertement. »
On pressent quelle sera la portée el l'ardeur de l'attaque. Le chapitre m, De V UUramontanisme, ne contient que des redites. Le chapitre iv, De r Esprit d'envahissement citez les prêtres, renferme la critique d'articles de journaux religieux qui repoussaient l'intervention de la puissance civile dans toutes les questions mixtes, sou prétexte que la police de l'État ne pouvait commander à l'Église.
La seconde partie du Mémoire s'occupe des dangers résultant des faits signalés.
« La France entière (page 116) est im))ue de
l'opinion.qu'elle est gouvernée aiijourd'liui, non par son roi et par scsliommes d'État, mais, comme l'Angleterre des Sliiarts, par des jésuites et par des congrégations. Je sais rpril y a sur ce point, cliez les uns un mouvement de douleur, ciiez d'aulres un mouvement de dérision, chez le plus grand nombre un sentiment de honte qu'une nation ne peut longtemps supporter... »
« ... De tout temps (page 157) la France a résisté, non pas à l'amalgame odieux des deux autorités spirituelle et temporelle, mais au moins à ses elTets.Nous avons eu beaucoup de hontes, nous n'avons pas encore eu celle d'un tribunal d'inquisition. Il est à croire que la Charte et notre système constitutionnel, désespoir d'une certaine classe d'hommes, continueront à nous en préserver. » .
La troisième partie, qui traite spécialement de l'action des lois, renferme, au milieu d'une phraséologie vide trop souvent, quelques pages pleines de verve.
« Vous voulez inspirer en France du respect
pour les piètres? Au nom de Dieu, ne les mettez
ni dans le monde ni dans les alTaires ! Quoi
qu'ils vous disent, empêchez-les de se prostituer
ir,
•Jl-2 I. K r-OMIh: HE MONTI.OSIKH
daus les déUiils des all'aires humaines. Vous renfermez vos vases sacrés dans des labernacles ; vous ne les produisez aux regards publics, mèinc au culte, qu'avec niénagemcnl : faites-en autant de vos prêtres. Ne permettez pas à ces ciboires et à ces calices d'aller parader dans nos fêtes. Les femmes sont des fleurs : les mettre dans les affaires, c'est les faner. Les prêtres sont des vases saints : les employer aux usages du monde, c'est les profaner. »
Et, plus loin (pages 248 et 249), voulant établir fpi'au fond la Fiance était restée une nation religieuse, et désireux peut-être aussi de faire une avance au parti libéral, Montlosier s'exprime eu ces termes :
« La révolution française est certainement, dans l'ordre politique et civil, lebouleversement le plus complet qui ait jamais eu lieu parmi les nations, mais, en même temps,comme, au milieu des choses visibles qui étaient emportées, la Révolution en conservait intacte une multitude qu'on n'apercevait pas, on peut dire, en employant le langage ordinaire, qu'elle a renversé la religion et les mœurs; mais cela n'est vrai que sous certains rapports. En effet, tout en perdant ses institutions
sociales, c'est-à-dire les formes visibles et quelquefois usées dans lesquelles son ancien esprit était renfermé, il est de fait que la France n'a pas perdu cet esprit. Même aux plus mauvais temps de la Révolution, la France, livrée à la tyrannie d'une classe moyenne exaspérée, a conservé les sentiments nobles et délicats des classes élevées qu'elle proscrivait. Elle a conservé dans son sein, alors même qu'elles ne pouvaient plus éclore, les semences de délicatesse et d'honneur qu'elle avait reçues des générations précédentes, comme la terre conserve en hiver les semences qui lui ont été confiées en automne. »
Toute la partie du Mémoire relative à la jurisprudence est plus qu'insuffisante. Montlosier n'était pas un légiste. Il en avait l'esprit, mais il n'en avait pas la science. Il avait cependant compris que les cours royales étaient dans une position différente de celle des anciens parlements; qu'elles n'avaient ni le droit de remontrance, ni la faculté des arrêts de règlement, ni les pouvoirs do police; mais son savoir s'arrêtait là, et il avait grand besoin d'être guidé dans les voies juridiques.
Api'ès avoir résumé ses griefs, qu'il nommait les quatre calamités, la congrégation, le jésuitisme,