LE COMTE DE MOKCERF
BKAUCIIAMP.
Kh bien, dites, que voulez-vous?
ALIIKRT.
lîeaucliamp, je quitte Paris, la Krancc, l'Europe. Voici un inventaire de tout ce que je possède, de mes tahleaux,de mes porcelaines, de mes armes, de mon argenterie, mes deux (licvaux et mon coupo sont portés dessus. B(?auchamp,à cet inventaire est joint une procuration ; moi parti, vous ferez vendre tout cela.
lîE.VI'CIlAMP.
Bien, mon ami, et je vous en enverrai l'argent.
ALBERT
Non, mon ami, l'argent a un autre emploi. Vous le déposerez à la caisse des prisonniers.
BEAUCIIA.MP.
A la caisse des prisonniers?
Oui. Ne m'interrogez pas, Beauchamp, c'est une expiation; cet or et ces billets leur appartiennent pareillement.
BEAUCUAMP.
Mais vous vous dénudez, mon cher.
ALBERT
Non, mon cher, car il me reste cinq cents francs.
BEAUCUAMP.
Cinq cents francs!
ALBERT
Oui... que vous allez me prêter.
REAUCUAMP, lirant son porte-moniiuie.
Oh I par exemple, avec le plus grand bonheur, mon cher.
ALBERT
Je dois vous prévenir d'une chose, Beauchamp; c'est que je ne sais pas quand je vous les rendrai. Je sais que je vous les rendrai, voila tout.
BEAlCnAMP.
Oh : mon ami!
ALBERT
Maintenant, Beauchamp, quelque part que je sois, vous savez que, sous l'habitqueje porterai, il y a un cœur reconnaissant et prêt à verser pour vous son sang jusqu'à la dernière goutte.
BEAI CHAMP.
Ah! cher Albert, qu'il doit y avoir quelque chose de grand sous ce que je ne vois pas 1
ALBERT
Vous me faites meilleur que je ne suis, Beauchamp. (A Germain, qui cnire.)Que me vou'ezvou»?
GERMAIN
M. le comte rentre de la chambre.
ALBERT
Après?
GERMAIN
M. le comte me fait demander.
ALBERT
Kh bien 1
GERMAIN
Je n'ai pas voulu me rendre chez M. le comte sans prendre les ordres de monsieur.
ALBERT
Pourquoi cela ?
GERMAIN
Parce que M. le comte sait que ce matin monsieur a dû se battre, et que j'ai accompagné monsieur sur le terrain.
ALBERT
Achevez?
GERMAIN
Et si M. le comte me fait demander, c'est sans doute pour m'interroger sur ce qui s'est passé là-bas. Que dois-je répondre?
ALBERT
La vérité.
GERMAIN
Alors je dirai que la rencontre n'a pas eu lieu.
ALBERT
Vous direz que j'ai fait des excuses à M. le comte de Monte-Cristo, et que M. le comte de Monte-Cristo a bien voulu les recevoir; allez. (Le domestique sort.) Maintenant, Beauchamp, mon ami, l'heure est venue de nous quitter, embrassez-moi.
BEAICHAMP.
Cher Albert !
ALBERT
Et si, moi parti, on m'attaque?
BEAL'CIIAMP.
Oh ! soyez tranquille, J'ai les deux grands moyens de défense de ce monde, la plume et l'épée.
ALBERT
Si l'on m'attaque, ne me défendez pas ; j'ai l'avenir, il défendra le passé. Adieu, Beauchamp, adieu.
BEAUCHA.MP.
Adieu, mon ami.
OOOOOOOOOOOOs^OOOOOOOOOCOOOOOCOOOOOOOOOOOOOQOOOOOOOO
scÈMî m.
ALBERT seul, puis MERCEDES.
ALBERT
Allons! c'est le premier détachement du monde, ce n'est malheureusement pas le plus douloureux! (Il va po' r sortir, Mercedes parait en costume de Catalane.) Ma mère, j'allais chez vous.