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disposiliou les liiadcs dans la ijarde iialionalc et de se voir délivrée surtout de la prééminence de la noblesse.
Monllosier élail frappé de tous ces laits, de ce speclacle d'une société nouvelle n'ayant plus qu'une seule préoccupation, celle de perdre les biens qu'elle venait d'acquérir, c II l'aut le reconnaître, répondit-il un jour à d'Éprémesnil, qui pensait que tout cela finirait par un bon arrêt du parlement, le grand obstacle au retour de ce qui était jadis n'est pas dans les opinions, il est dans les inlérêts. »
Un exemple lui avait complètement dessillé les yeux : à l'une des séances du soir, le 18 juin 1700, à la suite delà motion de Lameth, relative à la suppression du monument delà place des Victoires, un député du Midi, Laïubel, avait demandé l'abolition de la noblesse liéréditaire. Cette proposition, appuyée par Lafayetle, Mathieu de Montmorency et Saint-Fargeau, allait être mise aux voix. Le côté droit était surpris : il avait dans ses rangs un certain nombre de membres du tiers (|ui, dans toutes les questions touchant à la religion, au clergé et à la monarchie, avaient riiabitudc de voter avec lui. Dès qu'il fut question
do la suppression des titres, ils s'enfuirent vers le côté gauche. Monllosier en retenait un, qu'il connaissait plus particulièrement, par le pan de riiabit. Le morceau faillit lui demeurer dans la main. * Je ne suis pas pour la noblesse, » lui cria son voisin; — et le décret fut voté. C'est un de ceux qui ont causé le plus de joie en France et le plus affermi la Révolution. Cette observation est précisément de Montlosier, qui voulait retenir son collègue du tiers état obéissant à l'instinct de toute sa race.
Montlosier n'aima jamais la démocratie. Devenu partisan des deux chambres, grâce à l'influence insinuante de Malouet, il se séparait de lui en maintenant la division des ordres. Jaloux de l'importance de l'aristocratie anglaise, s'il eût voté le 9 septembre pour la dualité du corps législatif, il se fût réservé de discuter la composition de la seconde chambre et ses attributions.
Ce n'est pas à la tribune qu'il put d'ailleurs exposer ses convictions. Bien qu'il y ait paru plusieurs fois, on ne peut le citer comme orateur ; vainement l'abbé Maury lui avait indiqué sa méthode pour le devenir. Monllosier ne voulut pas cultiver ses dons naturels. « Si j'avais vu, répon-
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dail-il, dans l'ordre nouveau quelque chose d'établi; si, comme en Angleteirc, j'avais trouvé devant moi une forme d'assemblée délibérante, lice à un système régulier d'inslitutions, j'aurais eu une perspective de service, un avenir d'utilité auquel j'aurais pu in'altachci' ; mais, pour moi seulement, pour une pelilc ré])ulation de quelques jours, })Our de petits succès de salon, jamais je n'aurais pu, comme Maury ou comme Cazalès, m'imposer une telle tache. >'
Un jour cependant il trouva sa voie. L'Assemblée avait commis la faute de se mêler des affaires de la conscience et de décréter une constituliun civile du clergé. Elle avait enjoint aux ecclésiastiques en exercice de prêter publiquement le serment à celte loi. Les membres du clergé qui étaient députés n'en étaient pas exempts. U:ie séance fui désignée poui- raccomplissemenl de celle mesure ; on fui obligé d'y renoncer. Les premiers appelés, l'évèque d'Agen, un curé de sou diocèse, l'abbé Fournès, un autre du diocèse de Cambrai, prononcèrent de telles paroles pour motiver leur refus, que l'Assemblée crut devoii charger le comité ecclésiastique de préienter dans le ]ilus bref délai un j)rojiM d'in-
slruclion à rcriet de prévenir des alarmes el des troubles inévitables. Les journaux rapportent que Montlosier demanda avec dérision qu'on adjoignît à ce comité deux protestants, Rabaut Saint-Etienne et Barnave, et, comme on lui prêtait attention, il ajoutait: « Je ne crois pas. quoi qu'on puisse faire, qu'on parvienne à forcer les évêques à quitter leur siège. Si on les chasse de leur palais, ils se retireront dans la cabane du pauvre qu'ils ont nourri ; si on leur ôte leur croix d'or, ils prendront une croix de bois. C'est une croix de bois qui a sauvé le monde. »
Pendant quelques minutes, la tumultueuse Assemblée garda le silence. Ces éloquentes paroles, la postérité les a consacrées ; elles mériteront d'être rappelées tant que vivra le nom de Montlosier. Elles sont gravées sur la pierre de son tombeau. L'auteur du Mémoire à consulter repose sous les vieux cyprès de Randanne, dans cette terre des volcans qu'il avait fertilisée.
Cependant l'Assemblée continuait, sans beaucoup de méthode, d'ajouter au premier chapitre constitutionnel des chapitres nouveaux. Se défiant de plus en plus des intentions de la cour, elle glissait sur la pente qui devait bientôt l'amener à con-
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centrer entre ses mains ions les pouvoirs. Les agents du {iouvernement, qui répondaient de tout, ne pouvaient plus agir sur rien. Le ministère avait à peine un huissier à sa nomination. Montlosier voulut éclairer le côté droit.
