‹ Le comte de Montlosier et le gallicanismeChapitre 33 sur 36 · DERNIERS JOURS DE M. DE MONTLOSIER · texte numérisé non relu

DERNIERS JOURS DE M. DE MONTLOSIER

(Extrait de l'Ami de la Charte.)

Les parents, les amis du comte de Montlosier doivent à sa mémoire, à eux-mêmes, à leurs concitoyens, un récit fidèle des dernières journées de sa vie. L'exposé qu'un membre du conseil de l'évêque de Clermont a prétendu faire de ces douloureux événements, dans la Gazette (T Auvergne du 15 décembre, a rendu cette obligation plus grande, plus pressante. En les adjurant de déclarer si, dans cet ençosé, aucune des circonstances de cette triste mort a été altérée o\t même racontée dans un esprit de préoccupation et de partialité, on leur a interdit toute réticence, et prescrit une sincérité complète.

Ils vont donc remplir, dans toute son étendue, un pénible devoir. Mais ils le feront avec une fidélité scrupuleuse, sans aigreur, sans accusations, sans autres réflexions que celles qui sont devenues indispensables;

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reproduisant, autant que la chose était possible, les paroles mêmes qui ont été prononcées; attestant, chacun pour les faits dont il a été témoin, l'exactitude de ce récit, et donnant sans hésiter leur honneur pour garantie de leur véracité.

Tous les actes importants de la vie de M. deMontlosier avaient été marqués par des signes de son attachement à la religion catholique. On sait avec quel éclat il la défendit à l'Assemblée constituante. Les paroles,consignées par M. de Chateaubriand dans sonGénie du Christia- «/<??»(>, sontdepuislongtempsdevenues historiques. Plus tard, lorsqu'il attaqua les envahissements ambitieux des jésuites, il mit les plus grands soins à distinguer la politique de la religion. Il voulut même commencer avec quelque publicité, afin de mieux rendre toute méprise impossible. Plusieurs de ses écrits ultérieurs débutent en quelque sorte par une profession de foi. Enfin, le 13 octobre dernier, il écrivit de Randanneà l'un de ses amis les plus éminents, une lettre dont les premières lignes contenaient cette phrase remarquable : « Je ne me vante pas auprès de vous de toute l'immensité de foi et de croyance qui distinguent M. de Donald et M. de Genoude; mais vous connaissez en même temps le zèle dont je suis animé pour la conservation du christianisme et surtout du christianisme catholique. »

Peu de jours après, sentant les premières atteintes de sa maladie, il revint à Clermont.Dcs lors, il comprit

que sa fin élait prochaine. Il s'en expliqua avec ses amis d'une manière si ferme, qu'il était presque impossible de cherchera lui faire illusion. Les progrès du mal étaient lents mais soutenus, la famille s'alarmait, l'inquiétude se répandait dans le public. Une sœur de la charité était venue demander des nouvelles du malade. Pareille visite fut faite par M. le curé de Saint-Pierre. Le dimanche, 2 décembre, M. l'évéque se présenta dans un moment où il ne pouvait être reçu

Le même jour, à deux heures, M. de Montlosier fit appeler M. Charolois, doyen du conseil de préfecture, et, lui ayant parlé de ces visites : « Je suis gravement malade, ajouta-t-il ; j'ai des devoirs à remplir. Vous counaissez mes sentiments; je veux mourir dans la religion de mes pères, dans la religion catholique, apostolique et romaine. Je veux me confesser, mais comme un simple chrétien, sans controverse; maintenant je ne peux en supporter aucune. Voyez, en mon nom, monseigneur l'Évêquc, dites-lui que s'il a la bonté de se rendre à ma prière, je le recevrai avec humilité, avec respect. »

Ces paroles furent rapportées par M. Charolois à M. l'Évèque, dans l'entretien qu'il voulut bien lui accorder le soir même.

M. Charolois sortit de celte entrevue le cœur pleinement satisfait. Les paroles du prélat avaient été remplies de tolérance. Il se rappelait que M. de Montlosier avait assistés son sacre.

3r.O l'iF.r.KS Jl'STIF IC.ATIVKS.

« Je serai heureux de vous voir en Auvergne, disait alors l'écrivain octogénaire; peut-être, à cause de mes ouvrages, vous a-l-on fait de moi un portrait bien noir. Vous verrez pourtant que je ne suis pas si méchant. -- Ce sera un bonheur pour moi d'être en bons rapports avec vous, avait lépondu le nouvel évêque; mais je dois avouer que, absorbé par les soins de mon minisière, je n'ai pu lire aucun de vos ouvrages. »

Les derniers mots de M. Féron à M. Charolois furent qu'il enverrait, le lendemain matin, prendre l'iieure de M. de Montlosier.

