LÉ CIMTE DÉ PARIS
vos ancêtres, et par la France chrétienne, qui se glorifie toujours d’être la fille aînée de l'Église,
“ Maïs Québec surtout, berceau de la Nouvelle-France, est riche d'institutions et de monuments qui proclament l’action éminemment généreuse et civilisatrice de la nation française. Et dans la ville de Québec, la partie occupée par le séminaire et l’université- Laval est peut-être celle qui a été témoin de plus de dévouement et de sacrifices de la part des ancêtres français pour assurer à notre patrie le rang qu’elle occupe maintenant parmi les peuples civilisés,
‘“ Outre le clergé de la ville de Québec, outre les directeurs et les professeurs dé l’université-Laval et du séminaire, Votre Altesse Royale voit devant elle les élèves anciens et les élèves actuels de ces deux institutions. Toutes deux doivent leur existence au premier évêque de ce pays, le très noble et très illustre François de Montmorency-Laval, descendant du premier baron chrétien.
“ Ce prélat; qui possédait l’estime et l’affection du Grand Roi, a fait briller sur la terre
d'Amérique toutes les vertus et toutes les qualités de ses ancêtres et a mérité de la part des habitants de la Nouvelle-France le titre glorieux de Père de la Patrie.
“ Le souvenir de ses grandes vertus vit toujours dans la mémoire des populations canadiennes, et, à la demande de l’Eminentissisme Cardinal Taschereau, son successeur sur le trône archiépiscopal de cette ville, et des autres archevêques et évêques du Canada, Léon XIII vient de le déclarer vénérable et de permettre l'introduction de sa cause de béatification et de canonisation.
“ C’est pour reconnaître les bienfaits sans nombre que le premier évêque de Québec a versés sur le séminaire et sur le Canada que notre université catholique porte son nom.
# Dans la mesure de leurs forces, l’université- Laval et le séminaire de Québec tra-
vaillent à maintenir vivaces sur les bords du Saint-Laurent le culte des ancêtres, leur foi
catholique, leur langie et leurs coutumes,
le souvenir de leurs sacrifices, de leurs vertus et de tout ce que les rois de France ont fait pour notre patrie,
os
De nt
d 1% ; pr
“ La liberté que l'Angleterre accorde à tous ses sujets, sans distinction de race, de langue et de religion, le bonheur dont nous jouissons sous son paternel gouvernement nous remplit de reconnaissance et nous attache étroitement à ses institutions, sans toutefois nous faire oublier notre origine, le pays de saint Louis et de Jeanne d’Arc. Notre amour pour la patrie de nos aïeux ne réveille aucune susceptibilité de la part de l'Angleterre ; elle connaît, par une expérience de plus d’un siècle, notre loyauté à son drapeau et l'estime que nous avons pour son gouvernement libéral et paternel,
“ Maintenant, Monseigneur, comme snpérieur du séminaire de Québec, j'ai un devoir bien doux à remplir : celui de saluer en Votre Altesse Royale le descendant d’un bienfaiteur de notre maison. L'enfant qui vient de vous présenter un bouquet, Monseigneur, est le boursier de Son Altesse Royale Louis, 3ème duc d'Orléans, qui, par son testament du 8 décembre 1749, fonda une pension dans le petit séminaire de Québec. Louis-Philippe, 4ème duc d'Orléans, pour remplir les intentions du prince son
père, assura de nouveau cette fondation par un acte du 4 mai 1759,
“ Prince, veuillez accepter pour vous, pour votre fils et pour les nobles personnages qui accompagnent Votre Altesse Royale, les remerciments de l’université-Laval et du séminaire de Québec.
“ Veuillez accepter aussi les vœux ardents que tous, professeurs et élèves, prêtres et laïques, nous formons pour le bonheur, la prospérité, la grandeur et la gloire de la France, patrie de nos aïeux.
[À ce point de son discours, Mgr Pâquet fit un signe au massier Wallard, qui s'avança, portant le vieux drupeau de Carillon, enroulé sur sa hampe, et vint se placer dans une attitude toute milituire en fuce de Mgr le comte de Paris.
Le recteur de Laval s'écria alors d'une voiæ vibrante :]
+ Monseigneur,
« J'ai l'honneur de présenter à Votre Altesse Royale un témoin du passé, témoin de la valeur des soldats français et des soldats
A an Lu RE RE Ie NES
canadiens, T'nsemble ils nt combattu en sa présence, ensemble ils ont remporté la victoire, Le drapeau de Carillon ! la plus noble, la plus précieuse, la plus glorieuse relique possédée par le peuple canadienfrançais. En la voyant, impossible de ne pas jrononcer les noms de Montcalm, Lévis, Bourlamarque, Raymond, de St-Ours, Lanaudière, De Gaspé... Enfants, saluez le drapeau de Carillon !”