Prévoyant le départ de Louis XVI, il fit paraître, vers le milieu de 1700, sous le litre un jieu prétenlieux (VEssai sur l'art de constilaer les peuples, un examen des opérations constitutionnelles de l'Assemblée. L'ouvrage avait été composé avec la coopéialion de Bcrgasse; c'était un vrai plan de constitution. Une seconde édition fui publiée en 1791. Montlosier critiquait vivement la marche de l'Assemblée. Son point de dépari csl le respect de loulos les inégalités, soit de naissance, soit de titres ou d'honneurs. On devait, d'après lui, enter sur ce vieux rameau les futures institutions libérales. Défenseur de la noblesse, il la plaçait dans la chambre haute et reprenait quelques-unes des vieilles idées de Mounier. Expliquant ensuite les origines de la liévolution française, il constatait l'influence de la républic^ue américaine sur le développemcni des sentiments d'égalité et deliberlé; il faisait remarquer (et .M. de Tocqueville lui a emprunté cette
observation) que, par les assemblées des notables, par l'institution des assemblées provinciales, toutes les habitudes avaient été dérangées. Les essais de réforme, incomplets, toujours interrompus, avaient, depuis l'avènement de Louis XVI, irrité la fièvre publique. La nation n'était plus d'aplomb dans aucune de ses parties ; un dernier coup avait donc pu la mettre en branle. Toutes les voix demandaient la restitution du droit qu'ont les hommes vivant en société de n'obéir qu'aux lois qu'ils auraient faites, et de ne payer que les subsides qu'ils auraient consentis.
Monllosier reconnaissait donc la nécessité de la Révolution. Après en avoir énuméré les bienfaits, il accepte l'égalité proportionnelle des impôts et des charges, l'admission de tous les citoyens aux emplois et aux dignités, la périodicité et la continuité des assemblées délibérantes, la suppression des prisons d'État, des lettres de cachet et de toutes les anciennes traces du régime absolu. Il voit le despotisme renaître derrière l'anarchie et les excès populaires; il croit que, dans l'inlérèt de la liberté, il faut maintenir comme autant de barrières les privilèges des provinces, les prérogatives de la
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noblesse, l'auloiilé îles |iark'iuenls. « L'inconséquence t'I la IVivolilé de la nation, dil-il, ne sont pas, comme on le croit, une chose qui lui soit naturelle, qui dépende de son climat ou de quelque autre cause parlirulière et permanente; elle provient île l'inconséquence même, de la versatilité de loul ce (jui existait, versatilité accompagnée de je ne sais ({uelle dignité qui Taisait qu'on se portait à trouver les choses merveilleuses, parce qu'on n'osait les croire absurdes. Je ne sais quel honneur s'était substitué à la vertu ; le bon goût avait usurpé l'empire des mœurs, le bon ton celui de la société; un talent tenait lieu de toutes les qualités; l'ennui était devenu le premier des maux; le pédantisme, le premier des vices. Donnez une bonne constitution à ce peuple, il deviendra fort. Mettez de l'ordre dans son gouvernement, et vous en mettrez dans ses idées. Le peuple français, dit-on, est peu sage, donc il ne lui faut pas de liberté; — et moi, je réponds : Donc il lui faut de la liberté pour qu'il devienne sage. »
C'est ain.^i que s'expriiuaii Montlosier en pleine révolution, — aristocrate et iibi'ral, vrai bai'on de la grande charte, critiquant les principes qui
ET LE (;ALL1(;AMS.M I',. il
avaient servi de rondement à la Déclaration des droits de lliomme, mêlant à tout cela ses idées sur l'origine de la noblesse et des possessions féodales, parlant avec respect de Tinstitulion de la religion, mais excluant le clergé de tout rôle politique, insistant sur la division des pouvoirs, et en même temps sur la création d'une chambre haute où siégerait une pairie héréditaire; — écrivain de plus de force que d'élégance, de plus d'originalité que d'élévation, entraînant dans son cours rapide et tourmenté du sable et des cailloux. Necker, à qui il donna son livre, s'y reconnut, et Buike le félicita; mais Necker et Burke ne connaissaient que la société distinguée de Paris. Montlosier avait trop vécu en agriculteur dans les montagnes d'Auvergne; il n'avait pas été assez hobereau pour juger des haines farouches; il ne sentait pas encore que l'explosion soudaine à laquelle il assistait n'était que le complément d'une œuvre de dix siècles, et que la base même dû mouvement était l'égalité des conditions.
Cet essai constitutionnel provoqua une vive colère dans la droite. Le principal sujet d'irritation était la question des deux chambres. Le parti aristocratique flétrissait ce système, parce qu'il lui
reprochiiit d'avoir causé la déroction de la minorité de la noblesse et de donniM- à une partie de l'aristocratie, au détriment de l'autre, l'espérance de la pairie. Une occasion, du reste, allait s'offrir pour juLicr du peu de progrès des idées libérales.
Les l'euillanls, autrement dit les conslilulioiinels, étaient appelés à tenter le dernier effort pour le maintien de la royauté. Après la mort de Mirabeau, à la suite d'une visite que M. de Montmorin avait faite de la part du roi à Alexandre de Lameth, il avait été convenu qu'il y aurait une révision de la constitution. Dans cette lévision, qui devait être principalement confiée à Thouret, à lUiport, à Beaumetz et à Barnave, le roi aurait repiis une partie do son autorité et de ses pouvoirs. L'ordre public devait être établi sur de nouvelles bases.