Le lendemain, à deux heures, celui-ci disait à M. Charolois : « Jai vu l'évêque, je ne suis pas content; il exige de moi, préalablement à toute confession, une rétractation que je ne peux pas lui donner. Vous savez bien ce que je vous ai dit; je veux être confessé comme tout le monde. »

Le mardi 4, M. l'Evêque se donne la peine de venir rendre compte à M. Charolois de ce qui s'élait passé la veille. Celui-ci osa lui témoigner sa douleur et même sa surprise; car, dans la première entrevue, il n'avait été question d'aucune rétractation.

M. l'Evêque allégua alors une décision prise, dit-on, pendant les dernières années de la vie de M. de Dampierre (décision restée jusqu'à présent tout à fait inconnue et dont il eût élé convenable de publier le texte et la date, lorsque l'on a écrit à la Gazette (VAiivevtjnc). Le j)rélat parla encore de sa grande responsa-

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bilité, des regards de lou(e la France catholique qui élaienl tournés sur lui. Enfin, il laissa prendre copie do. cette déclaration, en ajoutant qu'il ne lui donnerait de publicité, après la signature, qu'autant qu'on l'y forcerait.

Cette déclaration, a-t-on dit, portait en substance: Je déclare rétracter de cœur tout ce que mes écrits pourraient renfermer de contraire à renseignement de VÉglise. En voici le texte complet que nous reproduisons sans aucun commentaire :

« L'an, etc..

» En présence de M. l'évèque de Clermont et de nous soussignés, M. ..., désirant ardemment se préparer à une mort chétienne et obtenir de Dieu miséricorde, a déclaré qu'il rétractait, dans toute la sincérité de son âme, tout ce qui, dans ses écrits ou discours, avait pu affliger VEglise apostolique et romaine, et être contraire à son enseignement sur le dogme, la morale ou la discipline. »

M. Charolois s'eiïorça d'exprimer ses doutes sur le consentement de M. de Montlosier, à faire ce qu'on exigeait de lui. «Le corps deM.de Montlosier est mourant, » disait-il ;« mais son intelligence, son énergie sont encore vivantes et entières; il exprime à ses amis des volontés plutôt qu'il n'admet des conseils. » Néanmoins, M. Charolois consentit à être, auprès du malade, l'interprète des désirs de M. l'évèque.

Il se rendit immédiatement chez M. de Montlosier;

mais il n'eut pas à lui donner lecture de la rétractation' dont il était ]»orlonr. A peine le niot de déclaration ful-il prononcé que le malade s'écria : « C'est assez. Je comprends. On veut me faire mourir sans confession... A eux la responsabilité. Cependant, je ne suis pas excommunié, aucun de mes écrits n'a été mis à l'index... » Il ajouta : « C'est assez... je vous remercie. »

M. Cliarolois rendit compte à M. l'évèque du résullat de sa pénible mission.

M. de Montlosier exprima, immédiatement après, sesdernières intentions à MM. Cliarolois, Chaisemartin et Bayle-Mouillard. & On n'a pas voulu de ma confession,, disait-il; mais Dieu est juste, et je peux me passer de prières ainsi refusées. Cliaisemartin me fera emporter dans la petite maison mortuaire qui est toute prête à Randanne. On y plantera une croix pour prouver que j'aL voulu mourir en catholique. Les pauvres femmes se signeront en passant; leur prière me suffira. »

Dès cet instant, il sembla de plus en plus résigné à une fin prochaine. Son corps s'affaiblissait chaque jour, l'audition devenait de plus en plus difficile, la vue était troublée, mais l'intelligence restait ferme et entière. Son> caractère n'était point altéré. Seulement il se manifestait en lui un redoublement de bienveillance. Quand ses amis étaient près de son lit, il voulait toujours avoir leur main dans les siennes. « Il est bien temps pour vous que cela fmisse, disait-il quelquefois. Pauvres amis, il est heureux pour vous que je n'aie pas à mourir deux fois, vous

auriez trop de peine. » II s'informait avec anxiété de lï'lat de la température, demandait s'il y avait déjà de la neige dans les niontai,fnes. « Vous souffrirez bien, disaitil, pour me conduire à Randanne. » Du reste, pas une plainte sur lui-même, pas un mouvement d'impatience. Point de forfanterie, d'affectation ni de faiblesse. Il fut calme, ferme et ])on : on peut lui appliquer, dans toute son étendue, la sublime expression de Bossuet : // a été doux devant la mort.

Cependant le curé de la paroisse était revenu demander des nouvelles du malade. Cette circonstance lui fit croire qu'il trouverait là des dispositions plus bienveillantes qu'à l'évèché, cl, le jeudi soir (6 décembre), causant de cette visite avec MM. Cliarolois et Chaisemartin, il dit à ce dernier : « Je n'ai pu le revoir, mais c'est à regret. Allez le trouver, je veux mourir en catholique, je veux me confesser, mais sans déclaration, sans déclaration. » Ces paroles furent les dernières qu'il adressa sur ce point à M. Charolois, qui ne revint auprès de lui que deux heures avant sa mort.

