‹ Le comte de Morcerf, drame encinq actes et dix tableaux, de MM. Alex. Dumas et Aug. Maquet. 5e partie de Monte-Cristo. [Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théatre de l'Ambigu-Comique, le 1er avril 1851]Chapitre 33 sur 82 · AI BERT · texte numérisé non relu

AI BERT

Ne le favicz-vous point?

WOMTE-CBISIO.

Pi fait, mais ce qui ne m'intéresse poin pariiculicremcnt, je l'oublie.

ALBERT

Et vous comprenez bien qu'il faut que jede mande satisfaction au misérable.

MONlE-rRISlO.

Ail! ça, vicomte, parlons raison.

ALBERT

Je ne demande pas mieux.

IWOMTE-cniSTO.

Voyons, dites-moi un peu qui diable sait en France, que l'officier Fernand est le mime homme que le comte de Morcerf, et qui s'occupe, à cotte heure, de Janina, qui a été pri'e en 1822 ou 23, je crois.

ALBERT

Eh! voilà justement où est l'infamie. On a laissé le temps passer là-dessus; puis, aujourd'hui, on revient sur des événcmens oubliés pour en faire sortir un scandale qui peut ternir une haute position. Eh! bien moi, héritier unique de mon père, je ne veu.x pas que, sur ce nom, flotte l'ombre d'un doute Je vais envoyer à Beauchamp, dont le journal a publié cette note, deux témoins, et il la rétractera ou nous nous battrons.

Et vous allez lui envoyer vos témoins'/...

ALBERT

A l'instant même.

MOKTE-CKISTO.

\'ous avez tort.

ALBERT

Et pourquoi voulez-vous quejo ne me batte pas, moi?

Ecoulez-moi bien. Je ne vous dis pas que vous ne devez pas vous battre ; je vous dis ■ un duel est une chose grave et à laquelle il" fautrétléchir.

ALBERT

A-t il réfiéchi, lui, pour insulter mon père?

Voyons, je suppose... je suppose, entendezvous bien; n allez pas vous fâcher de ce que je vous dis.

ALBERT

J'écoute.

Je suppose que le fa ■ apporté soit vrai.

ALBERT

Monsieur, un fils ne doit point admettre un pareille supposition sur l'honneur de son père.

ÂCTK IF, IV' TÂBLE4U, SCÈNE lY.

MOME-CBISTO.

Kli ! mon Dieul nous sommes dans une époque ou l'on admet tant de choses! Voyons, étPs-vous iHaccessible aux bons conseils?

ALBEUT.

Non, quand ils me viennent d'un ami.

MOME-CBISTO.

Me croyez-vous le votre?

ALBERT

Oui.

MOKTE-CBISIO.

Eh bien, au lieu d'euvoyer vos lémoins à Bcauchamp, informez-vous.

ALBERT

Auprès de qui?

JIONTE-CBISTO.

Auprès de qui? Eh! pardieu, près d'Haydcc, si vous voulez.

ALBERT hésilant.

Metlre une femme dans tout cela! Et que peut-elle y faire?

MO'TE-CRISIO.

Vous refusez donc ce moyen ?

Je le refuse.

MOSTE-CaiSIO.

Absolument?

ALBERT

Absolument.

MOME-CUISTO.

Alors, un dernier conseil. N'envoyez pas de témoins à Bcauchamp, pas d'étrangers. Ayez • avecBeauchamp des procédés, de la prudence. S'il veut bien se rétracter, laissez-lui-en le mérite. S'il refuse, eh bien, vous n'aurez rien à vous reprocher.

ALBERT

Je dois aller trouver Beauchamp moi-même?

.MOMt CRISTO.

Oui. Allez.

ALBERT

Mais si, maigre toutes mes précautions, si, malgré tous mes procédés, j'ai ce duel, me scrvirez-Tous de témoin ?

JIOME-CRISTO.

Mon cher vicomte, j'en suis aux regrets, mais les services que vous me demandez sont du cercle de ceux que je ne puis rendre.

ALBERT

C'est bien. Je prendrai Frantz et Château brun.

MONTE en ISTO.

Prenez; ce sera à merveille.

ALBERT

Enfin, si je me bat.=, vous me donnerez bien une petite leçon d'épée ou de pistolet?

MOTE-CRISTO

Non, c'est chose impossible.

ALBERT

Singulier homme (jue vous faites, allez. Décidément, vous ne voulez vous mêler de rien?

MOME-CUliTO.

De rien absolument.

ALBERT

.\lors n'en parlons plus. — Adieu, comte.

.UO.NTE CRISTO.

Adieu.

ALBERT va pour sertir. Il renconire Bcauchiunp à la porte.

Page 1