Le parti constitutionnel s'était ainsi séparé du club des jacobins, qu'il avait fondé. A propos du projet de loi sur l'orj^Mnisation du coips législatif, Duport commença la lut le. Il n'est point permis d'oublier ces niéniorables paroles : « Tout s'est ImIi ju^iu'à ces (Irinjcis moinents comme il • It'vait se passer, et je ne voudrais reiranclier de notre révolution (pu- d'iunliji's cnniutés qui la dé-
ET LE C.ALLICAMSME. 43
figurent; mais il n'est ]iersonne parmi nous qui, dans sa conscience, n'ait pensé que la pente des esprits, si utile à l'établissement de la liberté, ne devait être favorisée que jusqu'au moment où ellemême cesserait de favoriser les véritables idées de liberté et d'un gouvernement sage. Ce moment est-il venu? Je le pense. » — Et Duport, doutant que ses concitoyens eussent des notions justes sur la liberté, la définissait ainsi : « La liberté est la limite des droits de chacun, limite posée par la justice, exprimée par la loi, défendue par la force publique. » Déjà, dans l'Assemblée et surtout hors de l'Assemblée, tout un parti commençait à penser que la Révolution devait avoir pour dénouement la république. Duport y faisait allusion quand il disait dans ce même discours. «. D'autres font répandre que les principes d'égalité et de liberté seraient plus religieusement observés sous une autre forme de gouvernement. En vain dira-t-on que leur projet est ridicule. Est-ce parce que les choses sont déraisonnables qu'elles sont impossibles? » Les constitutionnels, prenant alors pour base l'égalité et l'unité de la représentation nationale, crurent qu'ils pourraient fonder en 1791 ce qu'ils appelaient la royaulé démocratique. La fuit(3 (h
il i,K c.oMrr. m: monti.osiki;
Van'iincs vint rontlre leur n'iivri' iiiipralicaldc, Lo cùlé droit persévérait plus que jamais dans son opiniâtre résistance. Nous en voyons la preuve dans deux publications de Montlosierà celle date. La première était intitulée Nécessité tVnne conlreréi'ohttion. Montlosier ne voulail-il pas(iiroii revint aux V(iMi\ cxpriinés par les cahiers des bailliages? Duiuiil (lénonea celle brocliure à la Iribune. Dcnoucialion inutile! que pouvaient produire des propositions pareilles?
r.ien que, peu de jours après, Montlosier eùl fait imprimer les Moyens de contre- rcrolulion , ses moyens n'étaient pas ])lus réalisables, el liiimèiue r('Couuaît (pie sa dernière bcdclmie eut peu de succès. Essayer, connue il le proposail, de reeoiislitucr la force piililiipic, la iiictlre à la disposition du roi, l'aire une li|;ue de tous les propriétaires, c'était, dans l'étal où se trouvait la France, ;uitanl di' v^^m^^^ \)\\r\\\<. Les [»lans si nombreux que l'on proposait al()i> ne valaient pas ceux de Mirabeau, et Miiabeaii n'était ni debout, ni au i)ouvoir, pour les laiie exécuter.
Réviser la couslilution, tel était le cri poussé par les politiques.
Le comité de révision, en majeure partie com-
posé des constitutionnels, s'était réuni au comité de constitution, dans lequel étaient entrés, à la place des démissionnaires, Tliouret, Target, Rabaut Saint-Elienne et Desmeunier. Malouet et Clermont-Tonnerre entretenaient les espérances. « Osez, osez, leur disaient-ils; sachez confesser vos erreurs et les réparer. Vous voulez effacer quelques taches, il s'agit de corriger des difformités. »
C'était surtout avec Barnave que Malouet aimait à s'entretenir. Le jeune député du Dauphiné avait beaucoup vieilli depuis quelques mois. Son désir, comme celui qu'avait 'exprimé Lalayette en février 1791, était de finir vite et bien la Révolution.
Le départ du roi pouvait- il le permettre? On n'ose croire aux folles espérances que ce départ fit naître dans le côté droit. Un de ses organes, le Journal de la Cour et de la Ville, imprima le matin même cet te note : « Ceux qui voudront être compris dans l'amnistie du prince de Condé peuvent se faire inscrire à notre bureau d'ici au mois d'août. Nous n'en excepterons que cent cinquante personnes dont nous donnerons incessamment le nom et le signalement. »
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Tandis que la nouvelle de l'ai restai ion de Louis XVI el de sa laniille rejelail la noblesse dans son obstination, elle unissait plus romplètement les constitutionnels et ce qui restait de l'ancien groupe monarcliien. La haine que leur portait la famille royale étail pourtant faite pour les décourager. Rentrant un soir chez lui, en juillet 01, Montlosier trouva un personnage considérable qui avait vu dans la matinée Mme Elisabeth et Mme Campan. 11 lui rapporta le propos suivant de Mme Elisabeth : « M. de Lafayette voudrait actuellement nous sauver; avant tout, nous voulons nous sauver de M. de Lafayette. » Montlosier était mécontent de celte attitude; il était surtout affligé d'apprendre que le roi mettait toute sa confiance dans les forces étrangères. Il eût préféré que Louis XYI, malgré ses répugnances, fût entré, de concert avec le parti constitutionnel, dans un plan vigoureux de défense. Malouet et Mallel Du Pan étaient du même avis. « 11 me restait, dit Montlosier, quelques inquiétudes du côté de la reine, dont les disi)Osilions m'étaient moins connues el qii'(jn disait extrêmement animée. J'i'lais dans de bons rapports avec M. de Fontanges, archevêque de Toulouse, que la reine aimait el voyait
souvent. Je le piiai de me dire quels étaient ses sentiments. Il me répondit que, selon ce qu'il avait pu découvrir, la reine avait eu, ainsi que le roi, pendant quelque temps des espérances à l'égard du régime constitutionnel, mais qu'au moment présent elle n'en avait plus ; qu'elle était décidée à suivre en tous points les errements qui seraient tracés par le roi, mais que, pour son goût particulier, elle avait horreur de toute assemblée délibérante. » Le sort de la révision ne pouvait être dès lors douteux.
Il n'y a pas, dureste, de document plus intéressant et rendant avec plus de sincérité les impressions des derniers royalistes libéraux que la lettre adressée le 26 août 1791 à M. de Bouille par M. de Gouvernet, fort attaché au parti constitutionel. « Notre malheureuse étoile, écrivait-il, fait qu'au moment où les démocrates eux-mêmes sentaient unepartie de leurs torts, ce sont les aristocrates qui, en leur refusant leur appui, s'opposent à la réparation. » En effet, la veillemême des débats, d'Éprémesnil montait à la tribune, protestant, au nom du côté droit, contre tous les décrets et annonçant la ferme résolution de ne plus prendre part à aucune espèce de discussion : la révision fut alors rapide.
