Le comte de Paris à Québec, récit;
Au printemps de 1850, il se passait dans un petit coin du pav^: badois une scène bien touchante. On y voyait souvent, se promenant sur le pont de Kehl qui relie ce pays à l'Alsace, une dame en deuil accompagnée de deux petits garçons Les soldats du poste français la prenaient pour une habitante de Kehl, et ne ^'inquiétaient guère des deux enfants.
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Or, il arrivait que de temps en temps les deux petits, portant une petite pelle et un seau, empiétaient sur le territoire français, remplissaient leur seau de terre française, et l'emportaient triomphalement à Kehl, comme ils auraient fiiit un trésor.
Quand ils en eurent rempli une caisse ils y transplantèrent un plant de France, et ils l'entourèrent de tant de soins qu'on eut bien compris, en les voyant agir, qu'il représentait pour eux cetie patrie bien-aimée dont ils étaient exilés.
La dame en deuil, en effet, était madame la duchesse d'Orléans, et les deux petits horticulteurs étaient ses fils, le comte de Paris et le duc de Chartres.
Après plus de vingt ans d'exil et de pérégrinations dans l'Ancien et le Nouveau-Monde, M. le comte de
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Paris repassa un jour à Kebl. et il voulut revoir cette plantation qui lui rappelait tant de souvenirs. Quel bonheur ! L'œuvre de son enfance avait été féconde, et la terre \ de France avait si bien nourri son jeune plant qu'il était devenu un bel arbre charçré de fruits. *
Monseigneur le comte de Paris a dû éprouver un bonheur du même genre en visitant notre pays.
Le Canada est aussi un plant de Franc^^, jeté sur une terre restée bien française, et qui, bien faible à son origine, est devenu un bel arbre déjà chnro'é de fruits ; et le comte de Paris a pu dire en l'admirant : '' ce sont mes pères qui ont fait cette planta-
* Cette aiec'lote e.*t racontée j-ar M. le marquis \]q Fiers dans son beau livre intitulé : " Le comte de Paris". C'est «ians le même ouvrage que nous avons pu;>é to>i« les principaux éléments de notre travail.
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tion, et je suis heureux de voir combien leur œuvre a été féconde. Le premier nom français qui fut écrit sur cette terre d'Amérique fut celui d'un de mes aïeux les plus illustres^ François I ; iuscrit sur une croix de bois il y a plus de trois siècles^ je le retrouve gravé dans nne croix de fer.
" La première ville fondée sur les rives du St-Laurent l'a i té par mon glorieux ancêtre, Henâ IV, et j'y reconnais l'empreinte de sa main puissante et créatrice. "
Et, poursuivant ainsi la visite de nos monuments et de nos endroits historiques, le comte de Paris lisait les pages les plus belles et le- moins connues de Ihistoire de sa famille, et il admirait les d<H'eloppements et la stabilité de l'œuvre de S(^s pères.
En conversant avec les vivants il
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évoquait le souvenir de n js morts illustres, il les interrogeait, et il échangeait avec eus des colloquespleins d'enseignements.
En ibulant le cbani;) de bataille des Plaines d'Abraham, il lui semblait entendre îes plaintes touchantes des héros (jui y tombèrent, et le s il qui a bu leur sang frémissait lui-même sous ses pas.
En s'agenouillant au monastère des Urs ilines sur la tombe de notre glorieux Monte J;n, il sentait son émotion grandir et envahir tout son être, pendant que notre grand homme de guerre, tressaillant lui-même dans son t inbeau, semblait nous dire à nous : " Canadiens-Français, inclinezvous devant celui qui passe, car il est un fils de la vieille France, un descendant des rois pour lesquels j'ai tant combattu, le représentant d'une