SUR CETTE SECONDE PARTIE
L'empressement du public à voir paraître une suite du Comte de Val mont , et les heureux fruits qu'ont produits les trois premiers volumes , ont été pour ïéditeur une douce récompense de ses premiers soins, et un engagement indispensable à de nouvelles recherches.
Celles qu'il a faites n'ont pas été sans succès , puisqu'elles lui ont fourni la matière de deux autres volumes de lettres, d'autant plus intéressantes qu'elles ne nous offrent plus seulement des principes de religion et de conduite pour tous les âges et pour tous les états de la vie, mais qu'elles nous font voii dans M. de Valmoîit l'homme du monde, l'homme en place qui a su les mettre en pratique.
Quelques notes et des mémoires très-succincts ne nous ont laissé que peu de lumières sur les temps qui ont suivi sa disgrâce. Ce que nous y avons appris de plus important est que , peu de mois après son départ , la reine , toujours pleine de bonté pour cette famille , avait obtenu du roi un régiment en faveur du comte, sans que pour cela il lui fût permis de reparaître à la cour : que dès les premières années il
s'était distingué par des actions éclatantes , qui , le faisant passer rapidement par différents grades, l'avaient conduit de bonne heure à celui de lieutenantgénéral , et l'avaient mis à portée de rendre des services signalés , particulièrement dans sa dernière campagne.
C'est à cette époque si favorable pour luJ, et après quinze ans d'exil , que recommence une correspondance suivie qui met dans tout leur jour les grandes qualités du comte préparées par les leçons qu'il avait reçues du marquis , développées par ses soins, et perfectionnées par la religion.
Nous nous sommes permis pour ce nouveau recueil les mômes libertés dont nous avons usé par rapport aux lettres qui font la matière des volumes précedenls. Nous avons refondu et rajeuni le style en bien des endroits ; nous avons déguisé en partie des , dnecdot<as trop frappantes, et en général tout ce qui aurait pu -désigner d'une maniérée trop sensible une famille qui ne veut point être nommée.
On ne doit pas s'attendre ici à une suite d'incidents romanesques^ de faits extraordinaires. Les événements, pour la plupart, sont simples , naturels , et tels que dans un certain monde on en a vu souvent arriver de semblables. Nous aurions seulement désiré pouvoir adoucir quelques teintes un peu trop noires du caractère odieux de l'ennemi du comte, dont la vertu
n'avait pas besoin d'un si grand contraste pour briller de tout son éclat. Le caractère de la vicomtesse de Lausane nous paraissait aussi susceptible de quelque adoucissement. On sait , il est vrai , ce qu'ont opéré dans tous les temps la jalousie, la veugcjance d'une partj et de l'autre les dépits, les fureurs d'un amour méprisé; et l'histoire n'ofFre que trop de pareils tableaux. Mais notre siècle est si délicat, le vice même y parle un si doux langage, on a su y répandre sur les passions un vernis si propre à en déguiser les traits , et sur les crimes qu'elles enfantent une si profonde obscurité , qu'il est aisé d'encourir la censure par ces sortes d'images qui, toujours vraies dans le fond, paraissent du moins, à nous entendre, n'avoir plus rien de commun avec nos mœurs. Quoi qu'il en soit , nous ne nous sommes pas cru autorisé à altérer les principaux faits. On doit se souvenir d'ailleurs, que ce n'est pas une histoire qui se soit passée de nos jours que nous donnons au public , quoique dans tous les temps, celle-ci puisse être utile à tous ceux qui la liront.
Il nous reste , à l'égard des notes , une remarque à faire; et elle a lieu également pour celles que nous avons insérées dans les trois premiers volumes de ces lettres : nous y avons gardé par rapport aux faux sages , ennemis de toutes les vérités qui importent le plus au bonheur des hommes, des ménagements qui ne leur sont pas dus; mais que nous avons cru nous
devoir à nous-même, pargoûtj par sentiment, par caractère , et non par principes : car lorsqu'il est question de défendre la cause de la divinité , de la patrie et des mœurs, quels principes obligent à respecter ceux qui ne respectent rien ?. Eh ! comment arrive-t- il qu'ils s'arrogent à eux-mêmes des droits qu'ils violent à chaque instant ? Tel iaicrédule j l'idole de ses partisans , est aujourd'hui, dans presque tous leurs écrits, bien plus sacré que la religion.
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