M. Chaisemartin s'acquitta sur-le-champ de la mission qu'il avait reçue. « Vous serez pleinement satisfait en confession, disait-il, mais ne demandez pas de déclaralion préalable; pour trop vouloir, vous n'obtiendriez rien. »

— Je connais M. de Monllosier, répondit le curé; je sais qu'il est religieux; qu'il fait beaucoup de bien en secret; j'irai le voir demain, à onze heures,

36t PIÈCES JlSTlFirATIVFS.

avec grand plaisir, cl j'ospère qu'il sera conlent de moi.

Celle journée du lendemain, vendredi " décembre, fui marquée par de graves et Irisles événements. Il en est que nous aurions voulu passer sous silence; mais, dans la lettre à la Gazette (fAuverfine, on a cherché à faire entendre (jue le pénitent avait voulu surprendre le prêtre. Une semblable accusation ne permet ni réticence ni réserves.

A dix heures, les médecins, MM. Bertrand, Fleuryet Peghoux, laissaient entendre qu'ils n'avaient plus d'espérances. A dix heures et demie, M. de Monllosier se trouva beaucoup plus mal, il crut sa dernière heure arrivée, et demanda avec instance le prêtre dont on lui avait annoncé la prochaine visite. Son fils, sa bellp-fdle effrayés, coururent en toute hâte appeler le curé de Saint- Pierre. Il était absent, mais un des vicaires était libre; instruit qu'il y avait urgence, il se rendit en toute hâte chez M. de Monllosier.

Immédiatement madame Marie de Monllosier l'inlroduisit, et le laissa seul auprès du lit de son beau-père.

Aprèsy être resté assez longtemps, il sortit, et, trouvant quelques personnes dans la pièce voisine, s'écria en joignant les mains : « Quel excellent homme! que je suis heureux de l'avoir confessé, d'avoir été choisi pour cette belle mission! » Il ajouta aussi quelques paroles qui ne pouvaient laisser de doute sur son esprit de tolérance et de bonté.

II ([uitta la maison, et on le vit se dirij^er du côlé de révcché. Trois quarts d'heure après, il revint, causa un instant avec le malade, puis parla pour la première fois à la famille d'une déclaration dont il apportait la formule écrite. Aucune copie n'en a été laissée; cependant ceux qui l'ont lue croient ne faire aucune erreur grave en la reproduisant ainsi :

a Devant nous soussignés..., M. de Montlosier, comte et pair de France, a déclaré qu'il rétracte tout ce qu'il peui y avoir dans ses écrits de contraire à l'Eglise catholique, apostolique et romaine, qu'il vénère, et dans le sein de laquelle il veut vivre et mourir en enfant soumis. »

Suivant le jeune prêtre, M. de Montlosier consentait à lire celte pièce en présence de ses amis, qui devaient la signer ensuite.

Cette formule fut communiquée simultanément à M. François de Montlosier et à sa femme, à M. le comte de Raynaud, à M. Galien de Kaynaud; tous s'inquiétaient de quelques-unes des expressions. M. le comte G. de Raynaud demandait que le mot pourrait fût substitué au mot peut. Il ajoutait que les amis de M. de Montlosier ne signeraient jamais une déclaralion pareille; lui-même s'y refusait dès lors formellement. En ce moment, M. Chaisemartin entra, et madame Marie de Montlosier le pria d'appeler M. Bayle-Mouillard.

L'o^)inion de celui-ci était arrêtée à l'avance. Il lui

<;6 n KC.Ks .1 isTii-n: vTiv i:s.

semblait qu'au pieJ iluii lit de mort tout devait se passer entre le clirétieu et le prêtre; que le mystère conveuail également au pardon et au repentir; enfin, il no voyait aucune utilité à faire faire, on présence de témoins, une déclaration que l'on avait pour ainsi dire promis de tenir secrète. Mais aussi il était décidé à suivre pour règle de conduite la volonté de M. de Montlosier. Certain que la puissante intelligence de son vieil ami était encore pleine de force, il pensait que son unique devoir était de connaître, de respecter et de faire exécuter ses décisions.

Il savait depuis longtemps que M. de Montlosier n'avait jamais voulu sciemment écrire contre la religion ; que, si certaine opinion hétérodoxe s'était glissée dans ses écrits, c'était en quelque sorte à son insu, et qu'il attachait à ce fait la plus grande importance.

Or, la déclaration présentée à M. Bayle-Mouillard semblait contenir une reconnaissance formelle d'hérésie; plusieurs expressions étaient ambiguës; quelques antécédents lui faisaient penser que le mot de rétractation blessait l'esprit du malade; surtout il craignait que le vague de cette formule ne permît à quelques personnes de l'étendre aux écrits contre les jésuites, chose que M. de Montlosier n'eût jamais tolérée.

