‹ Le comte de NetyChapitre 41 sur 42 · II · texte numérisé non relu

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été enlevées ; quelque misérable a dû s'introduire... un Fallacia peut-être?

Les coups redoublaient; on entendait les terribles menaces de l'émiralem, et la porte de fer résonnait bruyaminent sous les coups multipliés des masses d'armes.

— Et la poterne , la poterne .'* dit Jourdan, nous laisserons-nous assassiner lâchement par cette multitude?

— Guerriers, s'écria le Nubien avec une puissante énergie, vous avez des armes, il faut savoir mourir ou vaincre j jurez-moi, quoi qu'il arrive , de m'aider à sauver la sultane.

— Je le jure sur mon épée de chevalier, mon brave, repartit Jourdan ; que veuxtu faire? je suis prêt à te suivre.

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— La clef de l'escalier qui descend à la salle de la poterne, donnez-la-moi, sultane; avant qu'on ne songe aux Bisertins de garde, ils seront morts et nous fuirons par la poterne. — Ils sont quatre, ajouta le Nubien.

— Fussent-ils cent, s'écria Nety, ils tomberaient sous nos coups. Donnez la clef au Nubien, Ziza.

— Quoi! vous, Nety, s'écria-t-elle en s'éloignant de lui et en saisissant la clef, vous si noble, vous osez me proposer une action aussi infâme ! Croyez-vous que je ne tienne pas à l'honneur, moi , parce que je suis ur.e faible femme abandonnée.^ Ignorez-vous donc que du sang more coule dans mes veines, que celte race destinée à périr par le glaive de vos soldais est la race d'où je suis sortie? Ah ! Nety, Nety,

essayez de fuir, mais ne me déshonorez pas !

— C'est de l'héroïsme inutile, chère Ziza; c'est vouloir mourir et nous envelopper tous dans votre ruine.

— Mais songez que je serai vouée à l'exécration de tout un peuple.

— Et que t'importe ce peuple? Ces barbares te sont désormais étrangers. N'es-tu pas chrétienne, et mon épouse devant Dieu ? Par pitié , cède à la loi de la nécessité.

— Je mériterais de partager le sort de cette Romaine qui fut écrasée par les vainqueurs sous leurs boucliers.

■ — Eh bien! s'écria Netv avec un déses-

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poir farouche, que ta volonté s'accomplisse; mais tu répondras devant Dieu du sang inutile que ton aveuglement va faire couler. J'attendrai ici les Africains pour leur vendre chèrement ma vie. Entendstu les cris de rage de l'émiralem ? la porte Pémit sous leurs coups retentissants, les maisons s'illuminent, la populace s'éveille, les tortures nous attendent... Voilà l'heure du triomphe pour les Sarrasins; le chef des Normands va mourir I

Et désespéré , il s'éloigna de Ziza pour se rapprocher de Jeanne et de l'aflYanchi , qui restaient muets et soucieux durant cette scène déchirante.

Alors , la malheureuse jeune fille , vaincue à demi , à demi égarée , se précipita vers Nety, et, l'enlaçant dans ses bras, elle b'écria d'une voix mourante :

— Mon bien-aimé seigneur, pardonnezmoi , pardonnez-moi cette rigueur extrême; mais j'aime mieux mourir que de savoir mon nom marqué d'une épithète Hétrissante... Ah! Nety, ayez pitié de moi !

— A !a poterne, à ia poterne, cria i émiralem d'une voix tonnante; la porte intérieure de mon palais n'est pas garnie de fer.

— C'est notre dernier refuge, guerriers, dit le Nubien dont les cheveux se hérissèrent sur sa tête à cette parole; s'ils y pénètrent avant nous, notre mort est certaine... les plus affreuses tortures nous attendent... Mais la sultane me pardonnera un jour.

Alors le Nubien se précipita sur Ziza avec une horrible violence, et, saisissant sa

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main , il la meurtrit dans une étreinte de fer, la brisa, et, s'emparantde la clef malgré les cris de la jeune fille, il courut à l'escalier.

— Venez, venez, /guerriers, et le poignard au poing !

