‹ Le comte de SaintGermain pièce en trois actes mêlée de chantsChapitre 53 sur 57 · LE COMTE, LE ROI · texte numérisé non relu

LE COMTE, LE ROI

le ROI. Mc voilà , monsieur le comte.

LE COMTE, Ab! sire !.-• combien je suis scnsiblcà l'empressement de voire majesté!

LE ROI. Vous savei pourquoi je viens.

LE COMTE. Oh ! certainement . sire...

quand je promets, surtout ù un roi tel que vous; (A part. ) si je pouvais détourner la conversation.

LE noi. J’étais si impatient de voir comment vous savez tenir parole que je n’ai pas même soupé. ..

LECOMTE, Moi, qui suis sans inquiétude, j’avais commencé...

LE ROI. Prenons nos précautions pour qu’on ne vienne pas nous déranger...

Il va pouM.fr le 'errou.

LE COMTE, A pari, Eh bicu... il nous enferme?..

LE ROI. I.à !.. nous pouvons nous moquer des importuns, et causer tout ù notre aise : allons, monsieur le comte.

LE COMTE. Pardon , sire , mais pour travailler au grand-œuvre, j’ai besoin d’être inspire, et si votre majesté le permettait... Il montre la bouteille.

LE noi. C’est trop juste... ( Le comte boit. ) C’est du Champagne... n’est-ce pas?... est-ce que vous l’aimez?...

LE comte Et vous?... sire...

LE ROI. lin peu... mais je m’en défie !..

(d part. ! Moi qui n’en ai jamais bu...

LE COMTE. Est-ce qu’un roi de France doit avoir de ces faiblesses-là?...

LE ROI. On dit qu’il trouble la raison...

LE COMTE. Non... il l’égaie.

LE ROI. Que son ivresse est dangereuse..

LE COMTE. Voilà des siècles que j’en bois!... et je n'ai jamais eu à m’en plaindre...

LE ROI. Au fait, un repas joyeux ne se termine pas sans Champagne...

LE COMTE. Je soutiens même qu’il ne se commence pas sans Champagne !...

Leroi. Si j'essayais ?...

LE COMTE, ter tant vilement. Ah! sire!., c’est trop d'honneur pour moi...

LE HOl, buvant. Savez-vous que vous avez bon goût!., c’est excellent...

LE COMTE, versant encore. C’est-à-dire que c’est du nectar...

LEROI, (.'est vrai.

le comte. Oh 1 je m’y connais , voyezvous!... j*ai eu à toutes les époques, la réputation d’un mauvais sujet... de bonne compagnie , s’entend. . oh! quelles délicieuses orgies j'ai faites avec votre aïeul François 1"... des monarques devotre race qui ont été de mes amis, c'est celui-là, qui m'a laissé les plus charmans souvenirs... aussi, il ne pouvait pas se passer de moi... ce n’était pas comme votre respectable Louis XII... le triste monarque, mon Dieu !... monarque bourgeois... A propos, sire, de quelle manière compreuez-vous la royauté ?.

oS

LE HCGA&Itt TBÊATtUL.

LE ROI. Mais, je n’ai pas encore d'opinion bien arrêtée.. à mon âge. ..mes précepteurs m on dit de fort belles choses là-dessus...

LECOMTE. Oui, ils ont dû vous dire bien des bêtises ..

l.E noi. J’en ai peur...

LE COMTE. Il me semble les entendre d’ici avec leur voix grave et sévère : d’abord, ils vous ont dit que les rois étaient faits pour les peuples... maxime tirée de Bossuet...

LEROI. Oui, et que nous devions assurer leur bonheur avant le nôtre.

LE COMTE. Premier mensonge... ce sont les peuples qui ont été faits pour les rois. ..

LE ROI. Cela me. parait fort juste...

LECOMTE, versant. Un verre de Champagne...

LE ROI. Puis... ils m ont dit aussi qu’il fallait me rendre maître de mes passions, occupcrmon tempsù travailler auxafl'aircs de l'Etat...

LECOMTE. Cst-cequc cela vous regarde?

LE ROI.C ou verner toujours selon les lois!

LE COMTE. Est-ce qu’il y a des lois ?

LEROI. Consoler ceux qui souffrent, pardonner auxcoupables... êtrebon, juste, clément... me garder des illusions des plaisirs et ne me livrer à ceux de la table qu’avec discrétion...

LECOMTE, versant. Encore un verre de Champagne...

LEROI. Et cœtera!.. etcœtcra ! et ccetcra!

LE COMTE. Ou je me trompe fort , ou vous êtes de mon avis : vos précepteurs n’avaient pas le sens commun...

LE ROI. Certainement, ils n’avaient pas le sens commun...

LECOMTE. Ah j’ai conçu, moi, la vie de roi plus large et plus pleine !... si j’avais puisé dans un sang souverain le nçble droit de commander au monde et de m’asseoir sur un trône, j’aurais voulu que chaque minute démon existence fût consacrée au plaisir... à moi tout ce qui charme et embellit les jours... à moi, la délicieuse ivrcsc qui nait d’un sourire de femme...

A moi, le luxe éblouissant de la cour... les fêtes pompeuses , les chevaleresques carrousels... j’aurais fait de mon royaume un palais habité par la féerie : mon sceptre aurait été une baguette créant le bonheur autour de moi !...

LE ROI , d'un ton caressant , Oh ! mon t cher magicien, imaginez-vous un instant que vous êtes roi A ma place, et créez-moi ce joli royaume.

l.E COMTE. A vous, sire!... oh! vous vous en acquitterez aussi bien que moi je vous jurr... si ma science ne me trompe pas, vous serei le plus joyeux vivant qui ait jamais porté une couronne...

LEROI. Ahl... vous m’eue hante*.

LE COMTE Voulez-vous que je vous dise ce que sera votre régne?... écoutez...

Air:

A to» maîtresses sans rpgret*

Vous donnerez, titre», palais Fortune !..

Vous épuiserez le trésor Four jeter à leur» pieds de l’or Encor !...

i.« loi.

Oh! l’or, jamais ne manquera:

Le» impôts ne soir -ils pas là?

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