‹ Le comte de Paris à Québec [microforme]Chapitre 76 sur 94 · LIN · texte numérisé non relu

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des beaux-arts, tes aspirations élevées, tom noble et généreux caractère ?

“ Quel peuple a plus aimé la vérité, la justice, la liberté, et plus combattu pour leur triomphe ?

“ Quelle race a l'esprit plus brillant, le cœur plus chaud et sent plus profondément ce besoin invincible d’ascension qui tourmente les âmes d’élite, et que le roi-prophète a décrit en disant : deposuit ascensiones Deus in corde hominis ?

“ En un mot, les brillantes qualités de la France sont telles, qu’elle n’est jamais aimée à demi. Maïs en la comblant de ses faveurs et de ses dons, Dieu lui a imposé une mission pleine de gloire, il est vrai, mais aussi pleine de responsabilité et de périls, et bien des fois il l’a soumise à de rudes épreuves.

On peut même dire que sa part d’humiliations et de revers a été d'autant plus large que sa moisson de gloire a été plus abondante. Maïs ses malheurs mêmes prouvent qu’elle est une race choisie, prédestinée, ayant à remplir dans le monde la mission de civiliser et de porter au loin le flambeau

de Ia vérité, sous l'inspiration de l’Eglise, dont elle est la fille aînée.

“ Aussi est-il bien remarquable que la France, comme le peuple d'Israël, n’a jamais péché impunément. TJhieu est patient pour les autres peuples, mais pour la France, non pas.

“ IL est pour elle un père généreux, mais sévère, dont la justice est aussi prompte à agir que son amour ; et quand la France souffre, elle comprend et reconnaît cette conduite de Dieu à son égard.

“ Si vous avez lu avec attention la presse française pendant l’année terrible de 1870, vous avez dû entendre un colloque étrange entre la France et Dieu. La France se irappait la poitrine et disait :—“Oui, j'ai péché, Seigneur, et je mérite de souffrir ; mais ma voisine de sauche et ma voisine de droite et toutes les nations qui m’environnent n’ont-elles pas péché comme moi ? Pourquoi votre bras s’est-il appesanti sur moi seule ?”

“ Et Dieu répondait :—“* C’est vrai; mais je suis plus sensible à tes offenses qu’à celles des autres, parce que je t'aime davantage, et

c’est pourquoi je te châtie. Je veux que tu continues d’être l’exécutrice de mes œuvres, je veux que tu sois mon bras et mon glaive dans l’accomplissement de mes décrets ; mais je veux aussi que cette main qui porte mon glaive soit pure, c’est pourquoi je t'impose une expiation prompte.”

“Il y eut alors un moment où tout le monde en France paraissait entendre cette voix de Dieu, et M. de Freycinet lui-même, qui a été assez souvent ministre pour qu’on le regarde comme un écho de l'opinion publique, M. de Freycinet en fit l’aveu sincère en disant: “ Digitus Dei est hic, le doigt de Dieu est ici!” Telle est messieurs, la redontable prérogative de l’honneur de la France, Elle a été placée comme un exemple pour le monde, et comme une démonstration visible du gouvernement divin parmi les nations!

“ C’est la raison de sa gloire, c’est l’explication de ses malheurs, et c’est pourquoi même aux jours d'éclipse et de défaite, elle continue de diriger la marche de la civilisation, non plus par sa puissance, maïs par son génie et sa brillante culture intellectuelle.

“Or, toute suprématie entraîne des responsabilités et des périls, et toute domination suscite des inimitiés.

“ Mais si la France compte de puissants ennemis en Europe, elle n’en à pas sur la terre libre d'Amérique et sur le sol béni que nous habitons. Tout au plus pourrions-nous dire qu’elle a parmi nous quelques amis compromettants.

“Il y a des gens qui crient sur les toits qu’ils adorent la France, mais qui ont une singulière manière de le lui prouver dans l’occasion.

‘# Dans des jours de fête populaire comme ceux-ci, ils vont fouiller dans l’histoire de France des siècles passés et ils y cherchent, non : ‘des lauriers et des couronnes, mais des 1..isères et des défaillances.

“Eh! bien, messieurs, ce n’est pas ainsi que nous, Québecquois, entendons prouver notre amour à la France. Pour nous, en ces jours de réjoaissance et d’honneur, nous aimons mieux exhumer les grandeurs et les gloires, et lorsqu’en feuilletant les vieilles archives dupays de nos ancêtres, nous décou-

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quil

vrons des ombres dans le blason radieux ‘4. d’une dynastie qui a régné pendant une suite | de siècles, nous nous rappelons que dans les Do cieux il y a des nébuleuses, et que dans tous 4 1 les astres, même dans le scleil, il y a des | | taches.

