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d'en dire les raisons; mais ce sera celle du christianisme. Il faut bien achever de montrer Dieu aux hommes par la religion révélée , puisqu'on ne l'a jusqu'ici bien connu que par elle; et que, de toutes les religions qui ont prétendu nous instruire , il n'y a que celle que je professe qui m'offre des lumières , un culte et des vertus dignes de lui.
D après ce petit nombre de réflexions, tu instruiras d abord ton fils , comme le premier homme , sortant des mains de son créateur, a dû instruire le sien , ou comme les enfants de celui-ci ont instruit leurs enfants. Qu'ont-ils dû leur dire? Sans sarréter beaucoup a philosopher avec eux ( et le monde n'eût pas été si pur dans ce bel âge, si déjà il y eût eu des philosophes"*^), ils leur disaient sans doute : « Mes enfants, ce bel univers n'a pas « toujours été, et vous êtes environnés de toute c< part des preuves éclatantes de sa nouveauté*"*. « Il n'y a pas toujours eu des hommes; cest par « notre père que le genre humain a commencé,
* Ce trait cl humetir de la part du marquis ne doit pas laire penser mal de son respect pour la saine philosophie. Poiirqxioi faut il que les hommes ne mettent que le nom à la place de» choses, et qu'ils aient avili par l'abus ce qu'il y a de plus respectable !
** Les annales du monde nous les oflrent i nous-mêmes ces preuves ; et ù nos découvertes en tout genre, on pourrait diie, sans trop de témérité, ce me semble, que le monde est encore dans son enfance. (Voyez ci-dessus page ait^.}
« et, presque sous ses yeux, que le monde a été « créé. » Ils leui" racontaient ensuite en termes simples et vrais 1 histoire magnifique de la création ; et ils ne s attendaient sûrement pas que parmi leiu-s descendants il viendrait un jour des sages qui démentiraient leurs aïeux, pour faire honneur de la confonnation du monde au concours fortuit des atomes.
« Mes enfants, reprenaient-ils, le monde a élè « plus parfait que vous ne le voyez ; Tordre tout « seul s y laissait apercevoir; et s'il s'y rencontre « aujourd hui des désordres apparents, si l'homme rt n"y jouit pas dune félicité plus pure, ce nest « pas la faute de son auteur. » Ils leur exposaient en même temps le premier précepte imposé à 1 homme pour éprouver son ohéissance. « Créé « lihre, 1 homme pouvait obéir; il le devait, et ne « l'a pas fait. Pour le punir, la natiu-e a changé f? pour lui; elle a changé pour nous. Gardons- « nous d'accuser d'injustice l'être suprême duquel « nous tenons Texistence et tous les biens dont « nous jouissons. Il ne nous devait pas des dons « plus grands que ceux quil nous a faits; et les « biens dont nous sommes privés ne doivent pas « nous rendre ingrats pour tous ceux qui nous « restent. Admirons au contraire son extrême « bonté ; il saura tirer le bien du mal même. U ne « nous a pas dévoilé tous ses secrets; mais il nous « en a dit assez pour nous faire attendre un répa- B: rateur, qui lui rendra plus de gloire que la faute
Au milieu de ces grands objets, avec lescfuels cependant peut se familiariser un âge encore tendre, il est des notions plus délicates, plus difficiles à saisir; ce sont celles des mystères. Ici, ma fdle^ que ton œil ne se trouJjle pas. Abaisse tes regards par respect, élève -les ensuite avec assurance; contemple ce quil test permis d apercevoir, et montre à ton iils ce quil peut voir lui-mèrac. Quil ait du mot de mystère une idée claire et précise, comme d'une vérité qui ne se dévoile qu'en partie, et attire notre croyance sur œ qu'elle a de plus caché par sa liaison avec des choses plus connues qui nous en garantissent la certitude. Indépendamment de la religion, la nature toute seule ne cesse de nous en offrir, et nous force de croire ce qu'ils ont d obscur par ce qu'elle nous y montre de certain.
