‹ Le comte de Paris à Québec, récit;Chapitre 17 sur 26 · DEDIT · texte numérisé non relu

DEDIT

est connue de tout le monde lettré. Un des personnages de la suite de Leurs Altesses, — le comte d'Haussonville, — la citait de mémoire avant de la lire sur la pierre où elle est incrustée.

Le maire de Québec, le juge Casault, M. Ouimet, ancien premier ministre, le juge Eoutbier, le juge Chauveau, MM. J. M.

LeMoine, Ernest Paca ad, Thomas Chapais, Geo. Stewart, publicistes, et quelques autres, servaient de ciceroni aux nobles visiteurs, qu'ils accompagnèrent jusqu'à l'hôtel Saint- Louis.

A quatre heures et demie, les zouaves pontificaux de la région de Québec : MM. Toussaint, Eouleau, Guilbault, Couture, Trudelle, Lefebvre, Bo'irget, Cantin, Dumontier, Nor-

mandin, Bernier, Garneau, Papillon, Tabbé Dussault, et plusieurs autres, se rendirent auprès du comte de Paris et du duc d'Orléans pour leur présenter leurs hommages.

Les princes étaient accompagnés du marquis de Lasteyrie, du comte d'Haussonville et de M. C. La Chambre.

Après les présentations d'usage, M. Tous saint, vice- président de l'Union Ail et, donnn lecture de l'adresse suivante :

^'A Leurs Altesses Royales Mgr le comte de Paris et Mgr le duc d'Orléans.

" Monseigneur le comte de Paris,

" Les anciens zouaves pontificaux de Québec se font un honneur et un devoir de pré-'-enter leurs humbles hommages au chef de la maison de France, au descendant dynastique de François I, de Henri IV et de Louis XIV, au soldat courageux dont le nom retentit aujourd'hui dans tous les Etats de l'Union américaine.

" Nous vous souhaitons respectueusement la bienvenue dans la vieille cité de Cham-

plain — berceau de la Nouvelle-France, — sur ce sol arrosé par le sang des martyrs et des chevaliers de notre ancienne mère-patrie. Nous sommes aujourd'hui plus d'un million et demi de Canadiens dont les ancêtres viennent de cette belle France d'outre-mer, la fille aînée de l'Eglise, qui, aux beaux jours de la monarchie, reculait les bornes de la civilisation chrétienne et remplissait les deux mondes du bruit de ses exploits.

" C'est sous le résine de vos illustres aïeux, Monseigneur, que sont venus sur nos rives Jacques Cartier, le hardi découvreur, Champlain, le fondateur courageux et persévérant, Frontenac, le guerrier intrépide, Talon, le Colbert de la Nouvelle-France, et toute une légion de soldats, de savants, de femmes héroïques, de missionnaires et d'apôtres.

" Aussi est-ce avec une profonde émot'on que, nous rappelant tout ce glorieux passé dans lequel la maison de France a joué un si grand rôle, nons nous approchons en ce moment de votre auguste personne.

" Monseigneur le duc d'Orléans,

*' Xoiis venons à vous comme zouaves pontificaux ; car vous appartenez de cœur au régiment qui s'est illu.-tré à Castelfidardo, à Mentana et à Patav.

" Les zouaves pontificaux de la ville de Québec saluent en vous le petit-fils de saint. Louis, du chef des antiques croisés dont la clamei-r : " Dieu le veut ! " s*est répercutée, à travers les siècles, jusque sur les bords de notre Saint- Laurent.

" Le nom de Votre Altesse ne nous était pas inconnu. L'initiative patriotique que vous avez prise en offrant à la France républicaine vos services comme soldat, a provoqué notre admiration et soulevé notre enthousiasme.

" Notre général nous a annoncé que Votre Altesse avait bien voulu se charger d'une communication d'une haute importance pour tous les zouaves pontificaux canadiens.

Quelle que soit la nature de ce message, nous le recevrons avec respect, comme tout ce qui nous vient de notre commandant.

" MesseigneurSj

" Nous faisons des vœux pour que votre séjour parmi nous vous soit agréable et que vous emportiez de Québec les meilleurs souvenirs.

" Vous trouverez dans notre ville et ses environs plus d'un nom aimé de la France européenne, et, parmi notre population, bien des traits qui vous rapi'elleront la patrie absente, cette chère et belle France qui — nous 1 ouvons le dire sans manquer de loyauté envers Notre Gracieuse Souveraine — est encore la patrie de nos cœurs."

Mgr le comte de Paris répondit à cette adresse en exprimant toute sa sympathie pour l'Union Allet, " cette glorieuse association groupée aujourd'hui autour du nom de Charette." — " Je suis heureux, a-t-il ajouté, d'évoquer ce nom en vous remerciant des sentiments que vous exprimez, à mon fils et à moi. Je vous félicite cordialement de votre fidélité à notre langue, à nos traditions et à notre foi religieuse, et je fais des vœux pour le maintien et le progrès de votre association. "

A QL'ÉBEC 17

Mgr le duc d'Orléans dit aussi quelques mots et donna lecture d'une lettre du général de Charette annonçant aux anciens soldats du Souverain Pontife une nouvelle intéressante, paraît-il, mais confidentielle et qui les concerne exclusivement.

Les zouaves se retirèrent alors, tout à fait ctarmés de l'accueil distingué et gracieux dont ils avaient été l'objet, et la mémoire enrichie d'un bon et fortifiant souvenir.

Dès le soir de leur arrivée, à sept lieures et demie, nos illustres visiteurs partaient de l'hôtel Saint- Louis pour se rendre au château de Spencer Wood, où ils avaient été invités à dîner par le représentant de Sa Majesté dans la province de Québec, le lieutenantgouverneur Angers.

