OI INTRODUCTION
et l'illustre famille, en grandissant, n'a fait qu'acqm'rir de nouveaux charmes. Si donc M, le comte de Paris a des déboires comme prince, il a bien des bonheurs comnje époux et comme père.
En outre il a su trouver des consolations dans le culte des lettres, et son Histoire ch la (jtierre civile en Amérique est une œuvre remarquable qui lui assure un rang distingué parmi les historiens.
Ce travail serait incomplet, si nous n'y montrions pas le fils auprès de son père, Mgr le duc d'Orb-ans au côté de Mgr le comte de Paris. Tous deux ont été l'objet de nos manifestations enthousiastes, et, quand il nous remerciait de notre chaleureuse hospitalité, Mgr le comte de Paris
i:ntkoduction hii
paillait au nom de son fils aussi bien qu'en son nom personnel.
Du reste, si jeune qu'il soit, Mg'r le duc d'Orléans appartient déjà à l'histoire. Il v est entré violemment au lendemain de sa vingt-unième îinnée. Par un élan généreux, par un mouvement irrésistible de ce tempéramment prime-sautier qu'il tient de son aïeul Henri IV, il a forcé les portes de la célébrité, et il sera dorénavant le héros de tous les jeunes gens dont le cœur bat pour la patrie et qui veulent mettre à son service leurs bras et leur courage.
Louis-Philippe Robert, duc d'Orléans, est né dans l'exil, à Twickenham, le 6 février 1869.
Deux ans après, grâce à l'abrogation des lois de proscription, il rentrait en France avec sa famille, et il y est resté jusqu'à l'âgé^ de dix-sept ans.
LIT INTRODUCnOîT
C'est clone en France qu'il a fait ses première.^ études et reçu sa première éducation. Quoiqu'il ait remporté un premier prix de latin au collège Stanislas, il parait que l'histoire et les sciences ont été ses études favorites.
Au reste, pour apprendre l'histoire de son pays il n'avait guère besoin d'ouvrir les livres. Dans les musées de Versailles, dans les salles et les galeries du château d'Eu, dans la demeure historique de Chantilly, toute peuplée de statues et de tableaux, il la trouvait admirablement résumée en traits vivants par les plus grands artistes de France. Et quand les peintures murales, les tapi.-series et les tableaux avaient besoin de commentaires il écoutait les entretiens de son père et de son grand oncle, le duc d'Aumale.
De son côté, Madame la comtesse
ÏNTIIODUCTIGN LV
^e Paris surveillait réducation du jeune prince et de ses sœurs, depuis la prière du matin qui se faisait en commun, jusqu'à l'heure où chacun se retirait le soir,
Eli même temps que l'on s'efforçait d'orner son esprit et de former son «oeur, on ne négligeait aucun des exercices physique- propres à développer et fortifier son corps.
Les courses à cheval, l'escrime, la natation, la gymnastique et la chasse étaient ses amusements favoris. A quinze ans, le jeune duc, qui recevait ■des leçons de tir du capitaine Morhain, (Hait déjà un hahile chasseur.
Il poursuivait les chevreuils et les sangliers dans la grande forêt d'En, ^n attendant les fortes émotions que devaient lui donner les tigres dans les jungles du Népaul, aux Indes.
On sait comment les nouvelles lois d'exil vinrent mettre fin à la vie heu-
LVI INIRODUCTION
reose du château d'Eu, et ramenèrent le prince au lieu natal.
Le temps de se former à la vie mi-^ litaire était venu, et le duc d'Orléans entra au Royal Milita ry Collège de Sandhurst. Il revêtit l'uniforme anglais et se soumit à tous les exercices militaires et aux atliletic sjiorts des fils d'Albion. Après de brillants examens il sortit de l'école avec le grade de lieutenant.
Agé alors de dix neuf ans il partit pour les Indes, accompagné du colonel de Parseviil. Quoiqu'il ne fût pas sujet anglais, Sa Majesté Britannique l'autorisa srracieusement à faire le service de lieutenant dans le bataillon des KiiKjs Royal Riffles qui tenait garnison à Chakrata, sur les hauteurs de l'Himalaya. Il fat plus tard attaché à l'état-major de Sir Frédéric Roberts, commandant en chef de Tarmée des Indes, et il sut mériter les éloges de ses supérieurs.
INTIU'DrClION LVir
Enfin après onze mois de service militaire, deux mois consacrés à visiter les villes les plus intéressantes, et six semaines employées à chasser le tigre, ii revint en Angleterre pour célébrer les noces d'argent du comte et de la comtesse de Paris.
Mais il ne se reposa pas bien longtemps. Au mois d'octobre suivant (18S9) il se rendit avec le colonel de Parseval à Ouchy, près de Lausanne, en Suisse, pour y continuer ses études de tactique et d'art militaire.
C'est là qu'il se trouvait avec son ami d'enfance et camarade de collège, le duc de Luynes, lorsqu'il atteignit sa majorit"', le G février 1890. C'est là qu'il conçut, et confia à son ami, le projet de rentrer en France pour faire ses trois ans de service militaire avec les conscrits de sa classe.
Sans en dire un mot au colonel de Parseval, dont il ne v.'ut pascompro-
SLVIII INTKODUCTION
mettre la responsabilité, il part le soir même du 6 février pour Paris, et le 7 au matin il descend aves son îimi à l'hôtel de Luyues, 51, rue de Varennes.
Puis il se rend au bureau de recrntement, et déclare à l'officier de service qu'il est venu pour remplir son devoir de Français, à l'âge fixé parla loi. On peut juger de l'étonnement et de l'euibarras de l'officier en apprenant son nom. Ne sachant que faire il le renvoie à la mairie ; mais, à la mairie, même surprise et même embarras des employés, qui le renvoient au ministère. Au ministère, l'officier supérieur est vivement touché, et il le réfère au ministre de la guerre.
Alors le duc d'Orléans revient à son hôtel, et il écrit immédiatement au ministre la lettre suivante :
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'^ A Monsieur le ministre de la guerre^
" Monsieur le Ministre,
*' Je me suis présL^nté aujourd'hui au bureau de recrutement de la Seine pour demander à être inscrit sur les registres de la conscription et à faire mes trois ans de service, comme tout bon Franciis.
" Du bureau de recrutement on m'a renvoyé, très courtoisement d'ailleurs, à la mairie, puis de la mairie au ministère (le la guerre.
'' Je n'ai pu obtenir aucune solution.
Je viens donc la réclamer de vou?.
Je n'entends pas, en prolongeant ma présence à Paris, donner prétexte à des manifestations.
" Je n'ignore pas que la loi d'exception m'interdit tout grade dans l'armée française ; mais je crois, M. le Ministre, qu'elle ne me défend pns de servir co nme simple soldat ; c'est le