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Ail mcMiicnl où il sitiiialail le \\cc |)iiiui|ial do la coiisliliilicii de 1791, (jui avait j)la(L' la soiiveraiiich'* du |MMi|tle en lace dti droit lirrrdilairc di' la coiuoiint', Malouel l'ut int(;'i'rom|iii pai' les imicmures. Aucune discussion ne s'éleva ni sui- runitr du corps législatif, ni sur ses rapports avec le pouvoir (}\i''culir. Les quelques nioditi» atiniis proposées ayant été repoussées, Tliouret ci'ut devoir déclaier, au nom des deux coniilés, que les changements apportés par les dernières décisions de rAsseml)lée ôtaieni au pouvoir exécutif la force qui lui était indispensable. Quand il lui déciélé ensuite (pic l'acle constitutionnelserait présenté à l'accepl;iti(Ui royale, Montlusier, jut;eant que tout discours serait inutile, se leva à son (our et demanda acte de son silence.
Le parti des constitutionnels avait échoué comme celui des monarchiens. Lafayelle a prononcé sur si.'s amis ce jugement éclairé : « Ils ne regardaient dil-il, tout ce qui n'était pas la Déclaration des dioils que comme des combinaisons secondaires ri n'avaient aucune objection à ce que la force des choses détruisît la royauté, si elle éiail incom- |ialiMe avec les institutions dé-mocratiques. Ils aimaieiil iiiii'iix la (h'iuocralie sans l'oyaiilé que la
royauté sans démocratie. » Des trois lignes de défense établies sous la Constituante, l'une par les impartiaux, l'autre par Mirabeau, la dernière par les constitutionnels, cette troisième fut la plus facilement emportée. Nons ne parlerons pas des derniers et inutiles efforts que motiva la question des conventions, c'est-à-dire de ces assemblées spéciales chargées de modifier les constitutions. Montlosier raconte que Robespierre se mit à rire quand il fut interdit aux deux prochaines législatures de proposer aucune réforme constitutionnelle. L'Assemblée constituante n'avait plus confiance en elle-même quand elle se retira.
La résolution que prirent ses membres de ne point se soumettre à une réélection a été très blâmée. Du côté droit, ce furent non pas seulement les violents, mais les plus modérés qui avaient manifesté le même éloignement. Cazalès seul marqua du penchant pour le droit de réélection. Il se croyait sûr d'être nommé à Paris. Cette espérance toucha peu la droite, elle fut presque unanime pour faire refuser la parole à son orateur; mais Cazalès l'obtint et appuya son opinion sur le principe de la souveraineté du peuple. Seul il était dans la vérité. Montlosier était à côté de la
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question quand il répond il : « M. de Cazalès a plaidé la cause des grands lalenls, je vais plaider celle de la liberté. Le despotisme est mort; il y a un parti dans l'Assemblée qui voudrait recueillir sa succession. » A gauche, Duport, Le Chapelier et Lameth soutinrent l'opinion du comité de constitution, qui voulait toujours la réélection. La lassitude l'emporta. « Vous avez raison, disait Beaumelz à Montlosier, nous sommes las du public; le public est encore plus las de nous; si nous ne savons nous chasser nous-mêmes, nous serons chassés. »
N'étant plus député, Montlosier était déterminé à émigrer. Quand le trésorier de l'Assemblée vint le trouver pour lui remettre ses frais de poste jusqu'à Clermonl, il lui parut plus franc de dire qu'il partait i)Our Coblentz. « Cela ne me fait rien, » lui répondit l'employé, qui compta alors dans son livre les postes de Paris à Coblentz et en paya le montant.
Après avoir assisté avec l'abbé Maury à une séance de l'Assemblée législative, Montlosier partit avec un de ses compatriotes, officier au Royal- Crav.ilc, M. de la Villate.
Il lui liienvito éclairé sur les intentions des émi-
grés. L'abbé Maury se trouvait à Bruxelles en même temps que lui; on annonça une assemblée générale des royalistes. L'abbé Maury y prend la parole et l'ait un sermon politique sur la nécessité de se rallier à l'ancienne constitution du royaume. Il entre dans les détails de la beauté des trois ordres, de la perfection des parlements; il insiste particulièrement sur la futilité et l'inconvenance du système des deux chambres. Il ajoute enfin d'une manière expressive : Et surtout, messieurs, point d'essai!
Il avait été facile à Montlosier de deviner l'objet de cette réunion. Il s'agissait de mettre en garde l'émigration contre son système des deux chambres et de critiquer notamment son Essai sur r art de constituer les peuples. Il en parla le lendemain à M. de Laqueuille, qui se mit à sourire et ne repoussa pas ses conjectures.
Un nouvel incident vint les confirmer. Montlosier partait de Bruxelles pour se rendre à Coblentz. Dans les environs d'Aix-la-Chapelle, il rencontra le comte d'Egmont, qui l'invita à s'arrêter chez lui.
Toute conversation roulant alors sur la politique, Montlosier parla de Paris, qu'il avait récemmentquitté. Il eutàprononceric nom de Mounier,
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Mme (rKi:iiioiil lui laiira des regards furieux et ne ménagea pas les injures. M. d'Egmonl riait, mais ne désapprouvail pas trop sa femme. Montlosier se hasarda à répéter un mol du comte de Clioiseul d'Ailiecourt : « Mounier, qui nous a fait tant de mal, mais à (jui nous avons tous pardonné. » Mme d'Egmonl paraissant s'irriter davantage, il se leva et sortit. Celaient autant de pronostics }»our sa réception à Coblenlz.
H vélail à ]ieinc arrivé qu'il alla faire sa cour et reçut une invitation à souper. La maison qu'habitaient les princes était plus que modeste. Pendant le souper, ce qui attira le plus son attention, ce fut Mme de Balbi, en coquetterie avec le chevalier de Puységur. Leur conversation était fort auiuiée, et Montlosier, étant assis près d'eux, put faciltiiienl entendre ce joli bavardage qu'on n'entendait (|ii'à Paris et au xviii" siècle. 11 était impossible d'èlre plus abondant en toute sorte de futilités, et de donner à des riens plus d'amabilité et de grâce. Ainsi finissait galamment en exil l'ancienne société. Ce fut toute l'impression que Montlosier emporta de sa première visite à Goblciil/.. Il v avait été, à dire vrai,i)eu bienveillammcnt accueilli <•! n'avait pas tardé à s'apercevoir,
par le vide créé autour de lui, que le nom d'ancien membre de l'Assemblée nationale était en horreur parmi les ardents royalistes. 11 résuma cette visite en ces mots : « Je n'avais rien à dire à qui n'avait rien à écouter. » Il revint alors à Paris; son absence avait duré deux mois.