Son Excellence avait aussi convié un certain nombre de citoyens de la ville à partager, ce même soir, l'hospitalité de la rési-

dence vice-royale. Les cartes d'iuvitatioiï adressées par son aide-de-camp de service portaient en apostille : " Pour rencontrer Monaeignenr le comte de Paris."

Un des personnages de la suite de Son Altesse raconta l'impression charmante que fit sur lui le trajet de l'hôtel au châteaUj. promenade semée de surprises, dans des rues pour lui inconnues, et bordées, disait-il, de résidences somptueuses. La porte Saint- Louis (qui doit son nom à Louis XIII, ancêtre du comte de Paris), le Palais législatif, le Pavillon militaire, les blocs de résidences particulières de la Grande-Allée, puis les historiques Plaines d'Abraham, les villas et les bois du chemin Saint- Louis, captivèrent^ successivement l'attention des nobles visiteurs, et lorsque, après avoir suivi les sinueuses avenues du bois de Spencer Wood, ils arrivèrent au château et débouchèrent dans la clairière, en face du fleuve Saint- Laurent, ils furent fiappés d'admiration à la vue du panorama aussi pittoresque qu'imprévu que l'on découvre de ce point élevé.

En franchissant le seuil de la porte principale du château, les princes purent remar-

■quer, à droite et à gauche, des ornements semés de fleurs de lis. Partout, dans notre Canada français, de pieuses mains font éclore de ces fleurs emblématiques ; partout on se souvient. Plusieurs de nos architectes semblent avoir pris pour devise l'inscription arborée par Montcalm sur le champ de bataille de Chouaoruen : Manihus date lilia plenis.

Quelques minutes avant huit heures, Son Excellence le lieutenant-gouverneur et madame Angers descendaient au grand salon de réception, et commençaient à recevoir leurs hôtes avee cette grâce souriante et calme qui donne tant de charme à leurs réceptions.

Un huissier en costume militaire annonçait chaque convive. Les lustres en cristal, garnis de centaines de bougies, lançaient une douce et abondante lUiHière multipliée par la réflexion des glaces.

Les conversations commençaient à s'en* gager discrètement lorsque le nom de Monseigneur le comte de Paris, prononcé à voix haute, fit naître soudain un silence profond.

Après avoir salué, avec la plus grande cordialité, Madame Angers d'abord, puis Son Excellence le lieutenant- gouverneur, Mgr le comte de Paris demanda la permission- de présenter lui-même son fils et les personnages de sa suite. De sa voie ronde, sonore, un peu chantante, et dont les inflexions dénotent avant tout la bonté, il nomma le duc d'Orléans, le duc d'Uzès, le marquis de Lasteyrie, le colonel Parseval, le comte d'Haussonville, le capitaine Morhain, le docteur Eécamier, Monsieur LaChambre.

Le dîner fut parfait. Au milieu des sèvres, des cristaux et des fleurs passèrent successivement les pièces d'un menu absolument exquis. Des produits de coteaux célèbres, des fruits mûris sous le beau ciel de France, mais surtout les conversations dans le doux parler des bords de la Loire, contribuèrent à donner aux nobles hôtes l'illusion de la patrie absente.

Madame Angers, qui possède à uu haut degré l'art de la conversation, déployait les ressources de son esprit cultivé avec une grâce parfaite, A sa droite étaient placés Soa

Altesse Mgr le comte de Paris, le juge Casault, le comte d'Haussouville, l'honorable M. Robido !X, monsieur C. La Chambre, le lieutenant-colonel Montizambert, M. Ed- 8on Fitch, M. George Stewart, junior ; à sa gauche, le duc d'Uzès, l'honorable M. Mercier,, le capitaine Morhain, M. Jules Tessier, le lieutenant-colonel Forsyth, M. J. M. Le- Moine, M. T. Chase Casgrain, M. J. I.

Tarte.

Son Excellence le lieutenant- gouverneur, placé en face de madame Angers, avait à sa droite Son Altesse Royale Mgr le duc d'Orléans, le juge Bossé, le colonel Parseval, l'honorable M. Shehyn, M. J. Frémont, le lieutenant-colonel Turnbull, M. Ernest Gagnon, M. Thomas Chapais, et à sa gauche l'honorable sénateur Pelletier, le marquis de Lasteyrie, l'honorable M. Garneau, le docteur Récamier, le lieutenant-colonel Duchesnay, le lieutenant-colonel Landry, M. Ernest Pacaud et M. Panet Angers.

Les extrémités de la table étaient occupées par les capitaines Sheppard et Lessard, aidesde-camp, et par M. de Labroquerie Taché, secrétaire particulier de Son Excellence.

Un petit nombre d'antres invités, retenus à la ville, avaient envoyé leurs excuses.

Le lieutenant-gouverneur, qui est très au fait des choses européennes, et le jeune duc d'Orléans, qui vient de parcourir l'Amérique du Nord, paraissaient discourir agréablement.

Le comte de Paris ressemble un peu aux portraits de Charles X. Il a le front élevé du roi chevalier, et aussi quelque chose de son attitude lorsqu'il regarde en face. Soit par suite d'une fracture qu'il a subie jadis à l'épaule, soit par habit ii de, à cause de sa taille élevée, il incline légèrement la tête lorsqu'il se tourne de côté. Tout en sa personne respire la mansuétude : s'il règne jamais en France, l'histoire l'appellera Philippe-le-Bon.

Le jeune duc d'Orléans a " le plus beau sang du monde," comme parle Charlevoix.

Tout d'abord on le prendrait pour un fils d'Albion ; mais sa riche chevelure est châtain clair et non dorée, ses traits rappellent le type des Bourbons et non la beauté un peu anguleuse des jeunes gens d'Angleterre.

