‹ Le comte de Paris à Québec, récit;Chapitre 13 sur 26 · Î^X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

Î^X INTRODUCTION

grand honneur que j'ambitionne, et sur ce point, j'attends une prompte réponse de votre rquité et de votre pntriotisme.

" Je vous prie d'agréer. Monsieur le Ministre, l'assurance de ma haute considération.

" Philippe Duc d'OpLÉANS.

'^ 51 rue de Varennes."

Cette lettre était simple et claire.

La réponse du ministre fut l'arrestation du jeune prince, et son incarcération à la Conciergerie. Et c'est ainsi que le petit-fils d'un roi de France, revenant dans sa patrie pour la servir, ("tait emprisonné dans le palais même de saint Louis.

Le lendemain il adresse au Président de la République la lettre noble et fière qu'on va lire :

'' Conciergerie, samedi 8 février.

" Monsieur le Pr 'sident,

" Enl88G, le gouvernement de M.

lîîTRODUGTION LXJ

Jules Grévy me jetait hors de ma patrie.

'* £n 1890 votre arouvernement fait plus: il me jette en prison.

" Au moment où, pour la seconde fois, une douleur imméritée m'est imposée, je crois de mon honneur et de mon devoir de vous exposer, par écrit, la seule pensée qui m'a guidé.

" Je suis simplement venu, autour de mes vingt et un ans accomplis et malgré mon deuil, m'inscrire au bureau de recrutement de la Seine, pour faire mes trois ans de service comme soldat dans l'armée de mon pays.

" J'en appelle à tous ceux qui ont au cœur l'amour du métier militaire ei du drapeau tricolore, le souvenir des gloires de la France comme de ses blessures, le sentiment de ce que tout Français doit à sa patrie.

'' Je ne crains pas leur jugement.

" Je crois même, M. le Président,

LXn INTEODUCTION

ne pas avoir à redouter celui Je votre conscience.

" Si vous vous honorez avec raison de compter parmi vos ancêtres un grand nom patriotique, vous étonnerez-vous que j'invoque la mémoire de tant de princes, mes aïeux, morts pour la France, sur les champs de bataille, et que peiit-fils de Henri IV, je demande à être si:nple soldat?

" Je vous prie monsieur le Président, d'agréer l'assurance de ma haute considération.

" Philippe Duc d'Orléans." Il est impossible de lire sans émotion cette page vibrante de patriotisme qui a remué tous les cœurs de vingt ans.

Quatre jours après, le prince était traduit en police correctionnelle. La salle était remplie d'une foule agitée, où se mêlaient les amis personnels du prince, les vieux serviteurs de la mo-

ÎNÏKODUCTION LXIlI

narcllie, et toute la jeunesse du barreau.

Il y eut du mouvement dans la salle quand le prince apparut debout au banc des provenus libres, ayant à ses côtés le duc de Luynes et le colonel de Parseval. Tous ceux qui ont vu le duc d'Orléans à Québec comprendront fiicilement quel effet il a dû produire sur les assistants.

On sait que Monseigneur a le type bourbonnien et ressemble aux meilleurs portraits de Louis XIV. Avec ses yeux intelligents, son teint clair, ses cheveux blonds bouclés, sa haute taille, et son élégance, il est vraiirient beau et sympathique.

Quand, après l'avoir interrogé et lui avoir rappelé sa naissance et la loi d'exil, le président lui demanda s'il avait quelque chose à dire pour sa défense, le jeune prince prononça les paroles suivantes :

tXlt IIîTRODUCTIOSi

" Je suis venu en France pour ser-^ vir comme simple soldat.

' Je ne fais pas de politique ; la politique ne regarde que mon père, dont je suis le fils respectueux et soumis, le fidèle serviteur.

" Je ne suis pas allé à la Cliambre, mais au bureau de recrutement.

'^ Je savais à quoi je m'exposais.

Cela ne m'a pas arrêté.

** J'aime mon pays. Est-ce une faute ? J'ai voulu servir la France au régiment. E«t-ce un crime ?

" Non.

*' Donc je ne suis pas coupable.

Donc je n'ai pas besoin d'être défendu.

" Je remercie cordialement mesconseils de leur dévouement et leur demande de ne pas me défendre,

*' J'ai appris dans l'exil à honorer

INTKODUCTIOX LXV

la magistrature de laon pays. Je respecterai ses arrêts.

'' Mais si je suis condamne ; je suis sûr (iii jugement favorable des deux cent mille conscrits de ma classe et de celui de tous les braves gens. Ceuxlà, j'en suis sûr, m'acquitteront"-

Uimpressioii produite par ces belles paroles fut profonde, et quand M° Rousse se leva pour ajouter quelques mots il était plus ému que l'accusé.

Il ne pouvait pas le défendre : le prince ne le voulait pas ; et cependant il ne pouvait pas se taire. Nous citons quelques phrases de sa courte et éloquente improvisation :

... ^' Le duc d'Orléans vous l'a dit, messieurs : il est venu en France uniquement pour y faire son métier de soldat et son devoir de citoyen. Il n'a pris cons3il de personne, si ce n'est de lui-même, de sa jeunesse et de son cœur. Ce qu'il a fût, il l'a fiiit S3ul,

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