CONCLUSION
Deux mois après la saiiglunte prise de Tauromène, Messine, la belle et riante ville du phare, était toute parée, toute pavoisée; les murailles de ses maisons étaient couvertes de tapisseries éclatantes , de draps d'or, et les dalles des rues se perdaient sous des monceaux de fleurs embaumées ; les cloches sonnaient à grandes
volées; des troupes de musiciens, de ménestrels et de jongleurs couraient par les rues eu chantant des chants joyeux , et tout cela pour dignement célébrer le mariage du haut et puissant seigneur Jourdan , comte de Nety, avec la sultane Ziza , fdle de Makialis de l'Eubée.
Dans la soirée , on illumina splendidement les portiques, et les jeunes et beaux époux, entourés de la famille desTancrède, d'un cortège immense de chevaliers, et conduits par l'illustre comte Roger, vinrent sous le propylée de leur palais recevoir les acclamations du peuple. Le nom du vainqueur de Tauromène et de Syracuse était prononcé avec un amour qui allait jusqu'au délire; on envahissait les degrés de marbre pour s'approcher davantage; on se pressait, on s'étouffait. Ziza, heureuse et (ière, souriait à son noble époux
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et abaissait ensuite ses beaux yeux noirs sur cette foule qui semblait si encliantée de son bonheur. Ce fut alors que le comte Roger, animé par l'enthousiasme de tout un peuple, bénit les deux époux, et, s'adressant ensuite à Jourdan , le salua prince de Syracuse '.
' yoj. , à la lin du volume, la note 15.
DU SECOiND VOLUME.
(A) L'nc sédition à Païenne, chap. xix, p. 69.
C'est avec regret que je n'ai consacré dans mon livre que trois ou quatre pages à cette Païenne enelianteresse, la ville du monde où l'on sent le mieux le prix de la vie. Palerme, toute désolée qu'elle est; Palerme , toute violée par les Napolitains et les Allemands , est encore , malgré d'aussi profondes mi-
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sères , ce que Paplios était pour les Grecs de l'antiquité. C'est la cité de la poésie, du plaisir, du plus tendre dolce far nienle et de raïuour. Pour nous autres Français , là tout semble étrange ; on s'aperçoit qu'on eat à une grande distance de la patrie ; c'est un ciel plus chaud, plus beau et plus pur que le ciel d'Italie : ce sont aussi d'autres mœurs ; c'est un mélange de Grec , d'Espagnol et d'Africain. Ea voyant le soir, au coucher du soleil , les femmes se promener dans le Cassaro ; en voyant ces visages fiers , aux merveilleux contours , à la carnation veloutée , aux longs yeux noirs , j'ai cru plus d'une fois que la race corinthienne et la race arabe avaient trouvé grâce devant les révolutions et les nivellements des barbares.
Mais si l'on s'épanouit encore devant ce qui reste de la ville heureuse, malgré sa triste décadence, qu'était-ce donc quand elle était la capitale d'un peuple libre , artiste et industrieux ? et même , sans remonter si haut , quand les Arabes et les Normands y régnaient en souverains ? Oh I alors Palerme pouvait le disputer à Constautinople.
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Il est probable que Palernie fut fondée par une colonie grecque , attirée par les merveilleux récits d'Arcliias de Corinthe, vers la troisième année de la cinquième olympiade , 758 ans avant l'ère vulgaire. L'origine de son nom le prouve d'ailleurs , tandis que rien ne fait supposer que les Phéniciens soient les premiers venus sur ces rivages. Panormos, en grec, signifie sûr pour tous navires. Les Latins le traduisirent par ces mots totus portas , port de toutes les nations , et je ne sais si ce furent les Romains ou les Sarrasins qui lui donnèrent sa belle épiiliète d'HEUREusE , qu'elle mérite si bien.
{Koja^e en Sicile, 1836.;
« Palerme est entièrement différente de ce qu'elle fut autrefois ; on ne trouve plus de l'antique Panorme que l'emplacement, qui est toujours le même, Cette ville était séparée d'abord en trois parties: celle du milieu , qui était la plus ancienne, fut appelée par les Grecs Pnnonnos (c'était la ceinture du port ) ; elle formait une presqu'île entourée d'un côté par la mer, qui s'avançait par un canal bien avant dans les terres de l'orient au coucbant , et baignait les
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murs delà ville ; ensuite la livîère d'Oielho , qui, après avoir coulé quelque temps <lans lui vallon af>rpable au pied des niontag«es , bordait la ville d« côté du midi.