A QUÉBKC 23

Son éducation à Woohvich et ses relations constantes avec la société anglaise lui ont donné ce cachet légèrement britannique, fort distingué du reste, que l'on a remarqué ici.

Pendant h soirée, le duc d'Uzès et le colonel Parseval parlèrent avec éloges des belles réceptions faites au comte de Paris à Montréal et aux Trois-Ptivières. Le discours du juge Jette, au banquet de l'hôtel Windsor, a été télégraphié en France \ Aux Trois-

1 Yoici le discours important prononcé par le comte de Paris à ce banquet de l'hôtel Windsor, à Montréal :

*' Messieurs, c'est avec une profonde émotion que je me trouve appelé à vous remercier en français de l'accueil si cordial que vous voulez bien me faire. Vous qui, grâce à votre énergie et à c<'lle de vos ancêtres, avez su vous reconstituer une patrie française non seulement par la langue mais par les mœurs, par la religion, vous ne savez pas combien le son de cette langue maternelle est doux aux onnlles de l'exilé, lorsqu'il la retrouve sur toutes les lèvres comme dans la patrie.

** Mais cette sensation, si vive qu'elle soit, est peu de chose à côté du puissant intérêt qu'il y a pour les Français soucieux de l'avenir de leur pays à suivre de près la grande expérience qui se poursuit sur les rives du St-Laurent dejjuis les jours douloureux de la séparation. Pour l'honneur de notre race, il est consolant de constater ce qu'a pu faire un petit noyau de Fraii-

Ptivières, le grand évêque Laflèche s'est multiplié, et sa merveilleuse élor|iience a conquis l'admiration des princes et de leur suite.

Le comte d'Haussonville, un " immortel," et le marquis de Lasteyrie, un autre lettré d'une rare distinction, parlent volontiers linguistique. Ils ont remarqué dans notre lançais isolés, abandonnés sur cet immense continent, et de voir la forte nation qui en est issue.

*' Ceux-là même que l'exil ne sépare pas de la patrie, feraient bien de venir se retremper parmi vous s'ils se sentaient envahis parles appréhensions que certains symptômes font naître chez les esprits prévoyants. En observant de près les rapides développements du peuple canadien-français, en admirant sa force de multiplication et d'exjjansion, on a le droit de dire : Non, notre race n'est pas atteinte d'un incurable affaiblissement. — Si la population cesse de croître en France, ce n'est donc que la conséquence accidentelle, et, on peut l'espérer, passagère des lois et des mœurs. En quoi les lois et les mœurs du Canada différent-elles de celles de la France ? — Yous le savez comme moi. — Les impérieuses nécessités de la défense nationale ne retiennent pas sous les drapeaux lapins vigoureuse partie de la nation. Votre législation testamentaire laisse au père de famille une juste liberté et ne lui inspire pas des calculs dont nous voyons ailleurs les funestes effets. Vos enfants reçoivent une éducation religieuse qui, avant de leur parler de leurs droits, leur enseigne leurs devoirs envers

^age des archaïsmes qui les ont intéresses et Hont ils ont bien voulu nous faire com})Hment.

L'organisation politique du Canada, les TouRges du gouvernement central et des gouvernements provinciaux, tous autonomes et ayant des attributions distinctes ; nos lois en manières civiles et criminelles ; l'orojanisation féodale, si utile aux débuts de la colonie, et sa disparition à l'heure conve-

Dieu, envers l'Etat, envers la famille. Vous êtes et vous vous dites hautement un peuple chrétien et catholique ; soutenus et encouragés par un clergé patriotique, vous avez, à force de sagesse et de ténacité, conquis l'heureuse situation dont vous jouissez aujourd'hui sous l'égide d'une Reine qui restera l'une des grandes figures de notre époque, et à laquelle vous avez raisou de prodiguer les témoignages de votre fidélité. — A vous, messieurs, incombe la tâche glorieuse de soutenir dans le nouveau-monde l'honneur du nom français, d'y perpétuer notre langue, notre caractère, nos traditions.

(EN anglais)

** Gentlemen of British descent : A/ter kaving addrcssed your countryTncn in our eommon tnother longue, I wish to repay your cordial grceting ly a yj:ecial compliment in aaking you in Evglish to join the toast I am ahout to propore : A la prospérité du Canada ! "

nable, dans des conditions équitables et toutes pacifiqr.es ; les races indigènes ; les ressources a^Gjricoles, forestières et minières du pays ; les beaux-arts, la littérature des deux mondes, le journalisme, l'éducation, l'histoire, offraient des sujets variés de conversation. Aussi la causerie se prolongea-telle assez longtemps, même après le retour au salon.

Des fenêtres du château on apercevait le Saint-Laurent, dont les flots majestueux roulent vers l'Atlantique toutes les eaux des grands lacs de l'Ontario et celles d'innombrables tributaires. Le golfe est à plus de cent lieues en aval, et pourtant la marée se fait sentir ici à ce point qu'il y a de quinze à vingt pieds de différence entre la marée haute et la marée basse en face de Québec.

Le nom de Spencer Wood a été donné au domaine vice-royal par un parent du trèshonorable Spencer Perce val, qui en fut le propriétaire de 1816 à 1833. Depuis son

acquisition par le gouvernement, en '1854

le château a été habité par lord Elgin, sir Èdmund Head et lord Monck, gouverneurs

du Canada, et par les honorables sir N. F. Belleau, René-Edouard Caron, L. Letelliev de ■Saint- Just, T. Eobitaille, Louis-Rodrigue Masson et Auguste-Réal Angers, lieutenantgouverneî;rs de la province de Québec.

La bibliothèque de M. Angers est pleine de choses qui ^e rapportent à l'histoire de la Nouvelle-France et spécialement aux temps héroïques du Canada. ^ Notons en passant qu'elle contient aussi des aquarelles charmantes, entre autres une marine, composition de Son Excellence, qui est très-réussie.