A 1 égard du mystère lui-même, rends-lui sensible ce qui peut en quelque sorte le devenir. Sn nature, comme nous venons de le dire, est de n"B pas être compris tout entier, mais de se faire voiT cependant sous un joiu" qui le spécifie et le distingue suffisamment. En lui parlant du r«)arateur, du messie, tu te verras conduite au mystère de l'adorableTrinité. Un seul Dieu en trois personnes, une nature divine plus féconde encore au-dedans qn'au-dehors; quelle étonnante vérité! Mais fais remarquer d abord à ton fils que ce mystère ne reufei'me rien qui se contredise. Un jour viendra où je lui monirerai^ comme je fai montré à Val-
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mont * , que jusqu ici les hommes les plus éclairés ne l'ont pas jugé contradictoire 5 quils Tont cra; quils lont adoré, et qu ils n ont pu, même en 1 y cherchant, y trouver de contradiction.
11 y a ici dans les mots quelque obscurité, j en conviens; mais elle tient à la nature de la chose : elle ne fait point exception à la règle de n'admettre, dans l'ordre naturel, que des idées claires, puisqu'elle est sur un objet qui est au-dessus de la raison sans lui être opposé; et où la notion précise de lun des termes nous mancpie , fondé? comme nous le sommes sur lautorité de Dieu même, la croyance de 1 objet, suffisamment distinct sous de certains rapports, plus confus sous dautres, ne nous manquera pas.
Ecoute ensuite comme parle sur ce mystère notre célèbre Bossuet; ainsi pourras-tu avec le temps te faire cntendi'e de ton fils **,
ce Dieu, en se contemplant lui-même, engendre « éternellement son verbe, qui est l'expression « parfaite de sa vérité, son image, son fils unique, « le plus pur éclat de sa lumière, et lempreinte «de sa substance*"^*. Dieu et son verbe, en se « contemplant mutuellement, s'unissent par Ta-
* Voyez ci-dessus, letlre XXXI.
•* Voyez le Discours sur l'histoire universelle , pai Bossuet , seconde partie. Cet excellent ouvrage sera toujoms un des plus heaux mon'uments de ia relision, coDime il est, de l'a^•eu de Voltaire, un des plus beaux chefs-d'œu%Te de l'éloquence.
**♦ Hcbr. I, 3.
Au milieu de ces grands ohjets, avec lescpiels cependant peut se familiariser un âge encore tendre, il est des notions plus délicates, plus difficiles k saisir-, ce sont celles des mystères, ici, ma fille ^ que ton œil ne se troidjle pas. Abaisse tes regards par respect, élève -les ensuite avec assurance; contemple ce qu'il t'est permis d apercevoir, et montre à ton iils ce quil peut \'oir lui-même. Quil ait du mot de mystère une idée claire et précise, comme dune vérité qui ne se dévoile qu'en partie, et attire notre croyance sur œ qu elle a de plus caché par sa liaison avec des choses plus connues qui nous en garantissent la certitude. ludéDendamment de la rclieion, la natnre toute seule ne cesse de nous en offi'ir, et nous force de croire ce qu'ils ont d'obscur par ce qu'elle nous y montre de certain.
A 1 égard du mystère lui-même, rends-lui s"ensible ce qui peut en quelque sorte le devenir. Sa nature, comme nous venons de le dire, est de ne pas être compris tout entier, mais de se faire voir cependant sous un joiu' qui le spécifie et le distingue suffisamment. En lui parlantdu r^arateirr, du messie, tu te verras conduite au mystère de l'adorable Trinité. Un seul Dieu en trois personne», une nature divine plus féconde encore au-dedans qn'au-dehors; quelle étonnante vérité! Mais fais remarquer d'abord à ton fils que ce mystère ne renferme rien qui se conucdisc. Un jour viendra où je lui monirerai^ comme je Tai montré à Val-
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mont * , que jusqu ici les hommes les plus éclairés ne l'ont pas jugé contradictoire; quils l'ont cru; qu'ils Font adoré, et qu'ils n ont pu, même en Yy cherchant, y trouver de contradiction.
