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dynastie pour laquelle j'ai su mou- Ar ! "
Naturellement, les Québecquois ne pouvaient se défendre de partager ces profondes émotions que ressentait le noble exilé au milieu d'eux. Les sentiments qu'une pareille rencontre devait faire naitre ne pouvaient être que réciproques ; car ils prenaient leur source dans un amour commun, celui de la France d'autrefois.
Sans doute, la France d'aujourd'hui et de tous les temps nous est toujours chère, et nous en avons donné bien des preuves, mais il est évident que des liens plus étroits nous unissent à la France ancienne.
La filiation de notre pays remonte à une époque déjà reculée, et elle est bien antérieure à la Révolution. Nous ne sommes pas les iils de la France du XIX'"'^ >siècle, mais les descendants
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de celle du XVI 1"""^, et la sympathie plus profonde que nous ressentons pour tout ce qui nous rappelle la France d'autrefois est bien naturelle.
Il fut un temps où l'arrivée d'un Français de Francek Québec était tout un événement, et devenait le signal de réjouissances et de fêtes publiques.
Aujourd'hui les visiteurs français ne sont plus aussi rares ; mais jamais auparavant il ne nous fut donné de recevoir un aussi auguste per£.onnage, accompagné d'une suite d'hommes plus distingués.
Comment notre pays n'aurait-il pas été ému ? Et comment n'aurait-il pas souhaité la plus cordiale bienvenue au premier gentilhomme de France et aux nobles voyageurs qui lui faisaient escorte ?
Aussi la visite du comte de Paris au Canada a-t-elle pris les proportions
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d'un événement dont nos compatriotes désirent perpétuer le souvenir.
Déjà Montréal a publié une relation élégante des démonstrations auxquelles cette visite a donn-'- lieu. Mais Québec veut aussi s'en re.-souvenir, et nous croyons que ce fut une heureuse idée d'en consigner tous les d'tails les plus importants dans le volume que M. Ernest Gagnon livre au public.
Pour donner la mesure exacte de l'événement que ce petit volume raconte, et pour accroître encore l'intérêt du récit, qui est d'ailleurs très bien fait, il ne me semble pas inutile, au moins pour les lecteurs canadiens, de faire connaître en quelques pages les deux princes que nous avons eu l'honneur de recevoir. C'est le but principal de cette Introduction,
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Le comte de Paris est né dans la capitale de la France le 24 août 1838, Il reçut en naissant le nom de son grand-père, Louis-Philippe, qui régnail alors ; et le roi lui donna le titre qu'avait porté le premier de sa race, Robert-le-Fort, que personne n'avait pris en France depuis près de 10 siècles.
Ce futToccasion de grandes réjouissances, et les poètes chantèrent sur le berceau du nouveau-n«'' :
** Le bruit de nos canons retentit aujourd'hui ; Que l'Europe l'écoute, elle doit le connaître ! France, au milieu de nous un enfant vient de naître, Et, si ma faible voix se fait entendre ici. C'est devant son berceau que je te parle ainsi.
Son courageux aïeul est ce roi populaire
Qu'on voit depuis huit ans, sans crainte et sans colère-.
En pilote hardi nous montrer le chemin.
Son père est près du trône, une épée à la main ;
Tous les infortunés savent quelle est sa inère
* Poésie d'Alfred de Musset.
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La solennité du baptême ne fut célébr^'e que plus de deux ans après, le 2 mai 1841. A cette occasion, le conseil municipal de Paris, ayant à sa tête le comte de Rambuteau, préfet de la Seine, vint offrir une épée au jeune prince. Il est curieux de relire aujourd'hui les paroles que le préfet adressa à Sa Majesté :
'* Voici l'enfant qui sera le roi de nos enfants !
" Cette ville dont Votre Majesté a voulu qu'il portât le nom, désire qu'il conserve un souvenir du bonheur caus' par sa naissance et parle choix de ce nom. Elle lui offre cette épée, Sire. C'est la Cité qui la lui donne pour le service du pays ! Quand l'âge sera venu pour lui de la ceindie, il ne manquera pas d'exemples pour l'usage qu'il eu devra faire.
''' 11 peut remonter haut dans sa
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race, Tiiais il n'aura pas à chercher loin ses modèles. Il lui sera facile d'être juste et fort.
" Heureux enfant, dont la carrière aura étë aplanie par tant de sagesse, et qui trouvera si près de lui de puissants el nobles en.^eignements î
" Sire, daignez permettre au comte de Paris d'accepter l'épée de la ville de Paris ; et que ce souvenir soit à jamais un gage d'union entre le prince et la cit"."
Le conseil de ville qui parlait ainsi, par la bouche du préfet de la Seine, ne ressemblait guère à celui d'aujourd'hui !