Il était plus de onze heures lorsque Sou Altesse Royale dit adieu, et, selon son habitude, " au revoir," à madame Angers et au lieutenant-gouverneur. Tous les convives se retirèrent enchantés des maîtres de céans et ■de l'agréable soirée qui marquait le début de

1 ** C'est lord Elgin qui a définitivement consacré l'expression de temps héroïques du Canada, appliquée à la première période de notre histoire, qui, commencée en 1608, à la fondation de Québec par Champlaiu, se prolongea jusqu'à 1666, année de la grande expédition de M. de Tracy chez les Iroquois." (J. C. Taché. — Nouvelles Soirées Canadiennes. — Année 1883— {)age 513.)

la trop courte visite de Monseigneur lecomte de Paris dans la ville historique de Québec.

En eouvenir de cette soirée, le lieutenaDtgouverneur fit cadeau au comte des sept volumes du Dictionnaire généalogique des familles canadiennes, de Mgr Tanguay, et Madame Angers envoya au duc d'Orléansun volume de chants populaires canadiens.

Je transcris de mon carnet les lignes suivantes, écrites le 28 octobre 1890 :

" Les classiques doigts de rose de l'aurore étaient gantés de gris ce matin. Heureusement que nos hôtes arrivent d'Angleterre, et ne sont pas accoutumés aux gâteries du soleil.

" Il y a huit jours, nous avions un ciel de Provence ; mais Magali a fermé sa fenêtre

et le Union Jack se déploie aiijourdhui sur un foEd tiè* britannique."

Dès neuf lit-ures nos visiteurs franchissaient le seuil de la chapelle des TJrsulines et en faisaient lentement le tour, donnant une attention spéciale au groupe en marbre dii au cigeau de Maivh^ill Wood, au grand tableau de Philippe de Champagne, Le Repa» chez le Pharisien, et à l'inscription placée sur le tombeau de Montcalm, en 1831, par les soins de lor.l Aylmer.

On a dit que la fosse du h^^ros de Carillon avait été creusée par une boujbo. Cela est très poétique, mais cela n'est pas exact'".

A neuf heures et quart, avec la permismission de l'autorité ecclésiastique, la grande porte conventuelle du monastère des Ursulines s'ouvrait devant le descendant de Robert-le-Fort, au cliquetis ordinaire des serrures et des grosses clefs.

Madame la Supérieure et quelques autres religieuses de la communauté étaient venues

1 Voir le touchant récit de la mort et des funérailles de Montcalm dans VTIisfoire du monastère des U nu- Unes de Québec, tome III, pages 7, 8 et 9.

au devant des augustes visiteurs qu'accompagnaient Monseigneur le grand-vicaire Marois, M. l'abbé Paradis, chapelain du monastère, le maire de Québec et madame Frémont, le juge Casault, le juge Routhier et madame Routhier, le juge Chauveau, M.

Jules Tessier, M. Théo. Hamel, et un petit , nombre d'autres personnes de la ville.

Un instant après, Mgr le comte de Paris, Mgr le duc d'Orléans et les personnages de leur suite prenaient place sur une spacieuse estrade, pendant que les élèves, vêtues de blanc et au nombre de près de quatre cents, inclinaient avec ensemble leurs têtes juvéniles et gracieuses, et que les pianos, les harpes et les orgues de salon faisaient entendre une brillante marche militaire.

Un certain nombre de religieuses se tenaient avec les vi.«5iteur3 au pied de l'estrade. La salle, artistement décorée, offrait un coup d'œil charmant.

Les plus petites élèves du pensionnat s'avancèrent alors vers les visiteurs. Calmes et dignes, ces grandes dames de cinq ans, aidées de quelques aînées, firent une ample distribution de bouquets.

A quP;bkc 31

Un signal est donné par nne main invi« sible. Les harpes, soutenues par l'ororne, font entendre le prélude d'iin chietir d'Eu— ryanthe, de Weber. La rentrée des pianos s'effectue avec fermeté, et le chceiir éclate, gracieux, brillant, rhythmé, mélodieux ; — car, au temps de Weber, la mélodie jouait le grand rôle, même dans les chœurs. Les fraîches voix des jeunes filles rendent cette composition avec un art qui étonne et ravit les auditeurs. Le dernier mouvement de ce chœur à! EuryanfJie :

Fleurs ra(lien.«ei=.

Fleurs j];racieupes,

Donnez, joyeupes,

Donnez vos parfums si doux ....

est dit d'une manière exquise. Les dernières notes du morceau sont couvertes d'applaudissements dont le comte lui-même donne le signal.

Ecoutons mademoiselle Henriette Casault, une élève distinguée du monastère, qui va parler au nom de la communauté et du pensionnat, et tâchons de transcrire ses paroles le moins inexactement possible.

32 le comte de pai^is

Altesse,

" Les élèves du Monastère ries Ursulines de Québec pont heureuses de pouvoir soiiîiaiter la bienvenue au Chef de la Maison de France.

" Jamais, jusqu'à ce jour, fils du sang de nos anciens rois n'a passé le seuil de cette maison fondée et soutenue par de royales laraesses ; anssi quelle n'est pas notre joie en ce moment de pouvoir vous dire hautement la reconnaissance que nous devons à vos illustres aïeux, et le respect que nous portons à votre auguste personne.

•' Nous nous souvenons, Altesse, qu'il y a plus de deux siècles et demi, les saintes fondatrices de cette maison, présentées à la <'our, reçurent d'Anne d'Autriche le plus bienveillant accueil, et que les faveurs de celui que l'histoire appelle Louis-le-Grand assurèrent l'avenir du monastère, compromis par maints dangers et désastres, aux premiers jours de son existence.

