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liiHiipail on troyaiit que la noblesse j)ùl reiilier dans tous ses privilèges, avait élc rcléj^né, le plus poliment possible, aupiès de réledeurde Mayence. L'abbé de Galonné, au conliaiic, élail bien en cour, parce que, ayant entendu dire ((ue le roi de Prusse arrivait avec cinquante mille hommes, il s'i'lait écrié : Que veiU-il faire de tout cela'! Quinze cents gentilshommes suffiront pour faire la contrerévolution.
Les habiles croyaient qu'il y avait intérêt à déprécier dans tous les cabinets les forces de la Révolution, de répandre à tout prix la confiance, afin d'armer d'abord les souverains, qui, une fois engagés, ne se dessaisiraient plus de leur entreprise. Montlosier leur répondait que la Révolution était une immense puissance avec laquelle il ne fallait pas jouer; qu'avec les moyens moraux lires des passions, elle était un ennemi terrible.
Pressé un jour de s'exi)li(juer sur les forces nécessaires pour dégager le roi : « Quarante mille hommes me paraissent suffire, si les princes sont à la tète de l'armée, le maréchal de Broglie commandant rail(3 droite, le maréchal de Castries l'aile gauche, M. de Rouillé au centre. Mais alors il ne faut pas tardci' à s'allier avec lout le i)Mrli
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constitutionnel en France cl à envoyer un aident à la Fayette et à Luckner, pour les remercier de leur fidélité et leur demander un plan.
(i Que pense Cazalès de tout cola? interrompit Mallel Du Pan, qui assistait à cette conversation.
— Je l'ai peu vu, dit Montlosier, pendant tout mon séjour à Coblentz. C'était en quelque sorte convenu entre nous. 11 avait bien assez de défaveur; je n'avais que faire de la renforcer de la mienne. Je n'aurais pas été chez lui deux fois de suite, que cela aurait, élé un événement. Mais je savais par des intermédiaires qu'il pensait comme moi. 11 allait même plus loin. 11 disait qu'il fallait trois cent mille hommes. Mais, moi, quelque mauvaise humeur que je pusse apercevoir dans mes interlocuteurs , j'étais poli; je faisais même des révérences; Cazalès, point. Il les bourrait de la bonne manière. A la fin, on n'osait pas l'approcher. »
Cependant la mission que Mallet Du Pan avait acceptée sur les instances de Bertrand de Molleville n'aboutissait pas. Elle contrariait beaucoup les dispositions des princes. Ce n'était pas assez de ces obstacles. Quand il fallut s'approcher des ministres d'Autriche et de Prusse, ceux-ci, accou-
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lûmes .^voir se produire de tous côh'îs des npenis de toute espèce, n'éroutèrenl et ne reçurent Mallei qu'avec les égards dus à son mérite personnel.
Ce fut à ce point qu'il dut écrire pour que Bertrand de Molleville lui envoyât un billet de la main du roi. Ce Itillet lui fut transmis courrier par courrier, dans le talon d'une paire de bottes. 11 était ainsi conçu : La personne qui présentera cet écrit connaît mes intentions. On petit prendre confiance dans ce qu'elle dira.
C'est avec cette courte lettre de créance certifiée par le maréchal de Castries, que Mallet se présenta aux trois ministres de Prusse et d'Autriche, le comte de Cobentzel, M. Heyman et le comte Haugwilz; les conférences s'ouvrirent.
Le mémoire qu'il lut n'était que la reproduction des idées du parti constitutionnel. Le roi y exhoitait les princes et les émigrés à ne pas faire prendre à la guerre, par un concours hostile et offensif de leur part, le caractère de guerre étrangère faite de puissance à puissance. L'arbitrage devait être réservé au roi, lorsque la liberté lui serait rendue. Les émigrés ne devaient jamais être employés en première ligne; ils devaient être seulement à la suite des armées et chargés de garder les places
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dont on s'emparerait. Enfin un congrès serait assemblé dans lequel les divers intérêts seraient discutés sur des bases à arrêter.
Les ministres étrangers n'étaient pas loin de donner leur adhésion à ces propositions; mais, avant de les adopter, il fallait en rendre compte aux deux souverains, parties principales dans l'affaire. Or François II, élu nouvellement à Francfort, s'était empressé d'aller se faire couronner à Mayence,et le roi de Prusse avait quitté Coblentz. Mallet fut obligé de s'en tenir à des promesses qui devinrent bientôt évasives.
Dans ces conférences, le comte de Gobentzel jugea à propos de se plaindre de l'ancienne politique du cabinet de Versailles, de ses astuces, de ses perfidies. Il accusait principalement le baron de Breteuil; mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les ministres étrangers suspectaient hautement les princes émigrés, non seulement de contrarier les volontés de Louis XVI, mais encore de vouloir créer une régence.