Resté seul avec M. le vicaire, il s'efforça de lui expliquer avec convenance quelques-unes de ces raisons. Vainement le jeune prêtre assurait que M. de Montlosier avait accepté cette formule. « ^'en croyez rien, répétai '

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JI. Dayle-Mouillard ;aujouririiui, sa fatigue, dit-on, est grande; il peut avoir mal entendu, mal compris; soyez sûr que, lorsqu'il la connaîtra bien, il la repoussera. »

Néanmoins, sur la foi du vicaire, chacun avait répété à M. Bayle-Mouillard que M. de Montlosier consentait À faire une déclaration dont il serait, en quelque sorte, lionne procès-verbal par ses parents et ses amis; qu'un rendez-vous, pour cela, était indiqué à cinq heures, que la confession n'avait eu lieu que sous cette condition. Ne pouvant parler au malade,alors très fatigué de la crise du malin et de sa confession; ignorant que, après celte l'onfession, le prêtre s'était absenté, et n'avait parlé qu'une heure plus lard de la déclaration, M. Bayle- Mouillard crut ce qu'on lui assurait; et convaincu que son devoir se bornait désormais à prévenir toute équivoque dans la déclaration promise, et à la mettre d'accord avec les intentions réelles de M. de Montlosier, il prit la plume, et traça la formule suivante :

« Je déclare que je n'ai jamais entendu rien écrire contre la religion catholique, apostolique et romaine dans le sein de laquelle je désire mourir.

» S'il m'est échappé quelque doctrine opposée à ses dogmes ou à sa morale, je la répudie comme contraire à- mes intentions passées et présentes. »

« SiM.de Montlosier adopte une déclaration écrite, <'e sera celle-là, ajouta M. Bayle-Mouillard. » Le fils, les parents, M. Chaisemartin, à qui elle fut immédiate-

3G« l'IÈC.KS J l STiriC.ATl VES.

meut roiniminiquée, élaicnldu même avis; M. le vicaire la trouvait aussi très satisfaisante, cependant il hcsilail et semblait embarrassé. L'hésitation, l'incertitude cessèrent, lorsque M. Bayle-Mouillard, comprenant la cause de cette anxiété, engagea le vicaire à communiquera ses supérieurs la formule nouvelle. Avant de se retirer , MM. Chaisemartin et Bayle-Mouillard voulurent pourtant saluer leur ami. Ils le trouvèrent souffrant, affaissé, ne s'arrêtèrent point, ne firent aucune (jucstion. Néanmoins il leiir dit d'une voix très oppressée : « Je me suis confessé au vicaire... Il a été content de moi, et moi de lui..., très content. Je lui ai promis de déclarer que je suis bon catholique... devant vous... ce soir, à cinq heures... venez... »

Ces paroles firent croire à ceux qui les entendaient que M. de Monllosier avait promis, en effet, comme on le leur avait dit, une déclaration attestée par ses amis : il n'en était rien cependant. M. de Montlosier avait compris qu'il ferait une profession de foi, qu'il la ferait devant quelques témoins; mais jamais il n'avait entendu qu'il en serait dressé procès-verbal.

Les détails qui précèdent, ces formules écrites se rattachent à la confession de M. de Montlosier; mais ils sont surtout nécessaires pour faire comprendre la scène déplorable qui a terminé cette journée, scène dont nous ne pouvons parler sans douleur.

A cin(i heures, tous ceux qui avaient été convoqués étaient réunis,à l'exception de M. Cliarolois,qu'oii litaver-

lir de nouveau. MM. de Raynaud, M, François de Montlosier, sa belle-mère et safemnie, MM. Bayle-Mouillard et Chaiseniartin étaient avec M. l'abbé, qui paraissait salisfait, et ne disait mot; tout à coup il entra dans la chambre du malade, et, quelque temps après, les autres personnes présentes y furent appelées. Avant de se rendre à cette invitation, on crut devoir faire prévenir le malade de l'absence de M. Charolois; sans doute, à celte nouvelle, il voulut attendre encore, car le vicaire revint auprès des pa ents assemblés. « Tout va bien, dit-il en rentrant, M. le comte adopte la déclaration; la déclaration, à laquelle il n'y a presque rien de changé. » A ce mot de changement, la surprise se peignit sur toutes les figures. Quoi ! changer, sans mot dire, une déclaration adoptée en commun, sauf l'approbation des supérieurs; la communiquer clandestinement, pour ainsi dire, à un malade fatigué; faire appeler subitement près de son lit ses amis, ses parents, sans les avoir avertis à l'avance; s'y prendre de manière à rendre toute observation ou difficile ou impossible! Ces réflexions furent faites au jeune prêtre avec modération, mais avec force, a Je ne peux assister à la lecture de cette déclaration altérée, qu'après en avoir pris connaissance, dit M. Bayle-Mouillard. Où est-elle? — Sur la table de M. de Montlosier. Je vous prie, d'ailleurs, de croire que je n'ai rien fait sans l'ordre de mes supérieurs. »

