‹ Le comte de Paris à Québec, récit;Chapitre 16 sur 26 · L'ARRIVEE · texte numérisé non relu

L'ARRIVEE

Cct.iit vraiment un spectacle émouvant qu'offrait la gare du chemin de fer du Pacifique, à Québec, dans l'après-midi du 27 octobre 1890. Une mul<-itude d'hommes y était réunie et attendait avec impatience l'arrivée d'un personnage illustre. Il y avait là des magistrats, des députés, des militaires des négociants, des ouvriers, des rentiers, des

journalistes. Les plus graves souriaient volonliers; d'autres causaient avec animation ; des étudiants liaient, chantaient et battaient le pavé en cadence. Un sentiment de joie intime se lisait sur toutes les figures.

Le chef de la maison de Bourbon, le descendant de ces rois de France pour qui nos pères combattirent avec tant d'héroïsme et de fidélit'\ allait venir à nons, dans l'ancienne capitale du Canada français, pour nous dire une parole depuis longtemps, bien longtemps attendue : Moi aussi "je me souviens! "

Le train de l'ouest était en retard de plus d'une heure. Pour abréger les moments de cette attente imprévue, les universitaires et d'autres jeunes gens de la ville chantaient des chœurs patriotiques avec un maestria merveilleux. Ce furent d'abord des hymnes nationaux, puis des chansons populaires, puis enfin cette sublime gasconnade d'avant les Gascons, qui, poétiquement exprimée, a traversé les siècles :

Fils de Brennus, chef des Gaules, Nous ne craignons lien, sinon Que le ciel, brisant ses pôles.

S'écroule sur notre front l

Il était plus de trois heures quand le sifflet de la locomotive annonça l'arrivée du train si longtemps attendu. Son Altesse Monseigneur le comte de Paris et son fils le jeune duc d'Orléans se tenaient sur la pinteforme du char- palais, que l'on avait placé en tête du convoi. Lorsque le train enira en gare, ils se découvrirent pour saluer la foule, et ur.e immense acclamation, émue, croissante, formidable, s'éleva de toutes paris et se fit entendre jusqu'au delà des remparts de la ville. Les princes, profondément impressionnés, saluèrent de nouveau, à ].lusieurs reprises, et les vivats recommencèrent avec un indicible enthousiasme.

Le comte de Paris, le duc d'Orléans et les personnages de leur suite furent immédiatement invités à prendre place sur nue vaste estrade dressée ] our la circonstance et où se trouvaient déjà réunis M. Joseph Frémont, maire de la ville de Québec, les honorables juges Casault, Rouihier et Chauveau, l'honorable ^L G. Ouimet, l'honorable M. L. P. Pelletier, le lieutenant- colonel Duchesnay, MM. G. Amyot, déj'uté, P. Vallières, N. LeVasseur, les échevius lihéaume, Ilubi'

taille, Letellier, Fiset, Léonard, les conseillers Vincent, Bussières, Gignac, G.ignon, Eancour, Jacques, McGreevy, Angers ; MM. Paul de Gazes, J. V. Gregory, S. Lesage, D. C. Thompson, J. F. Peachy, Ernest Pacaud, T. Chapais, George Stewart, junior, G. R. Whita, H. M. Price, Théo. Hamel, J. T. Lavsiy, L. Laniontagne, P. B. Dumoulin, H. A. Bédard, Gr, Duquet, le capitaine A. Talbot, Ernest Gagnon, Charles Trudelle, W. Brunet, U. Tessier, D. Brousseau, 0. Lemieux, G. E. Tanguay, A. C. Guilbault, Gustave F. Hamel, C. P. Casgrain, W. D. Baillairgé, Joseph Lépine, et autres, membres du comité de réception.

