THÉ LT» XL
prince, je ne me défendrais pas contre vous.
CONTI. Ce serait une grande maladresse dont je te crois incapable.
le COMTE. Non, non... jamais mon épcc ne pourrait menacer votre sein ; à peine si ma main tremblante la soutiendrait... moi, ajouter encore aux larmes de celle que j’aime plus que ma vie , en attaquant les jours de celui qui veut la venger!.. non, non, encore une fois jamais.
CONTI. Je te répété que tu te battras.
LECOMTE. Vous voulez donc me tuer?
CONTI. Pourquoi pas ' si je suis le plus adroit, ou le plus heureux... [Arec force.) àl. le comte d’Anspach, la nuit approche , vous avez une épée, voici la mienne, marchons.
LE COMTE, s’asseyant et brisant son épée.
Trouvez donc le moyen maintenant de me contraindre à me battre.
CONTI. lin moyen?., oh! je le trouverai. ( Lui montrant un papier.) llegardez ce papier, comte... vous détournez les yeux, ch bien, je vais vous le lire moi-même :
a Edit du roi sur le duel. » 11 est défendu
• à notre noblesse, et généralement à
• toute personne quelconque de se bal-
• tre en duel sous peine de mort.» C’est la copie de l’édit contre le duel... maintenant voulez-vous que je vous explique à quel usage je le destine?
LE COMTE, se levant. Oui , oui , sur votre vie, à présent, expliquez-vous.
CONTI. Kcoutcz-moi donc, comte!
à l’instant même je fais appeler mes gens , vous montez à cheval, cet édit placé sur votre poitrine, droit à la place où devrait être voire cœur; et tout Paris pourra lire l’édit contre le duel attaché à la poitrine d’un lâche.
LE COMTE. Infamiç!
CONTI. Oh ! jamais les jours joyeux du carnaval n'auront vu de si plaisante fête !
chaque passant s’arrêtera devant vous et lira ceci : • Il est défendu à notre bon- »nc noblesse de sc battre en duel sous
• peine de mort.» Etau-dessous il y aura encore ceci écrit de ma main : « Hon-
• ncur au noble comte d’Anspach, trop » fidèle sujet pour jamais désobéir à
• sa majesté.» On rira bien; seigneurs et bourgeois, gens de cour, de robe, et surtout d’épée, et à côté de vous, comte, on dira: «Il a eu le courage de tromper
• une pauvre fille qui l’aimait... il acté trop
• lâche pour en rendre raison à un Conti
• qui voulait la défendre...» ( Voyant le comti dans un mouvement d'exaspération extraordinaire.) Ah ! je savais bien que vous vous battriez avec moi.
1E COMTE DE SAIKTïGBEVAIN.
LE COMTE. Oh! oui, oui, et sur l'heure et san* merci... jusqu’à la mort de l’un des deux. J
COSiTI, en riant. Voilà comme je roulais vous voir; mais à propos, il vous faut une épée, nous en trouverons une avant de descendre au jardin ; en attendant prenez la mienne. •
LE COMTE. Je suis prêt.
COKTi. Venez, oclui : 'qni s’en tirera est bien sûr d’ aller à la Bastille.
LE comte. Ce ne sera peut-être pas vous.
CONTl. Ehf chl vous»m’auriez trompé alors , et j’ai la faiblesse de croire à vos prédictions... Venez, monsieur, là. dans ce préau , où l’on ne peut pénétrer que par cette porte, venez.
Air :
ENSEMBLE