VIII PRÉFACE
mot de cette étude, — si l'on n'en juge que par l'événement, est-ce que les partis extrêmes et exclusifs ont eu par hasard de si brillants succès ? Est-ce qu'avec leurs systèmes et leurs passions ils ont réussi à faire vivre ou même à préserver des chutes honteuses un régime quelconque, monarchie ou république? Est-ce que leurs victoires n'ont pas été le plus souvent le commencement de la fin pour les gouvernements qu'ils prétendaient posséder à eux seuls et conduire? Est-ce que, en un mot, l'histoire n'est pas toute pleine de leurs folies et de leurs mécomptes?
Ni les royalistes exclusifs ni les républicains exclusifs n'ont réussi, et leurs défaites ont été l'expiation de leurs fautes. La politique modérée a été vaincue, elle aussi ; elle a eu ses mécomptes, c'est vrai. Elle a eu du moins la fortune de donner à notre pays quelques-unes des périodes les plus heureuses; elle a laissé dans la vie de la France la trace durable de ses créations et de son règne.
PRÉFACE. IX
La Restauration a vécu de l'inspiration de M. de Serre et de ses amis les Richelieu, lesPasquier, les Decazes, les Gouvion-Saint-Cyr, les Royer-Collard , de ce qui avait été fait par la politique modérée, et le jour où le régime a par trop dévié, tout s'est préparé pour le dénoûment. La monarchie de 1 830 a vécu de la vigoureuse impulsion donnée par Casimir Périer, et le jour où cette sève première a paru s'épuiser ou cesser de se renouveler, le régime de juillet a été à la merci d'une surprise. Tout ce qui existe encore aujourd'hui, on peut l'assurer, vit des inspirations de M. Thiers, de ce qu*a fait cet homme illustre pour rendre la République possible. — Cœlerum desideratur!
Le chapitre des expériences reste ouvert. On aura beau se faire illusion, se flatter d'avoir l'avenir parce qu'on a le présent et croire qu'on pourrait désormais impunément s'affranchir do ces programmes de modération tracés d'une main si sûre par M. Thiers : on ne trompera pas
X PRÉFACE
la logique qui gouverne les affaires humaines. Demain comme hier le mot restera vrai : « L'avenir sera aux sages », et il ne sera qu'aux sages. C'est tout le secret; il est dans l'histoire qui enregistre les chutes et les succès.
L'erreur commune est de croire que cette politique modérée qui a été si souvent essayée , par laquelle. des gouvernements honoi'ables auraient pu vivre, n'est qu'une tactique, un expédient d'esprits habiles et ambitieux de pouvoir, une sorte de système de neutralité évasive entre les partis. Si elle n'était qu'une intrigue, comme le disent dans tous les temps les esprits forts de tous les camps extrêmes, elle n'aurait pas joué toujours et elle ne serait pas destinée sans doute à jouer encore un si grand rôle. Elle a une origine et un caractère plus nobles ; elle est l'expression de nécessités plus profondes. Elle répond à cet instinct universel qui, après les grandes révolutions, appelle l'équité tolérante, les transactions possibles, la conciliation libérale
PRÉFACE
de tous les intérêts fatigués de se heurter; elle naît de ce mouvement qui à l'issue des guerres civiles d'un autre siècle suscitait les politiques ^ ces représentants d'abord obscurs et combattus, bientôt victorieux, de la raison française. Les politiques, ce sont les modérés, dans la république comme dans la monarchie.
L'éloquence de M. de Serre est un des chaînons d'or de cette tradition de la politique modérée, et voilà pourquoi ce ministre de i 820 passionné pour sa cause, vaincu par les déceptions , victorieux par ses œuvres , — ne fût-ce que par ses lois de 1819, — est encore un témoin utile à consulter, même après un demisiècle qui a vu passer quatre ou cinq révolutions de plus!
2janvit'i' 187'J,
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