Tout près de l'estrade se tenaient un grand nombre d'autres citoyens appartenant à la meilleure société : l'honorable colonel Ehodes, Son Honneur le jiige Murray, le lieutenant-colonel Vohl, le major A. Demers, le major P. G. Bourget, le capitaine Imlah, de la Batterie " B," les conseillers Jolioœur et Gourdeau, Son Pionne ur le recorder Déry, le chevalier Vincelette, le chevalier Martineau, les capitaines Pennée, Martineau et Jolicœur, MM. H. Chouinard, député, W.

de Léry, Erroll Bouchette, Théodore Dubé, Adélard Turgeon député, V. Savard (de Chicoutimi', J. Archer, junior, A. G. Demers, Alphonse Bernier, L. 0. Beaubien, Ph. Corriveau, Joseph Martin, J. L. Blanchet, Aug. Edge, Alphonse Boissonnault, Louis Larose, A. Dionne, Léonce Stein, F. X. Dessaint^ J. E. Roy, C. E. Rouleau, Louis Lefebvre, I. J. Lamontagne, (de Sainte- Anne-des-AIonts), J. Tremblay, (des Eboulements), le docteur J. C. Howe, le docteur 0. Robitaille, G. Miville-Déchêne, Alfred Dupré, P. V. Taché, (de Fraservilîe), Jos. Beauchamp, secrétaire de la société Saint- Jean-Baptiste de Québec, etc., etc.

Son Honn >ur le maire s'avança alors vers le comte de Paris ; puis, déployant un parchemin richement enluminé, il lut, d'une voix émue mais ferme, l'adresse de bienvenue que nous transcrivons ici, et qui est l'expression fidèle des sentiments de la population de Québec.

f> LE COMTE DE PARIS

'' A Son Altesse Royale

" Monseigneur,

" Votre arrivée dans les murs de la vieille cité de Champlain est pour tous ses habitants un grand sujet de joie et d'honneur.

" Descendants d'une race qui nous est chère et dont l'hospitalité et la courtoisie sont reconnues dans l'univers entier, ils sont vraiment heureux et fiers de saluer en vous un Français illustre, aussi remarquable par ses qualités que par sa haute naissance.

" Au piince qui représente aujourd'hui l'ancienne et grande famille royale qui a fondé cette ville il y a près de trois siècles, sans distinction de races ou de partis, et sans tenir compte des 0}»inions personnelles de chacun sur la politique française, nous, citoyens de Quibec, sommes unanimes, à vous souhaiter une cordiale bienvenue et à vous faire un accueil digne du premier gentilhomme de France.

" Loyaux sujets de Sa Majesté Britannique, noi's nous réjouissons que le home aîigUds

soit devenu pour vous un asile de liberté, et nous reconnaissons que la plus large et la plus chaleureuse hospitalité vous est due sur ce sol qui appartient à l'Angleterre, mais qui fut la Nouvelle-France et dont les habitants sont restés français.

" Notre ville, Monseigneur, est la ville historique, toute peuplée de souvenirs de la vieille France, et elle vous dira mieux que nos paroles quelle communauté de sentiments nous unit à vous.

" Vous y trouverez bien des pierres et des endroits mémorables qui np seront pas sans éloquence et qui vous raconteront de touchantes histoires remplies des noms de vos illustres ancêtres.

" Que notre vieux Québec soit donc auprès de votre Altesse l'interprète de nos sentiments, que les souvenirs d'un passé glorieux nous réunissent dans une affection commune, et dilatant nos poitrines, noiis fasse pousser un même cri d'amour filial : Vive la. France ! ''

s LE COMTE DE PAKIS

Mgr le comte de Paris répondit en ces termes :

" Monsieur le Maire,

" Je vous remercie de votre cordiale bienvenue. Mon fils et moi nous sommes heureux de nous trouver dans cette ville historique qui, comme vous le dites, est pleine des souvenirs de la vieille France. L'accueil que nous trouvons dans ce pays auquel nos ancêtres avaient donné le nom de Nouvelle- France nous touche profondément. Séparés de notre patrie, nous sommes heureux de nous trouver au milieu de Français d'origine, et nous les félicitons du bonheur dont ils jouissent sous le règne de leur auguste Souveraine."