« Au delà de la rivière , on avait bâti un faubourg appelé Neapolis ou Nouvelle- paille, qui formait une seconde partie de l'ancienne Panorme. Ce fut cette partie que les Romains entourèrent de palissades , lorsque, dans la première guerre punique, ils là prirent sur les Carthaginois , l'an de Rome 499. »
(Saint-Non. yoj'. Pittoresque.)
Elle a subi de grands eliangements depuis les temps antiques, et avec ces changements, d'immenses améliorations. Ce n'est plus qu'une grande masse de constructions en forme de trapèze, dont la partie majeure commence à Poria-Felice , et la plus minime ù Porla-Nuova.
iWtrefois Palerme, sous le rappoit architectural , était d'une richesse infinie ; mais le temps, et surtout les barbares des deux derniers siècles, l'ont bien
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appauvrie ; les mosquées sarrasines ont dispara , et la plupart des admirables basiliques normandes ont été mutilées.
Longtemps on a cru que Palerme avait été fondée par un des pelits-fik d'Abrahatu , et les antiquaires s'appuyaient, avec une extrême confiance , sur les deux singulières inscriptions chaldéennes trouvées à Palerme , et dont l'une subsiste encore sur une des portes delà ville.
Voici la première, traduite en latin par ordre de Guillaume II :
PeTidant qu'Isaac , fils d'Abraliam , régnait dans la vallée de Damas , et qu'Esaù , fils d'Isaac , gouvernait ndaraée, un grand nombre d'Hébreux, suivis de plusieurs habitants de Damas et de la Phénicle, abordèrent sur cette île triangulaire , et choisirent leur habitation dans ce bel endroit, auquel ils donnèrent le nom de Panormiis.
Voici l'inscription de la porte :
Il n'y a d'autre Dieu qu'un seul Dieu ; il n'y a pas
d'autre puissance que ce même Dieu ; il n'y a pas d'autre conquérant que ce Dieu que nous adorons. Le commandant de cette tour est Sépho , fds d'Éliphaz, fils d'Ésaii, frère de Jacob, fils d'Isaac , fils d'Abraham. Le nom de la tour est Bavch , et celui de la tour voisine est Pharat.
Je livre cela sans commentaires aux savants ; mais pour ma part je crois fortement à quelque supercherie des orgueilleux Sarrasins qui conquirent la Sicile dans le IX* siècle.
(B) Conclusion. Et puiz quand Tauromine fut rendue, lo conte retorna en Calabre. Et ung paieu , loquel lo conte avoit fait major et gardien deCatane, donna Catane à Beneverte, anemi de lo comte. Et ce fist il por avarice , quar lui doua et promist moult d'argent. Et puiz que .Tordan lo filz entendi ceste choze, encoatinent vint là o tout C. chevaliers, o liquel vint Robert de Quinteval , très-noble chevalier et fort de Normendie , et Helya , liquel avoit esté premèrement Sarrazin , mes puiz fu catolique home et de grant cuer et destructor de li Sarrazin et bien ensaingnié de chevalerie secont li Normant. Cestui fut puiz priz de li Sarrazin del castel de Saint-
cr
Jehan ; et por ce qu'il non vouloit renoier Christ , fu tailUc en petites pièces , et ensi entèrenient amoit Crist. Et quant ceste gent venoient avec Jordain à Cathaine , Beneverte fu superbe pour la {jrant gent qu'il avoit, ovri la porte et lor ala encontre fors de la cité. Mes pource que lor anemis estoient usé de combatre et avoient grand cuer et non se curoientde la multitude , pristrent la bataille et alèrent contre lor anemis. Et Jordain , qui moult en occist de sa forte main, cherchoit de combatre contre Beneverte; mes Beneverte va fuyant , et non voloit contrester contre Jordan , coment lo cerffuge devant lo lyou.
; Lo second livre de la cronique de Robert
ViSCART. ^
Alors Beneverte, le prince de Syracuse, prit la fuite avec ses cavaliers et vint se renfermer dans sa capi- § taie. Mais bientôt il ne s'y crut pas plus en siîreté
c (jue dans Catane; il songeait à s'échapper quand les
j- Syracusains le surpiirent et lui donnèrent la mort.
La Sicile fut alors tout entière aux Normands, qui
£, y commandèrent avec une grande loyauté,