M. le vicaire rentra dans la chambre du malade, et,

sur ce qui s'y est passé, nous sommes réduits à des con-

370 IMÈCES JUSTIFICATIVES.

jeotures. M. deMontlosier avait-il lu la déclaration ainsi laissée près de lui, et avait-il eu le temps d'en peser les expressions? Fit-on une tentative infructueuse pour obtenir une signature que, depuis plusieurs jours, il ne pouvait plus tracer? En lui présentant une plume, arrivat-on à lui faire comprendre ce qu'il n'avait pas entendu? nous l'ignorons; mais, au bout de quelques minutes, M. l'abbé revint consterné. « Tout est cbangé, dit-il, M. de Montlosier veut bien faire une déclaration verbale, mais il ne veut rien d'écrit. — Je vous l'avais fait pressentir, Monsieur l'abbé, dit M. Bayle-Mouillard. — Mais iln'élève pas de difficulté sur telle ou telle déclaration, seulement il ne veut pas d'écrit. — Vous avez fait précisément tout ce qu'il fallait pour cela... Mais, enfin, où est cette déclaration? ))

M. le vicaire la sortit de sa soutane. « La voici, disaitil en la remettant à M. Bayle-Mouillard. On a pris un peu dans l'une, un peu diins l'autre, ». Et, voyant ui: vif sentiment de blànie se peindre, à la lecture de cette pièce, sur le visage de celui-ci, il se liàta d'ajouter : « Je vous prie de croire, monsieur, que j'ai reçu des ordres; je n'ai rien l'ait de mon propre mouvement. — Je le crois, j'ai besoin de le croire, lui répondit-on; une déclaration avait été proposée par vous ce matin ; nous l'avions blâmée comme ambiguë, vague, équivoque ; nous en avions proposé une autre, qui vous avait semblé convenable. Et, ce soir, sans explication, sans avertissement, vous présentez au malade précisément la déclaration

désapprouvée, en y laissant tout ce qu'elle contenait d'équivoque; en vous bornant à retrancher les mots : En enfant soumis, et ù remplacer rétracter par répudier. Vous avez raison : vous ne pouvez pas avoir fait cela librement ; et vous comprendrez sans doute que je ne peux y participer volontairement. »

A mesure (jue cette pièce, si étrangement substituée, passait de main en main, tous les membres de la famille exprimaient les mêmes sentiments. MM. Chaisemartin et Bayle -Alouillard se retiraient, quand ils furent demandés par le malade.

11 dit au premier : « Ce matin, j'étais bien content de M. l'abbé ; mais, ce soir, ce n'est plus cela : on l'a to-urné. » Il ajouta en s'adressant à tous les deux : « Ce matin, j'avais promis de faire devant mes amis une déclaration verbale, de rétracter les erreurs de mes écrits, s'il y en a. Je l'avais promis et suis prêt aie faire. Mais, ce soir, on veut un procès-verbal, des signatures. A quoi bon? Pour faire du bruit dans les journaux, du scandale? ce serait honteux! Je n'en veux pas. Allons, mes bons amis, pardonnez-moi de vous avoir donné une peine inulile. Adieu, pour ce soir... Vous comprenez... Adieu pour ce soir... »

Ces paroles furent aussitôt transmises à M. l'abbé. Son embarras, son affliction semblaient sincères. Peut-être comprenait-il que, par suite de quelque malentendu, ou d'une obéissance aveugle, il s'était laissé aller à des démarches fâcheuses, et dont il n'avait pas prévu la

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portée. Sa bonté, la pureté de ses iiitenlions personnelles ne pouvaient pas être un moment douteuses. M. Bayle- Mouillard alla à lui. « Personne n'entend vous blâmer, monsieur l'abbé, lui dit-il; mais parlez à M. le curé; M. Chaisemartin s'unira à vous pour obtenir qu'on se contente d'une déclaration verbale. — Je n'y comprends rien, répondit M. le vicaire, mais je suis bien sûr d'avoir parlé d'une déclaration écrite. — Êtes-vous sûr d'avoir été bien entendu? Nos voix, qui sont familières à M. de Montlosier, ne lui arrivent qu'avec peine; la maladie a encore aggravé sa surdité. — Comment! il est sourd? ah! cela m'explique tout... Pourquoi ne l'ai-je pas su plus tôt?

Le lendemain matin, M. Chaisemartin fit, auprès de M. le curé des Minimes, une démarche, pour obtenir que la déclaration verbale fût acceptée. « Je le désire, disaitil, pour la tranquillité du malade et la satisfaction de l'Église. Je crois, d'ailleurs, que vous n'obtiendrez rien de plus. — Oh ! répondit-on, il faut espérer; les malades ont quelquefois de bons moments. »

L'avant-veille, M. le comte de Raynaud avait fait aussi une tentative inutile à l'évèché ; la veille, M. le lieutenant général Brun de Villeret avait eu une conférence avec M. rÉvêque; il lui proposait de présenter à l'approbation de M. de Montlosier une formule par laquelle celui-ci déclarerait vouloir vivre et mourir dans la religion catholique, profession de foi suffisante pour couvrir toutes les irrégularités qui pouvaient se trou-

ver clans ses écrits. M. l'ôvôque n'agréa point cette proposition.