Ê LL ': ‘“ Pour nous, quand nous trouvons au pied d’une mont.gne une eau fraîche et ER pure, et quand nous savons que cette eau - | coule d’une source placée sur les sommets et 14 pe formée par les pluies bienfaisantes du ciel, | nous admirons la limpidité de son cours sans 4. nons inquiéter de savoir quels terrains elle

a pu traverser en descendant des cimes.

À “ Pour nous, nous savons qu’il y eut un roi de France que Donoso Cortès a proclamé sage entre les sages, prudent parmi les pru- (4 | dents, et que ce roi, prince, était votre grand- : | père.

“Nous savons qu'il y eut une reine que

le grand orateur espagnol appelait la plus “4 respectée des femmes, la plus populaire des \ Ph reines, la plus aimante des mères, et que | |A cette reine était votre grand’mère.

S: “ Nous savons encore qu’en 1835, il y

avait sur les champs de bataille de l'Algérie un héros de vingt-cinq ans, dont la popularité et la bravoure faisaient l'admiration de tous et dont la mort a causé un deuil universel en Europe ; et nous nous sonvenons que ce héros était votre père.

“ Enfin, Monseigneur, nous ne saurions oublier ce jeune prince chevaleresque et vaillant qui, un jour, las de son exil, rentrait sondainement en France et disait à ses gouvernants : “ Rendez-moi ma patrie et permettez-moi de combattre pour elle à vos côtés, ou donnez-moi des fers.” Est-il besoin de nommer ce preux chevalier, auquel on donna des fers ? Non, votre cœur a parlé et vous avez reconnu votre sang.

‘ Car, vous aussi, vous avez prouvé que vous savez porter l'épée, et ce sera votre gloire d’avoir su allier ensemble Part militaire, le culte des lettres et la pratique des vertus domestiques.

‘est entendu que cette démonstration ne doit avoir aucune significa-

“ Messieurs,

tion Jolitique ; mais ce n’est pas s’immiscer

dans la politique francaise que d’acclamer

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un prince qui, par ses ancêtres, est le plus français des Français et qui représente une dynastie à laquelle nous devons notre exis-

tence nationale,

“ Nous aimons la France, et quand nous nous inclinons devant les princes d'Orléans, c’est elle que nous saluons en même temps que leurs personnes augustes ; quand nous louons leurs qualités et leurs vertus, c’est encore sur la France que rejaillit notre éloge.

‘“ Ce n’est pas non plus faire de la politique que de leur offrir nos sympathies dans la douloureuse position faite à leur cœur de Français.

“ Vous le savez, messieurs, en dépit de tous les dons magnifiques de la naissance et de la fortune qu’ils ont reçus du ciel, il est un grand bonheur qui est permis à chacun de nous ct qui leur est refusé : Nous pouvons

aller voir la France et ils ne le peuvent pas! Ah ! messieurs, ceux - là seuls qui l'ont éprouvée peuvent comprendre combien cette douleur est poignante ; maïs les voyages en donnent une faible idée, Il m'est arrivé quelquefois, en présence ucs plus admirables

tableaux de la nature méridionale, en Espagne, en France, en Italie et en Afrique, il m'est arrivé de m'écrier : “ Ah qu’il ferait bon vivre ici ! ” Mais cette sensation et ce désir n'ont jamais été de longue durée, et bientôt toutes ces beautés ne me disaient plus rien, parce que je me ressouvenais de ma patrie ; la Méditerranée elle-même, que j'aime tant, me chantait des chansons que je ne comprenais plus, la solitude se faisait autour de moi, et bientôt, saisi par cette maladie qu’on appelle nostalgie, je reprennis avec joie le chemin du pays.

‘“ Quelle doit donc être la souffrance de yrinces français auxquels l'entrée de la France est interdite !

‘ Par bonheur, Dieu n’a pas refusé au noble chef de la Maison de France les consolations de l'amitié et du dévouement, et les douces joies du foyer domestique. Il lui a donné une faraille qui lui fait une belle couronne, moins lourde à porter que ne le serait celle de la France ! Et si jamais il meurt sans avoir vu triompher ses idées, que nous respectons, il sera plus heureux que Roland au champ

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