SCENE XIV
LA REYNAl/DIE, LECOMTE. < ■
LECOMTE. Profitons de cet instant... deux * mots sur mes mémoires... {Il écrit > Découvert le seize juin... condamné le... Me voici, monsieur... prêt à vous suivre ou à vous entendre...
LA HEYNAIDIE. Etes-vous bien sûr que personne ne peut nous écouler...
LE COMTE. Tout le monde là-dedans, se livre an plaisir excepté quelqu’un peut-être.
LA reyyyi’DIE. Nous pouvons donc causer san» être interiompus.
LECOMTE. J’attends...
LA keynacdie. Vous êtes en mon pouvoir, SI. le comte, et nul secours ne peut vous délivrer...
LE COMTE. Pas même celui de mon »
épée, car ma parole est engagée. .
LA IIEYYAIJDIE. Si je vous arrête, vous serez conduit au grand-châtelet...
LF. comte. Je le sais et de là devant le Pailcment, pour purger ma coutumace.
LA REYNAITDIF.. Vous n’espérez pas sans doute que votre jugement sera réformé... •
LE COMTE. Le jugementscra confirmé...
et de plus on y ajoutera la torture.
la reynaldie Ainsi vous ne Tons faites pas illusion. .. tos juges, pas plus que moi, ne vous croient coupable de magie, de sortilèges, mais vous avez un esprit trop élevé , des connaissances trop avancées pour ce temps d’ignorance... vous avez voulu éclairer votre siècle... on ne vous le pardonnera pas, on dira au peuple : C’est un sorcier, et ce peuple ingrat battra des mains quand on vous brûlera vif à la croix du trahoir et qu’on jettera vos cendres ai»
vent...
LE COMTE, d part. Aimé d’elle... et mourir d trenti' ans...
LA nEYNAUDlE. Vous avez du courage, N. le coniie, et pourtant j'en suis certain vous tenez à la vie...
LE COMTE. Oui, monsieur...
LA nEYNAUDlE. Eh ! bien , si vous le voulez, je vous sauve...
LE comte, àpari. Je pourrais vivre pour elle. .
LA nEYNAUDlE. Deux personnes, ici, possèdent votre secret... madame la duchesse et moi... ma noble cousine ne le trahira pas, et moi , jusqu à présent je suis censé l’ignorer. ..
LECOMTE. Eli! bien’ monsieur...
LA nEYNAUDlE. Eh! bien... vous serez fibre . je vous le promets... et jevous donne un gage de ma bonne foi... j'ai besoin i de Tous.
LECOMTE Parlez, que faut-il faire?..
LA nEYNAUDlE Accept r aveuglement les conditions que je vais vous dicter.
LE COMTE. N’onl-ellea rien de contraira àj’honncur? ■
.LA nEYNAUDlE. Je vous en donne ma foi de gentilhomme... et si je pouvais tout vous dire vous me remercieriez.
LECOMTE. J’ai beau chercher... je ne puis vous comprendre.
LA BEYNAUDIE. Je ne veux pas non plus que vous me compreniez... mais que vous vous soumettiez...
LECOMTE. Mais à quoi?
LA nEYNAUDlE. I.eoulcz-moi bien..’, au sortir de ce bal, vous me suivrez., chez moi, un carrosse viendra vous prendre ..
trois hommes masqués vous accompagneront, on vous bandera les yeux pour que vous ne puissiez reconnaître la route, on vous fe la faire mille détours, et enfin l’on vous conduira dans un château, dans un palais, dans une maison de graud seigneur ..
LE COMTE. Ce mystère doit cacher quelque projet sinistre .. je refuse.
« L.V nEYNAUDlE. Songez à la honte du supplice... songez à quelqu'un dont lemal- ‘ heur sera plus grand que le votre.
LE COMTE. Continuez, monsieur... je vous écoule.
LA HEYNAUDIK. Vous passerez la nuit dans la demeure oû vous serez conduil...
et le lendemain vous pourrez gagner la frontière.
LE COMTE Mais enfin , que veut-on do moi ?
LA REYNXt'DIB. Je fais serinent qu’il ne vous arrivera aucun mal... mais à votre tour, jurez-moi que vous ue chercherez à
THÉATAÀU
reconnaître aucune des personnes avec lesquelles vous devrez vous trouver.
LE COMTE, lîst-cc un rêve , ou voulezvous vous jouer de moi ?
LA nEYNAUDlE- Tout ceci est plus sérieux que vous ne pensez... mais j'entends du bruit... sans doute, le bal est terminé... décidez-vous; dans un moment it ne serait plus temps.
LE COMTE. Veut-on me conduire au sabat .. est-cc une vieille châtelaine à qui j’ai tourné la tête?., enfin, cela vaut encore mieux que d'être brûlé vif... un jour du moins , je pourrai la revoir.
LA REYNAUDIB. Kh ! bien?
LE COMTE. J’accepte.
LA nEYNAUDlE. Touchez là... tous n’aurez pas à vous en repentir.