Le 8 décembre, M. Brun de Villeret se rendit chez son collègue mourant, lui présenta la formule préparée par M. Bayle, et lui demanda s'il y donnait son adhésion. Le malade l'approuva pleinement, offrit de la lire devant ses amis, se refusant seulement à ce qu'il en fût dressé procès-verbal. Tout procès-verbal, toute déclaration écrite semblait au malade une occasion de bruit et de Scandale qu'il repoussait avec énergie.

Le général se présenta de nouveau à l'évèché pour communiquer cette offre; mais M. l'évêque était absent.

Quelques instants plus tard, M. de Montlosier disait à M. Bayle-Mouillard : « Point d'acte, même quand il serait rédigé par vous. Vous écririez exactement tout ce que je pense, et je pense tout ce que vous écririez. Mais il ne doit y avoir rien d'écrit. Quant à une déclaration verbale, je la ferai quand on voudra, aussi formelle qu'on la voudra, et devant qui l'on voudra. C'est là ma volonté, ma volonté dernière ; mon ami, je vous en prie, faites-la respecter. »

Cette demande était sacrée. Depuis cet instant, pas un mol à ce sujet ne fut dit à M. de Montlosier ; lui-même n'en parla plus.

Le dimanche 9 décembre, ses paroles devenaient de plus en plus amicales et tendres; il s'informait de l'état de la température avec plus d'anxiété , A cela seul, il était

facile de comprendre qu'il s'attendait à une mort immédiate : dès la veille, il s'en était clairemenl expliqué.

A dix heures, il entretint MM. Cliaisemartin et Bayle- Mouillard assez longuement. Après avoir parlé en détail à ce dernier d'une lettre arrivée de Paris le matin même, lui avoir rappelé tous les faits antérieurs qui s'y rattachaient avec une précision parfaite, et l'avoir chargé d'écrire une réponse dont il lui indiqua les bases avec une raison et un calme admirables, il lui montra sa poitrine haletante. « Vous entendez, dit-il , c'est le râle. — Non, quelques glaires qui vous gênent. — Les médecins doivent me faire de ces flatteries; mais pas vous, mon ami, pas vous... Allons, je ne veux pas que vous restiez là plus longtemps. — Soit; mais je reviendrai bientôt. — Eh bien, oui... Mais aujourd'hui; vous entendez, aujourd'hui! »

Un peu plus tard, il faisait à M. Charolois de tendres et touchants adieux.

Une heure arrive; son fils, sa belle-nile venaient de s'éloigner un instant. Il voulut changer de lit. On obéit avec quelque hésitation ; à peine avait-on fini, qu'on l'entendit respirer plus péniblement, et sa figure peignit une vive souffrance. Sa domesti(juede confiance s'élança vers lui, lui présenta la croix de son chapelet, une croix de bois. Il murmura le mot pardon, ses lèvres s'agitèrent quelques instants. M. Bayle-Mouillard entra. Il croit que le mourant le reconnut encore, et lui souriait pour ainsi

dire du regard. Mais bientùl les yeux se tournèrent vers le ciel, restèrent fixes. Il n'y eut ni plainte ni mouvement. M. François de Montlosier, qui était rentré presque en même temps que M. Bayle, pleurait auprès de son père. Tout à coup, cette noble figure que la douleur avait un moment contractée, reprit sa belle expression de calme et de grandeur. La souffrance et la vie avaient cessé.

M. Peghoux, M. Chaisemartin, M. Douillet accoururent. Il n'était plus temps. L'agonie avait à peine duré cinq minutes : à deux heures moins un quarts tout était fini.

Le soir, M. Chaisemartin, exécuteur testamentaire, se rendit à la cure ; il venait demander l'heure de la sépulture. Même après l'avoir entendu, il ne pouvait croire qu'elle serait refusée. <' Les écrits de M. de Montlosier, lui dit-on, ont affligé le clergé ; non seulement celui de Clermont, mais le clergé de toute l'Europe catholique. Tous les journaux ont parlé de lui; il nous fallait une déclaration pour la faire insérer dans tous les journaux. Il a refusé, nous refusons. Il vous a prescrit de le faire porter à Randanne;eh bien, faites-le. »

Le lendemain matin, MM. Chaisemartin et Bayle- Mouillard lireni procéder à l'ouverture du testament; ils y trouvèrent une profession de foi complète.

A onze heures, ils se rendirent à l'évêché avec M. le lieutenant général Drun de Villeret, pair de France ; M. Charolois, M. de Barante, receveur général; M. Besse

deBeaurogard, procureur du roi; M. Conchon, maire de la ville de Clermont. Cette démarche avait pour but d'obtenir, pour Tilluslre défunt, les prières de l'Église.