Mallet chercha autant qu'il put à adoucir ces plaintes et il soumit aux négociateurs un projet de manifeste, ils demandèrent à le communiquer aux souverains. Le projet demeura enfermé dans
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un itortereuillo, et Mallct, d(''coura^é, irsolnl do parlir le 25 de Francfort.
f.e '26 pai'aissait le célèbre nianifeslc du duc de Hruuswick.
Les folies l'avaient emporté. La petite cour de Cobleniz, servie par le minisire de Russie, M. de Uomauzof, avait pris les devanis. M. le iiiai(|nis de Limon s'était offert, sous le patronage dedalnnne. pour être le rédacteur du document qui dr( lara une p:uerre implacable à la révolution française.
Monllosier connaissait ce personnage : attaché anciennement au duc d'Orléans, puis renvoyé, Limon était arrivé sans ressources à Coblentz. On l'avait vu pérorant, gesticulant dans les groupes. L'atmosphèredu lieu l'avait absolument enivré. Les princes le présentèrent au roi de Prusse el au duc de Brunswick comme un héros d'éloquence. Monllosier et ses amis ne doutèrent pas que la proclamation qu'il écrivait ne fût une sottise. Le manifeste parut et dépassa tous les pronostics.
MalletDu Pan n'en revenait pas. il partit furieux contre ces calculateurs superficiels, comun; il les appelait, qui se félicitaient de l'accroissement des désordres et plaçaient leur esjjoir dans les attentats les jjIus odieux. A ses yeux, la Révolu-
lion devait aux sophismes de Tesprit de parti l'attitude qu'elle prenait de plus en plus.
Montlosier, resté seul à Francfort, ne tarda pas à recevoir une lettre très vive de deux de ses camarades qui lui apprenaient les mouvements de l'armée prussienne elle déplacement des compagnies d'Auvergne. Il s'achemina le plus diligemment possible sur Trêves.
L'état intérieur de la France n'était apprécié par les émigrés ni avec justesse ni avec sang-froid. On connaît les désillusions qui suivirent la première campagne. Le 30 juillet 1792, l'armée prussienne s'était mise en marche. Quelques jours après, le 10 août emportait le trône constitutionnel de Louis XVI.
« Pas un homme dans les provinces envahies ne prit les armes pour les royalistes; on avait compté sur des intelligences avet les régiments, avec les places fortes, rien ne bougeait. Les émigrés étaient généralement étonnés de ne pas voir Monsieur déclaré régent du royaume. »
« Noire situation est pire, écrivait à Mallet Du Pan le maréchal de Castries, la campagne a été sans succès et elle devait être telle. J'avais prévu une partie de ce qui es! arrivé. Les deux puissances
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coii fédérée S ont méprisé mes avis et ceux des émigrés les plus capables d'en douner de bons; elles n'ont paru agir que pour elles-mêmes. »
Monllosier raconte assez gaiement ses débuts de volontaire. Gomme on comptait peu sur la participation des émigrés, on n'avait piis aucune précaution pour leur fournir non seulement une paye (quelques-uns en avaient grand besoin), mais une tente et des vivres.
On s'étudiait, du reste, à aggraver el à multiplier paitoul les absurdités. « Lorsque les puissances de l'Europe, écrit-il, faisaient d'aussi belles clioses et que les princes frères du roi les approuvaient, les compagnies d'Auvergne ne voulaient pas rester en arrière. Un matin, dans un cimetière, que je vois d'ici, on les fait assembler à mon insu et l'on y prend la délibération suivante, au moment d'entrer en France. Il est arrêté que la liste des nobles appartenant à la coalition d'Auvergne est close et que dorénavant aucun gentilhomme ne pourra y être admis. On avait pris la précaution de ne pas m'avertir. Aussitôt que je fus informé, j'arrivai. C'était trop tard ; la délibération 4tait prise. »
D'autre part, la préoccupation de voir l'armée du piiiii:e de Coudé se grossir de constitutionnels
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était étrange. On venait d'apprendre que la Fayette avait quille rariiiée pour éviter son arrestation. Les princes pensèrent alors qu'il était probable qu'aussitôt que les troupes françaises apercevraient les émigrés, elles se précipiteraient vers eux pour s'y réunir. L'ordre fut donné sur toute la ligne de repousser les déserteurs qui se présenteraient. Montlosier reçut cette consigne un jour qu'il était placé en vedette.
La retraite arriva. Les paysans embusqués poursuivaient les traînards à coups de fusil. Partout, et surtout la nuit, on était obligé de prendre contre les habitants de grandes précautions. C'est ainsi qu'on gagna péniblement la frontière.