11 y a ici dans les mots quelque obscurité, j en conviens; mais elle tient à la nature de la chose : elle ne fait point exception à la règle de n'admettre, dans l'ordre naturel, que des idées claires, puisqu'elle est sur un objet qui est au-dessus de la raison sans lui être opposé; et où la notion précise de l'un des termes nous mancpie , fondés comme nous le sommes sur Fautorité de Dieu même, la croyance de Tobjet, suffisamment distinct sous de certains rapports, plus confus sous d'autres, ne nous manquera pas.
Ecoute ensuite comme parle sur ce mystère notre célèbre Bossuet; ainsi pourras-tu avec le temps te faire entendi'e de ton fils **.
« Dieu, en se contemplant lui-même, engendre «éternellement son verbe, qui est 1 expression « parfaite de sa vérité, son image, son fils unique, « le plus pur éclat de sa lumière, et l'empreinte (c de sa substance*'*''*'. Dieu et son verbe, en se « contemplant mutuellement, s'unissent par Ta-
* Voyez ci-dessus, lettre XXXI.
'* Voyez le Discours sur l'histoire universelle , paï Bo6sn£t , seconde partie. Cet excellent ouvrage sera toujours un des plus beaux mouuments de la religion, comme il est, de l'aveu de Voltaire, un "des plus beaux chefs-d'œuvre de rélo<piencc.
**♦ Hébr. I, 3.
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a mour, et produisent l'Esprit saint, 1 éternelle « union de Tun et de l'autre. »
Mais, parce que 1 homme est formé à l'image de Dieu même, cest aussi dans lliomme, et en considérant les richesses qu il porte au fond de sa nature, que tu trouveras, à la portée de ton élève, une espèce d'image de cet adorable mystère. Je contemple la vérité, je me contemple moi-même; et je sens naître en moi la pensée, ce germe de mon esprit, cette parole Intérieure, ce verbe qui est le fils de mon intelligence^ la plus pure limiière de mon àme, et limage de sa substance. La fécondité de mon esprit ne se termine pas à ce verbe que je fais naître en moi. J'aime, et cette parole intérieui'e, et lesprit où elle naît; et eu les aimant, je sens en moi quelque chose qui ne m'est pas moins précieux que mon esprit et ma pensée, je veux dire cet amour qui est le fruit de 1 un et de Pautre, qui les unit, qui s'unit à eux et ne fait avec eux qu'une même vie. Ces trois choses, et l'intelligence qui mest propre, et la pensée que j'en ai, et l'amour que cette contemplation fait naître, se supposent mutuellement, se répondent l'une à l'autre, ont entre elles une natui'e commune, et ne forment à elles trois qu'une môme substance. Ainsi , autant qu il peut y avoir de rapport entre Dieu et Ihomme, ainsi, et dune manière bien plus excellente et plus relevée, subsiste la Trinité que nous adorons.
Mais nous-mêmes, qui sommes l'image de la
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Trinité , nous-mêmes , à un autre égard , nous sommes encore limage de l'incarnation, de cet autre mystère que tu dois exposer à ton fils, ce mystère également profond, mais qu'on ne doit pas nier parce qu on ne peut le comprendre. Eh quoi donc! nos esprits forts feront tant les difficiles lorsqu'il sera question d'en croire sur nos dogmes une autorité qu ils dc^Taient apprendre à connaître pour la mieux respecter; et ils le seront si peu lorsquil s'agira de nous proposer comme des vérités leurs inventions et leui's systèmes! Quoi! philosophes peu sages et incompréhensibles à eux-mêmes, ils feront quelquefois de leur Dieu Tàme de la nature, et ils voudront que la nature en soit le corps; ils feront de tous les êtres une seule substance'^, ils mêleront tout, ils confondront tout, ils changeront les notions les plus communes, ils brouilleront toutes les idées; et il leur sera impossible de croire, sous prétexte qu^ils ne le conçoivent pas, que par un amour infini la nature divine a daigné s'unir à la nature humaine, sans altérer, sans confondre ces deux natures, sans ôter à la première aucun de ses attributs, et sans l'assujettir à aucune des imperfections de la seconde! Pour nous, ma fille, moins entêtés des chimères d'une orgueilleuse philosophie, et plus dociles à la voix du seigneur, rentrons encore en nous-mêmes , et admirons-y cette union inconcevable, et cependant si sensible ponr. nous, de deux natures opposées, l'esprit et la ma- Tome II. 3i