Le curé des Minimes a refusé à M. de Montlosier la sépulture religieuse, dit M. Baylc-Mouillard, qui avait été chargé de porter la parole. « Nous sommes venus, monseigneur, avec le désir de savoir de vous-même si cette décision a obtenu votre assentiment. — Messieurs, M. de Montlosier est mort sur la paroisse des Minimes : le curé de Saint-Pierre peut seul savoir s'il est mort ch catholique. Il fera son devoir. — Après cette déclaration, monseigneur, nous devrions peut-être nous retirer immédiatement; mais il est un document que vous ne connaissez pas et que vous devez connaître. Le testament de M. de Montlosier, ouvert ce matin, et date du 10 mars 1838, contient les phrases suivantes :

« Au sujet de notre sépulture, je déclare, autant qu'il est en moi, vouloir être présenté à l'église, selon les usages et les cérémonies de la religion que je professe, a Vexemple de mes pères. Au surplus, mon intention est d'être ramené de l'église, pour être ensuite enseveli au tombeau que je me propose de construire à la cime de mon bois de pins, à Randanne, et pour lequel j'ai déjà annoncé à monseigneur révèque([ue je lui demanderais sa bénédiction.

)> C'est, vous le voyez, une déclaration soleimelle de catholicité; que pensez-vous maintenant? — Mais on peu^

se dire catholique de bien des manières. Je pense que le cure fera son devoir. — Quel est donc son devoir, suivant vous? — Son devoir est de consulter sa conscience, et il est parfaitement libre. — Mais, dit un des assistants, il est donc libre d'enterrer M. de Monllosier, s'il le juge convenable ? — Oh ! il est libre de faire son devoir. — Monseigneur , reprit M. Bayle , il y a toujours un droit d'appel. Le curé a décidé en premier ressort; maintenant, nous nous adressons à vous, nous vous demandons votre jugement. — Mais, si M. le curé n'hésite pas, je n'ai rien à dire. S'il est embarrassé, il viendra près de moi, et je lui dirai de faire son devoir. »

Bientôt tous -les assistants prirent part à la conversation; enfin quelques déclarations plus formelles furent articulées. On sut qu'un ou deux écrits de M. de Montlosier, lus par le clergé seulement au dernier jour, avaient paru pleins d'énormes hérésies; que le testament ne semblait rien changer à la position de la question, bien qu'il renfermât une profession de foi postérieure à ces écrits prétendus hérétiques. Quand un assistant cita l'exemple d'un diplomate célèbre, né aussi en Auvergne, auteur de nombreux ouvrages, et mort récemment à Paris, quand il rappela que, pour obtenir grâce, il lui avait suffi de tendre à l'archevêque une main mourante, on répondit : Il y a bien des manières de manifester du repentir, sans songer que, pour M. de Monllosier, on n'avait voulu en admettre qu'une seule.

M. l'évêque déclare enfin que les offres de rétractation verbales n'avaient pas été jugées suffisantes, parce qu'il fallait une garantie contre les fâcheuses interprétations du monde.

a Eh bien, s'écria le lieutenant général avec l'accent de la piété blessée, si M. de Montlosier a eu des torts, d'autres n'en ont-ils pas eu? Hier, au moment même où il mourait, on prêchait contre lui. — C'est tout à fait impossible. — Voilà sur ce papier les paroles qui ont été prononcées. — Soyez sûr qu'on aura mal entendu. — C'est moi qui les ai entendues, monseigneur, et qui les ai écrites en rentrant chez moi. »

Les amis de M. de Montlosier se retirèrent ; ils savaient tout ce qu'ils désiraient savoir, et auraient voulu oublier quelques-uns de ces détails ; mais on les a forcés de les rétracter, en les sommant de déclarer si monseigneur a cessé un seul instant d'être le ministre compatissant et charitable d'une religion de paix et de miséricorde.

Quelques instants plus lard, la famille de M. de Montlosier manifesta le désir de se conformer aux intentions de son chef, et de présenter le corps à l'église pour y prier, même en l'absence du curé. Alors M. le préfet et M. le maire se rendirent à l'évêché. Ils ne demandaient point de consentement, mais voulaient savoir si l'évêque se refuserait même à cette satisfaction. Après quelques hésitations, comme ils exigeaient une réponse sans ambiguïté, on répondit par un refus formel. « Mais, ajouta

M. révoque, vous avez la force matéiielle en main; si vous en usez, il faudra bien céder. »

On dit qu'une troisième démarche fut faite par M. le préfet seul. Il voulait savoir avec certitude si la porte de l'église serait ouverte ou fermée. On lui assura qu'elle serait fermée.

Cependant le lendemain, au moment où le cortège défila sur la place de Jaude, la porte fut ouverte à deux battants et laissa voir, dit-on, les autels dépouillés de leurs ornements.