" Et comment ne pas nous rappeler la France ? Comment ne pas l'aimer, quand

tout parle d'elle dans cette paisible retraite ? Si sou noble drapeau ne flotte plus sur nos remparts, nous gardons ses plus précieux trésors : le tombeau d'une sainte, la dépouille mortelle d'un héros. Montcalin, Marie de l'Incarnation, gloires impérissables du Canada fiançais, dorment ici leur dernier sommeil, et nous disent bien haut, à nous filles des fondateurs* de ce pays : Enfants, aimez Dieu, la France et le roi '

" Kous tenions à honneur, Altesse, d'unir nos faibles voix aux démonstrations pleines d'enthousiasme du peuple canadien, si heureux de souhaiter la bienvenne au. noble descendant de ses anciens rois.

" Le souvenir de votre gracieuse visite au vieux monastère vivra à jamais dans nos creurs, et les annales du cloître inscriront votre illustre nom au livre d'or des traditions les plus chères.

" Fuisse, Altes=e, le bonheur accompagner vos pas ! C'est le souhait qu'osent f 3rmer pour vous et pour votre auguste famille les Ursulines de ce Monastère et leurs élèves."

Ou je me trompe fort ou ce petit discours a tout à fait l'allure du grand siècle. Soit Altesse y répondit par d'aimables paroles, des remercîments et des félicitations ; puis les virtuoses du cloître préludèrent de nouveau sur leurs instruments.

Les dilettantes reconnaissent l'introd :ctiou du chœnr de la Charité, de Kossini, cette suave et poétique composition qui esc comme un écho délia onicsica delV altro 'mondo.

Le chœur des jeunes pensionnaires rend ce morceau, sur lequel on a mis des paroles de circonstance, d'une manière exquise. L'équilibre parfait des parties, un ensemble " qui tient du mirade," car personne n'est là pour battre la mesure, et surtout un style irréprochable, indiquent un très grand talent chez les élèves et une main habile dans la direction de leurs études musicales.

Les solos : Terre de France .... et Terre des braves .... sont délicieusement rendus par mademoiselle Casault. A la tin du premier solo :

T/Eglise implore

Ton noble feu,

Heprends encore

JiCS '* gestes " de Dieu ....

la jeune artiste prépare la reprise du chœur avec un tact parfait.

Le comte de Paris dit qu'il ne s'attendait pas à pareille fête. Il remercie de nouveau madame la Supérieure de la belle réception dont il est l'objet, et déclare que rarement il lui a été donné d'entendre d'aussi ravissante mil bique.

Le marquis de La.steyrie, le comte d'Haussonville, le colonel Parseval sont émerveillés -du chant des jeunes élèves : C'est quelque chose de divin ! " disent-ils.

Après cette courte séance, le "cortège" traversa quelques pièces où se trouvaient des souvenirs de la vieille France, et se rendit au lombeau de la Vénérable Marie de l'Incarnation, première supérieure des Ursulines de Québec, celle que Bossuet appelait " la Th.'rèsede la N'oavelle-France."

On entendait en ce moment les sons d'instrumentsde musique, affaiblis par la distance.

et le murmure lointain des voix des jeunes filles en récréation. Au milieu de ce bruissement joyeux se détachaient les notes d'une suave berceuse composée par une religieii&e ursuline de Clermont-Feriand :

De la reine Blanche Ecoutez la voix, Quand elle se penche Sur renfant des rois.

Anges, o-ardez ce lys !

Dormez, mon doux Loys l

Suis heureuse mère Près de ce berceau :

Oncques fut sur terre Un enfant plus beau.

Anges, gardez ce lys !

Dormez, mon doux Loys i

Dieu sait combien l'aime, Mais, s'il doit ternir Robe du baptême.

Veux le voir mourir.

Eestez pur, ô blanc lys !

Vivez, mon doux Loys l

Au pays de France Grand prince -erez.

Aurez foi, vaillance.

Dieu moult aimerez.

Anges, gardez ce lys !

Régnez , mon doux Loys l

A QUKBEG 37

Mais je voi-? que s'ouvre Par.-uli-J pour vous, Et mon œil déroiivre La France à genoux.

0 ma gloire ! ô mon lys I Vous serez saint Loys !

Dans tout le cours de sa visite chez les Ursnlines le comte de Paris a causé avec bienveillance, questionnant sur les sujets les plus variés et examinant avec intérêt les objets, venus du Louvre ou de Versailles, qu'on lui mettait sous les yeux.

Le portrait de la comtesse de Larochefoucault, marquise deSolon et duchesse de Kandan, lui a rappelé le château de Rindan, propriété de la comtesse de Paris. Le prince a aussi fait remarquer que ce jour, 28 octobre, était l'anniversaire de la naissance de la Vénérable Marie de l'Incaruation, et il s'est félicité d'avoir pu, à cette même date, se trouver dans les murs du cloître qu'elle a illustré par ses vertus.

Le temps faisant défaut, Monseigneur le comte de Paris fut obligé d'interrompre sa visite et de prendre immédiatement congé, non C'^pendant sans avoir salué les quatre-

•08 LE €OiMrE DE PAKfô

vingts religieuses professes de la maison, réunies dans la vaste mais pauvre pièce appelée " la communauté," et sans s'être incliné avec un religieux respect devant le <îrâne du héios de Ckouagnen et de Carillon, — tout ce qui reste aujourd'hui du Haut et Puissant Seigneur Louis- Joseph de Saint- Véran, Marquis de Montcalm,

A L'UMIVERSITH^

Les voitures qui attendaient à la porte du couvent des Ursulines conduisirent les visiteurs à l'archevêché, où ils allèrent saluer Son Eminenee le cardinal Taschereau,

Mgr ATarois, Mgr Têtu, Mgr Gagnon, \l.

l'abné Audette, M. l'abbé Casgrain, de Siller}', M. l',:bbé Garneau, secrétaire de l'archevêché, se tenaient auprès de Son Eminenee, qui reçut les nobles personnages avec la plus grande distinction.

