ACTE I, U- TABLEAU. SCr.NR V
AlBF.nT.
Oh! parole d'honneur!
MONTE-cmSTO.
Vous ronnaissez l'histoire du pailia de Janlna?
AlBEllT.
D"Ali Tebelin? sans doute, puisque c'est ù son service que mon père a fait fortune. Kh bien! qu'est Haydée à Ali Tebelin?
Sa fille, tout simplement.
ALBERT
Comment, la tille d'Ali Pacha?
MO>TK cnitTO.
El de la belle Vasiliki
Eli est votre esclave?
0 mon Dieu, oui...
A LBERT.
Comment l'est-elle devenue ?
Oh! de la façon la plus simple. Tn jour que je passais sur le marché de Constaiitinople, je l'ai acheté?.
ALBERT
C'est splendide, mon chercomle. Avec vous, on ne vit pas, on rêve. Eh bien! je vous prie, présentez moi à votre princesse.
\olonliers, mais à deux conditions.
ALBERT
Je les accepte d'avance.
La première, c'est que vous ne confierez jamais à personne celte présentation.
ALBERT
Très bien ; je le jure.
La seconde, c'est que vous ne lui direz pas que votre père à servi le sien.
Je le jure encore.
Très bien. Je vous sais homme d'honneur; vous vous rappellerez ces deux sermens. ( Il frapp; sur le timbre. AU parait.] Préviens Haydée que je désire qu'elle vienne prendre une tasse de thé avec nous, et fais-lui comprendre que je veux lui présenter un de mes amis.
ALBERT
Mais comment va-t-il lui faire comprendre le désir que vous avez exprimé, puisqu'il est muet?
MilNTE-CRISrO.
Tenez, voici ma réponse. .
SCÈ.NE V.
Lrs MÊMES, HAYDÉE.
IIAVDLF. à ^lontc-Ciislo, iiui ost vcMiii .-ni dev;int d'elK'.
Qui m"amoncs-lu? l'n IViie, un ami, une simple connaissance ou un ennemi?
Un ami.
UAYDÉE.
Sois le bien-venu, ami qui viens avec mon seigneur et mon maitre. Assieds-loi dans ma maison.
(Albert présente sa pipe à Ali.)
Oh! gardez! Haydée est presque aussi civilisée qu'une Parisienne; le havane lui est désagréable parce qu'elle déteste les mauvaises odeurs, mais le tabac d'Oiient est un parfum, cl Haydée aime les parfums.
ALBERT
Mon cher hole, et vous madame, excusez ma stupéfaction; je suis tout étourdi, et c'est assez nature!. Voici que je retrouve l'Orienl, l'Orient véritable, non pas, malheureu-ement tel que je l'ai vu, mais tel je l'ai rêvé. Toutà-l'lieure j'entendais rouler les omnibus et tinterlessonnel'esd'.s marchands de limonade, et me voilà tout-à-coiip transportée cinq cents lieues, mille lieui's de Paris; me voilà au Caire, à Bagdad, à Samarcande. Oh! dites -moi, comte, de quoi puis-je lui parler?
MONTE-CItlSTO.
Mais de tout ce que vous voudrez : de son pays, de sa jeunesse, de ses souvenirs, puis, si vous l'aimez mieux, de Ihéàtre, de bals, de bijoux.
ALBERT
Oh! ce ne serait point la peine d'avoir une Grecque devant soi pour lui parler de tout ce dont on parlerait à une Parisienne. Laissezmoi l'ji parler de l'Orient, comte.
Faites; c'est la conversation qui lui est le plus agréable.
ALBERT
A quel âge madame a-t-elle quitté laflrèce?
UAYDÉE.
A cinq ans.
ALBERT
Et vous vous rappelez votre patrie?
HAYDÉE
Quand je ferme les yeux, je revois lout ce que j'ai vu. Il y a deux regards : le regard du corp et le regard de l'âme Le regarfl du corps peu