ALBERT , MO.XTE-CRISTO
ALBERT
En vérité, comte, je marche de merveille en merveille! Je viens de traverser un salon digne en tout point du palais d'Aladin, et voilà que vous m'introduisez dans le boudoir d'une Péri
Prendriez-vous une tasse de thé, vicomte?
ALBERT
Ma foi, volontiers!
MONTE-CRISTO frappe sur un timbre.
Et d'où venez vous, comme cela?
LE COMTE Dl' MORCERK
ALUEni.
A propo», j'oubliai";. De clif/ M. Uanglar;, que j'ai trouvo encore tout l'bouritlV- de votre | créJit illllliile.
MOMF.CRIsTO.
l'auvre homme! (à Bapiistin, f|ui en'.re avec le ilié.) Posez cela ici, bien !
Al.BKRT.
En vérité, ce que j'admire en vous, mon cher comte, ce n'est point voire richesse: peutêtre y a-t-il des gens plus riches que vous; ce n'est pas votre esprit: Beaumarchais n'en avait pas plus, mais peut-être en avait-il autant; non, c'est votre manière d'être servi à l'instant, à la minute, sans avoir besoin de donner un ordre, comme si l'on devinait, à la manière dont vous sonnez ou dont vous frappez, ce que vous désirez avoir, et comme si ce que vous désirez avoir était toujours prêt.
MOMEcnisro.
Ce que vous dites est un peu vrai; on sait mes habitudes. Ne dé irez-vous pas l'aire quelque chose en buvant votre thé?
ALBERT
Pardieu, je désire fumer.
i,Monle-C'i-to s'approche du timbre et Ir.ippc deux coups.) El qui appelez-vous?
MONTK-CRISTO.
J'appelle Ali.
ALBERT
El le voici! (Ali parait avec deux cIm1iiiih|j s loiiles bourrées.) Merveilleux!
MONTE-CBISTO.
Non, c'est tout simple. Ali sait qu'en prenant le thé ou le café je fume ordinairement; il sait que j'ai demandé du thé; il sait que je suis rentré avec vous; il entend que je l'appelle, et comme il est d'un pays où l'hospitalité s'exerce avec la pipe surtout, au lieu d'une chibouque, il en apporte deux, voilà tout.
ALBERT
Gerlainement, c'est une explicatior» comme une autre; mais il n'en est pas moins vrai qu'il n'y a que vous... Oh! mais, qu'est-ce que j'enlenis là?
Ce que vous avez déjà entendu à Romf, la guzia d'Haydée.
ALBERT
Haydée! Quel admirable nom! H y a dont des femmes qui s'appellent Haydée autre part que dans les poèmes de Lord lîyron?
.UONTE-CItlSTO
('.ertainemenl! Haydée est un nom fort rare en France, mais assez commun en Albanie et en Epire. C'est comme si vous disiez, par exemple, chasteté, pudeur, innocence. C'est
une espèce de nom de baptémi-, conime vour; dites, vous autres Parisiens.
ALBERT
Oh! comme c'e-l cfcarmanl, et que je voudrais voir nas Françaises s'appeler: mademoi selle rSonlt, mademoiselle Silence, mademoiselle Charité. Supposez, par exemple, que mademoiselle Danglars, ma future, au lieu de s'appeler Claire- Marie- Eupénic, s'appelle Chasteté-Pudeur-Innocence Danplars. Pesto, quel elTetcela ferait dans une publication de bans !
M0>TE-CRIST0
Fou! ne parlez pasti haut, Haydée pourrait vous entendre.
ALBERT
El elle se lâcherait?
M0>TE-CBISTO.
Non pas.
ALBERT
Elle est bonne personne?
Une esclave ne se fâche pasavec son maître.
ALBEÎIT.
Allons donc! ne plaisantez pas vous-nirme. Est-ce qu'il y a encore des esclaves?
JIONTE-CRISTO.
Sans doute, puisque Haydée est la mienne.
ALBERT
En elfet, vous n'avez rien et ne faites rion comme les autres, vous : esclave de M. le comte de Monte-Cristo, c'est une position en France, et, à la façon dont vous remuez l'or, mais c'est une place qui doit \aloir cent mille écus par l'an .
.MONTE-CEISTO.
Cent mille écus! qu'est-ce que cela pour Haydée? Elle était venue au monde couchée sur des trésors près desquels ceux des .}:iile et une nuits sont bien peu de chose.
ALBERT
C'est donc une princesse?
M0NTE-..RIST0.
Vous l'avez dit, et même une des plusgrandes princesses de son pa\s.
ALBERT
Mais comment une grande princesse estelle devenue esclave?
MONTE-CBISTO.
Comme Denys-le-Tyran est devenu le raailre de Syracuse. Le hasard de la guerre, mon cher vicomte, le caprice de la ['orlu- e.
El son nom est un secret?
MONTE-CRLSTO.
Pour toul le monde, oui. Mais pour vous qui êtes de mes amis, non; à la condition, tou telois, que vous jurerez de vous taire