ACTE V, IX* TABLEAU. SCÈNE Y
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IHERCEDb'S.
Mon Dieu ! Et c'est pour moi, non, non.
ALBERT
La lettre que je viens d'envoyer par tiermain rend le marché définitif; les autres mille francs viendront dans un an.
Mr.ncÈDÈs.
Oli ! le pri.t de son sang !
ALBERT
Oui, si je sui.s tué. Oh ! mais je t'assure, Ijonne mère, que je suis au contraire dans l'inlention de défendre cruellement ma vie. Je ne me suis jamais senti en si bonne disposition de vivre que dans ce momenl.
MERCÉOÈS.
Mon Dieu! Mon Dieu!
D'ailleurs , pourquoi voulez-vous que je sois tué ■' Est-ce que nos grands générau.\ de l'armée d'Afrique ont été tués? est-ce que Morrel, que nous connaissons, a été tué ? Vous verrez comme je serai beau sous mon uniforme brodé ; j'ai choi.-^i celui-là par un reste de coquetterie. Eh bien! donc, vous comprenez, ma mère, voilà déjà cinq mille si.\ cents francs assurés. Avec cela, dans la petite maison qui vous appartiendra, vous vivrez deux bonnes années.
MERCEDES
Je vivrai avec la moitié, avec le quart ; je vivrai de pain, .s'il le faut, mais ne pars pas?
ALBERT
Ma mère je partirai, vous m'aimez trop pour me laisser près de vous, oisif tt inutile ; d'ailleurs, j'ai signé.
MERCEDES
Tu feras selon ta volonté, mon fils ; moi je ferai selon celle de Dieu.
ALBERT
Non pas selon ma volonté, ma mère, mais selon lai-aison, selon la nécessilr. Nous sommes deux créatures désespérées n'est-ce pas? qu'est-ce que la vie pour vous aujourd'lmi? rien. Qu'est-ce que la vie aujourd'hui pour moi ? oh! bien peu de chose; car, je vous le jure, cette vie eût cessé à l'heure où mon père avait déshonoré notre nom. EnQn, je vis, si vous me permettez d'espérer encore, si vous me laissez le soin de faire votre bonheur à venir, vous doublez ma force. Alors, je vais trouver, là-bas, le gouverneur de l'Algérie.
C'est un cœur loyal et essentiellement soldai, je lui conte ma lugubre histoire, je le prie de tourner, de temps en temps, les yeux du cûté *oi'i je serai, et, s'il me tient parole, s'il me regarde faire, avant six mois, sous un nouveau nom, sous le votre ma mère, .Mbcrt sera officier ou mort. Si je suis officier, votre sort est assuré-, car j'aurai de l'argent pour vous et pour moi et de plus un nouveau nom, dont nous serons fiers tous les deux. Si je tuis tué, alors, chère mère, vous mourrez, s'il vous plait de mourir, et alors nos malheurs auront leur terme dans leur excès même.
MERCEDES
C'est bien, lu as raison, mon tils. Prouvons à certainesgens, qui nousregardent etqui attendent nos actes pour nous juger, prouvon.';leur que nous sommes au moins dignes d'être plaints.
ALBERT
M;iis pas de funèbres idées, chère mère. Une fois au service, me voilà riche ; une fois dans la maison de M. Dantès, vous voilà tr.mquille, essayons, ma mèie, essayons.
MEIICÉDLS.
Oui, essayons, car tu dois vivre, car lu dois être heureux.
ALBERT
Etquand quittez-vous l'hôtel?
MERCEDES
A l'instant même.
Nous parlons pour Marseille ?
MERCEDES
Dans une heure, si tu veux.
ALBERT
Ma mère, je vous attends.
MERCEDES
Je suis prête.
AlBERI.
Ma mère!
MERCEDES
Mon fils y
ALBERT
Avant de quitter Pari=, n'est-il pas un homme à qui nous devons un dernier adieu ?
MERCEDES
A Edmond Dantès !
ALBERT
Non, au comte de Monte-Cristo.
MERCEDES
Viens, mon enfant, vii ns.
DIXIXMi: TABLEAU.
Chez Slonto-ti'isto. — L.i salle des Armes.