PÈLERINAGE
Un peu avant trois heures, nos hôtes prenaient place dans les chars confortables et bien chauffés du chemin de fer Québec, Montmorency et Charlevoix, qui devaient faire le trajet de Québec à Sainte-Anne.
J’ouvre ici une parenthèse pour prier le lecteur étranger de ne pas trouver à redire si
nous employons ici le mot char pour dé.
signer ce qu’on appelle en France un waggom
ou simpleisent une voiture. Ce dernier
terme a une signification trop générale ; quant au mot waggon, nous n’en voulons pas parce que nous sommes dans la lutte, et que, si nous consentons à introduire délibérément des mots anglais dans notre langage, la bataille que nous livrons chaque jcar pour la conservation du “doux parler de France” sera bientôt perdue. Il n’y a pas longtemps que nous avons consenti à dire ail pour lisse ; nous ne dirons jamais le sleeping pour Je char-dortoir, et nous préférerions nous faire casser le cou plutôt que de demander au mécanicien de stopper la locomotive.
Je ferme à regret cette parenthèse, que je serais tenté d’allonger indéfiniment.
Dans le char-palais occupé par Leurs Altesses se trouvaient tonus les personnages de leurs suite, ainsi que Monseignerr Gagnon, de l’archevêché, le juge Casault, l'abbé René Casgrain, M. Vincelette, M. LeMoine, M.
Chapais, M. Hemy Bédard, le juge Routhier, l'abbé Raymond Casgrain, lauréat de l’Aca-
démie francaise, MM. Chouinard, Robitaille, Caouette, Beauchamp, Lemieux, Drouyn et quelques autres.
A trois heures précises Ja locomotive hennissante sortait de la gare, et bientôt après on vit son panache blanc se détacher sur la plage de la Canardière, atteindre l’antique seigneurie de Robert Giffard et le gué de la Montmorency, célèbre par la déroute des soldats de Wolfe dans la journée du 31 juillet 1759. Le train arrêta au pied de la cataracte (haute de 250 pieds), et les illustres voyageurs descendirent un instant pour en admirer la réelle beauté. On leur fit remarquer le parti que l’industrie avait su tirer de ce puissant pouvoir moteur, notamment pour l'éclañage var l'électricité de la ville de Québec.
Les paroisses de Beauport, de l’Ange-Gardien et du Château-Richer, que traverse le chemin de fer pour se rendre à Sainte-Anne, sont le berceau de nombreuses familles répandues dans tout le Canada, et le centre d’une vigoureuse colonie venue du Perche, en France, durant la première moitié du dix-
septième siècle, — colonie dont l’érudit docteur Dionne écrit en ce moment l’histoire.
Lorsque les princes arrivèrent à Sainte- Anne, les cloches de la basilique sonnaient à toute volée. Les RR. PP. Debongnie, Tielen, Fiévez, Barolet, et quelques autres Rédemptoristes vinrent an-devant de Leurs Altesses, et tous les visiteurs, après une courte prière, se dispersèrent dans les vastes nefs et les nombreuses chapelles de l’église dédiée à la grande thaumatuige de la Nouvelle- France.
Les princes contemplèrent pendant quelques instants les trophées de béquilles et autres objets ayant appartenu à des miraculés, que l’on a distribués çà et là dans la basilique, -éloquents témoins de larmes, de souffrances et d'actions de grâces, et ils vinrent s’agenoniller sur deux prie-Dieu qui avaient été placés dans le sanctuaire même, en face du Saint-Sacrement.
Le comte de Paris pria avec une ferveur qui édifia tous les assistants. Le souvenir de chacun des membres de sa famille, celui de la France dont il est exilé, la majesté et la
sainteté du lieu durent remuer profondément son âme en ce moment. Son attitude indiquait une foi et une piété dignes du descendant de saint Louis. Plus tard il déclara que rarement il avait été aussi ému qu’en cette circonstance.
Le jeune prince, son fils, pria lui aussi avec recueillement, comme devait le faire un élève du collège Stanislas et l'enfant d’un foyer chrétien.
Tous nos hôtes retrouvèrent quelque chose de la vieille France dans les pieux échos de la basilique, dans le parfum qui s’exhale de ses oratoires, embellis par l’art et par la reconnaissance des pèlerins.
Après l’oraison du comte de Paris, tous les visiteurs vénérèrent dévotement la relique de sainte Anne cunservée dans la basilique.
Cette relique précierrse fut donnée à Mgr de Montmorency-Laval par le chapître de Carcassonne, et fut exposée pour la première fois le 12 mars 1670, dans la petite église canadienne de la côte de Beaupré, dont M.
d’Aillebounst, gouverneur de la Nouvelle-