Ziza était trop faible pour résister à des secousses aussi rudes; elle voulut s'attacher à Nety, le suivre, l'arrêter; mais ses forces l'abandonnèrent, et elle tomba mourante sur les nattes qui recouvraient le sol.

Les deux chrétiens, guidés par i'atfranchi, s'élancèrent dans la salle voûtée et presque souterraine de la poterne, où brillait une faible lampe. Au biuit de la clef tournant dans la serrure , les quatre Africains se levèrent précipitamment; mais

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ils tombèrent percés de coups avant de reconnaître leurs assaillants.

Yittumen vint alors heurter à la porte frarnie de plaques épaisses, et la voix du motsallam se fit entendre.

— Ouvrez, Africains, ouvrez, voici Témiralem.

— Oui, oui, .o;rand émiralem, répliqua rAmalfitain en langue arabe, tout en s'assurant si cette porte était de nature à résister à de violents efforts.

Les Sarrasins , trompés de nouveau dans leur attente, recommencèrent leurs menaces et leurs cris impuissants.

— Arck , cours secourir ta maîtresse , dit le comte de Nety, pendant que Joanne

et moi nous ouvrirons les deux portes qui donnent sur les défilés.

A peine l'affranchi se fut-il éloigné , que les deux guerriers liièrent les épais verrous, déplacèrent les lourds barreaux, et que, s'élançant dans le sentier, le comte de Nety s'écria d'une voix retentissante :

— A moi , mes braves Normands ! à la poterne, mes bons archers!

Nul cri ne répondit à cet appel; mais dans le silence de cette sombre nuit, on entendit comme le bruit d'une immense multitude qui s'agite, qui piétine, comme une troupe de buffles qui marche, et, le premier, Serlon accourut.

— Me voici, Jourdan, avec tous mes braves.

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— Me voici, dit aussi Hugues de Bréchie.

— La poterne est ouverte, repartit le comte, suivez-moi î suivez-moi!

Et les compagnies franches, la terreur des peuples méridionaux , s'engouffrèrent sous la sombre voûte, et se répandirent silencieusement par tout le palais et les jardins.

— Que fait Ernaud? dit Jourdan à Hugues.

— Il attend le signal en deçà du fort, et le seigneur du Puiset, à son retour, a massacré un escadron d'Arabes qui venaient attaquer le camp.

— C'est bien... Approche, Arck; sors de cette chambre.

Le Nubien se recula en voyant cent hommes d'armes dans la galerie, ayant tous l'épée à la main.

— Je prends cet Africain sous ma protection , dit le comte à ses officiers j c'est un homme libre, un brave que j'aime, un soldat qui m'a sauvé la vie. Maintenant, Arck, viens nous ouvrir les portes du palais.

L'Africain hésitait; mais Serlon l'intimida par son regard menaçant, et quelques secondes après , les compagnies franches se jetèrent dans la ville, semblables aux vents des déserts , et les rues et les échos sonores du théâtre retentirent de ce cri sinistre :

— A sac! à sac! Normands et Calabrois, tuez! tuez î

— Viens, suis-moi, Arck, dit le comte à l'afTranchi , car je craindrais pour toi quel({ue méprise; tu resteras enfermé avec Joannequi veille sur ta sultane.

— Elle est en sûreté avec voire géant d'Amalfi , repartit le Nubien avec tristesse ; mais puisque le mal est sans remède, je veux aussi prendre part à la lutte. Il y a un monstre parmi les Arabes, dont je me sens le courage de boire le sang; permettez-moi de combattre à vos côtés, illustre chef, car je veux venger ma souveraine.

— Soit, fit Nety, partons; courons rejoindre mes frères.

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Les deux guerriers se dirigèrent vers la porte de Mola, dont la garde entière venait d'être massacrée; alors Ernaud et ses archers se précipitèrent dans la cité déjà envahie, où le sang coulait à flots, où l'on n'entendait que les plaintes des mourants, les rugissements des vaincus et les cris de joie des triomphateurs; on égorgea sans pitié jusqu'au jour; la belle Tauromène fut à demi saccagée , et comme Vittumen s'était réfugié dans la forteresse, Nely fit amener sa machine de siège et ordonna l'assaut.