Son premier soin fut de courir chez ses amis pour s'informer de leurs espérances. Bergasse n'en avait plus. D'Eprémesnil en avait toujours, mais dans l'excès du mal, qui devait, d'après lui, infailliblement ramener les parlements. Mallet Du Pan et Malouet étaient tristes et fort inquiets.
Montlosier put s'assurer par lui-même de l'état de l'opinion publique à Paris et des rapports de la nouvelle Assemblée avec la cour. Les théât''es, les séances de la Législative, la lecture des pamphlets, les conversations, tel était l'emploi du temps. Dès qu'on voyait Montlosier aux tribunes de l'Assemblée, on le regardait et on riait. Il y rencontrait souvent d'anciens collègues du côté gauche de la Constituante. Un jour, il s'y trouvait auprès d'Alqnier;ils avaient eu déjà de violentes altercations. Alquier se mit à causer franchement de la situalion du roi et des affaires publiques. Montlosier lui fil l'aveu qu'il venait de Coblentz, et que, selon
ra I. K ('.(t. M 1 1: hi: mon i i.osih i;
(Oulc aitparL'iicc, il y i çlomiiciail biciilùl. — « Vous avez raison, répondit Alquiei";quereriezvous ici? In lioinnie de votre naissance ne peut cire aujourd'iiui qu'à Goblenlz et auprès des princes. Si j'ctais noble, je ferais comme vous. Nous autres, membres du tiers état, nous étions dans une condition abaissée; on nous a donné les moyens de nous relever, nous l'avons lait; c'est h raison d'élre de la Révolution. » Celle conversation méritait d'être Iranscrile; elle disait tout.
Voulant voii' pai' lui-même ce qui attirait l'attention et la cuiiosilé, Monllosier s'avisa d'assister à une représentation de Charles IX. 11 y lui reconnu et, à tous les entr'acles, liué, sifflé à outrance; (111 lui criait : « A Goblenlz! à Goblenlz! » Il lui i>ainl prudent de sortir quelques moments avant (jue la pièce lui finie; mais l'objet principal de son séjour à Paris était de conférer avec Malouet el ses amis politiques. Un jour fui pris; ils se réunirent en petit comité. Glermont-Tonnerre, Mallet Du Pan, lîliuliêre, y assistaient.
Il est impossible, quand on lit dans les iMémoires inédits de Monllosier le récit de celle conférence, de croire que des esprits éclairés aient pu sérieusemcnl avoir ((tiifiance alors dans la diu'ée
du gouvernement monarchique. Nous cédons la parole à Montlosier. « Mes amis, dont quelquesuns croyaient avoir la confiance du roi, confiance qu'ils partageaient avec M. de Bertrand et M. de Montmorin, m'assurèrent que le roi se défendrait. Ils jugèrent seulement qu'il ne devait s'écarter en rien des formes constitutionnelles. Je proposai de faire demander aux prêtres de service au château un serment à la constitution avec les réserves de M. de Donald. Je proposai d'en faire de même relativement aux émigrés. Tant qu'il y avait en France un exernple de violence et d'outrage, l'émigration n'était pas seulement un droit, elle était de toute justice. Relativement aux prêtres, mes amis pensèrent à peu près comme moi; il n'en fut pas ainsi relativement à la nohlesse. Trompé par les plus fausses suggestions, le roi, non pas la reine, désirait quelquefois sincèrement la rentrée des prmces et celle des émigrés. Cet abandon de toute la noblesse de France lui était tout à fait triste. Ce n'était pour lui qu'un entourage; mais cet entourage, surtout au lever et au coucher, il semblait ne pouvoir plus s'en passer. La position, disait-il, est donc bien fâcheuse, puisque personne ne veut plus la partager. Nous fûmes parfaitement
r.6 LK COMlli I>E MONTI.OSlKIi
d'accord sur le plan de résislance du roi. Malouel nous ré|)ondail à i^cl àiiiwû i]Q M. de I5oi-lrand, de M. de Monlmorin el de .M. de Lessail; mais il élail impossible de porter plus loin que Louis XVI la faiblesse et l'abaissement. »
Parmi les moyens de défense, Montlosier et ses amis avaient osé compter les formes conslilulionnelles; or la Législative, de })lusen plus inquiète, prévoyant la guerre extérieure, ne pouvant se lier au château, arrivait, d'empiétements en empiétements, à se mettre en correspondance directe avec les directoires des départements, et elle renversait le ministère constitutionnel. Pendant quelque temps, Lametli, DuporI et liaiiiavc s'élaicnl pourtant imaginé que les choses pourraiciil aller. Clerniiinl-Tonnerre, reprenant le livre de .Montlosier et l'amélioranl, avait remis en faveur le système des deux chambres; mais couimcnt réaliser cette modification? Le parti constitutionnel voulait y arriver par l'opinion publique et l'autorité du roi, il repoussait patriotiquement un congrès et l'intervention des puissances étrangères. Les princes et les émigrés au contraire appelaient de leurs vœux les armées ennemies j)0ui punir ceux qu'ils (jualifiaienl de rebelles et ressusciter l'aneien régime.
