LETTRE XXX
Le même à son père.
L ouT se prépare pour une action décisive. Les ennemis trompés jusqu'ici sur nos projets , incertains de nos démarches, forcés par leur position
'* Cest rci le moment de rappeler ce que l'on a déjà fait observer dans plusieurs endroits sur le retranchement des lettres peu importatites. Quelques-unes ïnême ne se sont point trouvées parmi les papiers qu'on a rassemblés , et de toutes les autres qui âious sont restées on n a conservé paur ce recueil que celles qui nous ont paru jibsolument uécessaires par leur liaison entre elles ou par 'cur objet.
et la nôtre d être les tranquilles spectateurs de nos premiers succès; une de leurs plus fortes places emportée pres{jue sous leurs yeux par la valeur de nos troupes, sans qu'ils en aient prévu l'attaque, et sans qu ils aient eu le temps d'y jeter diu secours : une autre, plus considérable encore par l'entrée qu'elle nous ouvre au sein de leurs provinces, assiégée dans toutes les formes et pressée \âvement, lorsqu'ils portaient leur attention d'un tout autre côtéj voilà, mon père, ce qui nous donne, par de si heureux commencements, les plus grandes espérances pour l'avenir. Les ennemis ont compris qu'ils ne pouvaient rester plus long -temps dans l'inaction sans laisser prendre une idée trop désavantageuse de leurs forces, et sans risquer de tout perdre. Ils ont fait avancer un autre corps de troupes qui rend leur armée aussi nombreuse que la nôtre. M. de L... eût pu en empêcher la jonction ; il ne l'a pas fait : il eût pu unir ses troupes aux miennes dans un moment où nous eussions combattu avec une supériorité marquée, et il m'a suscité, dans le conseil, des obstacles que je nai pu lever que lorsqu'il n'était plus temps. L'autorité s'est trouvée en quelque sorte partagée , et il ne peut rien arriver de pis qu'un semblable partage. Aussi n'ai- je éprouvé de la patt du marquis que des contradictions •, mais enfin le moment est venu pour lui de réparer des fautes qui m'alarment de plus en plus sur ses dispositions, et sur les instiuctions secrètes qu'on lui a don-
nées. J'ai peine à croire cependant que , comptant trop sur l'appui de M. Lausane , il consente , pour le mieux servir, à se déshonorer. Quoi (juil en soitj je lui ai intimé de nouveaux ordres de la cour, et il se hâte de me joindre. Je ne refuserai pas alors le combat, s il m est offert. Priez pour le succès de nos armes. Si nous éprouvons un revers, la paix est plus éloignée que jamais. Si nous sommes vainqueurs, tout le pays est à nous, et nous devenons les maitres des conditions.
Je ne vous prie pas , mon père, d'épargner à la tendre Emilie les inquiétudes qu'un événement si prochain pourrait lui causer. Je lui écris en peu de mots, et je mets quelques lignes pour vous dans la même lettre , afin que vous puissiez vous dispenser de lui montrer celle-ci.