Aussitôt la fanfare fit entendre l'hymne de Sabatier : O Curillon, je te revois encore !
Cette fois, la salle parut crouler sous les anplaudissements et les cris d'enthousiasme.
La musique, cet art si faible pour l’expression de l'idée, mais si puissant pour l’expression du sentiment, centuplait en ce moment les impressions de la foule. Pendant quelques instants l’auditoire demeura sous l’empire d’une émotion extraordinaire. Son Eminence le cardinal Taschereau paraissait remué jusqu’au fond de l’âme, et ses traits vénérables étaient inondés de larmes. Le capitaine Morhain sanglotait.
Mgr le comte de Paris et Mgr le duc d'Orléans remercièrent vivement le recteur de l’université-Laval de leur avoir ménagé une aussi grande et anssi belle surprise.
“ J'ai ardemment souhaité voir ce vieux drapeau de Carillon, dont on m'avait parlé, dit le comte de Paris. mais je ne savais pas dans quelle ville je pourrais avoir ce bonheur.” En quelques mats choisis et pleins de tact, le prince exprima son admiration pour l’université de Québec, “ foyer de science et de vertu, honneur des lettres et des arts.” Il dit aussi combien il était sensible aux témoignages de respect qui lui étaient prodigués, combien il lui était doux de retrouver, dans son.exil, “ une terre aussi française que la province de Québec, un ciel aussi hospitalier que celui du Canada.”
Lorsque, après avoir pris congé de Son Eminence et du recteur de l’université, le chef de la maison de France quitta la salle des promotions, des acclamations 6: tèrent de toutes parts, et Son Altesse salua l'a «litoire, à plusieurs reprises, avec cet air de bonté et de noble conlescendance qui lui attire tous les cœurs.
TS ES po DU do Re UE DE nt A ARNO SLA Ne ES Pour pa Pre face
Dora
Un grand nombre d'anciens élèves de l'université se rendirent auprès du recteur pour le féliciter sur le succès de cette royale démonstration.
L’incident du boursier du duc d'Orléans sera sans doute considéré par nos visiteurs comme l’un des plus curieux et des plus charmants épisodes de leur voyage en Amérique.
Existe-t-il encore, en Europe, de ces bourses créées, ca et là, par les princes de l’ancienne monarchie française ? Toutes ces choses n’ont-elles pas été anéanties par la révolution ?
Quoi qu'il en soit, il y a ici, à Québec, un jeune orphelin — Emile Bélanger — qui fait son cours classique au petit séminaire uni à l’université, grâce à la générosité du troisième due d'Orléans, Lo:is-le-Pieux, et à Ja fidélité du quatrième duc d’Oriéans, Louis- l’hilippe-le-Charitable, à remplir les intentions de son père; et Monseigneur Pâquet, qui a rarement été mienx ins-
piré qu’en cette circonstance, a en une heureuse pensée de profiter de la présence
A QUÉBLC 49
du comte de Paris et de son fils le jeune duc d'Orléans à l’université pour mettre ces faits en lumière.
DÉVIATIONS ET DIGRES- ..
SIONS x %
En quittant l’université, les visiteurs nn | prirent la direction de la porte Saint-Louis, | en arrêtant cependant au nouveau Palais de # Justice, dont l'architecture de la fin du | seizième siècle ou du commencement du : f.
dix-septième avait frappé leur attention. }
Les princes entrèrent un instant dans l'édifice. Lorsqu'ils se présentèrent à la porte de la cour criminelle, toute l'assistance se leva, et le shérif, l'honorable M. Gagnon, 1 ainsi que les avocats de la Couronne, vinrent 1 aussitôt leur présenter leurs hommages. #4
L'architecture du Palais de Justice de
Québec rappelle celle d’'Azay-le-Rideau, en | ERA oi.
pa AE PARTS LED ES LE LAS SM et ST EE, ES D LC LE p
di ue f DS" ri es GR $ À is rh FE $ 4} ; t} +2
Anjou. La facade, qui se déploie sur la rue Saint-Louis et sur la Place d’Armes, forme un angle obtus à côtés égaux, et c’est à la pointe même de cet angle que se trouve la porte d'entrée, surmontée de l’écusson de la Province, et la “tour de l’horloge,” avec ses crêtes dorées,
Les armes de la ville de Saint-Malo, où naquit Jacques Cartier, et celles de la ville de Brouage, où naquit Samuel de Champlain, sont sculptées en trophées, à droite et à gauche du portique. Sous le péristyle, des cartouches contiennent les armoiries de l’Angleterre, de l’Ecosse et de l'Irlande, ainsi que l’écusson fleurdelisé de la vieille France, avec la devise, ou, mieux, le cri de guerre : Montjoie Saint-Denys !
