LÆ COMTE DE PARIS
France, avait posé la première pierre onze ans auparavant.
Cette église fut démolie et remplacée, en 1676, par la vieille église actuelle, qui ellemême ne sert plus au culte depuis la construction de la spacieuse basilique desservie aujourd'hui par les Pères Rédemptoristes.
Les visiteurs regardèrent avec attention le tablean placé au-dessus du maître-autel de l'église, et qui est dû, assure-t-on, au pinceau de Lebrun. Ce tableau est marjué aux armes de la famille de Tracy. Il fut donné au sanctuaire de sainte Anne, en 1666, par M.
de Tracy, vice-roi de la Nouvelle-France, au retour d’un voyage en Europe pendant lequel il avait failli périr.
Dans la sacristie, on fit voir à Leurs Altesses une riche chasuble confectionnée en grande partie par Anne d’Autriche, et envoyée par la reine elle-même au sanctuaire de Sainte- Anne de Beaupré. On montra aussi aux visiteurs une lampe en argent, donnée par M.
de LaChenaïie ; un crucifix, donné, en 1706, par le héros canadien Lemoyne d'Iberville, utc., etc.
Mer de Laval écrivait, il y a plus de deux siècles : Nous le confessons, rien ne nous a aidé plus efficacement à soutenir le poids de la charge pastorale de cette Eglise naissante (du Canada), que la dévotion spéciale que portent à sainte Anne tous les habitants de ce pays, dévotion qui, nous lassurons avec certitude, les distingue de tous les autres peuples.”
Les anciens missionnaires avaient aussi inspiré aux aborigènes du Canada une dévotion toute particulière envers sainte Anne. “ Pendant plus d’un siècle, les Sauvages chrétiens furent dans l'habitude de se rendre chaque année à Sainte-Anne de Beaupré ; ils y venaient en grand nombre de toutes les parties du Canada pour assister à la fête de la patronne du lieu. On voyait alors de longues files de canots sauvages, les uns remonter, les autres descendre le fleuve, et converger vers le rivage de Sainte-Anne, où tout un villaye de cabanes en écorce se dressait, comme par enchantement, pour abriter les nomhreux pèlerins.”
Aujourd'hui, les fidèles affluent au pèle-
RASE TERRE à
rinage de Sainte-Anne de Beaupré de toutes les parties du Canada et des Etats-Unis.
Un miracle éclatant opéré dernièrement au sein de notre société de Québec, par l’intercession de sainte Anne, est en ce moment le sujet de toutes les conversations.
Les princes et leur suite remercièrent les bons Pères Rédemptoristes de leur cordial accueil et de leur complaisance. Le train reprit sa course rapide dans la direction de la ville. Les voyageurs firent, commodément assis dans de moëlleux fauteuils, le même trajet que le saint évêque de Montmorency- Laval faisait péniblement, il y a deux siècles, les raquettes aux pieds.
Mgr Gagnon avait eu la bonne pensée d’apporter avec lui des manuscrits en langue sauvage éerits par les anciens missionnaires jésuites, et d’autres documents curieux et intéressants des archiv s de l’archevêché, notamment le manuscrit polyglotte du Père de Crespieul, les prières et chants religieux du Père Vaultier (1676), reliés en peau de caribo; des manuscrits en montagnais du Père
Laure ; d’autres manuscrits en abénaqnis, en algonquin, etc.
Le colonel Parseval examina ces pièces avec un vif intérêt. Pendant ce temps, le comte d'Haussonville lisait avec admiration des notes écrites par le Père de Crespieul, le fondateur de la mission de Saint- Charles de Métabetchouane, En 1690, le Père écrivait que “la vie du missionnaire montagnais est un long et cruel martyre.” Il traçait ces lignes, “ pour la consolation de ses snccesseurs,” dans une cabane de Sauvages, à la lueur d’une écorce de bouleau allnmée, loin, bien loin de toute civilisaton.
Le comte d’Hanssonville fit voir ce mannscrit au comte de Paris, qui, après en avoir parcouru quelques pages, s’exclama à demivoix : “ Et dire que tous cestravaux sont perdus pour la France! Elle était à la peine, ne devait-elle pas être à l'honneur ?” Ces paroles de regret, les seules qui aient échappé au prince pendant toute sa visite, furent recueillies par des oreilles avides et répétées avec émotion dans les familles. La flamme d’une écorce de bouleau, allumée il
y à deux siècles, avait fait fondre la glace des convenances officielles ; quelques lignes d'un courageux missionnaire perdu dans les sauvages régions du Nord avaient fait oublier les exigeances de la diplomatie.
Le duc d'Orléans remarqua avec un plaisir évident, dans un registre que lui fit voir Mgr Gagnon, la signature de Frontenac, l’intrépide guerrier qui, il y a deux siècles {octobre 1690), couvraitles armesfrançaisesde tant de gloire sur le promontoire de Québec,
Pendant tout le trajet de Sainte-Anne à Québec, nos hôtes parurent désireux de se renseigner sur les détails in‘imes de notre existence sociale et politique, ainsi que sur les usages, les coutumes et les idées de notre population rurale. Bien des hommes se sont demandé ce que serait aujourd’hui la France sans la révolution de 93. L'état de notre société canadienne ne peut, sans doute, donner la solution de ce problème ; néanmoins il peut aider à étayer des hypothèses, et les investigations de certains esprits d'élite à l'égard du Canada français ne nous surprennent j'as.
Nos hôtes ont dû être frappés du contraste qui existe entre notre population et celle des Etats-Unis. La surface chez nos voisins est très voyante, et étonne bien des étrangers.
Ici, il y a des gens d'esprit que ce grand éclat n’a pas su éblouir, M. Siméon Lesage, pour n’en citer qu'un seul, a écrit les lignes suivantes :
“ Ils’est rencontré des voyageurs de renom, des correspondants de grands journaux européens qui ont trouvé que le Canada, et surtout la province de Québec, avait une certaine gaucherie native; que nos institutions sentaient le vieux, et que notre facon d’être et d'agir accusait moins d’agileté dans l'allure que celle de nos voisins de la grande république. Nous avons laissé dire ces voyageurs, ces journalistes, et nous n'avons pas essayé de nous corriger, parce que justement la majorité d’entre nous se complaît dans cette manière d’être et croirait s’amoindrir si elle en changeait.”
En se rendant à Sainte-Anne, les voyageurs avaient pu remarqu?2r, le long des grèves, des bateaux de cabotage à demi
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