ET LK C.ALLICAMSME. 57
Les émissaires entretenaient la famille royale dans ces folies. La diplomatie était dans un singulier chaos : il y avait dans les principaux cabinets de l'Europe : 1" un ambassadeur avoué et accrédité par le ministère ; "2" un envoyé particulier du roi; 3" un délégué de M. de Breteuil, chargé des pouvoirs de la reine ; Â-" les représentants des princes. « Tout ce monde-là, écrit Montlosier, s'épiait, s'observait, se contrecarrait à plaisir. En présence des envoyés constitutionnels, tout déconfits, tout honteux, les agents particuliers des princes eurent beau jeu de se prévaloir de la supériorité de leur prévoyance. Partout ils prirent auprès des envoyés constitutionnels un ton de hauteur et de mépris auquel ceux-ci ne purent tenir. 11 leur fut facile aussi de décréditer, de quelque part qu'il vînt, tout système de trjtnsaction et de constitution, et particulièrement les deux chambres. A cet égard, leur succès fut complet à Vienne, à Berlin ; il le fut bien plus à Saint-Pétersbourg.
» Des propos très fâcheux étaient tenus, non seulement contre les fauteurs de ce système, mais encore contre le roi lui-même. Auprès de quelques étourdis, il ne s'agissait pas moins que de nommer un régent et de déclarer la couronne vacante.
TiX I. K C. U M i i; I» K M( t N T I. 0 S 1 K lî
Dans les cabinels, les disposilioiis n'allaicnl pas sùrcineiU. jusque-là; mais au moins les espérances qu'on avait conçues de quelques transactions eulre les partis s'elYaçaienl de plus m plus. » Quant à l'opinion manifestée à différentes reprises par .Montlosicr sur les émigrés, elle ne varie pas. Il n'y tMi a pas de plus sévère. Il ira s'enrùliM' dans l'armée de Condé; il les verra de plus près encore, et il reviendra à Londres ulcéré par leurs injures et leurs calomnies, se battant en duel pour la défense de ses opinions, mais certainement plus exécré par l'entourage des princes que ne le furent Danton et Robespierre.
La déraison des émigrés portail sur deux points : ils persistaient à croire que la Révolution était peu de cliosc, une simple mutinerie ; ■et, comme ils ne connaissaient pas leur pays, un grand déploiement de forces pour abattre réner|,ne matérielle de la Révolution leur semblait inutile. La maiche des armées étrangères sur Paris devait èirr une |)i'omenade militaire. Pour en abattre l'énerj^ie morale, il ne fallait pas non plus tant d'cilVirls. Lue simple proclamation sullirail; mais s'encanailler (nous emjirunlons ces mots à Monllosier) avec ces scélérats
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appelés coïislilutionnelsfJamaiii ! Les holtesihi maréchal de I)hnler cl Vépéc du grand Frédéric suf/iraient à tout. Ce n'élait pas sciilcinont Monllosier qui était traité de coquin et de renégat; on éloignait de Goblentz le marquis de Bouille, parce qu'il avait écrit en juillet 1792 : « La France presque entièi'e est contre l'ancien régime; j'en excepte quelques individus intéressés à le voiirenaître. »
Cazalès n'était pas mieux accueilli : il était devenu partisan des deux chambres; aussitôt qu'on eut connaissance de son arrivée à Goblentz, on n'imagina rien de mieux que de l'outrager. Plusieurs gentilshommes, l'un à la suite de l'autre, vinrent à l'auberge où l'on savait qu'il devait débarquer, prévenir l'hôtelier qu'il l'ai lait absolument deux chambres à M. de Gazalès. Goblentz était alors encombré. Le maître de l'auberge, qui croyait avoir fait beaucoup que de lui avoir ménagé une bonne chambre à coucher, vint, aussitôt qu'il débarqua, lui témoigner son désespoir de n'avoir absolument qu'une chambre à lui oiïrir. Gazalès comprit très bien le sens de cette recommandation; il stuiji (m'on lui refusait toute marque de confiance. M garda le silence et
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(ItMiiinl.i Si3iil(')n.Mil à servir aux avanl-postes.
On no connaîtra jamais à fond riiistoire de la Révolution française quand on néglijïera de tels faits. Lorsque des personnages aussi haut placés étaient ainsi accueillis, Monllosier pouvaitil avoir l'espérance de l'être mieux? Quelques-uns de ses camarades lui écrivaient d»' venir, d'autres l'en dissuadaient. « Si vous venez, on vous jettera dans le Rhin, » lui disait-on. Malouet et Bernasse lui répétaient : « Qu'allez-vous faire ? — Ma place, répondait-il, me semble devoir être parmi les gentilshommes de ma province ; ils m'ont nommé leur député; ils ont droit de ma paît à quelipie retour de reconnaissance et de service. >> Ses amis se rendirent à ces raisons. AvanI de partir, sur Ir conseil de Mallet Ou Pan, il voulut avoir une dernière entrevue avec les chefs du parti constitutionnel, el particulièrement avec celui qui avait le plus d'intrépidité, de caractère et de force d'esprit, Adrien Dupoit.Ils convinrent de se voir citez M. de Lîaiante, un ancien condisciple de .luilly.
Dupoit leur conlia que i>cndant longtemps son parti avait l'ail tous ses elTorts poui- éviter la guerre étrangère, mais qu'elle était devenue iné-
vilable. « Ce qui dépend de nous, ajoula-l-il, c'est de donner aux puissances aujourd'hui inilées contre la France une idée de notre situation propre à les disposer à des arrangements modérés, tels que vos amis et vous les concevez. » Ces bases acceptées, ils se séparèrent. Duport paraissait tenté d'en écrire aussitôt au comte de Provence. 11 parut }ilus convenable de s'adresser au maréchal de Gastries. Le mémoire fut rédigé, Montlosier fut chargé de le porter, et Malouet y joignit une lettre dans le même sens.