Le don fait au petit prince était d'ailleurs digne de la grande ville qui l'offrait. L'épee est un chef d'œuvre de ciselure et d'orfèvrerie
La poignée est en acier fondu, forgé et sculpté, et elle est artistement
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décorée de figc^ires et d'ornements en or repoussj ou incrusté. Les figures personnifient la Prudence et la Force, la Ville de Paris et la Foy^tune propice. Sur la garde, le coq gaulois, aux ailes déployées, lepose sur un rubis un saphir et un brillant symbolisant par leurs couleurs le drapeau de la France. Une couronne en or plein, supportée par quatre génies, forme le pommeau, et sur le revers de la poignée se détache cette inscription en relief: Urhs dédit, Patrice prosit. La lame, dédiée à la Guerre, est ornée de gravures sur acier et d'incrustations d'or, représentant des scènes de batailles.
Le fourreau, dédié à la Victoire et à la Paix, est couvert d'ornements repoussés, semés d'arabesques en émail.
Si la noble épée n'a pu servir à la patrie, et illustrer sa fière devise — Patrice prosit — ce n'est pas la faute de celui qui la porte.
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Quelle famille heureuse était alors la Maison d'Orléans !
Louis-Philippe semblait s'affermir re jour en jour sur le trône de France, et ses nombreux enfants laisaient son espérance et sa gloire
Son fils aine, le duc d'Orléans, venait de remporter les plus brillants succès dans l'Algérit-, définitivement conquise, et voyait grandir sa popularité dans rarm'e et parmi le peuple.
Le ciel avait béni son union avec la princesse Hélène de Mecklembourg- Schwerin, que ses éminentes qualités avaient rendue très chère à toute la famille d'Orléans, et le jeune prince se réjouissait d'être père de deux charmants enfants, le comte de Paris et le duc de Chartres.
Autour du duc d'Orléans, qui était l'orgueil du vieux roi, les princes de Nemours, de Joinville, d'Aumale, de
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Montpensier, et les princesses Louise, Marie et Clémentine formaient une cour des plus brillantes et des plus heureuses.
Mais les bonheurs de ce monde ne sont jamais de longue durée. M. le comte de Paris n'avait pas encore quatre ans lorsqu'il plut à Dieu d'envoyer à sa famille la plus cruelle de toutes les 'preuves.
Le 13 juillet 1842, le duc d'Orléans, alors aaé de 32 ans. dans toute la force de la vie et dans tout l'éclat de la popularité et de la gloire, était soudainement victime d'une catastrophe fatale. Il remontait seul, en voiture, l'avenue des Champs-Elysées, et il approchait de la porte Maillot lorsque ses chevaux effrayés prennent tout-à-coup l'épouvante. Il fait des efforts pour les retenir, mais en vain, et sans qu'on ait jamais pu savoir exactement comment la chose arriva,
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îe jeune prince est précipite et brisé sur les pavés. Des maçons qui passaient le ramassent, sans le connaître^ et vont le porter dans un pauvre cabaret qui se trouvait auprès. Un gendarme, qui l'a reconnu,va répandre l'épouvantable nouvelle, et bientôt le boutiquier voit accourir vers son humble toit le roi, la reine, les princes et les princesses, les médecins et les grands de la cour.
" Que ceux, dit Jules Janin, qui pourront l'écrire racontent cette scène de deuil et de misère ; même ceux qui en ont été les bien tristes témoins ne peuvent et n'osent pas raconter ces sanglots, ces larmes, ces silences, ces étonnements, ces prières, ces angoisses • eux aussi, tout comme l'historien qui veut se mettre par la pensée au niveau de pareilles douleurs, ils n'ont rien appri-, ils ne savent rien : ne leur demandez rien,
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ils ne sauraient que vous répondre ; mais le plus étonné de tous ceux-là, ce devait être le propriétaire de cette masure.
" Quand il a vu arriver chez lui tous ces fantômes de roi et de reine qui pleurent sans vouloir être consolés ; quand il a entendu rotentir, sous son plafond enfumé, tous les c^rands noms de cette monarchie aux abois, c^t homme-là a du se dire tout bas à lui même : '^ Pourquoi donc tous ces gens-là prennent-ils ma cabane pour le château de Neuillj ?. . . .Ce n'était pas le château de Neuilly, cette cabane, c'ttait désormais une chapelle funèbre ; cette cabane était devenue un tombeau, ce grabat s'était changé en autel."
Le pauvre moribond n'avait reconnu personne, pas même sa mère. Les princesses priaient en sanglotant, le duc d'Aumale poussait des cris déchi-
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rants, et le roi tenant dans ses bras le corps inanimé de son fils disait en gémissant: "* Encore, si c'était moi ! "
La douleur fut universelle, et toutes les classes de la nation témoignèrent leurs sj'nipathies à la famille roj'ale accablée.
L'Institut de France voulut s'associer à cette affliction nationale, et Victor Hugo, chargé de présenter une adresse au roi, s'exprima ainsi:
^' Sire,
^' L'Institut de France dépose au pied du trône l'expression de sa profonde douleur.
'• Votre royal fils est mort. C'est une perte pour la France et pour l'Europe ; c'est un vide parmi les intelli gences. La nation pleure le prince ; l'armée pleure le soldat ; l'Institut regrette le penseur. Le duc d'Orléans avait compris en effet que dans