‹ Le comte de Morcerf, drame encinq actes et dix tableaux, de MM. Alex. Dumas et Aug. Maquet. 5e partie de Monte-Cristo. [Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théatre de l'Ambigu-Comique, le 1er avril 1851]Chapitre 67 sur 82 · LE COMTE DE MOKCERF · texte numérisé non relu

LE COMTE DE MOKCERF

BKAUCIIAMP.

Kh bien, dites, que voulez-vous?

ALIIKRT.

lîeaucliamp, je quitte Paris, la Krancc, l'Europe. Voici un inventaire de tout ce que je possède, de mes tahleaux,de mes porcelaines, de mes armes, de mon argenterie, mes deux (licvaux et mon coupo sont portés dessus. B(?auchamp,à cet inventaire est joint une procuration ; moi parti, vous ferez vendre tout cela.

lîE.VI'CIlAMP.

Bien, mon ami, et je vous en enverrai l'argent.

ALBERT

Non, mon ami, l'argent a un autre emploi. Vous le déposerez à la caisse des prisonniers.

BEAUCIIA.MP.

A la caisse des prisonniers?

Oui. Ne m'interrogez pas, Beauchamp, c'est une expiation; cet or et ces billets leur appartiennent pareillement.

BEAUCUAMP.

Mais vous vous dénudez, mon cher.

ALBERT

Non, mon cher, car il me reste cinq cents francs.

BEAUCUAMP.

Cinq cents francs!

ALBERT

Oui... que vous allez me prêter.

REAUCUAMP, lirant son porte-moniiuie.

Oh I par exemple, avec le plus grand bonheur, mon cher.

ALBERT

Je dois vous prévenir d'une chose, Beauchamp; c'est que je ne sais pas quand je vous les rendrai. Je sais que je vous les rendrai, voila tout.

BEAlCnAMP.

Oh : mon ami!

ALBERT

Maintenant, Beauchamp, quelque part que je sois, vous savez que, sous l'habitqueje porterai, il y a un cœur reconnaissant et prêt à verser pour vous son sang jusqu'à la dernière goutte.

BEAI CHAMP.

Ah! cher Albert, qu'il doit y avoir quelque chose de grand sous ce que je ne vois pas 1

ALBERT

Vous me faites meilleur que je ne suis, Beauchamp. (A Germain, qui cnire.)Que me vou'ezvou»?

GERMAIN

M. le comte rentre de la chambre.

ALBERT

Après?

GERMAIN

M. le comte me fait demander.

ALBERT

Kh bien 1

GERMAIN

Je n'ai pas voulu me rendre chez M. le comte sans prendre les ordres de monsieur.

ALBERT

Pourquoi cela ?

GERMAIN

Parce que M. le comte sait que ce matin monsieur a dû se battre, et que j'ai accompagné monsieur sur le terrain.

ALBERT

Achevez?

GERMAIN

Et si M. le comte me fait demander, c'est sans doute pour m'interroger sur ce qui s'est passé là-bas. Que dois-je répondre?

ALBERT

La vérité.

GERMAIN

Alors je dirai que la rencontre n'a pas eu lieu.

ALBERT

Vous direz que j'ai fait des excuses à M. le comte de Monte-Cristo, et que M. le comte de Monte-Cristo a bien voulu les recevoir; allez. (Le domestique sort.) Maintenant, Beauchamp, mon ami, l'heure est venue de nous quitter, embrassez-moi.

BEAICHAMP.

Cher Albert !

ALBERT

Et si, moi parti, on m'attaque?

BEAL'CIIAMP.

Oh ! soyez tranquille, J'ai les deux grands moyens de défense de ce monde, la plume et l'épée.

ALBERT

Si l'on m'attaque, ne me défendez pas ; j'ai l'avenir, il défendra le passé. Adieu, Beauchamp, adieu.

BEAUCHA.MP.

Adieu, mon ami.

OOOOOOOOOOOOs^OOOOOOOOOCOOOOOCOOOOOOOOOOOOOQOOOOOOOO

scÈMî m.

ALBERT seul, puis MERCEDES.

ALBERT

Allons! c'est le premier détachement du monde, ce n'est malheureusement pas le plus douloureux! (Il va po' r sortir, Mercedes parait en costume de Catalane.) Ma mère, j'allais chez vous.

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