A QL'ÉRKG 39

Le prince remercia 1»^ caiiinal d'avoir bien voulu s'imposer les fatigues d'un voyage de nuit pour recevoir sa visite. Son Kminence le remercia à son tour et fit l'éloge des évêques français, ses prédécesseurs, que la Providence avait envoyés dans l'Amérique du Nord po;!r y gouverner l'Eglise de Québec ; Elle lona surtout la prudence de ^Jgr Briand à l'époque douloureuse de notre séparation d'avec la France et de l'inauguration du nouveau régime, — prudence qui nous a valu la conservation de nos lois, de notre lançjue et de nos institutions. Son Emiuence fit cadeau à Son Altesse de la Vie de Mgr de Laval, de l'abbé A. Gosselin, et des Notices biographiques des évêques de Québec, de Mgr Henri Têtu, et voulut bien l'accompngner dans sa visite à l'université.

Avant même d'arriver à Québec, le comte de Paris avait exprimé le désir de visiter l'université-Laval. La grande institution a noblement répondu à cette expression d'intérêt et a fait au [)rincG une réception vraiment royale.

Sur l'estrade de la vaste salle des promo-

tions, décorée somptnen sèment pour la circonstance, on avait dressé mi dais mor^ntesqne avec draperies pourpre et or du plus bel effet. A dix heures, les professeurs des diverses facultés vinrent prendre ler.rs places respectives. Tous les membres du clergé de la ville et beaucoup de prêtres du dehors, des avocats, des médecins, des notaires et d'autres élèves de l'institution, occupaient les sièges du parquet de la salle. La fanfare du petit-séminaire, dirigée par M.Vézina, était placée dans la g ilerie de droite, en regard du trône. Le reste des galeries était occupé par les étudiants en droit et en médecine, les élèves du petit-séminaire et ceux de l'école normale.

A dix heures et quart IMizr le comte de Paris fit son entrée dans la salle, aux acclamations de l'assemblée, et prit place sous le dais, dans le fauteuil du centre, ayant à sa droite Son Eminonce le cardinal Taschercau, et h sa gauche Aîgr le duc d'Orléans.

Le d'ic d'Uzè?, le marquis de Lasteyrie, le colonel Parseval, le comte d'Haussonville, le capitaine Morhain, le docteur E^'camier et

M. Cail La Chanjbre occupaient des siégea d'honneur sur l'estrade, de même que Son Honneur le maire de Quel ec, Mgr le grand- ■vicaire Marois, Mgr Têtu, Mgr Gagnon, Mgr IVîarquis, du diocèse de Chicoutimi, M. Jules Tessier, ] lé.-ident de la société Saint-Jean- Baptiste, i\I. Ehcaume et M. Chapais, membres du comit'^ de réception.

Un petit écolier de la " sixième," Emile Bélanger, gravit alors les d( grés de l'estrade €t vint présenter au comte de Paris un bouquet de fleurs naturelles.

Monseigneur B. laquet, recteur de l'université, prit aussitôt la parole et prononça le discours suivant :

*' Monseigneur,

" L'université - Laval, institution cana^ dienne-française et catholique, est grandement honorée de recevoir la visite d'un prince français, du chrf de la maison de France, chez (jui les mérites personnels rehaussent encore, si toutefois la chose est possible, la noblesse du sang.

" Le Canada français tout entier a été couvert de bienfaits par les rois très chrétiens»

VOS nncêtres, et par la France cîirëtienne, qui se glorifie toujours d'être la fille aîiice de l'Église.

" Mais Qiidbec surtout, berceau de la; Nouvelle-France, est liche d'institutions et de monuments qui proclament l'action éminemment généreuse et civilisatrice de la nation française. Et dans la ville de Québec, la partie occupée par le séminaire et l'université-Laval est peut-être celle qui a été témoin de plus de dévouement et de sacrifices de la part des ancêtres français pour assurer à notre patrie le rang qu'elle occupe maintenant parmi les peuples civilisés.

" Outre le clergé de la ville de Québec, outre les directeurs et les professeurs de Tuniversité-Laval et du séminaire, Votre Altesse Eoyale voit devant elle les élèves anciens et les élèves actuels de ces deux institutions. Toutes deux doivent leur existence au premier évêque de ce pays, le très noble et très illustre François de Montmorency-Laval, descendant du iweinier baron chrétien.

" Ce prélat, qui possédait l'estime et l'affection du Granl Roi, a fait briller sur la terre

d''Am(h'iqne toutes les vertus et toutes les qualités de ses ancêtres et a mdrité delà jart des habitants de la Nouvelle-France le titre glorieux de Père de la Patrie.

" Le souvenir de ses grandes vertus vit toujours dans la mémoire des }X)pulations canadiennes, ef, à la demande de l'Eininentissisme Cardinal T.isclu'reau, son successeur sur le trône archiëpiscopal du cette ville, et des autres archevê({ues et évêques du C mada, Léon XIII vient de le déclarer vénérable et de permettre l'introduction de sa cause de béaiifi cation et de canonisation.

" C'est pour reconnaître les bienfaits sans nombre que le premier évêque de Québec a versés sur lesérainaiie et sur le Canada que notre université catholi(iue porte son nom.

" Dans la mesure de leurs forces l'université-Laval et le séminaire de Québec travaillent à maintenir vivaces surles bords du Saint- Laurent le culte des ancêtres, leur foi caiholi lue, leur lang le et leurs coutumes, k souvenir de leurs sacrifices, de leurs vertus et de tout ce que les rois de France ont fait pour notre patrie.