Des équipages de gala attendaient à la porte jiriucipale de la gare. Les princes et leur suite et un certain nombre de membres du comité de réception prirent place dans les voitures, aux cris répétés de : Vive la France ! Vive le comte de Paris ! Vive le duc cV Orléans !

Le cortège s'engac^ea dans la côte du Pa-

lais, puis suivit successivement les rues Charlevoix, Collins, de la Fabrique, la Place dft la Basilique, la rue Buade, la rue du Fort, la Place d'Armes. Sur tout ce parcours il y avait une foule énorme. Les infatigables universitaires se postèrent non loin des remparts et chantèrent l'iiyrane national : 0 Canada, terre de nos aïeux ! puis, se reformant un peu plus loin, ils entonnèrent la chanson populaire si gracieuse et si rhythmée : A St-Malo, beau port de mer. A un moment ils se trouvèrent tout près de la voiture du jeune duc d'Orléans. L'un d'eux donna alors un commandement : " Bien ensemble, les enfants de Laval ! " et cent voix vibrantes firent entendre : Vive le premier conscrit de France !

Un grand nombre de résidences étaient pavoisées de drapeaux aux multiples couleurs.

Arrivé en face du Vieux-Château, Monseigneur le comte de Paris exprima le désir de jeter immédiatement un coup d'oeil sur le panorama que l'on découvre de la Terrasse Frontenac, et tous les visiteurs mirent pied à terre.

la

Ils se rendirent d'abord à l'endroit où &^élevait autrefois le fort Saint-Louis, construit par Champlain, reconstruit par Montmagny, illustré par rhéroï^ue résistance de Frontenac, et incendié le 23 février 1834 ; puis ils s'arrêtèrent éblouis devant le spectacle grandiose qui s'offrait à leurs regards et auquel les Québecqnois eux-mêmes ne s'accoutument pas. Ils contemplèrent avec admiration la rade de Québec, qui pourrait contenir toute la flotte militaire de la Grande- Bretagne ; la ville de Lévis, ^ avec ses hauteurs fortifiées ; l'historique et pittoresque Pointe-Lévy ^ ; Saint-David de l'Auberivière ; puis, à droite, l'immense terrasse, le cap Diamant, la citadelle ; à gauche, la Grande- Batterie, l'île d'Orléans, le confluent de la rivière Saint-Charles et du fleuve Saint- Laurent, et, dans le lointain, l'échancrure de la cataracte de Montmorency, la côte de Beaupré, le cap Tourmente, couronné en ce

1 Nom du clievalier de Lévis, le vainqneur de Ste- Foye.

2 Ainsi uomniée par les aucieus missionnaires jésuites, en l'honneur de leur bienfaiteur le duc de Lévy- Ventadour.

moment d'im qais nuage, la chaîne des Lanrentides.

La ville basse, avec ses rues étroites, s'étendait à leurs pieds, depuis la Douane au dôme gracieux, véritable palais vénitien dont le portique reçoit les caresses des vagues» jusqu'à la puissante muraille du promontoire de Québec. Lentement ils suivirent la balustrade de la terrasse, plongeant, à leur gauche, le regard dans l'abîme au fond duquel se dressent les maisons à toits aigus de la rue Champlain.

La Terrasse Frontenac est construite à environ 180 pieds au-dessus du niveau de la basse-ville. Elle a 1,400 pieds de longueur, et forme la limite de l'un des quartiers aristocratiques de la ville, le quartier Saint- Louis. Le cap Diamant, qui l'avoisine, a une hauteur de trois cent trente pieds.

Le Jardin du Fort, avec ses vieux arbres et son monument, en forme d'obélisque, érigé à la mémoire de Wolfe et de M(/ntcalm, donne sur le centre même de la terrasse et la domine quelque peu. Il n'en est séparé que par la largeur d'une rue, — la rue des Carrières, bientôt la rue Chauveau.

La principale inscription du monument élevé à la "loire commune des sjénéraux rivaux tombés dans le même combat :

MORTEM VTETUS COMMUNEM

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