Les poutres enflammées, les grêles de flèches dentelées, empoisonnées, l'huile bouillante, les débris des frises, la rage des assiégés animés par Vittumen et Fallacia, rien ne put ébranler un instant l'audace et le courage des assaillants. Les Normands des vieilles compagnies franches

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firent de merveilleux prodiges de valeur. C'était un combat de géants , une guerre d'extermination ! Bientôt la muraille s'écroula sous les prodigieux efforts de la machine, les chaînes du pont-levis furent brisées , et les Normands se précipitèrent dans la forteresse comme des loups affamés , en criant : A sac ! à sac ! pas de merci aux vaincus!

Ce fut une horribie journée! A la fin, les chrétiens lassés de tuer, et d'ailleurs émus de pitié , s'arrêtèrent en criant : Grâce pour les captifs. Alors ce qui restait de la population accourut par les rues, et vint à la forteresse implorer du général la permission de se répandre par la campagne afm d'alléger leurs misères : elle leur fut accordée. Un pauvre derviche, tout courbé par les ans , se disposait à sortir de la forteresse, et ses veux, cons-

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tamment baissés vers la terre, semblaient ne rien voir de ce qui se passait autour de lui, quand la voix furieuse de l'affranchi vint glacer le vieillard d'épouvante, et lui fit lever la tête.

— Ah ! traître infâme, c'est en vain que tu crois m'échapper.

Et rapide comme l'éclair, le Nubien d'un coup de cimeterre fait rouler au loin la tête du derviche.

C'était le misérable Fallacia !

— Voilà celui qui voulait vous livrer, monseigneur, dit froidement le Nubien à Nety, en essuyant la lame de son cimeterre.

On chercha Vittumen , et l'on retrouva

son cadavre tout mutilé dans les fossés de la forteresse. Pour ne pas tomber dans les mains des Normands, il s'était précipité du haut de la tour.

Le motsallam, le cruel Djezzar, plus heureux, avait disparu dans le désordre.

Cette nouvelle possession , si chèrement achetée par les Normands , eut pour eux d'immenses résultats dans l'avenir. Quoiqu'au fond celte place fût de peu de valeur, elle était d'une nécessité rigoureuse aux conquérants d'outre-mer; c'était une clef territoriale. Ils agirent en cela d'après une politique saine et profonde. Il ne faut

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pas laisser un ver au tronc de l'arbre , si débile qu'il soit ce ver.

Les grands capitaines qui se sont laissé entraîner par leur humeur belliqueuse à poursuivre toutes les chances d'une invasion , ont souvent succombé victimes de leur audace. — Quand la témérité domine dans le caractère d'un conquérant, les revers marchent sans cesse à la suite de la victoire. — Et nous avons pu le remarquer mille fois, un seul échec d'un grand capitaine lui est plus fatal que dix batailles perdues ne le sont à ses ennemis.

Les Normands , chassant pied à pied devant eux les Sarrasins , s'emparèrent successivement de Catane, de Syracuse , d'Agrigente et de toutes leurs autres possessions maritimes. Ils fuyaient devant Jourdan , selon l'expression poétique du moine del

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monte Cassino , comme les cerfs timides fuient devant le lion courageux ; et celte conquête eut pour les races chrétiennes les plus grands résultats moraux et politiques. Les Normands préservèrent ainsi la "péniïisuîettaîiq'ue du joug de l'islamisme , et letirs conquêtes gigantesques , se gtan-di?sant encore par la succession des temps, frappèrent d'effroi les peuples de l'Orient , arrêtèi^entleurpropagandeterribîeenmême temps qu'elles relevaient le courage de nos guerriers , qu'elles inspiraient un noble enthousiasme, et qu'elles préparaient par degrés les peuples de la péninsule espagnole à chasser les Mores de l'Andalousie.

Et tout cela fut, dans l'origine , l'œuxTe de celte poignée de chevaliers dont nous écrivons l'histoire.

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