Montlosier retourna à Trêves. En route, s'étant arrêté pour coucher, on lui annonça la visite de plusieurs anciens gardes du corps. Ils entrèrent au nombre de cinq ou six. L'un d'eux, prenant la parole, lui demanda ce qu'il pensait de cette retraite. Gomme Montlosier ne leur donnait pas de prochaines espérances : F... monarchien, murmurèrent-ils en s'en allant, ce sont les deux chambres qui nous ont perdus! Tel était l'état des esprits jusqu'au dernier étage de l'émigration.
Dans un autre milieu social au contraire, la
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propagande démocialique l'aisaildes pas de g('ant. Monllosier avait résolu de se rendre dans le landgraviat de Hesse; poursuivi pai' les hussards de Cusline, il demanda riiospitalilc aux abords de la ville de Kœnigslein.
Les hôtes du logis étaient d'origine française, l'un musicien, l'autre peintre, le troisième fabricant d'instruments de mathématiques. Ils s'étaient réunis pour régler ensemble quelques intérêts communs. L'aîné, qui se rendait à Saint-Pétersbourg, aborda Montlosier et lui dit : « Vous êtes probablement quelque seigneur français. Je conçois (jue la révolution ne soit pas de votre goiît. 11 faut prendre votre parti là-dessus. On l'appellL' la Révolution française, il vaudrait mieux l'appeler la révolution du monde. )•>
Les plus aveugles auraient pu être éclaiiés. Mais il eût été plus facile, pour emprunter h' langage de Monllosier, de faire comprendre le fiançais à un Chinois nouvellement arrivé à Paris que de faire entendre raison, sur les affaires du temps, à une iiiullitude de gens d'esprit.
(Jn connaît la seconde campagne des alliés et le pl:in (leDumouricz. Aprésla halailledc Ncrwinde, louli.' la l)elgi(jm' avait été évacuée ; Bi'iixflh's se
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tiouvait libre. Les émigrés y arrivaient par milliers; ils élaienl triomphants. « Encore quelques jours, disaient-ils, et nous sommes à Paris ! »
Un jour, dans le salon de madame de Monregard, l'un des moins déraisonnables se mcl à expliquer qu'il était partisan de l'ancien régime, moins les abus. « Les abus, reprit madame de Monregard, mais c'est ce qu'il y avait de mieux. ■■ Le mot était charmant, spirituel, très français; mais il disait toul. Veut-on voir un autre côté de cette société? Montlosier nous apprend qu'il était arrivé à Bruxelles un certain abbé dont on ne savait pas le véritable nom, mais qu'on appelait l'abbé Roulé parce qu'il avait fait serment de garder ses cheveux roitlés jusqu'à la contre-révolution. 11 allait partout, même chez Rivarol. L'abbé avait pour principe que, dans un Etat, les arts et les sciences n'étaient d'aucune utilité, et il soutenait ce paradoxe avec chaleur. Rivarol vint à blâmer une certaine mesure : « Si l'on avait eu un peu d'esprit, ajoutait-il, on aurait évité cette faute. — De l'esprit, de l'esprit, interrompit l'abbé en se levant; c'est l'esprit qui nous a perdus! — Monsieur, repartit Rivarol , pourquoi ne nous avez-
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VOUS pas alors sauvés? »> L'abhi' ne reparut plus. Montlosieravailvude prèsRivaroI.M. deTressan lui avait fait faire sa ronnaissance à Bruxelles, où sa maison était le rendez-vous des émigrés les plus connus. Il faisait le fond de toutes les conversations. On connaît sa méthode : le malin ou dans le cours de la journée, quand il jaillissail dans son imaj,^ination des traits (jiii lui cunvrnaienl, il les écrivait sur des petits morceaux de papier qu'il fixait sur la glace, au devant de la clieminée. Ces mots, il les reprenait dans la conversation du soir et il les ajustait avec une trrande liabileté. Malgré ses méprises et bien qu'il connût mieux les historiens que l'histoire, il avait laissé à Montlosier le souvenir ineffaçable du ]»lus merveilleux causeur. // ny a que madame de Staël, disait-il plus tard, qtii îti'ait paru approchi'r ilo hii. Monllosier, de son côté, l'avait étonm'' jtar des connaissances variées, quoiqu'un jhmi (-(tnluses, (|ui lui avaient mérité le surnom de « bénédictin ».
Cette réputation de connaître l'ancien droit public était parvenue aux oreilles du baron de Breteuil. Ils eurent plusieurs conférences mii la possibilité d'une régence. Monllosier lui adressa même un mémoire; mai.-, i»endanl ces débats.