LE COMTE DL MOBCEBF
troisième acte ; heureusement, c'est le moins bon Que me voulez-vous, M. de Beauchamp'?
BtîAlCIIA.MP.
Monsieur, j'accompagnais M. de Morcerf, comme vous avez pu le \oir.
Ce qui veut dire que vous veniez probablement de souper ensemble. Je vous fais mon compliment, monsieur, d'être plus sobre que votre ami.
BKAUCIIAMP.
Monsieur, Albert a eu le tort de s'emporter, et, pour mon propre compte, mais pour le mien seulement, je vous fais des excuses. Maintenant, vous êtes trop galant homme pour refuser de me donner quelques explications à propos de cette affaire de Janina.
Allons, voilà toutes mes espérances détruites. Vous vous empressez de me faire une réputation d'excentricité. Je suis, selon vous, un Lara, un Manfred, un Uuthwen. — Pui-;. vous gâtez votre type, vous essayez de faire de moi un homme banal, un homme comme tous les hommes. — Vous me demande/ des explications, enfin. Allons donc, M. de Beauchamp, vous voulez rire.
BEAll.UA.yp.
Cependant, monsieur, il est des occasions ou la probité commande.
M. de Beauchamp ; ce qui commande à M. le comte de Monte-Cristo, c'est le comte de Monle-Crisio. Ainsi donc, pas un mot .<ur tout cala, s'il vous plaît. — Je fais ce que je veux, M. de Beauchamp; — et, croyez-moi, c'est toujours fjrlbien fait.
BEAUCHAMP
Monsieur, permettez-moi de vous dire qii\m ne paie pas d'honnêtes gens avec celte morinaie. Il faut des garanties à l'honneur.
.Monsieur, je suis une garantie vivanle. Nous avons tous deux dans les veines, M. de Morcerfetmoi, du sang que nous brûlons déverser. Voilà notre garantie mutuelle, reportez celle réponse au vicomte, et dite.s-lui que, demain avant dix heures du matin, j'aurai vu la couleur du sien.
BEAUCHAMP
Il ne me re=te donc, M. le comte, qu'à régler les conditions du combat.
M0\TE-CltIST0.
Cela m'est parfaitement indifférent, il est donc inutile de me déranger plus longlenips pour une pareille chose. En France, on se bat à l'épêe et au pistolet; aux colonies, à la carabine : en Arabie, au poignard; dans l'Amérique du sud, au couleau. — Dites a voire
LE COMTK I)!' MOP.CKRF.
(Ment que, pour êlre excentrique jusqu'au liout, quoiqu'insulté, je lui laisse le choix des armes, el que j'accepte tout, sans discussion, sans conteste. — Tout, entende/, vous bien, tout, même le combat parla voie du sort, ce qui est toujours stupide. Mais, pour moi. c'est autre chose, je .suis sur de gagner.
BEAUCHAMP
Sûr de gagner?
Eh! cerlainement, sans cela, je ne me battrais pas avec M. do Morcert'. Je le tuerai, il le faut, cela sera.
BEACCUAMP.
Ah 1 comte 1 son père l'aime tant.
M0>TE-CItlSTO.
Ne me dites pas de ces choses-là, M. de Beauchamp ! — Je le ferais souffrir.
BEAroiAitri'.
Comte ! comte !
MOTF.CI1IST0.
Seulement, M. de Beauchamp, par un moi, indiquez-moi ce soir l'arme et le lieu. Je n'aime pas me faire attendre.
UE.4LtH.l.MP.
Au pislulel, à huit heures du matin, au boi.s de. Vincennes.
MO>TE-CRI.STO
C'est bien, monsieur, maintenant que tout est réglé, laissez-moi entendre le spectacle, je vous prie, etdites à votre ami Albert de ne pas revenir ce soir : il se ferait tort avec toutes ses brutalités de mauvais goût. Qu'il rentre et qu'il dorme Adieu.
(Le comte rentre dans sa loge.