DISCOURS DE M. GEORGE STEWART
(Traduction) " Monsieur le maire.
Monseigneur et messieurs,
" Je ne saurais trop vous remercier de la manière cordiale avec laquelle vous avez accueilli ce toast, et de la courtoisie avec laquelle vous avez bien voulu y associer mon nom. Je suis fier d'être ici ce soir, d'assister
n rette reum'on de citoyens appelas à présenter leurs homnifiges etlenrs respects les pins •cordiaux an chef d'nne grande famille historique, h un vrai soldat au co'irage chevaleresque, à nn écrivain de haute renomnaée.
" Je ne suis que l'écho des sentiments de mes compatriotes d'origine anglaise en disant au comte de Paris et à son fils, et à leurs •compagnons d'au delà dps mers, que Québec leur souhaite la bienvenue, les mains et le cœur ouverts, et qu'ils peuvent se considérer au milieu d'amis.
" Il ne conviendrait pas dans une occasion comme celle-ci, quand les esprits sont portés vers des choses plus agréables, de vous ennuyer avec des extraits des annales canadiennes, et vous ne me sauriez gré, je suppose, si j'essayais de captiver votre esprit par des citations de ces brochures instructives, convenablement reliées en bleu, avec lesquelles nos gouvernements approvisionnent un Parlement et une presse insatiables.
" Que me resterait-il alors à dire ?
"L'œuvre accomplie r^ar les illustres ancêtres de l'hôte que nous fêtons ce soir, a été
une tâche infiniment plus difficile que celle qui est poursuivie aujourd'hui par les des- ■cendants de ces hommes héroïques. Bans les premiers temps de ce pays, les pionniers avaient tout à surmonter. Chaque pas vers le progrès était enrayé par la maladie, par les rigueurs d'un climat à décourager les cœurs les pins audacieux, par le tomahawk du guerrier indien, par la forêt qui semblait sans limites dans son imm 'nse étendue et sa densité. Mais ces braves colons, ces femmes couraçjeuses s'ouvrirent leur chemin en disputant le terrain pouce par pouce, pied par pied. Ils avaient en eux une foi sans bornes. Peut-être aussi avait-il foi en l'avenir d'un pays (jui, malgré tous ces rudes obstacles et ces désavantages, leur offrait cependant beaucoup de compensations. Le Eoi leur procura du secours par tous les moyens en son pouvoir, malgré la distance de milliers de milles de l'ucéan qui le séparait de ses agents ; et, soucieux du salut de leur âme, il envoya des serviteurs de Dieu pleins de dévouement à leurs lointaines retraites, et fit élever des églises où ils purent adorer Dieu et pratiquer les devoirs du chrétien.
122 LE COMTE DE PARlS
" Il n'est pas étonnant que le pays ait prospéré, lorsque le prêtre et le colon, le soldat et le trappeur, ont travaillé de concert pour ouvrir la voie.
*• Je ne m'attarderai pas sur ces souvenirs qui sont familiers à tous. Nous sommes un peuple heureux, loya!, industrieux et religieux. Nous jouissons du gouvernement le plus libre du monde. Notre procédure parlementaire est empruntée aux codes a'Imirables de l'Angleterre et des Etats-Unis ;• nous avons puisé dans les deux ce (jui nous semblait le meilleur. Nous faisons nos lois, nous réglons notre tarif. Notre ])euple est entièrement libre dans sa politique, sa religion et ses aspirât ious. Notre y-resse est indépendante et libre. Tous ici peuvent aspirer aux plus hautes fonctions. Nous avons entière confiance au système électif, et nos fonctionnaires offrent rarement prise à la critique. Deux grands océans baignent nos côtes, et de l'Atlantique au Pacifique nous recueillons les richesses de la ferme, de la forêt et de la prairie ; notre sol est abondamment arrosé par des milliers de rivières et de lacs. La population seule fait
lin \ye\\ défaut, mais avec le temps la population viendra.
" Nous avons confiance en nous-mêmes.
Le meilleur san^ de France, d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande coule dms nos veines, ^t, côte-à-côte, des fils robustes de l'ancienne •civilisation de la lointaine Europe se taillent de glorieuses destinées dont les débuts, quoique rudes, n'ont jamais fait naître le décou- Tao^ement. Anglais et Français du Canada travaillent de concert au développement des ressources du pays, rivalisent ensemble, dans une compétition fraternelle d'intelligonce et d'espérances, pour arriver à la solution des problèmes politiques et sociaux dont dépend notre avenir.
" Merci encore une fois, messieurs, de votre bienveillante attention."
M. Stewart reçut de sincères félicitations et des remercîments.
Au moment de répondre à la santé portée au Canada par le comte de Paris, M. Chapais,
124 LE COxMTE DE PARIS
que le comité avait chargé de cette tâclie honorable, paraissait dominé par ri ne forte émotion, et cela le servit mieux que les plus habiles artifices oratoirer. L'auditoire fut ému avec l'orateur ; avec lui aussi il se livra à l'enthousiasme.
M. Chapais débita son discours avec un entrain et une verve extraordinaires. C'était chaud, vibrant, coloié, comme une ouverture de Eossini.