‹ Le comte de NetyChapitre 1 sur 42 · LA SICILE AFRICAINE · texte numérisé non relu

LA SICILE AFRICAINE

Quand mos vigoureux o( habiles mariniers sictliens se trouvaient épuisés par les efforts inouïs qu'ils avaient dû opposer à la leinpùte de la nuit, je faisais alors déployer la voile, et je dirigeais moi-même ma légère et fragile parencelle, qui, rasant les grèves comme le pétrel , l'oiseau des ondes, me permettait d'admirer davantage ces longues colonnades blanches et ces montagnes délicieuses sur lesquelles le soleil prodiguait sa lumière éclatante... Ah! comme mon cœur se dilatait ! comme je me sentais vivre ! Toi seule , tu me manquais pour que je fusse entièrement heureux... Mais , ici-bas , l'homme l'est-il jamais complètement ?

Oomie L. de Charnv. T.e, Votjarfear. a vhf. dîme

in 2010 witii funding from

University of Ottawa

http://www.archive.org/details/lecomtedenety02lott

LE

COMTE DE NETY.

Pendant que des complots se trament, et que d'amères larmes coulent dans le silence et les angoisses, quittons pour un temps la ville assiégée et le camp des Normands inquiets, afin de suivre la galère sur laquelle était le comte de Nety avec

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le misérable médecin juif. Le vent, qui soufflait de la mer d'ïonie, emportait celte barque couverte de voiles comme l'ouragan fait d'une feuille de palme. Bientôt elle eut dépassé Catane , le blanc promontoire deLéontiuni , et comme le soleil disparaissait sous riiorizon , les navigateurs aperçurent au nord la haute tour noire du môle d'Augusta.

Le Juif connaissait meiveilleusem.ent cette côte célèbre, et, se croyant déjà maître du destin de ces hommes , il mit la main au gouvernail, dirigeant constamment l'esquif vers la terre.

JoanneTAmalfitain , naturellement méfiant et tout entier aux ordres sévères de son général , prit ombrage de ce manège , et, marin à demi et fier de la haute autorité dont Serlon l'avait revêtu ^ il repoussa

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brusquement le médecin en s'emparant à son tour du gouvernail.

— Où veux-tu donc nous mener, mécréant? s'écria-t-il avec colère; crois-tu que nous sommes trop loin de la côte, dis, pour nous en rapprocher davantage? En courant ainsi, tu nous jetais droit à la gueule du grand port de Saragocc ( Syracuse).

— Syracuse est là, dit le Juif eu étendant son bras vers le couchant d'un ton dédaigneux.

— Je sais ce que je dis, reprit l'Amalfitain. Si tu es las de vivre , Jéroboam , nous ne le sommes pas, nous autres, et notre mission n'est point remplie.

Le niédeeiiî murmura quelque injure.

et se rendit sous le pont de la galère où Jourdan gisait sur un lit.

— Allons, voilà le vent qui change, dit Joanne; c'est une apparence de sirocco : vite , abaissez-moi vos voiles , mariniers , car je ne me soucie guère d'aller rendre visite aux Sarrasins. Et maintenant, ramez vigoureusement, mes braves, et toujours courons vers le sud, pour que nous puissions doubler le cap Pachynum.

Jourdan reposait sur sa couche quand le Juif arriva près de lui; sa belle figure était extrêmement pâle, mais l'expression de souffrance avait déjà cédé quelque peu aux secours de l'art et à la brise fraîche de la mer.

— Je ne souffre pas, Nazaréen, dit-il en se soulevant, mais je suis d'une fai-

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