Il avait été convenu que les princes et leur suite, guidés par les dignitaires de la société Saint-Jean-Baptiste, consacreraient toute l'après-midi du 28 à la visite de la ville et à une excursion au Sault Montmorency. Les citoyens de Saint-Roch, le faubourg français par excellence, et les habitants de la Canardière et de Beauport avaient fait de brillants préparatifs. Les rues
indiquées au programme devaient être pavoisées et on avait organisé tonte une série d'ovations qui promettaient d’être grandioses.
Le digne M. Vincelette et le lieutenantcolonel Landry s'étaient chargés de faire décorer la villa Mastaï et le chemin de Beauport. Sur de longues banderolles de diverses couleurs étaient tracés, en-lettres d’or, les noms de Robert-le-Fort, de saint Louis, de François ler, de Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV, de Laval, de Saint-Vallier, de Colbert, de Talon ; puis: Vive La France ! — Vive de comte de Paris ! — Vive le duc d'Orléans ! — Soyez les bienvenus !
Plus de soixante voitures devaient accompagner Leurs Altesses du Fort Jacques- Cartier au Sault Montmorency ; et l’on ménageait des surprises.
Le comte de Paris exprima le regret qu’il éprouvait d’être obligé de se soustraire à ces démonstrations. — “ Je dois, dit-il, aller aujourd’hui même à Sainte-Anne de Beaupré, puisqu'il n’est impossible de m'y rendre de-
main.” Et, comme on insistait pour lui faire
suivre le programme convenu, il ajouta : —
“J’emporterai avec moi un granc chagrin si je quitte Québec sans être allé au pèlerinage de Sainte-Anne, Il me faut absolument y aller.”
Chacun comprit les motifs d’un ordre élevé qui animaient Son Altesse, et il fut décidé de contremander les dispositions du programme par la voix des journaux. Le prince put cependant visiter rapidement le Palais législatif et les Plaines d'Abraham, et il eut même le temps de se rendre jusqu’à la Croix du Fort Jacques-Cartier avant l’heure du départ du train pour Saint-Anne de Beaupré.
Pendant que le comte faisait la visite du Palais législatif, le duc d'Orléans se rendait au grand établissement de M. Laliberté, le marchand de fourrures le plus en vogue de Saint-Roch et peut-être de tout Québec, en compagnie du duc d'Uzès et de M. Chauveau.
Mgr le comte de Paris se rendit au Palais législatif, accompagné de la plupart des personnages de sa suite, de M, le maire Frémont, de MM. H. Chouinard et Jules Tessier, députés, de M. J.-M. Le Moine, membre de la Société historique, et de MM. J.-P. Rhé-
aume, T, Chapais, A. Robitaille, Ph, Gagnon, L.-J. Lavery, J.-B. Caouette, Joseph Beauchamp, J.-B. Drouyn, O. Lemieux et quelques autres, directeurs de la société Saint- Jean-Baptiste,
On passa en face de l’hôtel-de-ville sans trop s’en apercevoir,
L’hôtel-de- ville de Québec est un édifice de petite dimension, avec portique et colonnes doriques d’un style très correct. Il est occupé de la cave au grenier par les bureaux de la municipalité, Sans ornements, tapageurs, sans salles de bal luxueuses et inutiles, sans rien enfin qui puisse exciter lire du plus ombrageux communard, il est l’image fidèle de la tranquille population de Québec, — population que l’on est en train de gâter, et qui commence, elle aussi, à avoir ses velléités d’extravagances.
Il yaici tout plein de savants et d’archéologues qui ne demanderaient pas mieux que d’enterrer les vivants pour ressusciter les morts, sauf à rester témoins de la résurrection. Mais, à côté de ces antiquaires, il y a des hommes qui sont tout à fait de leur
siècle, et même un peu plus jeunes. Ceuxci ne me pardonneraient pas si je négligeais de consigner dans ces pages que les plans d’un hôtel-de- ville de proportions imposantes sont en ce moment à l'étude et à la veille d’être exécutés. En bons provinciaux nous ne devons pas taire ces choses-là.
La devise de la ville de Québec est : Natura fortis, Industria crescit. C’est assez bien trouvé. Pour les personnes, les devises en vieux français valent mieux que les devises latines : elles indiquent ou semblent indiquer une origine antérieure à la renaissance.