LE COMTE DB MORCBRF
petites affaires de famille. Allez dire cela a M. Albert, peut-être saura-t-il que vous répondre.
MORCERF
Oh ! non, non, vous avez raison ; je ne suis pas venu pour cela ; je suis venu pour vous dire que moi aussi je vous regarde comme mon ennemi. Je suis venu pour vous dire que je vous hais d'instinct, qu'il me semble que je vous ai toujours connu, toujours haï, et qu'enfin, puisque les jeunes gens de notre époque ne se battent plus, c'est aux pères de se battre pour eux. Est ce votre avis, monsieur?
Parfaitement. Aussi, quand jej vous ai dit que j'avais prévu ce qui arrivait, c'est de l'honneur de votre visite que j'ai voulu parler.
MORCERF
Tant mieux; vos préparatifs sont faits alors'
Us le sont toujours, monsieur. Voyez. (11 lui montre sur une table épées etpislol: Is.)
MORCERF
Vous savez qu'une fois sur le terrain, "nou> nous battrons jusqu'à la mort d'un de nous deux?
Jusqu'à la mort d'un de nous deux.
MORCERF
Partons alors, car nous n'avons pas besoin de témoins.
C'est inutile, nous nous connaissons si bien.
MORCERF
Au contraire, c'est que nous ne nous connaissons pas.
Bah! voyons un peu. N'ètes-vous pas le soldat Fernand, qui a déserté la veiUe de la bataille de Waterloo? N'êtes-vous pas le lieutenant Fernand, qui a servi de guide et d'espion à l'armée française en Espagne ? N'ètesvous pas le colonel Fernand, qui a trahi, vendu et assassiné son bienfaiteur Aliî et tous ces Fernand-là réunis n'ont-ils pas fait le général comte de Morcerf, ex-pair de France?
MORCERF
Oh! le misérable, à qui je propose un duel et qui me marque avec un fer rouge. Oh ! misérable, qui me reproche ma hante au moment peut-être où il va me tuer! Non, je n'ai point dit que je t'étais inconnu. Je sais bien, démon, que tu as pénétré dans la nuit du passé, et que tu y as lu , à la lueur de quel flambeau ? je l'ignore , chaque page de ma vie; mais peut-être y a-t-il plus d'honneur encore en moi , dans niun opprobre
qu'en loi , sous tes dehors pompeux. Mon nom, je te suis connu, je lo sais; mais c'est toi que je ne connais pas, aventurier cousu d'or et de pierreries. Tu t'es fait appeler , à Paris, le comte de Monte-Cristo. En Italie, Simbad le marin. A Malte, que sais-je, moi? je l'ai oublié. Mais c'est ton nom réel que je te demande ; c'est ton vrai nom que je veux savoir, au milieu de tes cent noms, afin que je le prononce sur le terrain du combat , au moment où je t'enfoncerai mon épée dans le cœur. (iWente-Cristo s'élance dans un cabinet.) Eh bien ! tu m'échappes, tu me fuis? Oh ! je te suivrai.
(Il prend un pistolet sur la table , et s'élance. Au moment où il s'approche du seuil de la porte, Monte-Cristo reparaît. Il a eu le temps de jeter sa robe de chambre de velours noir , d'endesser une veste de marin et de se coiffer d'un chapeau de marin.)
Fernand, de mes cent noms je n'aurais besoin de t'en dire qu'un seul pour te foudroyer ; mais ce nom, tu lo devines, n'est-ce pas? ou plutôt tu te le rappelles; car, malgré tous mes chagrins, toutes mes tortures, je te montre aujourd'hui un visage que ia vengeance rajeunit , un visage que tu dois avoir vu bien souvent dans tes rêves, depuis ton mariage avec Mercedes, ta fiancée, regarde, regarde.
HORCERF, épouvanté.
Edmond Dantès!....
( Il fuit dans la chambre à côté. On entend un coup de pistolet. Monte-Cristo s'élance, regarde, et jette ud cri.)
BERTtTCCio annonçant.
M. le vicomte et madame la comtesse de Morcerf.
MONTE-CRISTO tirant vivement la portière qui cache le corps.
Oh !... (A Bertutcio.) C'est bien.
OOOOOOOODOOOOOOOUt- oogtiOl/OOOOOÛUOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
SCÈNK IV.