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tière, l'Ame et le corps. Quel étonnant prodige le? rassemble dans un même être et en fait une même personne? Quel lien inconcevable les unit? Le spinosiste tranchera le nœud qu il ne peut délier : mais que le vrai sage, qui ne saurait confondre deux substances si diQ'érentes en nature et en propriétés, lève à nos yeux le mystère, et nous lui rendrons sensible celui de l'incarnation. Admirons , s il faut nous élever plus haut encore , cette idée si positive de linûni, reçue dans un esprit fini et limité; et ici, ma fille, la comparaison est d'autant plus juste, que cette idée admirable ne contracte rien des imperfections et des défauts de l'esprit qui la reçoit, et le surpasse infiniment. Ce que je te dis sur les mystères relativement à linstruction de tes enfants, c'est à toi à leur en ménager le développement selon la portée de leur entendement et ses progrès; faisant toujours en sorte que les idées claires accompagnent et soutiennent ce qui, par la nature du mystère, doit rester nécessairement obscur. Mais surtout applique - toi à leur faire tirer des conséquences pratiques de ces grandes notions, qui n'ont pas été données aux hommes pour n être à leur égard que des dogmes purement spéculatifs : car c'est là le grand défaut des enseignements sur les vérités de la foi, et celui qui fait de la plupart des chrétiens des hommes qui ont une science à part pour la religion, et une autre pour les mœurs. Fais donc concevoir à ton fils envers lêtre suprême tout le
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respect que la profondeur des mystères cachés dans la nature divine doit lui inspirer : tout l'amour que doit exciter en lui la charité immense d'un Dieu auteur de la grâce et de la nature , source de tout don , et qui s'est donné lui-même ; toute l'obéissance et la fidélité que doivent y faire naître les attributs de la divinité, son pouvoii', sa bonté, sa sagesse-, tous les fruits qu'il doit retirer des grands exemples de IHomme-Dieu; toute la charité pour les hommes que doit porter au fond de son cœur le souvenir d un Dieu qui , en leur faveur, s'est fait homme lui-même, et qui n'a point connu d'exceptions ni de bornes dans son amour. Rends tes instructions aimables: écarte loin d'elles l'ennui qui les ferait paraître insipides, et le dégoût qui les rendrait infructueuses. Excite dans ton élève le désir de les entendre, en piquant sa curiosité par une sage réserve , en les lui faisant considérer moins comme une leçon que comme une récompense, et en ne lui laissant pas même apercevoir, s il se peut, l'intention que tu auras de 1 instruire. Diiïere-les plutôt que de les donner à contre-temps, c'est-à-dire, comme de vains sons, qui, n'étant pas compris, ne se répètent qu'avec peine, et qu'on n'a lait entrer dans Fesprit que par la contrainte! Imprime-les par tes caresses; elles ne sont dangereuses que quand elles ressemblent dans une mère à un acte de faiblesse et de dépendance, mais non pas quand elles ne ressemblent qu'à la tendresse et à lamour. Souviens -toi
àe celles que la reine Blanche prodiguait à son fils lorscju'en le prenant sur ses genoux, elle lui disait : Mon fils, Dieu m'est témoin combien Vous m'êtes clier^ mais j'a im erais mieux vous voir mourir que de vous voir commettre un seul péché mortel. C'est ainsi qu'elle lui a fait aimer ses leçons; c'est ainsi qu'elle-même s'est rendue aimable à ses yeux et respeciable pour toujours ; c'est ainsi encore qu'en en faisant un grand saint, elle en a fait un grand roi. Emploie donc, à son exemple, cet innocent artifice d une mère tendre qui frotte de miel les bords du vase qu'elle présente à con fils, et par cette amorce lui fait boire la liqueur salutaire quil renferme '*'.
* c'est la pensée ingéDÎeuse du Tasse dans ces vers de la Jérusalem délivrée :
Cosi a l'egTO fanciul porgîamo asptei si Di soave licor gli orgli del vaso ; Succlii aniari inganuato in tanlo ei beve. E da l'inganno suo vita riceve.
Casio I.