INTRODUCTION XXVII
devenait le chef dynastique de la Maison d'Orléans.
L'éducation du jeune prince fut continuée, dans les années qui suivirent, tantôt en Angleterre, tcintôt en Allemagne ; mais en mai 1857 la duche.'^se d'Orléans voulut se rapprocher de la reine Marie-Amélie, sa belle-mère, et elle vint habiter à Richemond la maison de campagne du marquis de Lansdowne. Le duc d'Aumale demeurait tout près à Twickenham.
Ainsi groupée, la famille royale se promettait encore des beaux jours.
Mais, en novembre suivant, la duchesse de Nemours mourut subitement, et, le 18 mai 1858, Madame la duchesse d'Orléans rendait elle-même le dernier soupir, après huit jours de maladie. Cette nouvelle épreuve fut bien cruelle pour les jeunes princes.
XXVIU ÎNiHOnUCTlON
M. le comte de Paris n'avait pas encore vingt ans, et le du.- de Chartres en avait à peine dix-sept. Ils voyagèrent pendant quelque temps en AUemag.ie, et, apr€S un st'jour de quelques mois en Italie, ils partirent pour l'Orient, accompagnés du marquis de Beauvoir, du comte Louis de Ségur, du capitaine Morhain et du docteur Leclère
Cet intéressant vo3'age dura dix mois ; et quand ils revinrent en Europe, les deux jeunes princes, auxquels la patrie restait toujours fermée, se décidèrent à partir pour l'Amérique.
Ils arrivèrent à New-York, en août 1861, alors que la guerre de sécession se poursuivait avec acharnement, et ils furent pris du désir de prendre part à cette guerre. Dès la fin de septembre ils entraient dans l'armée du Potoraac, comme capitaines d'état-
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major e( aides-de-camp du général MacCIellan.
Ils prirent part l'année suivante à la sano'lante bataille de Fair-Oakes et à celle de Gain's Mill, et ils s'y distinguèrent par leur calme, leur sauff-froid. leur fermeté et leur courage. Le €orrespondant du Times et les principaux journaux américains, entre autres le Neic-Yorh Tribune, firent les plus grands éloges de leur intrépidité et de leur bravoure.
Dans un long article, publie dans le Centtinj Magaziiie en 1884, le général j\JacClellan rendait justice à leurs qualités militaires et à la parfaite dignité de leur conduite. Nous en détachons les lignes suivantes :
''' A la bataille de Gain's Mill, où j'ai vu le comîe de Paris au feu, il s'est conduit en homme parfaitement maître de lui-même, et a montré un courage si plein de simplicité que je
XXX INTRODUCTIUX
me rappelle avoir été fortement impressionné par son attitude. C'était celle d'un homme sérieux, vaillant et religieux dans un moment d'épreuve.
'' Le jeune duc de Chartres était alors un sabreur impétueux, cherchant le danger pour l'amour du danger, et jamais aussi heureux que lorsqu'il était au feu."
De retour en Angleterre, M. le comte de Paris se livra à l'étude de& questions économiques, ouvrières et politiques ; et dans les années qui suivirent il publia dans la Revue des Deux Mondes plusieurs articles qui furent très remarqués, et un livre intitulé : Les Associations Ouvrières en Angleterre,
Mais tout en s'occupant de ces travaux littéraires il sons^eait à fonder une famille, et, le 30 mai 1864, il épousait sa cousine la princesse Isabelle, fille ainée du duc de Montpen-
IMRODUCTIOX XXXI
sier, née à Séville le 21 septembre 1848. De brillantes fêtes précédèrent le mariage qui fut célébré dans la chapelle catholique de Kingston, en Angleterre
La vi'nérée reine Marie - Amélie vivait toujours au château de Claremont, et concentrait sur son petit-fils une large part de ces affections. Bientôt elle eut la joie de voir naître une arrière-petite fille à laquelle on donna le nom bien-aimé de l'aïenle, et qui est a;jjourd'hui la reine du Portugal.
Mais, quelques mois après, l'auguste reine s'éteio-nait doucement à l'â^e de quatre-vingt-trois ans. Dans cette lono^ue existence il v avait eu des jours de gloire, de puissance et de bjnheur ; mais que de jours de deuil avaient suivi, et assombri ie ciel !
Cependant les années succédaient aux années, et le pain de l'exil devenait de plus en plus amer.
XXXII INTKODVCTIOÎ?
Le 6 février 1869, M. le comte de Paris eut pourtant une grande joie ; car ce jour-là vit naître le duc d'Orléans.
Mais de graves et douloureux événements approchaient. Une guerre désastreuse allait éclater entre la France et la Prusse.