Tous ces hommes, qu'on a appelés les Ariste et les Cléante de la politique, se rassemblèrent la plupart pour ne plus se revoir, à un modeste repas. C'était la veille du départ de Montlosier pour l'émigration. Bergasse et d'Éprémesnil, comme amis particuliers,) avaient été conviés. Quand on fut à table, d'Éprémesnil, apercevant Malouet en face de lui, se mit à lui dire : «C'est vous qui nous avez perdus avec vos deux chambres et votre club des impartiaux. — C'est bien plutôt vous monsieur le parlementaire, lui liposta Malouet, avec vos remontrances au roi, et votre appel au peuple. » D'Éprémesnil sourit et ne répliqua rien. Ni l'un ni l'autre ne disaient vrai; ce qui avait
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pordu la cause de la monarchie, c'était raveiiglcment dos classes privilégiées et Malouct n'aurait eu qu'à se souvenir d'une phrase de sa lettre aux émigranls : « Vous vouliez ce dont on ne Vdulail plus, sans savoii'ompècher ce que l'on voulait et sans rien mettre à la place. »
Montlosier partit le lendemain, en mai 1792. Grâce à l'influence de la comtesse des Deux-Ponts, il put franchir la frontière et gagner Coblentz. Trois mois après, le 10 août emportait la constitution. Ce qu'on avait cru une barrière n'avait été qu'un faible réseau, Hercule avait grandi, et, suivant le mot de Mme de Staël, on avait, jeté trop de serpents dans son berceau.
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L'émigration française à Coblentz et à Bruxelles. — Montlosier et Mallet Du Pan.
Dès les premiers événements qui la suivirent, l'émigration fut jugée par les libéraux comme elle l'a été plus lard par l'histoire. « Il y a des devoirs inflexibles, en politique comme en morale; le premier de tous est de ne jamais livrer son pays aux étrangers, alors même qu'ils s'offrent pour appuyer avec leurs armées le système qu'on regarde comme le meilleur. » Ainsi s'exprime l'éloquent écrivain des Considérations siir la Révolution. Ainsi pensait Mallet Du Pan. Ainsi parlait Malouet dans sa Lettre aux émigrants. Il ne les blâmait pas de quitter la France, il les invitait à écouter d'autres conseils que ceux du ressentiment, c Si vous mêlez vos res-
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scnliiiients à une colère étrangère, disail-il, quelque fondés que vous soyez dans vos griefs, vous n'êtes plus des citoyens français. Pour venger vos injures, il faut les oublier. » Ni les violences ni les injustices n'étaient, en effet, laRévolulion. Elle était indépendante des excès qui la signalaient. Mais elle dut plus qu'on ne le croit à réniigration systématique le caractère qu'elle prit dès les premiers jours.
Vivant à l'étranger et toujours dans le iiièuie cercle, les émigrés de leur côté se persuadèrent facilement que tout était rébellion hors de leurs anciennes habitudes. Leurs répulsions prirent }»;ir degrés une sorte d'inflexibilité sacerdotale. Leurs traditions politiques devinrent à leurs yeux d(is articles de foi. C'est ainsi que se consomma délinitivement le divorce entre la vieille France et la France nouvelle. La noblesse anglaise avait eu plus de dignité dans les troubles civils.
En face des émigrés, nous trouvons ceux qu'on appelait jilus jusieinent les fugitifs ou les réfugiés. Il ne faut pas confondre les proscrits (pic le régime de la Terreur avait forcés à chercbei un asile hoi's de la patrie avec ceux qui en étaient sortis ayant la pensée d'y rentrer en vainqueurs les armes à la
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main, les patriotes de 89, les constitutionnels de 91 et les royalistes immaculés, la colonie de Coblentz.
Les haines dont furent honorés dans toutes les parties de l'Europe, pendant leur exil, ceux qui avaient voulu sincèrement le gouvernement représentatif n'iront qu'en s'aggravant. « Ni l'âge ni le sexe, a écrit Rœderer, ni la parenté, ni l'ancienne amitié, ni le malheur ne trouvèrent grâce devant Timplacabilité des nobles de l'armée de Condé. Ils les dépistaient avec acharnement, ils requéraient avec arrogance leur expulsion au nom des puissances étrangères. » Dans une brochure qui fit sensation en 1794, le comte d'Entraigues osait écrire que la postérité, d'accord avec la justice, verrait toujours en eux les premiers régicides. Discutant l'étendue de l'amnistie qu'on daignerait accorder, il déclarait que la justice des hommes n'avait jamais eu et n'aurait jamais le droit de leur pardonner.
Montlosier nous a déjà fait connaître, dès les premiers mois de la Constituante, les violentes antipathies que soulevaient dans l'entourage de la cour les noms des la Fayette, des Lamelh, des MaloLiet, des Mounier, des Lally-ToUendal. Il faut
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qu'il soit bien difficile de rester libéral (jiiand inème et toujours. Rester un libéral, c'est en ellel vouloir rompre avec les violences et les exagérations, c'est, dans les moments troublés, risquer de perdre sa popularité.
Les papiers de iMonllosier, en nous apportant des faits nouveaux, nous aideront plus particulièrement à apprécier les idées et les personnes.
Dès les premiers jours de son arrivée au milieu de ce monde aveugle et ignorant de l'émigration, il avait retrouvé Mallet Du Pan et avait reçu ses conseils. (( Séparez-vous de ces gens-là, lui avait dit l'éminentpubliciste, d'après tout ce que je vois, les puissances feront mal, nos princes ne feront pas mieux. Vous avez du courage, on n'en veutpas; vous avezdesvues sages, on en veut encore moins. De cette manière, vous serez écarté de tout et ne serez employé à rien. — Mon ami, répondait Montlosier, relativement au dénouement final de l'entreprise, j'ai les mêmes craintes que vous. Relativement à ma londuite, elle est commandée. Ni vous ni moi, ni (|iii (|uc ce soit, ne pouvons prévoir aujusteles événements. Ils peuvent être tels, qu'ils éclairent raveuglemcnt et comniandent à la raison; — et puis j'ai dans la noblesse d'Auvergne quelques bons
camarades. Au surplus, donnez-moi un ordre du roi, j'obéirai. » C'est avec cette résignation exempte d'illusions que Montlosier avait rejoint les émigrés de sa province.
