AU PALAIS LÉGISLATIF
Il était onze heures précises lorsque le royal cortège (que l'on n’attendait plus, à cause du contre-ordre publié dans les journaux) déboucha par la porte Saint-Louis, et s'engagea daus la Grande-Allée et l'avenue Dofferin pour venir faire halte à l'entrée du Palais législatif.
Avant de pénétrer dans l'intérieur de l'édifice, Son Altesse en examina l’ornementation extérieure avec un vif intérêt.
Nos monuments historiques ou architectoniques sont bien pauvres et bien petits, comparés à ceux des villes européennes. Au point de vue de l’art, ils n’ont le plus sonvent qu’une valeur relative. Il n’en est pas ainsi toutefois pour notre Palais législatif, — le Panthéon du Canada français, — qui serait un ornement même dans les plus belles villes de France et d'Italie,
Il y a je ne sais quoi de fort et de gracieux dans cet édifice, qui charme et captive le regard. Ce toît, qui faisait l’admiration de la princesse Louise et rappelle celui des Tuileries, ce campanile à la fois élégant et majestueux, ces pavillons où les lis sont “ semés à pleines mains,” ne ressemblent en rien à ce qui se voit ailleurs sur notre sol d'Amérique. Toute cette architecture est vraiment française, avec, en outre, un cachet particulier où s’accuse la personnalité savante, originale, distinguée et très canadienne de l'architecte, M. Eugène Taché.
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La façade principale de ce vaste carré est remarquable par les belles proportions de sa tour centrale, dédiée à Jacques Cartier ; par la pureté de lignes des avant-corps, dédiés, l’un à Champlain, l’autre à Maisonneuve ; par l'élégance des pavillons des angles et par tout l’ensemble de l’ornementation.
Les niches disposées sur le fronton du campanile et des avant-corps devront contenir les statues de Jacques Cartier, le découvreur du Canada; de Champlain, le fondateur de Québec; de Maisonneuve, le fondateur de Montréal ; de Laviolette, le fondateur des Trois-Rivières ; de Boucher de Boucherville, le type idéal de l’ancien seigneur canadien ; puis celles du Père de Brébeuf, le grand jésuite martyr; du Père récollet Nicolas Viel, noyé par les Sauvages dans le rapide de la rivière des Prairies, appelé aujourd'hui Sault-au-Récollet ; de Mgr de Montmorency-Laval, le premier évêque de Québec, de M. Olier, le fondateur de la Compagnie de Saint-Sulpice; enfin celles de Frontenac, de Wolfe, de Montcalm, de Lévis,
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et de deux célébrités du dix-neuvième siècle : lord Elgin et Salaberry.
Lord Elgin fut l’ami des Canadiens-francaïs, et celui qui nous a donné l’entier développement du gouvernement responsable, contenu implicitement dans la constitution de 1840. Issu d’une famille normande dont le chef se nommait Jacques Bruice, si je ne fais pas erreur, James Bruce, comte d’'Elgin, de Kinkardine et de Torry, écrivait à un de nos hommes d'Etat canadiens qu’il avait un cœur français dans une poitrine écossaise.
Il comptait un roi d'Écosse parmi ses ancêtres; de là sa devise : Fuimus.
Salaberry conduisit à la victoire les trois cents Canadiens qui, dans le combat de Châteauguay, mirent en déroute huit mille Américains commandés par Hampton. Ce brillant fait d'armes a été comparé au com-
bat des Thermopyles, et Salaberry lui-même à Léonidas.
Entre les trumeaux de chaque étage, des trophées et des cartouches portent, sculptés en relief, les armoiries et les noms des gou-
verneurs Montmagny, d’Ailleboust, d’Ar-