En 1870, les princes d'Orléans sollicitèrent du Corps Législatif français l'abrogation des lois d'exil.
" C'est notre pays que nous redemandons, disaient-ils dans leur pétition, notre pays que nous aimons, que notre famille a toujours loyalement servi, notre pays dont aucune de nos traditions ne nous sépare, et dont le seul nom fait toujours battre nos cœurs ; car, pour les exilés, rien ne remplace la patrie absente "
Mais cette demande fut rejetée.
INTIÎODUCTIQN XXXIIÏ
Cependant la funeste guerre eontinuait, et les défaites succédaient aux défaites. M. le comte de Paris revint à la charge ; il supplia qu'on lui rouvrît les portes de sa patrie pour lui permettre de la défendre.
... ." Et dire, écrivait-il, que les Prussiens vont peut-être assiéger Paris, et que sur ces fortifications, dernier boulevard de la France, élevé il y a trente ans par le roi Louis Philippe et le duc d'Orléans, il n'y aura pas un d'Orh'ans,pour se mêler aux défenseurs de la patrie !. . ."
Mais tout fut inutile, les portes r<-stèrent fermées jusqu'au 8 juin 1871. La guerre était finie lorsque les lois de bannissement furent enfin abrogées.
Proscrit à l'âge de dix ans, le comte de Paris en avait trente-trois quand il rentra en France.
XXXIV INTRODrCTION
Rien ne mûrit les hommes comme la souffrance. M. le comte de Paris rentra dans la patrie avec toute la maturité que les études, les voyages, l'expérience et les douleurs de l'exil peuvent donner.
Dans un livre intitulé : Les princes (T Orléans, Charles Yriarte a dit :
'' Comme tous les tempéraments mesurés qui peu à peu acquièrent de la force et, butinant pour ainsi dire chaque jour, augmen lent leur patrimoine intellectuel, et s'assimilent pour jamais les choses qu'ils ont étudiées et les connaissances que la pratiqué leur a acquises, M. le comte de Paris a fondé peu à peu son autorité personnelle.
Il n'a pas atteint ce but tout d'un
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coup, par ces éclats brillants qui percent comme des rayons, mais prr la persuasion lente et par d'incessantes manifestations. On a constaté de jour en jour avec plus de certitude la force de s;)n jugement, la sûreté de son coup d'oeil, et la portée de son intelligence. "
Dans la courte visite qu'il nous a faite il s'est révélé à tous comme un esprit supérieur, très cultivé et avide d'augmenter la somme de ses connaissances. Tous ont admiré son tact, sa droiture, sa bienveillance, la modération de son langage et la sympathie de son accueil.
" 11 a, écrivait M. Edouard Hervé en 1872, l'esprit méditatif et profond de Guillaume d'Orange, avec la bonne grâce et le charme qui manquaient au mélancolique fondateur de la monarchie constitutionnelle en Angleterre."
M. le comte de Paris alla habiter le
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château d'Eu, et il ouvrit en même teiups ses salons au faubourg Saint- Honoré. Le principal ornement de ses réceptions était sans contredit Madame la comtesse de Paris.
Voici le portrait qu'a tracé d'elle M. le marquis de Fiers :
^' Madame la comtesse de Paris, dont les traits rappellent le type des Bourbons, est une grande et belle princesse, blonde et d'une taille clcgante. Soit dans son salon, soit dans celui de M. le duc d'Aumale, dont elle fit les honneurs à sa rentrée en France avec sa tante, Mme la princesse Clémentine de Saxe-Co bourg et Gotha, Madame la comtesse de Paris reçoit
avec une grâce parfaite, et a en même temps un grand air qui indique qu'elle est bien la fille de nos rois. Montant admirablement à cheval, elle se plaisait à suivre les chasses de Chantilly.
Commue son m;iri, elle aime la France
INIRODL'CTION XXXVH
uvec passion. A Twickenham, comme aujourd'hui en Angleterre, elle s'entourait de tout ce qui pouvait lui rappeler son pays. Excellente musicienne, ayant une voix ?^uperbe, elle aime à jouer et à chanter dans l'intimité les mélodies de Gounod, scm auteur de prédilection. Par sa mise à la fois simple et de bon goût, elle montre qu'il n'est pas besoin pour paraître belle de ce luxe exagéré qui régnait sous le second empire. "
M. le comte de Paris aime tout particulièrement la vie de famille, et les ann-'es qui suivirent furent bien heureuses sous ce rapport. Ce bonheur calme dura jusqu'en 1886. Dans l'intervalle plusieurs événements importants s'étaient accomplis. En 1873, il avait fait une démarche qui •démontrait son grand sens politique et son patriotisme. Afin de reconstituer en France l'unité rojaliste, il