" La liberté que l'Angleterre accor le à tous ses sujets, sans distinction de rnce, de lanorae et de reli2:ion, le bonheur dont no'is jouissons sons sou paternel gouvernement nous remplit de reconnaissance et îious attache étroitement à ses institut it>DS, sans toutefois nous faire oublier notre origine, le pays de saint Louis et de Jeanne d'Arc. Notre amour pour la patrie de nos aïeux ne réveille aucune susceptibilité de la part de l'Angleterre ; elle connaît, par une expéiience de plus d'un siècle, notre loyauté à son drapeau et l'estime que nous avons pour soa gouvernement libéral et paternel.

*' Maintenant, Monseigneur, comme supérieur du séminaire de Québec, j'ai un devoir bien doux à remplir : celui de saluer en Votre Altesse Eoyale le descendant d'un bienfaiteur de notre maison. L'enfant qui vient de vous présenter un bouquet, Monseigneur, est le boursier de Son Altesse Eoyale Louis, Sème duc d'Orléans, qui, |.ar son testament du 8 décembre 1749, fonda une pension dans le petit séminaire de Québec. Louis- Philippe, 4è!iie duc d'Orléans, pour remplir les intentions du prince son

père, aspiira de nouveau cette fondation par un acte du 4 mai 1759.

" Prince, veuillez accepter pour vous, pour votre fils et pour les noVjles personnages qui accompagnent Votre Altesse Royale, les remercîments de l'université- Laval et du séminaire de Québec.

" Veuillez accepter aussi les vœux ardents que tous, professeurs et élèves, prêtres et laïques, nous formons pour le bonheur, la piospérité, la grandeur et la gloire de la France, patrie de nos aïeux.

[A ce point de son discours, Mgr Paquet Ht un signe an massier Wallard, qui s'avança, portant le vieux drapeau de Carillon, enroulé s "r sa hampe, et vint se placer dans une attitude toute militaire en face de Mgr le comte de Paris.

Le recteur de Laval s'écria alors d'une voix vibrante ;]

•' Monseigneur,

" J'ai riionn ur de présenter à V.»tre Altesse Royale un témoin di ])as.sé, témoin île la valeur des soldats français et des soldais

canadiens, rnsemble '^'^ <" t combattu en sa piésence, ensemble ils ont remporté la victoire. Le dra| eau de Carillon ! la plus noble, la plus précieuse, la plus glorieuse relique [obsédée par le peuple canadienfrançais. En la voyant, impossible de ne pas ] rononcer les noms de Montcalm, Lévis, Bouilamarqne, Eaymond, de St-Ours, La-

naiidière, De Gaspé Enfants, saluez le

drapeau de CarilloQ 1 "

Aussitôt la fanfare fit entendre l'hymne de Sabatier : 0 Carillon, je te revois encore !

Cette fois, la salle parut crouler sous les a]>plaudissements et les cris d'enthousiasme. La musique, cet art si faible ])0tir l'expression de l'idée, mais si puissant pour Texjiression du sentiuient, centuplait en ce moment les impressions de la foule. Pendant (V elques instants l'ar.ditoire demeura sous i'i Dijaîe d'ine ('motion extraordinaire. Son Euiinence le cardinal Tas -hereau [)araissait remue jus ju'au fond de l'ànie, et ses tiaits vn.éiiiblt s étaient inoiul s de larmes. Le capitaine Morhain sanglotait.

Mgr le comte de Paris et ]\fgr le Hiic d'Orléans remercièrent vivement le rer-tenr de runiversité-Laval de leur avoir ménagé nne an^si grande et a'ipsi belle surprise. " J'ai aidemment souhaité voir ce vieux drapeau de Carillon, dont on m'avait parlé, dit le comte de Pari^. mais je ne savais pas dans quelle ville je pourrais avoir ce bonheur." En quelques mots choisis et pleins de tact, le la-ince ex})rima son admiration pour l'iaiiversité de Québec, " foyer de science et de vertu, honueur des lettres et des arts." Il dit aussi combien il était sensible aux témoignages de respect qui lui étaient prodigués, combien il lui était doux de retrouver, dans son exil, " une terre aussi française que la province de Québec, un ciel aussi hospitalier que celui du Canada."

Lorsque, après avoir ]>ris congé de Son Eniiuence et du recteur de l'uni' ersité, le chtf de la maison de Fi;ince quitta la >alle des promotions, des acclamati ms ('clat.rr'nt de toutes ]arts, et Son Altesse s:il ;a l'a ditoire, à ])lusieurs reprises, avec cet air «1.* bonté et de nob'e corj lesci-ndauce pii lui attire tous les cœurs.

Un ^rand nombre d'anciens . élèves de l'université se rendirent auprès du recteur pour le féliciter sur le succès de cette royale démonstration.

L'incident du boursier du duc d'Orléans sera sans doute considéré par nos visiteurs comme l'un des pb's curieux et des plus charmants épisodes de leur voyage en Amérique.

Existe-t-il encore, en Europe, de ces bourses créées, ça et là, par les princes de l'ancienne monfirchie française ? Toutes ces choses n'ont- elles pas été anéanties par la révolution ?

Quoi qu'il en soit, il y a ici, à Québec, un jeune orphelin — Emile Bélanger — qui fait son cours classique au petit séminaire uni à l'université, grâce à la générosité du troisième duc d'Orléans, Lo is-le-Pieux, et à la fidélité du quatrième duc d'Orléans, Louis-rhilippe-le-Charitable, à remplir les intentions de son père ; et Monseigneur Paciuet, qui a rarement été mieux inspiré qu'en cette circonstance, a eu une heureuse pensée de profiler de la présence

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du comte de Paris et de son fils le jeune duc d'Orléans à l'université pour mettre ces faits en lumière.