ïci, nous devons nous arrêter ; la question cà débattre ressort dans toute sa simplicité. Nulle difficulté au fond; la foi était à ral)ri, puisque M. de Montlosier offrait une déclaration aussi formelle qu'on le voudrait. Quant à la forme, le mourant ne pouvant plus donner sa signature, tout se réduisait à savoir si l'on se contenterait de quelques témoignages, ou si l'on exigerait un procès-verbal que l'évêque promettait de ne publier que si on l'y forçait. Ainsi, c'est seulement à raison d'une formalité que, sans égard pour les scrupules d'un mourant, pour sa crainte du scandale, et peut-être aussi pour une noble délicatesse, on l'a torturé à ses derniers instants; c'est pour si peu que l'on a blessé toute une cité, en profanant une de ses gloires les plus chères, affligé enfin tous nos concitoyens, à qui nous n'avons plus rien à apprendre, parce qu'ils ont noblement participé à ce qui est ensuite survenu.

Associés à notre douleur, à notre recueillement, à

3bO l'IÈl.ES JUSTIFICATIVES.

notre deuil, ils ont donné une grande leçon, grrâcc à eux, on a compris qu'un refus de prières n'est point, aux yeux des hommes, une flétrissure inelTaçable, et qu'aux yeux de Dieu, il ne peut y avoir, sur un cercueil, d'ea lustrale plus sainte que des larmes unanimes et sincères.

Clcrmont-Fcnaïul, le 17 décembre 1838.

le comte de reynald;— le comte galien dereynaud; — le maire de clermont-ferra.nd, h. conchon; — j.-b. bayle-Mouillard; — charolois; — a. de barante, receveur GÉNÉRAL DES FINA.XCES; — BESSE, PROCUREUR DU roi; — CHAISEMARTIN.

A MM. les membres de la famille de M. le comte de Montlosier.

Vous m'avez prié, messieurs, de vous faire connaître avec précision la part que j'ai eue à ce qui s'est fait, relativement à la maladie et aux obsèques de M. le comte de Montlosier. Je me fais un plaisir et un devoir de satisfaire à vos désirs.

Le 7 de ce mois, j'eus occasion de faire une visite à l'illustre malade. Il ne se passa rien de particulier entre lui et moi; mais j'appris qu'il avait demandé à recevoir les sacrements de l'Eglise, qu'il avait déclaré vouloir vivre et mourir dans ^a religion catholique, apostolique et romaine, et qu'il s'était toutefois élevé des difficultés au sujet d'une rétractatiou qu'on exigeait de lui sur les erreurs qui pouvaient se trouver dans ses écrits.

M. de Montlosier se refusait à souscrire la rétractation dans les termes arrêtés à l'évêché, et, prévoyant que, si ces difficultés n'étaient pas levées, nous éprouverions de grands embarras lors(iu'il faudrait lui rendre les honneurs funèbres, je fus parler à monseigneur, et, dans une conversation qui dura plus d'une heure, je fis mes efforts pour lui persuader que la déclaration offerte

38i PIÈCES JUSTlUCAil VES.

couvrait toutes les irrégularités qui pouvaient se trouver dans les écrits du noble pair; mais les idées de monseigneur étaient arrêtées; il y avait sans doute des engagements pris, et il crut devoir insister sur la rédaction qui, par son ordre, avait été présentée à M. de Monllosier.

Le 8, je sus que M. Dayle-Mouillard avait rédigé une déclaration plus explicite encore que la formule dont j'ai parlé ci-dessus. Je la lus au malade en pesant sur les termes, et je la lui fis agréer. Je me rendis ensuite auprès de monseigneur, dans l'espoir de la lui faire accepter; mais il était à des exercices de la Providence : je ne pus arriver jusqu'à lui, et, le lendemain, jour du décès, il fut trop tard.

Vous savez, messieurs, que nous fûmes cà l'évéché avec plusieurs personnes recommandables pour demander que les honneurs funèbres fussent rendus, à l'église, à M. de .Montlosier, comme on les rend à tous les catholiques; mais nos oiTorIs furent infructueux, et, au moment de nous retirer, je ne pus m'empècher de dire : «r Si notre ami a eu des torts, on en a eu à son égard, et ce n'est (ju'avec un sentiment de douleur que, hier, deux heures avant sa mort, j'ai entendu à l'église du Port un prédicateur lancer du haut de la chaire un Irait qui ne pouvait être appli([ué qu'à M. de Montlosier, et qui dénonrait à l'auditoire les erreurs et les impiétés qu'il avait iomies dans ses écrits. »

Monseigneur, je dois le déclarer, fut péniblement

.if(ectt' (l'apprendre pareille chose; il voulut eu douter; mais je lui attestai que j'avais moi-même entendu la phrase, et, de plus, je la lui remis rédigée de ma main. Vous savez, messieurs, ce qui est arrivé depuis, et ce que j'ai fait pour donner le plus d'éclat possible aux obsèques de mon honorable collègue. Heureux si j'avais pu prévenir un malheureux conflit que la famille de M. de Monllosier, le clergé lui-même et les amis de la religion, ne sauraient manquer de déplorer.

Veuillez, messieurs, agréer l'expression de ma considération la plus distinguée.

Le lieutenant général, pair de France, commandant la division.

BRUN DE VILLERET.

Clerniont, 10 ilécembre 1838.

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