Encore que son arrivée fût annoncée, elle avait causé un peu d'embarras. On ne lui reprochait pas seulement le système des deux chambres, ce qui était déjà un crime; on avait écrit de Paris qu'il était associé au club des Feuillants et qu'il en avait été nommé président. Pendant une courte absence à Cologne, où il était allé remettre au maréchal de Gastries une lettre de Malouet et une autre de Duport, lettres qui n'avaient eu aucun succès, les gentilshommes d'Auvergne hésitèrent sur son admission dans leurs rangs. On convint d'une assemblée générale où il serait appelé. On le pria de donner des explications sur ses opinions et ses intentions.
Il répondit que ses opinions avaient été tellement manifestées pendant trois ans à l'Assemblée constituante que les rappeler était inutile. « Relativement à l'état présent et futur de la France, ajouta-t-il, s'il plaît aux princes de m'interroger, je leur dirai avec plaisir ce que je sais et ce que je pense. Quant à mes intentions, je suis venu comme
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simple soldat m'associer à mes camarades et comballre avec eux pour le roi et la patrie. »
On vola sur celte déclaration et, à l'exccplion de deux ou trois voix, Montlosicr lut admis. Il n'en lut pas moins obligé de se battre en duel avec le chevalier d'Ambly, qui critiquait son admission en termes plus que désobligeants.
Chateaubriand raconte que pareille scène s'était répétée pour lui et avait failli lui faire rebrousser chemin. A lui aussi on avait objecté qu'il arrivait quand la victoire était décidée; qu'on n'avait pas besoin de son dévouement. Heureusement il avait rencontré son cousin Armand, qui l'avait pris sous sa protection, avait assemblé les Bretons et plaidé sa cause. Après explications, l'affaire s'était arrangée, et Chateaubriand, avec Atala et René dans son havresac, avait étr admis à servir. Dès le lendemain il avait ivçu ordre de marciier sur Tiiionville par un temps affreux. 11 chantait 0 Uichard, ô mon roi, en cheminant au milieu de la pluie et de la boue. Mais il eut la révélation de l'avenir, lorsque, arrivé en vue des bois qui bordaient l'horizon, (in lui dit <|iie ces bois étaient en France. Passer en armes la Irr/iitière de la [)alrie lui lit un elfet qu'il ne pul icndrc il était
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là, suivaiiL son expression, coinnic Falkland dans l'armée de Charles I".
Montlosier ne pensait pas autrement. Il fut une des figures les plus originales de l'émigration, quittant de temps à autre le camp pour courir les bibliothèques du pays, tantôt <à Mayence, tantôt sur le Rhin, tantôt dans les bois, avec ses compagnons de misère, jurant à la fois contre Galonné et les jacobins, lisant, admirant et contant le tout à Mallet Du Tan, dans des lettres qui nous ont été en partie conservées.
Ces lettres témoignent de la confiance que les constitutionnels avaient fondée sur l'intervention de Mallet Du Pan auprès des princes. Ce n'était pas chose facile d'arriver jusqu'à eux, quand on ne partageait pas leurs préjugés ou leurs passions. De tout leur entourage, l'homme qui montra le plus d'élévation dans le caractère et dont la sagesse, la modération, ne se démentirent jamais dans le cours de la Révolution, fut le maréchal de Castries.
Les efforts de Mallet Du Pan pour essayer d'une transaction entre Louis XVI et les chefs du parti jacobin sont trop connus pour que nous tentions d'en faire l'objet spécial de celte étude; mais des
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(lommenls nouveaux les rrlnirent d'un jour plus conijtlel.
Mallel avait été appelé (en 1792 ) au milieu des fête? du couronnement de Tempereur François. M. de Castries lui fit savoir que les princes l'invitaient à se rendre à Gobleniz sous le nom de Fournier, marchand de toiles. 11 avait à communiquer un projet de manifeste etavait prévenu Monllosit^r qu'il désirait ne pas le manquer à son passage. Son arrivée fut un événement. On aurait bien voulu lui faire quelque avanie, on n'osa pas. Le plan qu'on eut alors à discuter était proposé par la Fayette. C'était précisément de ce côté que le parti royaliste continuait à porter toutes ses craintes. Les propositions, que Bertrand de Molleville a textuellement transcrites dans ses Mémoires, furent écartées. Il n'y avait aucun moyen de former des espérances. Le marquis de Laqucuille, un des compatriotes de Monllosier, chaque fois qu'il le rencontrait lui décochait ce trait : On ne compose pas avec des factieux.
Il avait rejoint Mallet Du Pan à Francfort. Le hasard un malin lui lil rencontrer aux portes de la ville un carrosse accompagné d'une grande suite. C'était l'abbé Maury, de retour de Rome. Les
princes l'avaient fort recommandé au pape, aux cardinaux et à Mesdames de France. Ces recommandations avaient eu leur effet. Le pape avait commencé par le nommer archevêque de Thèbes. « Il avait reçu, nous apprend Montlosier, l'huile sainte du cardinal Zélada. Mesdames avaient voulu assister à la cérémonie. 11 avait été ensuite nommé nonce extraordinaire à la diète de Francfort. Pour cela même, on lui avait donné soixante mille écus romains. 11 ne s'était pas contenté du don du pape. L'évêque de Spire lui avait fourni ses équipages; l'électeur de Bavière, le linge de table et la cuisine. Il était arrivé de cette manière avec quarante domestiques en livrée. Il tenait une maison excellente, où il recevait à merveille tout le monde, excepté les Français. »
Tel était l'abbé Maury dans l'exil. Nous connaissons déjà sa conduite à Bruxelles vis-à-vis de Montlosier. On ne s'étonnera pas qu'il n'ait eu aucune envie de le revoir.
Mallet Du Pan avait enfin obtenu une entrevue avec les princes. li était fort mécontent et paraissait navré de tout ce qui se préparait. Le marquis de Bouille, ayant osé soutenir en plein conseil que le moment des sacrifices était arrivé et que l'on se