DEVIAXIOXS EX DIGRES^ SIOXS

En quittant l'université, les visiteurs prirent la direction de la porte Saint-Louis, en arrêtant cependant au nouveau Palais de Justice, dont l'arcliitecture de la fin du seizième siècle ou du commencement du dix-septième avait frappé leur attention.

Les princes entrèrent un instant dans l'édifice. Lorsqu'ils se présentèrent à la porte de la cour criminelle, toute l'assistance se leva, et le shérif, l'honorable M. Gagnon, ainsi que les avocats de la Couronne, vinrent aussitôt leur présenter leurs hommages.

L'architecture du Palais de Justice de Québec rappelle celle d'Azay-le-Kideau, en

Anjou. La façade, qui se déploie sur la rue Saiat-Louis et sur la Place d'Armes, forme un angle obtus à côtés égaux, et c'est à la pointe même de c-t angle que se trouve la porte d'entrée, surmontée de l'écusson de la Province, et la "tour de riiorlosje," avec ses crêtes dorées.

Les armes de la ville de Saint- Malo, où naquit Jacques Cartitr, et celles de la ville de Brouage, où naquit Samuel de Champlain, sont sculptées en trophées, à droite et à gauche du portique. Sous le péristyle, des cartouches contiennent les armoiries de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande, ainsi que l'écusson fleurdelisé de la vieille France, avec la devise, ou, mieux, le cri de guerre : Montjoie Saint-Denys I

Il avait été convenu que les princes et leur suite, guidés par les dignitaires de la société Saint-Jean-Baptiste, consacreraient toute l'après-midi du 28 à la visite de la ville et à une excursion au Sault Montmorency. Les citoyens de Saint-Roch, le faubourg français par excellence, et les habitants de la Canardière et de Beauport avaient fait de brillants préparatifs. Les rues

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indiquées au programme devaient être pavoisées et on avait organisé tonte une série d'ovations qui promettaient d'être grandioses. Le digne M. Vincelette et le lieutenantcolonel Landry s'étaient chargés de faire décorer la villa Mastaï et le chemin de Beauport. Sur de longues banderoUes de diverses couleurs étaient tracés, en lettres d'or, les noms de Robert-le-Fort, de saint Louis, de François 1er, de Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV, de Laval, de Saint- Vallier, de Colbert, de Talon ; puis : Vive la France ! — Vive le comte de Paris! — Vive le duc d'Orléans ! — Soyez les bienvenus !

Plus de soixante voitures devaient accompagner Leurs Altesses du Fort Jacques- Cartier au Sault Montmorency ; et l'on ménageait des surprises.

Le comte de Paris exprima le regret qu'il éprouvait d'être obligé de se soustraire à ces démonstrations. — " Je dois, dit-il, aller aujourd'hui même à Sainte-Anne de Beaupré, puisqu'il m'est impossible de m'y rendre demain." Et, comme on insistiiit pour lui faire suivre le programme convenu, il ajouta : —

"J'emporterai avec moi un grand chagrin si je quitte Québec sans être allé au pèlerinage de Sainte-Aune. Il me faut absolument y aller."

Chacun comprit les motifs d'un ordre élevé qui animaient Son Altesse, et il fut décidé de contremander les dispositions du programme par la voix des journaux. Le prince put cependant visiter rapidement le Palais léoislatif et les Plaines d'Abraham, et il eut même le temps de se rendre jus |u'à la Croix du Fort Jacques-Cartier avant l'heure du départ du train pour Saint-Anne de Beaupré.

Pendant que le comte faisait la visite du Palais législatif, le duc d'Orléans se rendait au crrand établissement de M. Laliberté, le marchand de fourrures le plus en vogue de Saint-Roch et peut-être de tout Québec, en compagnie du duc d'Uzès et de M. Chauveau.

Alar le comte de Paris se rendit au Palais législatif, accompagné de la plupart des personnages de sa suite, de M. le maire Frémont, de MM. H. Chouinard et Jules Tessier, députés, de M. J.-M. Le Moine, meuibre de la Société historiijue, et de MM. J.-P. Rhé-

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aume, T. Chapais, A. Robitaille, Ph. Gagnon, I.-J. Lavevy, J.-B. Caonette, Joseph Beauchamp, J.-B. Drouyn, 0. Lemieux et quelques autres, directeurs de la société Saint- Jean-Baptiste.

On passa en face de l'hotel-de-ville sans trop s'en apercevoir.

L'hôtel-de- ville de Québec est un édifice de petite dimension, avec portique et colonnes doriques d'un style très correct. Il est occnpé de la cave au grenier par les bureaux de la municipalité. Sans- ornements tapageurs, sans salles de bal luxueuses et inutiles, sans rien enfin qui puisse exciter l'ire du plus ombrageux communard, il est l'imaoje fidèle de la tranquille population de Québec. — population que l'on est en train de gâter, et qui commence, elle aussi, à avoir ses velléités d'extravagances.

Il y a ici tout plein de savants et d'archéologues qui ne demanderaient |as mieux que d'enterrer les vivants pour ressusciter les morts, snuf à rester témoins de la résurrection. j\Iais, à côté de ces antiquaires, il y a des hommes oui sont tout à fait de leur

siècle, et même nn peu plus jeunes. Ceuxci ne me pardonneraient pas si je négligeais de consigner dans ces ])ages que les plans d'un hôtel-de- ville de proportions imposantes sont en ce moment à l'étude et à la veille d'être exécutés. En bons provinciaux nous ne devons pas taire ces choses-là.

La devise de la ville de Québec est : Natura fortis, Indiistria crescit. C'est assez bien trouvé. Pour les personnes, les devises en vieux français valeut mieux que les devises latines : elles indiquent ou semblent indiquer une origine antérieure à la renaissance.

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